Le Liban traverse une crise économique sans précédent depuis 2019, caractérisée par une inflation galopante, une dévaluation massive de la livre libanaise, et une instabilité chronique du système bancaire. Dans un tel contexte, la question de l’augmentation des salaires pour compenser l’effondrement du pouvoir d’achat des Libanais est souvent évoquée. Cependant, cette solution, bien qu’attirante sur le papier, se révèle inefficace, voire destructrice pour le pouvoir d’achat dans les conditions actuelles. Une augmentation salariale dans une économie en crise et sans création de richesse conduit inévitablement à une nouvelle spirale inflationniste, érodant davantage la capacité des ménages à subvenir à leurs besoins.
L’inflation au Liban : un cercle vicieux alimenté par les hausses salariales
Depuis 2019, l’inflation au Liban a atteint des niveaux record, atteignant plus de 180 % en 2023. La dévaluation de la livre libanaise, couplée à l’effondrement du système bancaire, a rendu la situation encore plus difficile, notamment pour les travailleurs dont les salaires sont en livres. À chaque tentative d’augmenter les salaires pour compenser cette perte de pouvoir d’achat, la situation ne fait qu’empirer.
Les différentes augmentations salariales décrétées par le gouvernement au cours des dernières années, notamment celles de 2012 et 2021, ont montré que de telles mesures peuvent avoir des effets désastreux lorsqu’elles ne sont pas accompagnées d’une croissance économique et de gains de productivité. Les augmentations de salaire, sans création de richesse réelle, ne font qu’accroître la demande sur un marché où l’offre de biens et services est limitée, exacerbant ainsi l’inflation.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
| Année | Augmentation salariale (%) | Inflation (%) | Pouvoir d’achat réel (%) |
|---|---|---|---|
| 2010 | 10 % | 6 % | +4 % |
| 2012 | 15 % | 8 % | +7 % |
| 2021 | 30 % | 150 % | -120 % |
| 2023 | 45 % | 180 % | -135 % |
Les chiffres ci-dessus montrent à quel point l’écart entre l’augmentation des salaires et l’inflation s’est creusé au fil du temps, entraînant une érosion du pouvoir d’achat réel. Par exemple, l’augmentation salariale de 30 % en 2021 a été rapidement absorbée par une inflation de 150 %, laissant les ménages avec une perte massive de pouvoir d’achat.
L’impact de l’absence d’un système bancaire crédible
Une des principales raisons pour lesquelles les augmentations salariales sont particulièrement inefficaces au Liban est l’effondrement du système bancaire. En temps normal, les banques jouent un rôle crucial dans l’économie en facilitant l’investissement, en octroyant des crédits et en soutenant l’innovation. Cependant, au Liban, le secteur bancaire, autrefois pilier de l’économie, est en pleine déliquescence. Les pertes colossales des banques, estimées à plus de 70 milliards de dollars en 2023, et l’incapacité du système bancaire à fournir des crédits ont gravement compromis la création de richesse.
L’absence d’un système bancaire fonctionnel signifie que les entreprises, notamment les PME, n’ont plus accès aux capitaux nécessaires pour se développer, embaucher ou investir dans des technologies plus productives. Ce blocage empêche toute relance économique, condamnant le pays à une stagnation prolongée. De plus, sans un système bancaire crédible et fiable, il est impossible d’attirer des investissements étrangers, qui sont essentiels pour redynamiser l’économie et créer des emplois.
| Année | Perte bancaire estimée (milliards USD) | Investissement public et privé (%) | Croissance PIB (%) |
|---|---|---|---|
| 2019 | 44 | 5 % | -1 % |
| 2021 | 60 | 2 % | -25 % |
| 2023 | 70 | 1 % | -5 % |
Le tableau ci-dessus met en évidence l’ampleur des pertes bancaires et la chute drastique des investissements, qui sont passés de 5 % du PIB en 2019 à seulement 1 % en 2023. Sans une réactivation du système bancaire et une recapitalisation des banques, le pays ne pourra pas générer la richesse nécessaire pour soutenir une augmentation des salaires sans provoquer une nouvelle vague d’inflation.
Pourquoi l’augmentation des salaires n’améliore pas le pouvoir d’achat
L’idée que l’augmentation des salaires puisse améliorer le pouvoir d’achat repose sur un postulat erroné dans le cas du Liban actuel. Dans une économie en déclin, avec un taux d’inflation galopant et une dévaluation monétaire incessante, l’augmentation des salaires se traduit par une hausse de la demande de biens et services. Or, l’offre de ces biens est limitée, car le pays dépend largement des importations pour satisfaire ses besoins. Cela crée une pression accrue sur les prix, entraînant une nouvelle hausse de l’inflation.
En effet, l’augmentation des salaires, sans une augmentation concomitante de la productivité et des capacités de production, ne fait qu’aggraver la situation en renforçant la spirale inflationniste. Chaque hausse de salaire est absorbée par une nouvelle vague d’inflation, et le pouvoir d’achat des travailleurs continue de chuter.
Le pouvoir d’achat ne peut être maintenu ou amélioré que dans un contexte où l’augmentation des salaires est compensée par une création de richesse et une croissance économique durable. Cela passe par des investissements dans les infrastructures, les technologies et les secteurs productifs. Cependant, avec un système bancaire en déroute et une économie en récession, le Liban est loin de réunir ces conditions.
Comparaison avec d’autres pays en crise
Si l’on compare la situation du Liban avec d’autres pays ayant traversé des crises économiques similaires, le constat est clair : l’augmentation des salaires seule ne suffit jamais à résoudre les problèmes structurels de l’économie. Prenons l’exemple de l’Argentine, qui a régulièrement fait face à des périodes d’hyperinflation. Là aussi, les augmentations de salaires décrétées par le gouvernement ont souvent exacerbé l’inflation, car elles ont alimenté la demande sans augmenter l’offre de biens et services. Il a fallu des réformes structurelles profondes pour stabiliser l’économie et relancer la croissance.
De même, en Grèce, lors de la crise de la dette en 2008, les augmentations salariales n’ont pas amélioré la situation économique. Ce n’est qu’après des réformes difficiles et une restructuration de la dette que le pays a commencé à voir une reprise économique, avec une amélioration progressive du pouvoir d’achat.
| Pays | Inflation moyenne (%) | Taux d’augmentation salariale | Croissance PIB (%) |
|---|---|---|---|
| Liban | 180 % | 45 % | -5 % |
| Argentine | 85 % | 30 % | -4 % |
| Grèce (2010) | 5 % | 2 % | -8 % |
Pour restaurer le pouvoir d’achat au Liban, il est impératif de comprendre que les augmentations salariales, dans les conditions actuelles, ne feront qu’aggraver l’inflation et détruire encore davantage le pouvoir d’achat. Sans création de richesse, sans augmentation de la productivité et sans réforme profonde du secteur bancaire, le Liban restera piégé dans une spirale inflationniste.
Le rétablissement d’un système bancaire fiable est essentiel pour permettre l’investissement, moteur de la création de richesse. Il est également crucial de stimuler la production locale et de réformer les institutions pour restaurer la confiance des investisseurs. Ce n’est qu’en adoptant une approche globale et structurelle que le Liban pourra sortir de cette crise, restaurer son économie et permettre une véritable amélioration du pouvoir d’achat de ses citoyens.



