Le Liban traverse une crise économique sans précédent, marquée par une contraction sévère du PIB, une inflation galopante et une dépréciation drastique de la livre libanaise. Face à cette situation, les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres institutions financières sont cruciales pour obtenir une aide financière indispensable. Cependant, ces discussions sont assorties de conditions strictes, notamment en matière de lutte contre la corruption et de renforcement de l’indépendance judiciaire.
Contexte économique actuel
Le produit intérieur brut (PIB) du Liban a connu une chute vertigineuse, passant de 55 milliards de dollars en 2018 à environ 18 milliards de dollars en 2023, soit une contraction de près de 67% en cinq ans. Cette dégradation économique s’accompagne d’une inflation à trois chiffres, alimentée par la dépréciation de la monnaie nationale et l’instabilité politique persistante.
Exigences du FMI et des institutions financières
Le FMI et d’autres bailleurs de fonds internationaux conditionnent leur assistance financière à la mise en œuvre de réformes structurelles visant à restaurer la confiance des investisseurs et de la population. Parmi ces réformes, deux axes majeurs se dégagent :
- Lutte contre la corruption : Le Liban est perçu comme l’un des pays les plus corrompus au monde, avec des pratiques de clientélisme et de népotisme profondément enracinées. Le FMI insiste sur la nécessité de renforcer les dispositifs de gouvernance et de lutte contre la corruption pour regagner la confiance de la population et favoriser une croissance inclusive.
- Indépendance judiciaire : Une justice indépendante est essentielle pour assurer l’application équitable des lois et combattre efficacement la corruption. Le FMI recommande une réforme du cadre juridique et institutionnel pour garantir l’autonomie des magistrats et des institutions judiciaires, à l’abri des ingérences politiques.
Défis à la mise en œuvre des réformes
La mise en œuvre de ces réformes se heurte à plusieurs obstacles :
- Ingérence politique : Les élites politiques, souvent bénéficiaires du système actuel, résistent aux changements susceptibles de réduire leur influence et leurs privilèges.
- Faiblesse institutionnelle : Les institutions libanaises manquent de ressources et de capacités pour mener à bien des réformes d’une telle envergure.
- Contexte socio-économique : La population, déjà éprouvée par la crise économique, pourrait percevoir certaines réformes comme des mesures d’austérité supplémentaires, suscitant des tensions sociales.
Conséquences de l’inaction
L’absence de réformes compromet l’accès à l’aide internationale, essentielle pour stabiliser l’économie. De plus, le maintien du statu quo risque d’aggraver la pauvreté, le chômage et l’exode des compétences, tout en alimentant la méfiance envers les institutions publiques.
Perspectives et recommandations
Pour répondre aux exigences des institutions financières et amorcer une sortie de crise, le Liban pourrait envisager les actions suivantes :
- Création d’une commission nationale indépendante de lutte contre la corruption : Dotée de pouvoirs étendus et de ressources suffisantes, cette commission pourrait enquêter et poursuivre les actes de corruption à tous les niveaux de l’État.
- Réforme du système judiciaire : Garantir la transparence dans les nominations judiciaires, renforcer la formation des magistrats et assurer leur protection contre les pressions politiques.
- Engagement de la société civile : Impliquer les organisations non gouvernementales et les citoyens dans le processus de réforme pour assurer une surveillance indépendante et promouvoir une culture de transparence et de responsabilité.
Les discussions avec le FMI et d’autres institutions financières offrent au Liban une opportunité de mettre en œuvre des réformes structurelles indispensables pour sortir de la crise. La lutte contre la corruption et le renforcement de l’indépendance judiciaire sont des piliers essentiels de ce processus, nécessitant une volonté politique forte et un engagement collectif de l’ensemble de la société libanaise.



