mardi, février 24, 2026

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Nés d’un même sol, racontés comme autres: comment l’effondrement civilisationnel de Canaan a enfanté Israël

Par Bernard Raymond Jabre

This article was done in French then translated into English. The English version is edited just after the French one.

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Dans un premier temps, nous avions montré que le peuple hébreux n’avait pas conquis la terre de Canaan, contrairement aux dires du récit biblique de l’Ancien Testament, et quel’archéologie ainsi que la génétique avaient montré une continuité absolue entre le peuplehébreux et le peuple cananéen. Le peuple hébreux faisant partie du peuple cananéen.


(Haber et al., 2017; Finkelstein & Silberman, 2001)

Il s’agit maintenant de voir pourquoi une partie du peuple cananéen a décidé de sortir de l’ancien monde polytheiste et de s’inventer un nouveau récit monothéiste. Que s’est il passé pour que soudainement il y eut un passage de cananéens du polytheisme au judaisme? Quels sont les évènements qui ont pu mené à cela?

Il arrive qu’un peuple ne naisse pas d’une conquête, mais d’un effondrement. Non pas d’un déplacement massif, mais d’un monde qui ne tient plus. L’histoire d’Israël ancien commence là : non dans l’arrivée d’un autre peuple sur une terre étrangère, mais dans la dislocation d’un ordre ancien, cananéen, déjà fissuré.

Si les Hébreux émergent du même substrat humain que les autres populations de Canaan, si aucune rupture démographique majeure ne vient étayer l’idée d’une invasion, alors la vraie question n’est plus : qui est arrivé ? Elle devient : qu’est-ce qui s’est effondré, au point de rendre nécessaire un nouveau récit de soi ?

Un monde qui s’écroule sans bataille décisive

Vers la fin du XIIIᵉ siècle avant notre ère, le monde cananéen entre dans une crise profonde. Les grandes cités – Hazor, Megiddo, Lakish, Beth-Shéan – ne tombent pas toutes sous les coups d’un ennemi unique. Elles se contractent, se vident, se dégradent. Certaines brûlent, d’autres dépérissent lentement. Le phénomène est étendu, mais inégal, presque capricieux : ici une destruction franche, là une longue agonie. Cela ne ressemble pas à une conquête. Cela ressemble à un épuisement. (Cline, 2021; Knapp & Manning, 2016)

Ce qui cède n’est pas seulement une série de villes. C’est un système de civilisation.

L’effondrement systémique de l’âge du Bronze

Canaan appartenait à un monde profondément interconnecté : Égypte, Anatolie hittite, Chypre, Méditerranée mycénienne, Mésopotamie. Le cuivre et l’étain circulaient, les céréales, les armes, les scribes, les mercenaires aussi. Le système tenait par des équilibres fragiles : commerce à longue distance, élites palatiales, temples redistributeurs, routes sûres.

Quand cet équilibre se rompt, tout rompt avec lui.

Plusieurs facteurs se conjuguent, sans qu’aucun ne suffise à lui seul. Une longue phase de sécheresse fragilise l’agriculture : les récoltes diminuent, les famines s’installent, les populations se déplacent à l’intérieur même du territoire. La raréfaction des ressources durcit les tensions sociales. Au même moment, les routes commerciales s’enrayent : l’étain devient plus rare, les échanges maritimes sont perturbés, les circuits qui nourrissaient les palais et justifiaient leur existence cessent d’alimenter la machine. Les scribes se taisent parce que le monde qu’ils administraient se décompose ; les entrepôts se vident ; les armées ne sont plus payées. (Kaniewski et al., 2013; Kaniewski, Van Campo & Weiss, 2015; Cline, 2021)

S’ajoute à cela une crise politique régionale : le royaume hittite s’effondre, l’Égypte, affaiblie à la fin du Nouvel Empire, se replie. Les cités cananéennes, longtemps vassales ou protégées, se retrouvent soudain exposées. Un vide se crée — et, dans les vides, tout devient possible : rivalités internes, violences opportunistes, reconfigurations. (Cline, 2021; Liverani, 2014)

Dans ce chaos surgissent aussi des mouvements de populations déracinées, souvent regroupées sous le nom de « Peuples de la mer ». Le terme, lui-même, dit notre difficulté : on aimerait une armée unifiée, une cause simple. Mais il s’agit plutôt de groupes disloqués, fuyant famines et effondrements ailleurs, parfois pillant, parfois s’installant, souvent errant. Ils accélèrent la déstabilisation sans en être l’origine unique. (Cline, 2021)

Et pourtant, le plus profond n’est pas là.

La crise interne : quand l’ancien monde perd sa légitimité

Le modèle cananéen est un modèle de cités-États hiérarchisées : rois, palais, temples, cultes polythéistes étroitement liés à la prospérité urbaine. Quand les dieux des cités n’assurent plus la protection, quand les temples ne garantissent plus l’ordre, quand les rois disparaissent avec leurs palais, la crise devient plus qu’économique ou militaire : elle devient une crise de sens.

Le monde ancien cesse d’être crédible.

Les élites urbaines tombent les premières : administrations, systèmes de redistribution, monumentalités. Le peuple, lui, ne s’évapore pas. Il se déplace. Il se replie. Il s’adapte. Les campagnes et les hautes terres deviennent des refuges. Là, hors du contrôle des anciens pouvoirs, naissent des communautés plus petites, plus sobres, moins dépendantes d’un centre. Ce déplacement n’est pas seulement une fuite : c’est une recomposition.

C’est dans cet espace, laissé ouvert par la chute des cités, que surgit Israël — non comme un conquérant, mais comme une réponse. (Finkelstein & Silberman, 2001; Dever, 2003; Lemche, 1998)

Israël comme réponse : un Dieu sans palais

Dans un monde où les institutions s’écroulent, un Dieu lié à un temple fixe, à un palais, à une capitale, devient soudain moins plausible qu’un Dieu qui accompagne une vie en marche. Un Dieu unique, sans image, sans palais, sans roi sacralisé, devient pensable précisément parce que l’ancien ordre sacré a failli. Le monothéisme naissant n’apparaît plus alors comme une abstraction théologique, mais comme une critique radicale du monde ancien : une manière de dire que le sacré ne doit plus être captif des puissances visibles.

On comprend aussi autrement la forme même de cette foi : un Dieu qui marche avec un peuple, un Dieu portable, correspond à une société qui n’a plus de centre assuré, plus d’empire, plus de garanties.

Pourquoi se raconter comme venant d’ailleurs ?

Reste une question : si Israël émerge d’une recomposition interne à Canaan, pourquoi se raconter comme issu d’une sortie d’Égypte et d’une conquête ?

Parce qu’un effondrement ne suffit pas à fonder une identité. Une ruine ne rassemble pas. Pour tenir, un peuple doit transformer la crise en récit, la dispersion en origine, la fragilité en sens. (Ricoeur, 1983)

Le récit biblique condense des transformations lentes en événements symboliques : l’Exode rassemble des déplacements multiples en une délivrance unique ; la conquête transforme une réoccupation progressive en acte fondateur. Le récit ne décrit pas simplement l’histoire : il lui donne un axe, une cohérence, une direction. (Ricoeur, 1983)

Et c’est ici que l’on touche à un point délicat.

La violence n’est pas archéologique, elle est narrative

On a longtemps cherché la violence dans le sol — dans les couches brûlées, dans les murs effondrés — comme si la terre allait confirmer une scène unique. Mais le sol est têtu : il parle plutôt d’une crise systémique, d’un monde qui se défait, d’une société qui se recompose.

La violence la plus décisive n’est pas dans la pierre. Elle est dans la parole.

Car le récit biblique introduit une grammaire puissante : la terre est prise parce qu’elle est donnée. Et dès que la possession est justifiée par le don, elle échappe à la discussion. Le récit quitte le registre du symbole pour entrer dans celui du droit divin — un droit qui tend à supplanter le droit coutumier, le droit de la force, le droit des familles, le droit du sang, et même le droit des voisins. Les autres — ceux qui habitaient déjà la terre, ceux qui en partageaient les usages — cessent d’être des voisins ; ils deviennent des figures, des signes de l’ancien monde à dépasser. (Ricoeur, 1983)

Le danger commence lorsque cette grammaire symbolique est prise à la lettre : lorsqu’un récit de survie devient titre de propriété, lorsque la théologie d’un effondrement se transforme en justification d’effacement réel. Alors le mythe devient cadastre ; la promesse devient frontière ; l’élection devient exclusion.

Lire cela ne revient pas à « accuser » un texte ancien. Cela revient à rappeler une responsabilité contemporaine : aucune tradition ne gagne à transformer ses images fondatrices en armes contre la Vie.

Passer par le Néant (du monde) pour accéder à l’Être de la Vie

Il faut passer par le Néant pour accéder à l’Être. Cette phrase n’est pas une maxime décorative ; elle dit une expérience : celle d’un monde qui s’effondre et, dans cet effondrement, la découverte de ce qui demeure.

Pendant des siècles, le monde cananéen s’était confondu avec ses formes visibles : cités, temples, rois, alliances, prospérité. Le monde apparaissait comme l’Être. Puis tout cède. Et ce qui se révèle, ce n’est pas seulement la fragilité d’un système politique, mais une vérité plus vertigineuse : le monde était contingent. Il pouvait tomber. Il pouvait devenir néant.

Mais au cœur même de cet anéantissement, quelque chose résiste : la Vie.

Quand les villes tombent, la Vie continue. Quand les dieux se taisent, la Vie souffre, espère, marche, enfante. Quand les institutions s’effacent, la Vie persiste dans les corps, dans la faim, dans la peur, dans l’attachement, dans la mémoire. La Vie ne dépend pas du monde pour être.

C’est ici que la pensée de Michel Henry devient décisive : la Vie ne se confond pas avec le monde. Le monde est l’ordre de la visibilité, des institutions, des puissances, des formes objectivées. La Vie, elle, est ce qui s’éprouve soi-même, dans l’immanence la plus radicale. Elle ne se voit pas ; elle se sent. Elle ne se montre pas ; elle s’auto-affecte.(Henry, 1963; Henry, 1990)

Quand le monde tient, la Vie peut rester recouverte, captée par les temples, par les rois, par les mythes, par tout ce qui prétend parler à sa place. Mais quand tout s’effondre, la Vie se retrouve seule avec elle-même. Elle ne peut plus déléguer son sens à des médiations visibles. Elle est contrainte de revenir à sa source.

C’est dans cette nudité que devient pensable un Dieu sans image, sans palais, sans capitale : non pas un Dieu plus abstrait, mais un Dieu plus proche — un Dieu qui ne se donne pas d’abord à voir, mais qui se donne à éprouver, au cœur même de la fragilité.(Henry, 1996; Henry, 2004)

Et pourtant, la Vie ne peut demeurer longtemps sans langage. Elle ne peut rester à l’état de pure épreuve muette. Pour survivre, se transmettre, se reconnaître, elle a besoin d’un récit — non pour reconstruire l’ancien monde, mais pour empêcher la Vie de se perdre à nouveau dans des formes mortes. Exode, Alliance, Loi : non comme archives de conquête, mais comme gestes de sauvegarde, comme mémoire intérieure d’une vérité éprouvée.

Une continuité humaine, un monde brisé

C’est peut-être cela, au fond, que l’archéologie et la génétique disent ensemble, chacune à leur manière : le peuple demeure, le monde s’effondre. Les Cananéens ne disparaissent pas ; ils survivent autrement. Israël ancien n’est pas une négation de Canaan, mais l’une de ses métamorphoses possibles — une manière pour la Vie de répondre à la ruine d’un monde. (Haber et al., 2017)

Conclusion : quand tout s’effondre, l’Être demeure

Les peuples naissent souvent là où les empires meurent. L’effondrement des cités cananéennes n’a pas créé un vide ; il a ouvert un espace. Un espace où une humanité ancienne a tenté de se redire, de se refonder, de continuer autrement.

Canaan n’a pas été conquis. Il a été épuisé, brisé, puis réinterprété.

Et peut-être faut-il entendre, dans cette histoire lointaine, une leçon qui traverse les siècles : ce ne sont pas les peuples qui disparaissent, ce sont les systèmes qui se brisent. La Vie, elle, cherche toujours un autre langage pour continuer. Quand tout s’effondre, il ne reste pas rien. Il reste l’Être. Et l’Être est vivant. Yahvé ou Yahoua en arabe n’est-ilpas la traduction de « Celui qui EST » ?

Bibliographie 

Effondrement de l’âge du Bronze & Canaan

• Cline, E. H. (2021). 1177 B.C.: The year civilization collapsed (Revised and updated ed.). Princeton University Press.
Pages pertinentes : Introduction pp. 1–12 ; ch. 1–2 pp. 13–68 ; ch. 3–5 pp. 69–166 ; conclusion pp. 181–188.

• Cline, E. H. (2014). 1177 B.C.: The year civilization collapsed. Princeton UniversityPress.
Pages pertinentes : pp. 1–285 (ouvrage de synthèse).

• Knapp, A. B., & Manning, S. W. (2016). Crisis in context: The end of the LateBronze Age in the eastern Mediterranean. American Journal of Archaeology, 120(1), 99–149.
Pages pertinentes : pp. 102–125 (effondrement systémique), pp. 132–145 (Levant et Canaan).

• Kaniewski, D., Van Campo, E., & Weiss, H. (2015). Drought and societal collapse 3200 years ago in the Eastern Mediterranean: A review. WIREs Climate Change, 6(4), 369–382.
Pages pertinentes : pp. 370–378.

• Kaniewski, D., Van Campo, E., Guiot, J., Le Burel, S., Otto, T., & Baeteman, C. (2013). Environmental roots of the Late Bronze Age crisis. PLOS ONE, 8(8), e71004.
Pages pertinentes : article intégral (non paginé).

• Liverani, M. (2014). The ancient Near East: History, society and economy. Routledge.
Pages pertinentes : pp. 365–420 (fin de l’âge du Bronze et systèmes palatiaux).

Origines d’Israël & continuité cananéenne

• Finkelstein, I., & Silberman, N. A. (2001). The Bible unearthed: Archaeology’s new vision of ancient Israel and the origin of its sacred texts. Free Press.
Pages pertinentes : pp. 39–74 ; pp. 105–123 ; pp. 127–151.

• Dever, W. G. (2003). Who were the early Israelites and where did they come from?Eerdmans.
Pages pertinentes : pp. 45–122 ; pp. 181–237.

• Lemche, N. P. (1998). The Israelites in history and tradition. Westminster John Knox Press.
Pages pertinentes : pp. 23–67 ; pp. 129–165.

• Thompson, T. L. (1999). The mythic past: Biblical archaeology and the myth of Israel. Basic Books.
Pages pertinentes : pp. 1–56 ; pp. 141–187.

Génétique et continuité humaine levantine

• Haber, M., Doumet-Serhal, C., Scheib, C. L., Xue, Y., Danecek, P., et al. (2017). Continuity and admixture in the last five millennia of Levantine history fromancient Canaanite and present-day Lebanese genome sequences. The American Journal of Human Genetics, 101(2), 274–282.
Pages pertinentes : pp. 274–279.

Philosophie, effondrement et Vie

• Henry, M. (1963). L’essence de la manifestation. PUF.
Pages pertinentes : pp. 3–52 ; pp. 281–330.

• Henry, M. (1990). Phénoménologie matérielle. PUF.
Pages pertinentes : pp. 13–64 ; pp. 115–147.

• Henry, M. (1996). C’est moi la Vérité. Pour une philosophie du christianisme. Seuil.
Pages pertinentes : pp. 21–58 ; pp. 109–156.

• Henry, M. (2004). Paroles du Christ. Seuil.
Pages pertinentes : pp. 9–44 ; pp. 85–112.

• Ricoeur, P. (1983). Temps et récit, Tome I. Seuil.
Pages pertinentes : pp. 52–87 ; pp. 152–190 (récit et identité).

Sitographie détaillée

Article de Bernard Raymond Jabre

• Jabre, B. R. (2026). Canaan n’a jamais été conquis par le peuple hébreux : Sidon, l’ADN et l’effondrement d’un récit de remplacementLibnanews.
URL :
https://libnanews.com/canaan-na-jamais-ete-conquis-par-le-peuple-hebreux-sidon-ladn-et-leffondrement-dun-recit-de-remplacement/
(Article non paginé – temps de lecture estimé : 7–8 minutes)

Articles et ressources en ligne

•  Cline, E. H. (2015). 1177 BC: The collapse of civilizations and the rise of ancientIsrael and Philistia. Bible Interpretation.
https://bibleinterp.arizona.edu/articles/2015/01/cli398005

•  Kaniewski, D. et al. (2013). Environmental roots of the Late Bronze Age crisis. PLOS ONE.
https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0071004

•  Haber, M. et al. (2017). Ancient Canaanite DNA and modern Levantines. Cell Press / AJHG.
https://www.cell.com/ajhg/fulltext/S0002-9297(17)30276-8

•  Finkelstein, I. (2013). The archaeology of the Israelite settlement. Tel Aviv University(lectures & papers).
https://www.tau.ac.il/~finkel/

•  Wikipedia contributors. Canaan.
Sections consultées : “Late Bronze Age”, “Bronze Age collapse”, “Archaeology”.
https://en.wikipedia.org/wiki/Canaan

Born from the Same SoilTold as Other: How the Civilizational Collapse of Canaan Gave Birth to Israel

By Bernard Raymond Jabre

In a first stage, we demonstrated that the Hebrew people did not conquer the land of Canaan, contrary to the claims of the biblical narrative of the Old Testament, and thatboth archaeology and genetics have established an absolute continuity between the Hebrew people and the Canaanite population. The Hebrew people were in fact part of the Canaanite people. (See Jabre, B.R., 2026, Libnanews sitography:https://libnanews.com/canaan-na-jamais-ete-conquis-par-le-peuple-hebreux-sidon-ladn-et-leffondrement-dun-recit-de-remplacement/(Haber et al., 2017; Finkelstein & Silberman, 2001)

The question now is to understand why a segment of the Canaanite population chose to break away from the ancient polytheistic world and to construct a new monotheisticnarrative. What occurred that led some Canaanites to move from polytheism to Judaism?What events may have brought about such a transformation ?

A people sometimes does not emerge from conquest, but from collapse. Not from a mass migration, but from a world that can no longer hold. The story of early Israel beginsthere: not with the arrival of a foreign nation on alien ground, but with the disintegrationof an older order—Canaanite, already cracked, already losing its coherence.

If the Hebrews arose from the same human substratum as other populations of Canaan, if no major demographic rupture supports the idea of an invasion, then the central question is no longer, Who arrived? It becomes: What collapsed so thoroughly that a new narrative of self became necessary?

A World Falling Apart Without a Decisive Battle

Toward the end of the thirteenth century BCE, the Canaanite world enters a profoundcrisis. The great cities—Hazor, Megiddo, Lachish, Beth-Shean—do not all fall under the blows of a single enemy. They shrink, empty out, deteriorate. Some burn; others wasteaway slowly. The pattern is wide-ranging, uneven, almost erratic: here an abrupt destruction, there a long agony. This does not resemble a conquest. It resemblesexhaustion. (Cline, 2021; Knapp & Manning, 2016)

What gives way is not merely a series of cities. It is an entire civilizational system.

The Systemic Collapse of the Late Bronze Age

Canaan belonged to a deeply interconnected world: Egypt, Hittite Anatolia, Cyprus, the Mycenaean Mediterranean, Mesopotamia. Copper and tin circulated, as did grain, weapons, scribes, and mercenaries. The system held together through fragile equilibria:long-distance trade, palace elites, redistributive temples, secure routes.

When that balance breaks, everything breaks with it.

Multiple forces converge, none sufficient on its own. A prolonged phase of droughtweakens agriculture: harvests decline, famines settle in, populations move within the land itself. Scarcity hardens social tensions. At the same time, trade routes falter: tin becomesrarer, maritime exchanges are disrupted, and the circuits that sustained palatial economies—and justified their very existence—stop feeding the machine. Scribes fall silent becausethe world they administered is decomposing; warehouses empty; armies go unpaid.(Kaniewski et al., 2013; Kaniewski, Van Campo & Weiss, 2015; Cline, 2021)

On top of this comes a regional political crisis: the Hittite kingdom collapses; Egypt, weakened at the end of the New Kingdom, turns inward. Canaanite city-states, long vassalized or protected, are suddenly exposed. A vacuum opens—and in vacuums, anything becomes possible: internal rivalries, opportunistic violence, improvisedreconfigurations. (Cline, 2021; Liverani, 2014)

In this turbulence, one also encounters movements of uprooted populations often groupedunder the label “Sea Peoples.” The very term reveals our temptation: we would prefer a unified army, a simple cause. But what appears instead are dislocated groups fleeingfamine and collapse elsewhere—sometimes raiding, sometimes settling, often wandering. They accelerate destabilization without being its single origin. (Cline, 2021)

And yet the deepest rupture lies elsewhere.

The Inner Crisis: When the Old World Loses Legitimacy

The Canaanite model is that of hierarchical city-states: kings, palaces, temples, polytheistic cults tightly bound to urban prosperity. When the gods of the cities no longer ensure protection, when temples no longer guarantee order, when kings vanish with theirpalaces, the crisis becomes more than economic or military—it becomes a crisis of meaning.

The old world ceases to be credible.

Urban elites fall first: administrations, redistributive systems, monumental structures. The people do not evaporate. They move, withdraw, adapt. Countrysides and highlands become refuges. There, beyond the reach of the old powers, smaller, more austerecommunities take shape—less dependent on a center. This movement is not merely flight;it is recomposition. (Finkelstein & Silberman, 2001; Dever, 2003)

It is within this open space—left by the fall of the cities—that Israel emerges, not as a conqueror, but as a response.

Israel as Response: A God Without a Palace

In a world where institutions collapse, a God tied to a fixed temple, a palace, a capital suddenly becomes less plausible than a God who accompanies life on the move. A single God—without image, without palace, without sacralized king—becomes thinkableprecisely because the old sacred order has failed. Emerging monotheism no longer appears as a theological abstraction but as a radical critique of the old world: a way of saying that the sacred must not remain captive to visible powers.

One also understands differently the very form of this faith: a God who walks with a people—a portable God—corresponds to a society with no secure center, no empire, no guarantees.

Why Tell the Story as Coming from Elsewhere?

A question remains: if Israel arises from an internal recomposition within Canaan, whynarrate itself as born from an Exodus out of Egypt and a conquest?

Because collapse alone does not found an identity. Ruins do not gather a people. To endure, a community must transform crisis into narrative, dispersion into origin, fragilityinto meaning. (Ricoeur, 1983)

The biblical story condenses slow transformations into symbolic events: the Exodus gathers multiple displacements into a single deliverance; conquest turns a gradualreoccupation into a founding act. The narrative does not merely describe history—it givesit an axis, a coherence, a direction. (Ricoeur, 1983)

And here we touch something delicate.

Violence Is Not Archaeological; It Is Narrative

For a long time, violence was sought in the ground—in burned layers, collapsed walls—as though the earth would confirm one decisive scene. But the soil is stubborn: it speaksmore readily of systemic crisis, of a world coming undone, of a society recomposingitself.

The most decisive violence is not in stone. It is in speech.

For the biblical narrative introduces a powerful grammar: the land is taken because it is given. And the moment possession is justified by gift, it escapes discussion. The narrative leaves the register of symbol and enters the register of divine right—a right that tends to displace customary law, the law of force, the law of families, the law of blood, even the law of neighbors. The others—those who already inhabited the land, those who shared its uses—cease to be neighbors; they become figures, signs of an old world to be surpassed.(Ricoeur, 1983)

The danger begins when this symbolic grammar is read literally: when a survivalnarrative becomes a property deed, when a theology of collapse becomes a justification for real erasure. Then myth becomes cadastral record; promise becomes border; electionbecomes exclusion.

To read this is not to “accuse” an ancient text. It is to recall a contemporaryresponsibility: no tradition gains by turning its founding images into weapons againstLife.

Passing Through Nothingness to Reach Being

One must pass through Nothingness to reach Being. This sentence is not decorative; itnames an experience: that of a world collapsing and, within that collapse, the discoveryof what remains.

For centuries, the Canaanite world had been identified with its visible forms: cities, temples, kings, alliances, prosperity. The world appeared as Being itself. Then everythinggives way. What is revealed is not only the fragility of a political system but a more vertiginous truth: the world was contingent. It could fall. It could become nothing.

Yet at the heart of this undoing, something resists: Life.

When cities fall, Life continues. When gods fall silent, Life suffers, hopes, walks, givesbirth. When institutions fade, Life persists in bodies, in hunger, in fear, in attachment, in memory. Life does not depend on the world in order to be.

Here the thought of Michel Henry becomes decisive: Life does not coincide with the world. The world is the order of visibility—institutions, powers, objectified forms. Life, by contrast, is what experiences itself in the most radical immanence. It is not seen; it isfelt. It does not display itself; it self-affects. (Henry, 1963; Henry, 1990)

While the world stands, Life can remain covered over—captured by temples, kings, myths, and by everything that claims to speak in its place. But when everything collapses, Life finds itself alone with itself. It can no longer delegate its meaning to visible mediations. It is forced back to its source.

It is in this nakedness that a God without image, without palace, without capital becomesthinkable—not a more abstract God, but a nearer one: a God not first given to sight, but given to experience, at the very heart of fragility. (Henry, 1996; Henry, 2004)

And yet Life cannot remain long without language. It cannot stay in the state of mute ordeal. To survive, to be transmitted, to recognize itself, it needs a narrative—not to rebuild the old world, but to prevent Life from losing itself again in dead forms. Exodus, Covenant, Law: not as archives of conquest, but as gestures of safeguarding, as an innermemory of an experienced truth.

Human Continuity, a Shattered World

Perhaps this is what archaeology and genetics say together, each in its own way: the people remain, the world collapses. The Canaanites do not disappear; they survive otherwise. Early Israel is not the negation of Canaan, but one of its possible metamorphoses—a way for Life to answer the ruin of a world. (Haber et al., 2017)

Conclusion : When Everything Collapses, Being Remains

Peoples are often born where empires die. The collapse of the Canaanite cities did not create a void; it opened a space—a space in which an ancient humanity tried to speakitself again, to refound itself, to continue otherwise.

Canaan was not conquered. It was exhausted, broken, and then reinterpreted.

And perhaps one must hear, in this distant history, a lesson that crosses the centuries: it isnot peoples that vanish, but systems that break. Life, for its part, is always searching for another language in order to continue. When everything collapses, nothing is not whatremains. Being remains. And Being is alive. Isn’t Yahweh, or Yahoua in Arabic, the translation of “He Who Is”?

Bibliography

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Webography

Article by Bernard Raymond Jabre

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https://libnanews.com/canaan-na-jamais-ete-conquis-par-le-peuple-hebreux-sidon-ladn-et-leffondrement-dun-recit-de-remplacement/
(Not paginated; estimated reading time 7–8 minutes.)

Online Articles and Resources

• Cline, E. H. (2015). 1177 BC: The collapse of civilizations and the rise of ancientIsrael and Philistia. Bible Interpretation.
https://bibleinterp.arizona.edu/articles/2015/01/cli398005

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https://www.cell.com/ajhg/fulltext/S0002-9297(17)30276-8

• Finkelstein, I. (2013). The archaeology of the Israelite settlement. Tel Aviv University (lectures & papers).
https://www.tau.ac.il/~finkel/

• Wikipedia contributors. Canaan.
Sections consulted: “Late Bronze Age,” “Bronze Age collapse,” “Archaeology.”
https://en.wikipedia.org/wiki/Canaan

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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