Une impasse politique sans fin ?
Le Liban est plongé dans une crise institutionnelle majeure, marquée par un vide présidentiel qui dure depuis plus de deux ans. Alors que les factions politiques échouent à trouver un consensus sur un candidat, les observateurs anticipent que ce blocage pourrait perdurer bien au-delà des échéances prévues, aggravant une situation déjà critique sur le plan économique et social.
Un contexte politique fragmenté
La diversité politique du Liban, qui repose sur un système confessionnel complexe, constitue l’un des principaux obstacles à une résolution rapide. Nida’ Al-Watan (14 décembre 2024) souligne que les différents blocs parlementaires restent profondément divisés entre ceux qui soutiennent un candidat proche du Hezbollah, comme Sleiman Frangieh, et ceux qui préfèrent une figure indépendante comme Joseph Aoun. Ces divergences reflètent des alliances confessionnelles et géopolitiques qui exacerbent la méfiance entre les camps.
La polarisation alimentée par des influences régionales
La politique libanaise est indissociable des dynamiques régionales. Al-Akhbar (14 décembre 2024) analyse que l’Arabie saoudite, l’Iran, et dans une moindre mesure la France et les États-Unis, exercent une pression importante sur les partis locaux pour garantir un candidat favorable à leurs intérêts. Cette ingérence renforce la polarisation, chaque faction hésitant à céder de terrain de peur de perdre son influence sur la scène régionale.
La stratégie d’obstruction au Parlement
Depuis plusieurs sessions parlementaires, aucune majorité qualifiée n’a été atteinte pour élire un président. Al-Sharq Al-Awsat (14 décembre 2024) rapporte que cette stratégie d’obstruction, menée par des blocs comme celui des Forces libanaises dirigées par Samir Geagea, vise à bloquer tout candidat affilié au Hezbollah. De leur côté, les alliés du Hezbollah refusent de soutenir un candidat perçu comme hostile à leurs intérêts, accentuant le blocage institutionnel.
L’absence d’un compromis autour de Joseph Aoun
Considéré comme une figure neutre, Joseph Aoun, commandant en chef de l’armée libanaise, est vu par certains comme une solution de compromis. Cependant, Al-Quds Al-Arabi (14 décembre 2024) note que ses soutiens sont fragmentés. Bien que le Qatar et la France aient manifesté un intérêt pour sa candidature, des partis locaux craignent qu’il ne devienne un président trop dépendant des institutions sécuritaires, ce qui limiterait sa capacité à répondre aux attentes sociales et économiques.
Un coût politique et social croissant
L’absence de président paralyse la prise de décisions essentielles, notamment en matière de réformes économiques. Al-Liwaa (14 décembre 2024) met en avant l’impossibilité pour le Parlement de voter des lois cruciales, comme celles relatives au contrôle des capitaux ou à la restructuration bancaire. Ce vide institutionnel aggrave la crise de confiance des citoyens envers leurs dirigeants, alimentant les tensions sociales et les appels à des manifestations.
Les enjeux géopolitiques liés à la Syrie
La chute récente de Bachar al-Assad en Syrie ajoute une nouvelle dimension au blocage présidentiel. Ad-Diyar (14 décembre 2024) analyse que cet événement fragilise l’axe Hezbollah-Iran, ce qui pousse certains blocs pro-iraniens à redoubler d’efforts pour imposer un président favorable à leurs intérêts. D’un autre côté, les forces d’opposition voient dans cette conjoncture une opportunité pour reconfigurer les équilibres de pouvoir au Liban, ce qui contribue à retarder encore l’élection.
Les scénarios pour les mois à venir
Face à cette impasse, plusieurs scénarios sont envisagés :
Un prolongement de l’intérim gouvernemental : Selon Nida’ Al-Watan (14 décembre 2024), le Premier ministre par intérim, Najib Mikati, pourrait continuer à assumer une partie des fonctions présidentielles, bien que cette solution soit vivement critiquée pour son manque de légitimité constitutionnelle.
Une intervention extérieure accrue : Des pays comme la France et le Qatar pourraient intensifier leur médiation pour imposer un compromis, comme ce fut le cas lors de l’accord de Doha en 2008 (Al-Araby Al-Jadid, 14 décembre 2024).
Un blocage prolongé : Si aucun consensus n’est trouvé, le Liban pourrait rester sans président pendant encore plusieurs mois, voire des années, ce qui aggraverait les crises actuelles.



