Un président de la Chambre en retrait stratégique
Dans un climat politique tendu et sous une pression diplomatique croissante, Nabih Berri, président de la Chambre des députés, a choisi une ligne mesurée, en rupture avec la polarisation ambiante. Ses déclarations, faites en privé selon des sources parlementaires, traduisent une stratégie de temporisation. Il aurait ainsi affirmé : « Le moment est trop critique pour improviser. Une démarche concertée est indispensable pour éviter les dérapages. »
Par cette phrase, Berri expose un refus clair de s’inscrire dans la spirale des réponses impulsives. Alors que certains responsables politiques optent pour des positions tranchées, il adopte une attitude de prudence. Cette retenue n’est pas inédite dans son parcours. Elle témoigne d’une constance dans sa manière de gérer les crises nationales, préférant la négociation à l’affrontement direct.
Cette posture vise également à préserver l’autorité du Parlement dans une phase où l’exécutif et les influences extérieures dictent de plus en plus l’agenda politique. En évitant l’exposition médiatique immédiate, Berri laisse entendre que le temps du dialogue n’est pas clos, mais qu’il doit se dérouler selon des règles définies par les acteurs libanais eux-mêmes.
Une initiative de dialogue pour anticiper les fractures
Dans cette optique de maîtrise du calendrier politique, Nabih Berri envisage d’initier une rencontre nationale d’ici la fin du mois. Cette démarche viserait à « trouver une base commune pour le traitement du dossier sécuritaire », selon des propos rapportés en interne. Cette initiative s’inscrit dans une tradition de médiation qu’il a maintenue tout au long de sa carrière, notamment lors de crises précédentes comme les dialogues interlibanais de Doha ou les consultations nationales en période de vide présidentiel.
Le but affiché est d’endiguer la montée des tensions en ramenant les parties prenantes à une table commune. Cette stratégie de prévention cherche à contourner les mécanismes d’escalade propre aux confrontations directes, tout en maintenant l’initiative politique entre les mains des institutions locales. Berri tente ici de répondre à la fois à la fragmentation de la scène intérieure et aux attentes extérieures croissantes qui s’expriment via des pressions diplomatiques.
Cette approche suppose l’acceptation par les principaux blocs politiques d’une forme de mise en commun temporaire des préoccupations sécuritaires. Le format envisagé ne relève ni d’un sommet de crise, ni d’une conférence internationale, mais d’un cadre libanais de mise en dialogue, dans la continuité de la philosophie institutionnelle défendue par le président de la Chambre.
“Ni provocation, ni soumission” : équilibre comme principe
La phrase « Ni provocation, ni soumission. La stabilité doit rester la priorité. » résume la ligne directrice que Nabih Berri défend face à l’intensification des injonctions sécuritaires. Cette déclaration affirme une posture d’équilibre qui refuse à la fois l’adhésion automatique aux exigences extérieures et la tentation d’un repli défensif. Elle positionne la stabilité comme bien suprême dans un contexte où l’État se débat avec des crises multiples.
Ce principe de modération active se traduit par des choix concrets. Berri aurait ainsi décidé de retarder certains projets de loi susceptibles d’attiser la tension, préférant maintenir une forme de gel tactique sur les sujets les plus sensibles. Il multiplie par ailleurs les échanges informels avec les chefs de blocs, dans l’objectif de désamorcer des ruptures potentielles sans recourir à des arbitrages publics trop précoces.
Cette approche vise à consolider le rôle de pivot que la présidence de la Chambre a toujours joué dans les équilibres institutionnels. Berri mise sur une lecture pragmatique de la stabilité, perçue non comme une absence de conflit, mais comme un équilibre entre contradictions contenues. Il ne s’agit pas d’éviter le débat sur le désarmement ou les enjeux régionaux, mais de les inscrire dans un processus gérable par les institutions, loin des clivages binaires.
Pressions diplomatiques : entre clarification et gestion collective
Les pressions exercées par plusieurs chancelleries étrangères ont été évoquées comme un facteur déterminant dans la prise de parole de Nabih Berri. D’après des sources parlementaires, plusieurs ambassades auraient adressé des messages au président de la Chambre, lui demandant de clarifier la position du Parlement sur le désarmement et la réponse à la note américaine transmise au gouvernement. Sa réponse, rapportée dans les échanges internes, aurait été claire : « Nous déciderons ensemble. Rien ne sera fait unilatéralement. »
Par cette formule, Berri réaffirme la légitimité d’une démarche collective, dans un cadre national. Il exprime un refus d’être instrumentalisé dans une logique de pression extérieure, insistant sur l’importance de préserver l’autonomie décisionnelle des institutions libanaises. Cela traduit également un effort de contrôle narratif : le Parlement ne parlera pas sous pression, mais à l’issue d’une concertation interne.
Cette ligne de conduite s’inscrit dans une tradition diplomatique que Berri a longtemps entretenue : être à la fois accessible aux partenaires internationaux et vigilant face aux tentatives d’immixtion. En plaçant le processus de décision sous la bannière de l’unanimité ou du moins du consensus, il cherche à ralentir le rythme imposé par l’extérieur, tout en maintenant un canal de communication actif.
Le Parlement comme chambre de décompression
En choisissant de se positionner ainsi, Nabih Berri transforme le Parlement en un espace de canalisation des tensions plutôt qu’en une arène de confrontation. Dans une période où les institutions sont soumises à des forces centrifuges, il semble vouloir restaurer une fonction de stabilisation par le dialogue et la temporisation. Le rôle qu’il entend jouer dépasse celui de législateur pour embrasser celui de modérateur structurel.
Cette fonction se manifeste par la gestion du calendrier parlementaire : certaines sessions sont suspendues, d’autres limitées à des sujets de faible conflictualité. Ce filtrage vise à éviter que les désaccords profonds ne se transforment en blocages institutionnels ou en provocations publiques. En agissant ainsi, Berri donne au Parlement une fonction régulatrice, absorbant les tensions plutôt que les amplifiant.
Il multiplie également les contacts transversaux entre les blocs, parfois en dehors du cadre officiel, pour sonder les lignes de fracture et les zones de compromis potentielles. Cette diplomatie discrète participe à une gestion différenciée du temps politique : elle permet de contenir l’urgence imposée par les discours extérieurs, sans ignorer les enjeux.
Dans cette séquence, Nabih Berri réaffirme la centralité du Parlement comme espace de formulation lente des réponses nationales. Il oppose à la précipitation sécuritaire une logique d’élaboration collective, où la priorité est donnée à la prévention plutôt qu’à la réaction.



