Un aveu d’impuissance face à la crise bancaire
Un haut responsable bancaire libanais a récemment déclaré, sous couvert d’anonymat, « Nous ne pouvons pas absorber toutes les pertes du système financier ». Cette affirmation révèle l’ampleur du désastre bancaire au Liban, où les banques, autrefois l’un des piliers de l’économie, sont aujourd’hui au bord de la faillite. Depuis 2019, le système financier est effondré, avec des milliards de dollars de dépôts bloqués et une crise de liquidité qui empêche toute relance économique.
Cette déclaration met en lumière les responsabilités des banques, qui ont massivement investi dans la dette publique au lieu de diversifier leurs actifs, contribuant ainsi à l’effondrement du secteur. Désormais, alors que les pertes cumulées dépassent 72 milliards de dollars, la question se pose : qui paiera la facture de ce désastre financier ?
Le contexte de la crise bancaire libanaise
Depuis des décennies, le modèle économique du Liban reposait sur un secteur bancaire solide, attirant les capitaux étrangers et les dépôts de la diaspora grâce à des taux d’intérêt élevés. Mais ce système s’est révélé une pyramide de Ponzi, où les banques utilisaient les nouveaux dépôts pour financer la dette publique, au lieu d’investir dans l’économie réelle.
Lorsque l’État a cessé de rembourser sa dette en mars 2020, les banques ont perdu leur principale source de revenus, entraînant un effondrement du système financier. Résultat :
- Les déposants n’ont plus accès à leurs fonds, piégés par un contrôle des capitaux imposé illégalement par les banques.
- La livre libanaise s’est effondrée, perdant plus de 98 % de sa valeur en quatre ans.
- Le secteur privé est asphyxié, incapable d’accéder au crédit ou d’assurer ses transactions en devises.
Les responsabilités des banques et de la Banque centrale
1. Un secteur bancaire complice de la crise
Les banques libanaises ont massivement financé la dette publique, à hauteur de plus de 80 milliards de dollars, au lieu de diversifier leurs investissements. Cette dépendance excessive à l’État les a rendu vulnérables, et dès que l’État a fait défaut, elles ont plongé dans la crise.
- 46 % des actions des banques appartiennent à des personnalités politiques, ce qui signifie que les décideurs ont directement profité du système avant qu’il ne s’effondre.
- Les banques ont engrangé d’énormes profits en distribuant des dividendes avant la crise, et aujourd’hui, elles refusent d’assumer leur part des pertes.
2. Une Banque centrale qui a encouragé un système défaillant
La Banque du Liban (BDL) a mis en place des politiques monétaires désastreuses, notamment les « ingénieries financières » qui ont servi à maintenir artificiellement la stabilité du taux de change.
- Ces politiques ont coûté plus de 40 milliards de dollars en pertes.
- Le gouverneur de la BDL, Riad Salamé, est accusé de corruption et d’enrichissement personnel, ayant contribué à masquer l’effondrement du système pendant des années.
Stratégies pour limiter les pertes et protéger les déposants
Face à cet effondrement bancaire, plusieurs scénarios sont envisagés pour répartir les pertes et tenter de réparer les dégâts.
1. Un bail-in des déposants : les épargnants sacrifiés ?
Une partie du plan proposé par le gouvernement prévoit une ponction sur les gros déposants, qui perdraient jusqu’à 75 % de leurs dépôts en dollars pour recapitaliser le système bancaire. Cette solution, qui vise à éviter un effondrement total du secteur, est extrêmement impopulaire.
- Les Libanais perdraient des milliards de dollars, ce qui provoquerait encore plus de colère sociale.
- Ce serait une injustice flagrante, car les déposants sont les victimes et non les responsables de la crise.
2. Une restructuration bancaire : fermeture des banques insolvables
Une autre solution serait de forcer les banques les plus fragiles à fermer, en transférant leurs actifs et leurs passifs vers de nouvelles institutions financières plus solides. Mais cela nécessite une volonté politique forte, ce qui manque au Liban.
- Aucune réforme bancaire sérieuse n’a été menée en quatre ans.
- Les banques refusent de reconnaître leurs pertes et cherchent à faire payer les déposants au lieu d’assumer leurs responsabilités.
3. Une aide internationale conditionnée à des réformes
Le FMI a proposé une assistance financière pour le Liban, mais il exige des réformes profondes du secteur bancaire en échange. Parmi ces réformes :
- La fin du contrôle des capitaux informel et la mise en place d’une loi claire.
- L’unification du taux de change et la fin des pratiques opaques des banques.
- Une restructuration bancaire transparente, qui inclut des contributions des actionnaires et non seulement des déposants.
Peut-on encore sauver le système bancaire libanais ?
Si aucune réforme n’est mise en place, le Liban risque de voir son système financier s’effondrer définitivement, entraînant :
- Un appauvrissement total des classes moyennes et des retraités.
- Une paralysie complète de l’économie faute d’accès au crédit et aux financements.
- Une fuite massive des capitaux et des investissements étrangers, condamnant le Liban à une instabilité économique permanente.
La déclaration du responsable bancaire anonyme, « Nous ne pouvons pas absorber toutes les pertes du système financier », montre bien que les banques refusent de payer la facture de leurs erreurs. Si l’État ne prend pas des mesures drastiques pour réformer le secteur bancaire, ce sont les déposants et les citoyens libanais qui continueront à subir les conséquences de cette faillite organisée.



