Une inflation de 13 % en avril 2025 malgré une stabilité du taux de change depuis plus d’un an
En avril 2025, l’indice des prix à la consommation (IPC) au Liban a progressé de 13 % en glissement annuel, selon les données de l’Administration centrale des statistiques. Cette hausse représente un net ralentissement par rapport aux augmentations enregistrées en 2024 (+97 % sur un an) et en 2023 (+213,4 %), mais elle demeure alarmante dans un contexte où la parité entre la livre libanaise et le dollar américain est restée relativement stable autour de 89 500 LBP/USD. L’inflation cumulée entre janvier et avril 2025 atteint 14,7 %, signalant une persistance des pressions sur les prix à la consommation, malgré une économie désormais massivement dollarisée dans ses transactions quotidiennes.
Cette inflation persistante met en évidence une dynamique où la stabilisation monétaire ne s’accompagne pas nécessairement d’un contrôle des prix. L’adoption du dollar comme unité de référence dans les secteurs privé et public n’a pas permis d’enrayer la progression continue des coûts de la vie. Cela souligne que la dollarisation, sans cadre réglementaire ni mécanismes correcteurs, ne suffit pas à maîtriser les tensions inflationnistes.
Les postes essentiels enregistrent des hausses particulièrement marquées
Le détail par poste montre que l’augmentation des prix est particulièrement aiguë dans les secteurs clés du quotidien. L’indice des prix pour l’éducation et les loyers imputés a enregistré une hausse de 130 % sur un an. Les prix des loyers réels, de l’alimentation, des soins de santé et des biens et services divers ont chacun progressé de 120 %. Les restaurants et hôtels affichent une hausse de 14,9 %, suivis par les boissons alcoolisées et le tabac (+12,4 %), l’habillement (+11 %) et les loisirs (+4,8 %).
À l’inverse, les seuls postes en recul sont les meubles et équipements ménagers (-8,4 %), les communications (-2,7 %) et les transports (-1,4 %), notamment en raison du recul des prix des carburants et du gaz. Cette configuration montre que si certaines composantes de l’indice peuvent fluctuer à la baisse, elles ne pèsent pas suffisamment pour inverser la tendance globale.
Dynamique mensuelle des prix et répartition géographique
Sur une base mensuelle, l’IPC a augmenté de 0,67 % entre mars et avril 2025. Les mois précédents affichaient respectivement +0,44 % (mars), +0,66 % (février) et +1,1 % (janvier). Ces variations mensuelles, modérées mais continues, soulignent la nature rampante de l’inflation.
À l’échelle régionale, la hausse des prix en avril est la plus forte dans le Sud (+1,37 %), suivi du Nord (+1,1 %), de Beyrouth (+0,97 %), de Nabatieh (+0,75 %) et du Mont Liban (+0,47 %). Seule la Békaa a enregistré une baisse légère de -0,27 %. Cette hétérogénéité régionale reflète les différences dans l’offre de biens, la dépendance aux importations et l’intensité de la dollarisation locale.
Pression croissante des loyers dans un marché dérégulé
Les loyers constituent une source majeure de pression pour les ménages. En avril 2025, les nouveaux loyers ont augmenté de 26 % par rapport à avril 2024, tandis que les anciens loyers progressaient de 8 %. En un seul mois, entre mars et avril, ces loyers ont augmenté respectivement de +2,25 % et +2,72 %. Ces hausses s’inscrivent dans un marché où la régulation des contrats locatifs reste inefficace, et où les bailleurs indexent souvent leurs prix sur le marché informel du dollar, sans plafonnement légal effectif.
Tableau – Inflation mensuelle et annuelle au Liban, janvier–avril 2025
| Mois | Variation mensuelle (%) | Variation annuelle (%) |
|---|---|---|
| Janvier | +1,1 | ND |
| Février | +0,66 | ND |
| Mars | +0,44 | +13 |
| Avril | +0,67 | +13 |
Dollarisation et inflation : une stabilisation trompeuse
La dollarisation des prix, initialement perçue comme un mécanisme de protection contre la volatilité de la livre libanaise, a permis de limiter l’hyperinflation. Toutefois, cette stabilisation nominale masque une augmentation continue des prix exprimés en dollars eux-mêmes. Autrement dit, même les ménages rémunérés en devises voient leur pouvoir d’achat s’éroder.
Les commerçants, les écoles, les établissements médicaux et les propriétaires immobiliers continuent d’ajuster régulièrement leurs prix en dollars, justifiant ces révisions par les hausses de coûts d’importation, les charges fiscales ou l’indexation sur les coûts externes. La dollarisation n’a pas freiné ces pratiques, en l’absence d’un cadre réglementaire efficace ou d’un observatoire des prix.
Pouvoir d’achat et absence de soutien institutionnel
Le maintien d’une inflation à deux chiffres en avril 2025 affecte directement la consommation des ménages, surtout pour ceux dont les salaires sont restés en livres libanaises ou qui ne bénéficient pas d’ajustement indexé. Les dépenses incompressibles que sont les loyers, la scolarité et la santé absorbent une part croissante du revenu disponible.
Les mécanismes de soutien public, en l’absence de politiques sociales ciblées, restent symboliques. La majorité des subventions ont été levées depuis 2022, et aucun système d’allocation familiale ou de panier alimentaire subventionné n’a été mis en œuvre. Cela contribue à maintenir une pression inflationniste dans les foyers les plus précaires.



