Les tensions au Sud-Liban ont atteint un niveau critique ce mercredi 2 octobre 2024, alors que les affrontements entre les forces israéliennes et le Hezbollah se sont intensifiés sur plusieurs fronts. Les combats, marqués par des attaques meurtrières et des frappes aériennes répétées, ont causé de lourdes pertes humaines, tant chez les militaires que chez les civils, en particulier parmi les secouristes, alors que le Hezbollah revendique la destruction de 3 tanks israéliens.
Massacre à Aitaroun : Des secouristes ciblés en plein sauvetage
Vers midi, un massacre a eu lieu dans la petite ville d’Aitaroun, située près de la frontière israélienne, lorsque des avions de combat israéliens ont lancé une série de frappes sur un centre de l’Autorité islamique de la santé. Ce centre servait de base pour des équipes de secouristes locales chargées de fournir des soins d’urgence et d’évacuer les blessés civils. Lors de l’attaque, six secouristes ont perdu la vie, tandis qu’un autre est toujours porté disparu sous les décombres.
Les victimes, identifiées comme Ghassan Youssef Mustafa, Hussein Muhammad Awaza, Abbas Khalil Hammadi, Youssef Abbas Al-Sayed, Haider Ali Abbas Baydoun et Hussein Ali Abbas Baydoun, travaillaient à sauver des vies lorsque les frappes ont réduit le bâtiment en ruines. Les efforts pour retrouver le corps du secouriste disparu se poursuivent, mais les conditions sur le terrain rendent les opérations extrêmement dangereuses. Cette attaque a provoqué une vague d’indignation dans tout le Liban, le ciblage de secouristes étant considéré comme une grave violation des lois internationales.
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Peu après cette attaque, une autre frappe israélienne a ciblé la ville voisine de Meifdoun dans la région de Nabatiyeh, aggravant encore la situation humanitaire dans cette zone déjà durement touchée. Les raids se sont poursuivis tout au long de la journée, touchant plusieurs villages et provoquant des déplacements massifs de populations civiles.
Intensification des combats et pertes militaires israéliennes
Les combats au sol se sont également intensifiés dans plusieurs localités du Sud-Liban, notamment à Maroun al-Ras, Kafr Kila et Adaisseh, où les forces israéliennes et les combattants du Hezbollah se sont affrontés dans des échanges de tirs nourris. Le Hezbollah a revendiqué la destruction de plusieurs véhicules militaires israéliens, dont trois chars Merkava, lors de ces combats. En réponse, Israël a intensifié ses frappes aériennes et ses tirs d’artillerie, ciblant des positions présumées du Hezbollah et des infrastructures civiles dans la région.
L’armée israélienne a également reconnu la mort de sept de ses soldats au cours de ces affrontements, portant à huit le nombre total de militaires israéliens tués au cours de la journée. Parmi les unités les plus touchées figure l’unité d’élite ‘Egoz’, spécialisée dans les missions de reconnaissance et de combat en terrain difficile. Des soldats de cette unité ainsi que de la Brigade Golani ont été gravement blessés lors de violents accrochages avec les forces du Hezbollah. Les blessés ont été évacués vers l’hôpital Ziv de Safed, où 39 soldats ont été admis en raison de blessures subies au cours de la journée.
Les combats dans la zone de Maroun al-Ras, l’un des points chauds du conflit, se sont intensifiés avec des tirs de roquettes du Hezbollah et des frappes de missiles israéliens, causant des pertes humaines des deux côtés. Selon des sources militaires, les combats se sont déroulés dans des conditions extrêmement difficiles, notamment en raison de la nature accidentée du terrain et des conditions météorologiques défavorables, qui ont limité les mouvements des troupes au sol.
Impacts des frappes aériennes israéliennes sur les civils et les infrastructures
Les frappes aériennes israéliennes n’ont pas seulement ciblé les positions militaires du Hezbollah, mais ont également causé des dégâts considérables aux infrastructures civiles dans plusieurs villes du Sud-Liban. En plus des raids sur Aitaroun et Meifdoun, les localités de Kafr Kila, Maroun al-Ras, et même des zones plus éloignées comme la région de Baalbek, dans l’est du Liban, ont été lourdement bombardées.
À Baalbek, des raids israéliens ont ciblé les villes de Shamshtar et Kafrdan, provoquant des explosions et des incendies dans les zones touchées. Des frappes aériennes ont également eu lieu dans la ville de Hermel, près de la frontière syrienne, augmentant les craintes d’une extension du conflit à d’autres parties du Liban. Le Hezbollah, de son côté, a riposté en lançant des salves de roquettes vers des localités du nord d’Israël, obligeant les résidents de plusieurs villes à se réfugier dans des abris anti-bombes.
Selon les autorités israéliennes, environ 40 roquettes ont été tirées depuis le Sud-Liban vers la région de Safed, dans le nord d’Israël, déclenchant des sirènes d’alerte dans plusieurs villes. Les frappes israéliennes ont également visé des zones situées à l’extérieur de la capitale Beyrouth, notamment dans la banlieue sud, où des raids intensifs ont été menés au cours des dernières 48 heures.
Ces frappes ont gravement endommagé plusieurs bâtiments et ont provoqué des coupures d’électricité dans certaines zones, aggravant encore la situation humanitaire déjà précaire. Les hôpitaux de la région sont débordés, et l’accès aux soins est de plus en plus difficile pour les civils touchés par les bombardements.
Réactions politiques et diplomatiques au Liban
Face à cette escalade, le Premier ministre libanais, Najib Mikati, a appelé à l’unité nationale et à une réponse commune pour faire face à l’agression israélienne. Lors d’une réunion à Ain el-Tiné avec le président de la Chambre Nabih Berri et l’ancien chef du Parti socialiste progressiste Walid Jumblatt, Mikati a réaffirmé l’importance de la mise en œuvre intégrale de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui appelle à un cessez-le-feu et à la démilitarisation de la zone située au sud du fleuve Litani.
Mikati a également insisté sur la nécessité pour le Liban de sortir de la crise politique actuelle en élisant rapidement un président consensuel, capable de stabiliser la situation et de renforcer l’autorité de l’État face aux défis posés par le conflit. Il a appelé toutes les factions politiques à privilégier le dialogue et à s’abstenir de toute action qui pourrait aggraver les divisions internes du pays. Selon lui, « il est essentiel de préserver l’unité nationale en ces temps difficiles », tout en demandant à la communauté internationale de jouer un rôle plus actif dans la résolution du conflit.
Le président Nabih Berri a quant à lui exprimé son soutien à un retour aux termes de la résolution 1701, tout en soulignant l’importance de protéger la souveraineté libanaise face à ce qu’il a qualifié d' »agression injustifiée » d’Israël. Il a également réitéré son engagement à trouver une issue à la crise politique qui paralyse le pays depuis plusieurs mois, en appelant à l’élection rapide d’un nouveau président.
Implications internationales et appels à la désescalade
Sur le plan international, la situation au Sud-Liban a suscité une vague de réactions. La France a fermement condamné les opérations militaires israéliennes au Liban et a demandé leur arrêt immédiat. Le président Emmanuel Macron a réuni d’urgence le Conseil de défense et de sécurité pour discuter de la situation au Moyen-Orient, réaffirmant l’engagement de la France à œuvrer pour la stabilité régionale. Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, devrait se rendre à nouveau dans la région dans les prochains jours pour tenter de relancer les efforts diplomatiques.
L’ONU a également pris des mesures pour tenter de mettre fin à l’escalade. Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a convoqué une réunion d’urgence du Conseil de sécurité pour discuter de la situation au Liban et des récents développements au Moyen-Orient. Lors de cette réunion, Guterres a exprimé son inquiétude quant à l’aggravation des combats et à leur impact sur les populations civiles. Il a appelé à un cessez-le-feu immédiat et à une mise en œuvre stricte de la résolution 1701.
L’administration américaine a, quant à elle, réaffirmé son soutien à Israël tout en appelant à la retenue et à la protection des civils. Le secrétaire à la Défense des États-Unis, Lloyd Austin, a déclaré que les États-Unis étaient prêts à intervenir pour protéger leurs intérêts dans la région et soutenir Israël dans sa lutte contre le Hezbollah, mais a également mis en garde contre une escalade incontrôlable du conflit.
Bilan humanitaire et perspectives
Alors que la journée touche à sa fin, les perspectives de désescalade restent incertaines. Les affrontements se poursuivent dans plusieurs régions du Sud-Liban, les deux camps étant détermin
és à ne pas céder de terrain. Le Hezbollah, qui a intensifié ses attaques contre les forces israéliennes, a affirmé que ces dernières représailles ne sont que « le début » d’une réponse plus large. De son côté, Israël maintient la pression avec des frappes aériennes continues et des mouvements de troupes au sol.
Les populations civiles des deux côtés de la frontière subissent les conséquences directes de cette escalade. Au Liban, des milliers de personnes ont fui leurs foyers dans les zones les plus touchées, cherchant refuge dans des centres d’hébergement improvisés ou auprès de familles et d’amis dans des régions plus sûres. Les infrastructures essentielles, telles que les hôpitaux, les routes et les services publics, sont sous une pression immense, exacerbée par les frappes continues et les pénuries croissantes de nourriture, de carburant et de médicaments.
En Israël, la population du nord vit sous la menace constante des tirs de roquettes et des incursions transfrontalières, tandis que les forces de sécurité tentent de maintenir le contrôle sur les zones les plus proches de la frontière. Le gouvernement israélien a intensifié ses mesures de sécurité, notamment en ordonnant des évacuations dans certaines localités et en renforçant les défenses aériennes.
Les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de mettre fin à cette spirale de violence, mais la situation sur le terrain demeure hautement volatile. Les prochaines heures seront cruciales pour déterminer si un cessez-le-feu peut être atteint ou si la région basculera dans un conflit encore plus destructeur.



