jeudi, février 19, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Rapport confidentiel sur les réserves : la Banque du Liban sous tension à 3,5 milliards de dollars

- Advertisement -

La révélation d’un rapport confidentiel remis au Parlement libanais, évoquant des réserves nettes en devises étrangères à un seuil critique de 3,5 milliards de dollars, jette une lumière crue sur les fragilités persistantes de la Banque du Liban. Publiée le 17 septembre 2025 par le quotidien Al Akhbar, cette information, bien que non confirmée officiellement par l’institution monétaire, ravive les interrogations sur la gestion menée par le gouverneur Karim Souaid depuis son entrée en fonction en avril 2025. Dans un pays où la crise économique initiée en 2019 continue de miner la confiance des acteurs économiques, cette érosion des réserves – couvrant à peine deux mois d’importations essentielles – souligne les limites d’une politique monétaire hybride, entre interventions discrètes sur le marché des changes et subventions résiduelles pour les produits de base. Souaid, nommé dans un climat de divisions politiques le 27 mars 2025 par 17 voix sur 24 au Conseil des ministres, défend une approche pragmatique face à des contraintes géopolitiques et internes qui entravent toute stabilisation durable. Ce document parlementaire, remis dans un contexte de négociations stagnantes avec le Fonds monétaire international, met en exergue non seulement les chiffres alarmants, mais aussi les critiques récurrentes sur une gouvernance perçue comme opaque, influencée par des réseaux partisans.

Chute des réserves nettes : un seuil critique qui interroge la trajectoire

Les réserves nettes en devises de la Banque du Liban, indicateur clé de la résilience monétaire du pays, ont connu une trajectoire contrastée au cours de l’année 2025. Au 31 janvier, elles s’élevaient à environ 8,78 milliards de dollars, avant une augmentation de 900 millions de dollars sur les trois premiers mois, portée par des transferts de la diaspora et des recettes fiscales en devises, pour atteindre 9,68 milliards fin avril. Cette embellie, saluée par les analystes comme un signe de stabilisation précaire, s’est toutefois essoufflée dès le printemps. Les interventions répétées de la banque centrale pour soutenir la livre libanaise, couplées à la poursuite des subventions sur les importations vitales, ont accéléré l’érosion des fonds utilisables. Fin août 2025, les actifs en réserves étrangères s’établissaient à 11,67 milliards de dollars, après une baisse de 20,2 millions sur les deux dernières semaines du mois, reflétant une volatilité persistante.

Le rapport confidentiel évoqué par Al Akhbar, daté de septembre 2025 et transmis au Parlement sans détails publics, fixe les réserves nettes à 3,5 milliards de dollars, un niveau bien en deçà des 10 milliards considérés comme minimaux par les experts pour couvrir trois mois d’importations critiques – carburant, médicaments et denrées alimentaires. Ce chiffre, qui contraste avec les réserves brutes estimées à 11,3 milliards mi-juin après une hausse de 189,4 millions, met en lumière la distinction entre actifs totaux et fonds librement disponibles, alourdis par des engagements bancaires et des dettes latentes. « Les réserves nettes utilisables sont le véritable baromètre de la souveraineté monétaire ; à ce niveau, le Liban frôle l’insoutenabilité », déclarait en mars 2025 un responsable du FMI lors d’une mission de collecte d’informations à Beyrouth, soulignant les risques d’une dérive inflationniste si les flux entrants ne se matérialisent pas.

Karim Souaid, qui a pris ses fonctions le 4 avril 2025 après une nomination controversée soutenue par une coalition incluant les forces pro-Aoun et le Hezbollah, avait initialement tablé sur une reconstitution via une politique de resserrement. Lors de sa première réunion avec l’Association des banques du Liban en mai, il annonçait un plan de dégel progressif des dépôts, dissociant les pertes du secteur bancaire – estimées à 76 milliards de dollars – de la dette souveraine. « Nous engageons une restauration méthodique de la confiance, en protégeant les déposants sans alourdir l’État », affirmait-il dans un communiqué officiel. Pourtant, les données de fin août indiquent une stagnation des réserves étrangères à 11,67 milliards, impactées par une fuite continue des capitaux et une dépendance aux rapatriements saisonniers de la diaspora, évalués à 6,7 milliards en 2023 mais en baisse tendancielle.

Le ministère des Finances, dirigé par Yassine Jaber depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam le 8 février 2025, a réagi avec prudence lors d’une session parlementaire le 10 septembre. « La coordination avec la Banque du Liban est impérative pour juguler les pressions sur les réserves ; nous ne pouvons tolérer une érosion qui menace la stabilité sociale », déclarait Jaber, relayé par l’agence nationale d’information. Ce cabinet, composé de 24 ministres dont cinq femmes et respectant les équilibres confessionnels – avec une représentation sunnite accrue à Tripoli et chiite au sud –, avait soumis un budget 2025 équilibré à 445,2 billions de livres libanaises, adopté par décret le 6 mars pour éviter les retards parlementaires. Ce document prévoyait des recettes et dépenses alignées, mais reposait sur des hypothèses de croissance de 4,7 % pour l’année, une projection optimiste revue à la baisse par le FMI en juin 2025 face à la persistance des blocages.

Régime semi-flottant : distorsions et subventions sous surveillance

La politique de change semi-flottant, pilier de la stratégie de Souaid, vise à conférer une flexibilité limitée à la livre libanaise depuis son instauration en 2023, succédant à la parité fixe brisée par la crise de 2019. En septembre 2025, le taux officiel, fixé via la plateforme Sayrafa de la Banque du Liban, oscille autour de 89 500 livres pour un dollar américain, un ancrage maintenu par des interventions discrètes malgré une volatilité sur le marché parallèle flirtant avec 90 500 livres pour les transactions quotidiennes. Cette dualité, complétée par des subventions partielles sur les produits stratégiques, absorbe une part croissante des devises : les allocations pour le carburant et les médicaments représentent environ 20 % des sorties mensuelles, selon des estimations internes citées dans le rapport confidentiel.

Le Fonds monétaire international, dans son rapport d’avril 2025, préconisait une unification des taux pour ancrer les attentes inflationnistes, notant un ralentissement à 15,2 % pour l’année entière, contre 15 % en juin et 15,4 % en août. « Une rigueur accrue dans la gestion des subventions est essentielle pour préserver les réserves utilisables, tout en atténuant les chocs sur les ménages », indiquait le document, soulignant que l’inflation alimentaire avoisine les 20 %, érodant un pouvoir d’achat déjà fragilisé par un salaire minimum équivalent à 30 dollars mensuels. Souaid, lors d’une intervention en juillet 2025 devant des banquiers, rétorquait : « Le semi-flottant est un bouclier temporaire ; abandonner les subventions exposerait des millions à une précarité immédiate. »

Les circulaires intermédiaires 728 et 729, émises le 20 février 2025, illustrent cette tentative d’équilibre. La première ajuste le plafond de retraits mensuels en devises à 250 dollars pour les comptes antérieurs à juin 2023, financés par les réserves obligatoires des banques ; la seconde porte ce montant à 500 dollars pour les dépôts éligibles pré-2019, modifiant la circulaire de base 166. « Ces mesures visent à restaurer l’accès progressif aux fonds gelés, dans un système dollarisé à 99,1 % », expliquait la Banque du Liban dans son annonce, effective dès le 1er mars. Pourtant, ces ajustements n’ont pas enrayé les pénuries récurrentes, particulièrement en Bekaa et au sud, où les files d’attente pour le carburant persistent malgré les rationnements.

Le ministre de l’Énergie et des Eaux, dont le portefeuille fusionné reflète les priorités post-crise du cabinet Salam, a évoqué ces défis lors d’une conférence de presse le 15 septembre 2025. « Les subventions, bien qu’indispensables, drainent nos devises ; nous affinons les allocations pour prioriser les zones vulnérables, en coordination avec la banque centrale », déclarait-il, annonçant un plan de distribution ciblée pour les trois prochains mois. Ce gouvernement, formé le 8 février avec une forte présence du Hezbollah et d’Amal – cinq ministres liés à ces mouvements –, peine à concilier ces besoins immédiats avec les exigences réformatrices, dans un contexte où l’inflation globale reste à 15,4 % en août, selon la Central Administration of Statistics.

Gouvernance opaque : échos d’un clientélisme dénoncé

Les critiques contre Karim Souaid, amplifiées par le rapport confidentiel, portent sur une gouvernance qualifiée de « non orthodoxe », avec des accusations de priorisation des intérêts bancaires sur une réforme structurelle. Nommé le 27 mars 2025 malgré l’opposition du Premier ministre Nawaf Salam, qui plaidait pour un candidat aligné sur l’accord FMI, Souaid est perçu comme un relais des réseaux pro-Aoun, influents dans les nominations confessionnelles. Un encadré anonyme d’un ancien cadre de la banque, publié par Al Akhbar le 17 septembre, dépeint une « désinstitutionnalisation totale » au profit de « réseaux clientélistes », évoquant des décisions influencées par des lobbies partisans plutôt que par des impératifs macroéconomiques.

Depuis avril, Souaid s’est concentré sur la recapitalisation des banques, via un projet de loi déposé le 27 mars instaurant une autorité indépendante dotée du mécanisme de bail-in pour absorber les pertes des actionnaires. « Cette réforme, sans précédent, protège l’État tout en sauvant le secteur vital du crédit », arguait-il lors d’une audition parlementaire en juin 2025. Un audit international de 2024 avait toutefois révélé des irrégularités comptables – doublons dans les actifs et opacité sur les swaps de devises –, sans suites concrètes sous son mandat. La dette publique, projetée à 113 % du PIB fin 2025 par S&P après une révision haussière en août, reste détenue à 84 % par la Banque du Liban et les banques locales, libellée à 98 % en devises étrangères, pour un stock de 27,6 milliards de dollars en 2024.

Le Parlement, fracturé par ses clivages – sunnites dominants à Tripoli, chiites au sud via Amal et Hezbollah –, a convoqué une session extraordinaire le 5 septembre pour examiner ces allégations. « La transparence des réserves n’est pas négociable ; nous exigeons un audit indépendant avant toute allocation supplémentaire », lançait le député sunnite Bahij Tabbara, selon les procès-verbaux officiels. Nawaf Salam, dans une déclaration post-nomination en mars, insistait : « Le gouverneur doit s’aligner sur notre agenda réformateur pour débloquer l’assistance du FMI. » Nasser Saidi, ancien vice-gouverneur, renchérissait en avril : « Confier la restructuration à des acteurs liés à la crise passée est une aberration. »

Tensions régionales : un frein aux flux extérieurs

La vulnérabilité des réserves s’inscrit dans un contexte géopolitique tendu, où les frictions au sud du Litani minent les perspectives d’investissements. Le cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah tient bon, mais des incidents sporadiques – tirs sur des positions de la Force intérimaire des Nations unies au Liban en octobre 2024 – rappellent la fragilité. En juin 2025, le Conseil de sécurité de l’ONU réaffirmait son soutien à la résolution 1701, exigeant le retrait des forces non étatiques et un cessez-le-feu durable. « Le Liban mérite un appui international renforcé pour ses défis économiques, dans le respect des résolutions », déclarait le secrétaire général António Guterres le 11 juin.

Ces dynamiques entravent les négociations avec le FMI, relancées en 2022 pour un plan de 3 milliards de dollars conditionné à une restructuration bancaire et la fin des subventions. Une mission du FMI à Beyrouth fin septembre 2025 place le pays « au pied du mur des réformes », selon des sources internes, avec Souaid insistant sur un consensus politique préalable. La contraction du PIB de 38 % depuis 2019, couplée à une dette à 164,1 % du PIB en 2024 selon le SECO, pèse lourd : les transferts de diaspora, à 33 % du PIB en 2023, soutiennent l’économie informelle, mais les destructions liées aux conflits – 3,4 milliards de dollars évalués par la Banque mondiale en octobre 2024 – aggravent le tableau.

Le ministre des Affaires étrangères, Joe Rajji, nommé en février 2025, évoquait ces enjeux lors d’une réunion arabe en septembre : « La stabilité régionale est le prérequis pour mobiliser les financements ; sans elle, nos réserves resteront captives. »

Répercussions sociales : inflation et précarité au quotidien

L’érosion des réserves se traduit par une pression accrue sur les ménages, avec une inflation projetée à 15,2 % pour 2025 par la Banque mondiale, après 14,44 % en mai et 15 % en juin. L’indice des prix à la consommation montre des hausses de 30,6 % pour l’éducation et 20 % pour l’alimentation, rendant les produits de base inaccessibles pour 80 % de la population sous le seuil de pauvreté, selon des estimations antérieures à la guerre. Le chômage, stable à 30 % en 2023 d’après le Trésor français et l’OIT, touche particulièrement les jeunes à 48 %, avec un taux féminin à 35 % en 2023.

Les subventions partielles, canalisées via les devises de la banque, atténuent partiellement ces chocs : les allocations carburant, priorisées pour les transports publics, ont évité une flambée des prix en août, mais des pénuries locales persistent. L’OIT, dans un rapport de juillet 2025, notait que 33 % des Libanais frôlent la pauvreté absolue, avec des salaires nominaux gelés depuis 2019. Les retraits limités – 250 à 500 dollars mensuels – offrent un répit minimal aux déposants, dont les fonds gelés représentent des économies vitales.

Le cabinet Salam, avec des figures comme Rima Karamé à l’Éducation, déploie des mesures fiscales progressives : une taxe sur les transferts excédantaires, introduite en mars, vise à renflouer les caisses sans alourdir les bas revenus. Yassine Jaber précisait en septembre : « Nos réformes budgétaires intègrent la protection sociale ; la coordination avec la BDL est au cœur de cette stratégie. »

Débats parlementaires : une enquête en suspens

Le rapport confidentiel a catalysé des débats au Parlement, où les blocs confessionnels – sunnites de Tripoli réclamant plus de transparence, chiites du sud défendant la continuité – opposent des visions divergentes. Lors de la session du 5 septembre, des appels à une enquête indépendante sur les opérations de la banque ont été lancés, sans quorum pour une motion immédiate. « Les réserves ne sont pas un fonds privé ; le Parlement doit exercer son rôle de contrôle », insistait un député chrétien, selon les archives officielles.

Souaid, interrogé en juillet lors d’une rencontre avec le secteur bancaire, réaffirmait : « Nos actions visent la restauration de la confiance ; toute opacité alléguée est infondée face aux contraintes réelles. » Une réunion d’urgence du Conseil des ministres, prévue pour le 17 septembre 2025, examinera les recommandations du rapport, avec des pistes pour une publication partielle des comptes. Yassine Jaber ajoutait dans un entretien : « L’interministériel doit primer ; les chiffres bruts ne suffisent pas sans contexte. » Ces échanges, dans un climat de réserves nettes au plus bas, illustrent les tensions entre urgence monétaire et équilibres politiques, où les décisions de la Banque du Liban continuent de modeler les priorités quotidiennes des Libanais.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi