Dans un discours prononcé le 26 janvier 2026 lors d’un rassemblement de solidarité avec la République islamique d’Iran, tenu au complexe Sayyed al-Chouhada dans la banlieue sud de Beyrouth, le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naim Qassem, a affirmé que toute agression contre l’Iran risquerait d’enflammer l’ensemble de la région. Cette déclaration intervient au moment où les tensions entre Washington et Téhéran atteignent un nouveau pic, avec l’envoi d’une importante flotte américaine vers le Golfe persique et des menaces explicites du président Donald Trump contre le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. Devant une foule nombreuse, Qassem a souligné la position non neutre de son organisation face à un tel scénario, tout en précisant que les détails d’une éventuelle intervention seraient dictés par les circonstances de la bataille.
Le rassemblement, organisé en soutien à l’Iran face aux « sabotages et menaces américano-sionistes », selon les termes des organisateurs, a vu des milliers de partisans du Hezbollah se rassembler dans plusieurs bastions de l’organisation au Liban, notamment dans la banlieue sud de Beyrouth et à Nabatiyeh. Des écrans géants diffusaient le discours de Qassem, prononcé en direct sur la chaîne Al-Manar, affiliée au parti. Les participants brandissaient des portraits de l’ayatollah Khamenei et des drapeaux iraniens, scandant des slogans comme « Labbaik ya Khamenei » (À ton service, ô Khamenei). Cette mobilisation survient alors que l’Iran fait face à une vague de protestations internes réprimées, avec des bilans officiels faisant état de plus de 3 000 victimes, dont une majorité de civils, selon des rapports gouvernementaux iraniens. Qassem a qualifié ces troubles de manipulation étrangère, accusant les États-Unis et Israël d’infiltrer des manifestations légitimes pour semer le chaos.
Le secrétaire général du Hezbollah a ouvert son intervention par une congratulation religieuse, coïncidant avec le mois de Cha’ban, qu’il a décrit comme un mois de bénédictions et de naissances des imams chiites, dont l’imam Hussein le 3 Cha’ban, Abou al-Fadl al-Abbas le 4, l’imam Zayn al-Abidin le 5, et l’imam al-Mahdi le 15. Il a présenté ce mois comme une préparation spirituelle au Ramadan, renforçant la foi et la résistance face aux défis. Cette introduction ancre le discours dans un cadre théologique, reliant la solidarité politique avec l’Iran à une vision spirituelle plus large.
La place du guide suprême dans la doctrine du Hezbollah
Qassem a longuement exposé la position de l’ayatollah Khamenei dans la vision du Hezbollah, le qualifiant de « wali al-faqih » (gardien du juriste), successeur spirituel de l’imam Khomeini et représentant du douzième imam chiite pendant sa période d’occultation. Il a rappelé que le prophète Mahomet a apporté un message divin complet, suivi par les imams, et que, en l’absence de l’imam al-Mahdi, les savants religieux assument cette guidance. « L’imam Khamenei est notre leader, celui qui légitime nos positions face aux défis et nos responsabilités religieuses », a-t-il déclaré. Il a insisté sur le fait que les actions du Hezbollah, y compris la résistance armée, nécessitent une autorisation religieuse du wali, soulignant que « nos sangs ne peuvent être versés sans un mandat légitime ».
Cette allégeance n’est pas géographiquement limitée à l’Iran, selon Qassem, mais s’étend à tous les musulmans suivant cette lignée idéologique. Il a illustré cela par une anecdote datant de 2008, lors d’une discussion autour de son livre « Société de la résistance », où un universitaire chrétien avait critiqué cet attachement comme un lien extérieur au Liban. Qassem a rétorqué que cet engagement est idéologique, spirituel et éthique, renforçant le patriotisme libanais. « C’est grâce à ce lien que nous agissons avec une moralité élevée, que notre résistance est efficace et que nous restaurons la dignité du Liban », a-t-il expliqué. Il a ajouté que menacer Khamenei équivaut à menacer des millions de fidèles à travers le monde, rendant l’assassinat potentiel un acte déstabilisant pour la région et au-delà.
Les menaces américaines et la posture défensive du Hezbollah
Le discours de Qassem intervient dans un contexte de montée des tensions américano-iraniennes. Le 22 janvier 2026, le président Trump a annoncé l’envoi d’une « grande armada » vers l’Iran, incluant un porte-avions et un groupe de frappe de missiles guidés, en réponse à la répression des manifestations en Iran, où des groupes de défense des droits humains estiment le nombre de morts à plusieurs milliers. Trump a déclaré à bord d’Air Force One que les États-Unis surveillent l’Iran et que cette présence militaire sert de mesure préventive, tout en espérant éviter un conflit. Des officiels iraniens, dont le ministre des Affaires étrangères, ont qualifié cela de provocation, avertissant que toute agression entraînerait des conséquences graves.
Qassem a directement répondu à ces menaces, affirmant que le Hezbollah considère toute attaque contre Khamenei comme une agression contre lui-même. « Quand Trump menace le leader, il menace des dizaines de millions qui le suivent », a-t-il dit. Il a évoqué des intermédiaires qui, au cours des deux derniers mois, ont sondé le Hezbollah sur une possible neutralité en cas de guerre contre l’Iran. La réponse, selon lui, est claire : l’organisation n’est pas neutre, bien que les modalités d’intervention dépendent des circonstances. « Nous sommes ciblés par cette agression potentielle et déterminés à nous défendre », a-t-il martelé, citant un verset coranique pour encourager la résistance : « Ceux à qui l’on disait : Les gens se sont coalisés contre vous, craignez-les. Mais cela accrut leur foi, et ils dirent : Allah nous suffit ; Il est notre meilleur garant. »
Il a rejeté les accusations de déséquilibre des forces, arguant que la défense ne requiert pas la parité mais vise à empêcher l’ennemi d’atteindre ses objectifs. Qassem a accusé les États-Unis de vouloir coloniser le monde, citant des exemples comme les pressions sur le Venezuela, le Groenland, le Canada et l’Europe, sous prétexte de sécurité nationale. Il a appelé à un mouvement mondial pour contrer cette hégémonie, déclarant : « Il est temps de dire stop à l’Amérique. »
Le parcours historique de la République islamique face aux sanctions
Qassem a retracé l’histoire de la République islamique depuis sa fondation en 1979, la présentant comme un modèle d’indépendance ni orientale ni occidentale, défiant à la fois les États-Unis et l’ex-Union soviétique. Il a rappelé que dès les premiers jours, Washington a cherché à la déstabiliser, voyant en elle une inspiration pour les opprimés et un obstacle aux projets comme les accords de Camp David de 1978. La guerre imposée par l’Irak de 1980 à 1988, soutenue par l’Occident et l’Orient, a coûté des millions de vies mais n’a pas fait plier l’Iran.
Il a mentionné les 47 années de sanctions et d’embargo économique imposés par les États-Unis et l’Occident, qui n’ont pas empêché l’Iran de progresser scientifiquement, socialement et culturellement. Qassem a salué la résilience iranienne face à une récente agression de 12 jours en 2025, impliquant des forces américaines et israéliennes, repoussée grâce à l’unité populaire, aux Gardiens de la Révolution et aux forces de sécurité sous la direction de Khamenei. Il a accusé les troubles internes récents d’être orchestrés par des agents étrangers, avec des bilans officiels iraniens rapportant 3 117 victimes, dont 590 saboteurs, et des destructions de mosquées, banques et institutions publiques.
Selon Qassem, ces événements révèlent le soutien américain et israélien aux émeutiers sous couvert de défense des droits humains, contrastant avec les millions d’Iraniens qui ont manifesté en soutien à leur leadership, comme les trois millions à Téhéran seul. Il a défendu le droit de l’Iran à un programme nucléaire pacifique, à une force balistique défensive et à soutenir les opprimés, accusant Washington de lier le Liban, Gaza, la Syrie et l’Iran dans un projet colonial unique visant à écraser toute résistance.
Les dynamiques régionales et les implications pour le Liban
Au Liban, Qassem a décrit les pressions américaines et israéliennes comme une combinaison de menaces militaires et de manipulations politiques, visant à forcer une soumission. Il a révélé que des intermédiaires ont questionné le Hezbollah sur une intervention potentielle en cas d’attaque contre l’Iran, indiquant que les États-Unis et Israël évaluent des scénarios incluant des frappes séquentielles ou simultanées contre le parti et Téhéran. « Ils nous ont placés dans tous les cas de figure », a-t-il dit, affirmant que face à une agression indifférenciée, le Hezbollah choisira sa réponse en temps voulu, mais sans neutralité.
Il a défendu la position du parti comme patriotique, contrastant avec ceux qui, selon lui, vendent le Liban à une tutelle américano-israélienne. Qassem a rappelé les quatre décennies de résistance qui ont restauré l’indépendance et la dignité du Liban, face à des plans visant à l’intégrer à Israël. Il a invoqué des figures comme le martyr Hassan Nasrallah et d’autres, ainsi que les familles des combattants, pour souligner l’engagement avec l’honneur et la libération des terres.



