jeudi, janvier 15, 2026

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Mécanisme et négociation: le triangle Aoun–Berri–Salam à l’épreuve

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Un choix assumé de la négociation au sommet de l’État

Dans les échanges récents avec les capitales étrangères, les trois têtes de l’exécutif libanais se présentent désormais avec une ligne commune: la négociation avec l’ennemi est posée comme voie privilégiée, la guerre n’est plus considérée comme une option politique. Des sources gouvernementales expliquent ainsi qu’au niveau de la présidence, de la présidence du Parlement et de la présidence du Conseil, «il n’existe pas un choix de la guerre face à un choix de la négociation», mais une volonté d’utiliser le rapport de force militaire pour récupérer les droits par des moyens politiques: libération des prisonniers, restitution des terres occupées, arrêt des agressions.

Ces mêmes sources insistent sur un point: le désaccord avec l’ennemi ne doit pas être importé à l’intérieur. Il n’est pas question, selon elles, de transformer le débat sur la négociation en conflit interne sur la question du désarmement, mais de concentrer la pression sur l’obligation faite à Israël de se retirer et de cesser ses attaques. Elles évoquent à ce sujet une «carte de route» discutée entre les trois présidences, s’appuyant sur le discours d’investiture, le programme du gouvernement et les résolutions internationales, pour encadrer toute démarche de négociation sans remettre en cause les équilibres internes.

Plusieurs entretiens avec des responsables étrangers confirment cette orientation. À Baabda, le chef de l’État répète que le «choix de la négociation» qu’il a annoncé «est capable de ramener la stabilité au Sud et dans tout le Liban», car la poursuite de l’agression «ne mènera à aucun résultat». Devant ses interlocuteurs, il souligne qu’à ses yeux, toutes les guerres finissent par des pourparlers et que la négociation ne se fait pas avec des amis, mais avec des ennemis.

Au Parlement, le président de la Chambre ne conteste pas ce principe, mais l’inscrit dans une lecture plus méfiante de la scène régionale. Selon des informations rapportées sur sa rencontre avec une émissaire française, il a exprimé un «reproche» au sujet de l’incapacité de certains parrains occidentaux à faire respecter l’accord de cessez-le-feu et à obliger Israël à cesser ses attaques. Dans ce cadre, la négociation n’est pas rejetée, mais elle est conditionnée à des garanties externes jugées encore absentes.

Au Grand Sérail, le chef du gouvernement relie le dossier de la négociation à celui des réformes. Lors d’une rencontre avec la même représentante étrangère, il insiste sur le fait que «l’effort de réforme est un choix national avant d’être un engagement international» et rappelle que son cabinet travaille à finaliser les textes exigés par les bailleurs, en particulier le projet de loi sur la «fuite financière». Dans ses déclarations, il souligne que l’accord avec les institutions financières internationales est perçu comme une «étape essentielle» pour restaurer la stabilité économique et financière du pays, condition nécessaire à toute négociation sérieuse sur le front sud.

Au-delà des nuances, un élément ressort donc clairement: la triade institutionnelle ne présente plus la guerre comme un horizon. Elle tente d’articuler son discours autour d’un binôme «résistance sur le terrain – négociation politique», en renvoyant la confrontation militaire au passé et en mettant en avant l’idée d’un cadre de pourparlers strictement borné par la souveraineté et la récupération des droits.

La séquence Legendre: un test de cohésion interne

La tournée récente d’une responsable française chargée du dossier du Proche-Orient a servi de révélateur de cette cohésion affichée. La diplomate a visité successivement Baabda, Ain el-Tiné et le Grand Sérail, puis le ministère des Affaires étrangères.

Selon des informations publiées sur le compte rendu de ces entretiens, elle a posé aux trois présidences une série de questions directes sur la «sérieux» de la proposition de négociation et sur l’ampleur des divisions internes à ce sujet. Les réponses, rapportées de manière convergente, ont affirmé qu’«il n’y a pas de gêne interne sur ce dossier» et qu’«il existe un accord entre les trois présidents» pour explorer une «formule de négociation indirecte».

Toujours selon cette version, les interlocuteurs libanais ont renvoyé la balle à leurs partenaires: ils auraient invité la visiteuse à «aller à Tel-Aviv et à Washington» pour obtenir un accord sur un mécanisme de règlement des questions en suspens par des moyens diplomatiques, dans le cadre d’un respect mutuel de l’accord de cessation des hostilités. Si un tel cadre était accepté par la partie adverse, affirment-ils, «elle trouverait un partenaire libanais» pour une négociation à définir. La difficulté est présentée comme étant «chez l’autre partie, pas au Liban».

En parallèle, la même émissaire a transmis au chef de l’État les salutations du président français et la promesse de «poursuivre l’aide au Liban», notamment à travers deux conférences consacrées à la reconstruction et au soutien de l’armée. Elle a assuré que son pays «travaillera à consolider la stabilité au Sud et à activer le mécanisme» chargé de superviser l’accord de cessez-le-feu. 

À Ain el-Tiné, la tonalité a été plus critique. Des sources rapportent que le président de la Chambre a exprimé son «mécontentement» devant l’absence de rôle efficace de ce mécanisme et l’incapacité des parrains à contraindre Israël à respecter le cessez-le-feu. Il aurait souligné que l’accord est ouvertement violé et qu’aucune mesure n’est prise pour sanctionner ces manquements.

Au Grand Sérail, enfin, la discussion a porté davantage sur les réformes économiques. La visiteuse a réaffirmé le «soutien» de son pays aux efforts du gouvernement pour avancer dans les négociations avec les institutions financières internationales et a rappelé que l’accord attendu est considéré comme une étape clé pour retrouver la stabilité économique. De son côté, le chef du gouvernement a insisté sur la dimension «nationale» de ces réformes, en les présentant comme un choix interne, et non comme une simple réponse à des injonctions externes.

Cette séquence dessine une image paradoxale. Vers l’extérieur, les trois présidences ont tenu à afficher un front commun sur le principe de la négociation, au moment même où elles exposaient à leur visiteuse leurs réserves sur l’efficacité des outils censés encadrer le cessez-le-feu et sur la lenteur de ses parrains à imposer son respect.

Le «mécanisme», entre outil de pression et symbole d’impuissance

Dans le discours présidentiel, le «mécanisme» mis en place pour surveiller l’application de l’accord de cessation des hostilités n’est pas seulement un organe technique. Le chef de l’État le présente comme l’une des instances «qui peuvent parrainer» un processus de négociation, à condition que les parrains internationaux soutiennent cette démarche et que l’ennemi accepte de s’y engager.

Dans ses réponses à la visiteuse française, il rappelle que ce qui empêche l’armée d’achever son déploiement au sud du Litani «jusqu’aux frontières internationales», ce n’est pas un refus libanais, mais la poursuite de l’occupation de terres et la multiplication des actes hostiles, en contradiction avec l’accord du 27 novembre 2024. Il affirme que l’institution militaire applique «avec précision» les instructions reçues, malgré les campagnes menées pour discréditer son action.

Cette mise au point vise deux cibles: l’ennemi, accusé de ne pas respecter l’accord; et certains milieux étrangers, soupçonnés de reprendre à leur compte le récit d’une armée passive. En plaçant le mécanisme au cœur de son argumentaire, le président cherche à démontrer que l’État dispose déjà d’un cadre de travail pour la phase politique, dès lors que les conditions régionales le permettraient.

Le président du Parlement, lui, aborde le même dossier sous un autre angle. Selon le compte rendu de sa rencontre avec la responsable française, il insiste sur la réalité des agressions répétées contre les villages du Sud et reproche aux parrains occidentaux de ne pas utiliser le mécanisme pour mettre un terme à ces violations. Dans sa lecture, l’outil existe, mais il est paralysé par la réticence des acteurs internationaux à imposer des contraintes à l’ennemi.

Le chef du gouvernement se situe sur une ligne intermédiaire. En recevant la même interlocutrice, il insiste sur la nécessité de stabiliser la scène intérieure par des réformes économiques, considérant que l’activation du mécanisme et la reprise d’un véritable processus politique dépendent aussi de la capacité de l’État à restaurer une forme de crédibilité financière. Dans son discours, les réformes et la négociation se nourrissent mutuellement: sans économie stabilisée, le pays ne peut pas soutenir le coût politique d’un processus de long terme; sans cadre de cessez-le-feu crédible, aucun investissement international ne sera durable.

Au final, le «mécanisme» devient l’un des principaux points d’articulation du triangle institutionnel. Pour la présidence, c’est un levier possible de négociation. Pour la présidence de la Chambre, c’est surtout le symbole d’une impuissance internationale à contraindre l’ennemi. Pour la présidence du Conseil, c’est un maillon dans une chaîne plus large où le rétablissement de l’État et la stabilisation de l’économie conditionnent l’efficacité de toute architecture de sécurité.

Consensus au sommet, scepticisme à l’extérieur

Si les trois présidences tentent de convaincre leurs partenaires qu’il n’y a «pas de gêne interne» autour du choix de la négociation, les réactions extérieures demeurent prudentes. Un article souligne ainsi que l’initiative présidentielle, qui entérine implicitement le principe de pourparlers avec l’ennemi, n’a suscité «aucune réaction ni commentaire» de la part de ce dernier, ce qui alimente de nombreuses interrogations sur les raisons de ce silence.

D’après un autre texte, la plupart des capitales arabes et européennes se sont également gardées de réagir publiquement, une réserve interprétée comme le signe qu’elles jugent les conditions internes libanaises «non mûres pour une négociation réelle» et doutent de la capacité d’un éventuel accord à être appliqué tant que les divisions internes et la question des armes non étatiques restent pendantes.

Sur le plan régional, certains observateurs estiment qu’Israël et plusieurs capitales étrangères attendent un «autre Liban» avant d’envisager un processus sérieux, c’est-à-dire un pays où l’État exercerait un contrôle total sur le territoire et les armes. Ce décalage entre l’affichage d’un consensus interne et la perception extérieure crée une zone grise dans laquelle la mobilisation du triangle Aoun–Berri–Salam ne garantit pas, à elle seule, l’ouverture d’une véritable séquence de négociation.

Les textes publiés insistent aussi sur un point de méthode. Selon des analyses relayées dans la presse, certains milieux américains envisageraient une approche plus stricte vis-à-vis de toute initiative libanaise, en posant comme préalable une clarification du rapport entre l’État et les acteurs armés non étatiques. Dans cette optique, le discours du président sur la négociation est scruté à travers le prisme du rapport de forces interne, et non seulement à partir de la bonne volonté affichée par les institutions.

Entre ouverture diplomatique et lignes rouges internes

À l’intérieur, le choix de la négociation est lui-même encadré par des lignes rouges. Un long article consacré au discours présidentiel souligne que celui-ci exclut explicitement la guerre comme option, mais se refuse tout autant à envisager un désarmement imposé par la confrontation interne. L’idée de «vainqueur et vaincu» au sein du pays est rejetée; la priorité est donnée à l’unité nationale et à l’évitement de scénarios de guerre civile, même dans le cadre d’un débat sur la monopolisation de la force armée par l’État.

Dans cette grille de lecture, la négociation n’est pas la couverture d’un projet de recomposition interne, mais un outil pour obtenir un retrait ennemi, la libération des prisonniers et le lancement de la reconstruction, sans remettre immédiatement en cause l’équilibre actuel des armes. 

Parallèlement, des sources politiques rappellent que si le rapport de forces militaire a permis de briser certaines ambitions régionales, il ne s’est pas traduit par une levée du blocus politique et financier qui frappe le pays. Dans ce contexte, la négociation est présentée comme un moyen de transformer la supériorité militaire relative de la résistance sur le terrain en gains politiques concrets, sans accepter pour autant la logique de «capitulation» que l’ennemi chercherait à imposer.

Les mêmes sources ajoutent que le président du Parlement et le chef du gouvernement «refusent de négocier sous le feu des bombardements», c’est-à-dire dans des conditions où l’ennemi continuerait d’utiliser la force pour améliorer sa position avant ou pendant les pourparlers. Ils rejettent l’idée d’une négociation dictée par les frappes, soulignant que tout processus sérieux suppose un minimum de respect de l’accord de cessation des hostilités et de ses mécanismes.

Cartes internes, relais externes: ce que peut encore le triangle institutionnel

À court terme, le triangle Aoun–Berri–Salam dispose de plusieurs leviers. Le premier est la consolidation du message de cohésion interne. Devant les émissaires étrangers, les trois présidences répètent que «la difficulté n’est pas au Liban» et qu’en cas de feu vert international, elles seront capables de présenter un interlocuteur unifié pour un format de négociation indirecte.

Le second levier concerne l’armée. Le chef de l’État insiste sur la montée en puissance programmée de l’institution au Sud, rappelant qu’elle doit porter son effectif à dix mille soldats dans la zone d’opérations à la fin de l’année et qu’elle assume déjà des tâches complexes sur l’ensemble du territoire, de la lutte contre le terrorisme à la protection du front intérieur. En liant le soutien international à l’armée et la perspective d’un retrait progressif des forces étrangères, la présidence tente de convaincre ses partenaires que le pays sera en mesure de tenir un éventuel accord sur le terrain.

Le troisième levier est économique. Le chef du gouvernement présente l’accord en cours de négociation avec les institutions financières internationales comme une étape indispensable pour restaurer la crédibilité de l’État et reconstruire la confiance des partenaires. Pour lui, un pays capable de présenter un budget soutenable, de réformer son système bancaire et de réduire le déficit est plus à même de négocier sur ses frontières et sa sécurité sans être perçu comme un État fragile ou dépendant.

Enfin, un dernier levier se joue dans la relation avec les parrains de l’accord de cessez-le-feu. Plusieurs textes rappellent que le président mise sur le soutien de certaines capitales, notamment européennes et américaines, pour donner du poids à sa proposition de négociation, en considérant que leur appui à un processus encadré pourrait fournir le «couvert» politique nécessaire pour résister aux pressions de l’ennemi et de ses alliés.

Reste que ces cartes ne se jouent pas dans le vide. La poursuite des frappes au Sud, les hésitations des parrains internationaux et le scepticisme d’une partie des acteurs régionaux rendent incertaine la transformation du consensus affiché par le triangle institutionnel en processus de négociation effectif. Les textes parus le 14 novembre 2025 décrivent un pays où la décision politique de «choisir la négociation» a été prise au sommet, mais où la réalité militaire, diplomatique et économique continue de tester, jour après jour, la capacité du triangle Aoun–Berri–Salam à imposer ce choix sur une scène régionale qui ne lui est pas acquise.

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