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Rentrée scolaire 2025 au Liban : des milliers d’élèves exclus face à une crise éducative persistante

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La rentrée scolaire 2025 au Liban, officiellement fixée au 15 septembre par le ministère de l’Éducation, s’ouvre dans un climat d’incertitude et de tensions exacerbées, avec des retards dans l’ouverture des écoles publiques et une explosion des frais dans le secteur privé qui excluent des milliers d’enfants du système éducatif. Dans un pays miné par la crise économique initiée en 2019, aggravée par les conflits régionaux, les explosions du port de Beyrouth en 2020 et les récentes hostilités au Sud, environ 350 000 élèves libanais et 170 000 enfants syriens réfugiés demeurent non scolarisés, selon les estimations les plus récentes du ministère et de l’ONU. Ces chiffres, qui pourraient s’aggraver avec les interruptions sécuritaires et les contraintes budgétaires, frappent particulièrement les régions vulnérables comme l’Akkar, la Békaa et le Sud-Liban, où les infrastructures scolaires sont souvent endommagées ou surchargées. La ministre de l’Éducation, Rima Karamé, nommée en février 2025 dans le gouvernement de Nawaf Salam, a déclaré lors d’une visite à Miniara en juillet : « Nous ne pouvons tolérer que des enfants soient privés d’éducation pour des raisons administratives ; le ministère mobilisera tous les moyens pour ouvrir ces écoles avant la fin du mois. » Pourtant, les réalités terrain, marquées par un exode massif des enseignants et des fermetures temporaires, soulignent un système éducatif au bord de l’effondrement, où les disparités confessionnelles et régionales accentuent les inégalités sociales.

Vers une scolarisation à deux vitesses ?

L’ouverture des écoles publiques le 15 septembre a été marquée par des retards touchant plus de 37 % des établissements, soit environ 440 sur les 1 200 écoles publiques recensées nationalement. Ces perturbations découlent d’un déficit chronique de personnel enseignant : plus de 1 200 professeurs ont émigré en 2024, rejoignant les 6 500 partis depuis 2021, principalement vers les pays du Golfe ou l’Europe, attirés par des salaires décents et des conditions stables. Dans des zones périphériques comme l’Akkar ou la Békaa, des classes entières ont été suspendues faute de remplaçants, affectant des centaines d’élèves qui se retrouvent sans enseignement formel. Les inspections ministérielles révèlent que 40 % des écoles dans le Sud et le Mont-Liban manquent d’enseignants spécialisés en mathématiques et sciences, des disciplines vitales pour la progression académique. Cette hémorragie s’explique par des salaires gelés à 1,5 million de livres libanaises par mois, équivalant à environ 100 dollars, un montant qui ne couvre plus les besoins essentiels face à une inflation dépassant 200 %.

Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 avec 24 ministres dont cinq femmes, peine à inverser cette tendance malgré une augmentation modeste des fonds éducatifs dans le budget soumis le 29 juillet. Les dépenses pour le secteur public ne représentent que 10 % du budget national, contre 15 % avant 2019, alourdies par une dette publique de plus de 150 milliards de dollars. Des établissements dans des régions sunnites comme Tripoli ou chiites au Sud ferment temporairement pour motifs budgétaires, forçant des transferts précaires d’élèves. Dans le caza de Baabda, près de 1 800 inscriptions supplémentaires au public ont été enregistrées en 2024, un mouvement qui s’intensifie en 2025 avec l’exode enseignant. Le ministère a interdit l’ouverture de classes comptant moins de dix élèves libanais, une mesure d’efficacité qui multiplie les fermetures en zones rurales à faible densité démographique, où les communautés sont souvent isolées par des influences confessionnelles.

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Cette fracture éducative impacte durement les enfants réfugiés syriens, dont 170 000 sur 504 000 en âge scolaire restent exclus, selon les données de l’ONU. Les obstacles incluent les coûts de transport (35 % des cas), les fournitures (29 %) et les exigences de résidence valide, détenue par seulement 20 % des réfugiés. Dans le Sud, les bombardements résiduels de 2024 ont fermé 25 % des écoles publiques, obligeant 50 000 élèves à des déplacements vers le Mont-Liban, souvent impossibles pour les familles modestes. Le secteur privé, qui scolarise 70 % des élèves libanais, enregistre 62 000 abandons en 2025, avec un basculement vers le public qui surcharge les infrastructures défaillantes. Les syndicats enseignants indiquent que 87 % des écoles publiques fonctionnent désormais sur quatre jours par semaine, une mesure prolongée pour 2025-2026 en raison des contraintes salariales, entraînant une perte de 20 % des heures d’enseignement annuelles. La ministre Karamé a qualifié cette mesure de « solution temporaire » lors d’une annonce en août, espérant une revalorisation des salaires pour un retour à cinq jours en 2026.

Au-delà des chiffres, ces dysfonctionnements perpétuent un cycle de pauvreté : dans la Békaa, 27 825 enfants syriens sont engagés dans le travail infantile, un taux en hausse de 25 % depuis 2021, selon l’ONU. Les familles, souvent chiites ou sunnites dans des zones marginalisées, optent pour des alternatives informelles comme des cours communautaires, mais ces initiatives couvrent à peine 20 % des besoins. Le ministère prépare des examens d’entrée pour les transferts, mais les files d’attente à Baabda dépassent 1 000 familles par jour, illustrant l’ampleur de la crise. Dans le contexte géopolitique tendu, avec les tensions persistantes entre le Liban, Israël et le Hezbollah, 15 % des écoles du Sud ont servi d’abris en 2024, prolongeant les retards de plus d’un mois sur le programme.

Témoignages d’élèves et de parents : l’angoisse du quotidien

Au cœur de cette rentrée chaotique, les expériences des familles révèlent la profondeur de l’exclusion. Une mère de Tripoli, issue d’un milieu sunnite modeste, exprime son désarroi face à l’absence d’école pour ses deux enfants : « Mon fils de 10 ans n’a pas pu entrer en classe le 15 septembre ; l’école publique locale manque de trois professeurs et a fusionné les niveaux. Nous vivons à deux pas de l’établissement, mais il passe ses journées à la maison, à aider pour les courses. C’est une perte de temps irremplaçable. » Ce témoignage, partagé par des centaines de parents dans le Nord, met en lumière les défis logistiques dans des régions où les transferts sont compliqués par les barrières confessionnelles et les distances.

Dans la banlieue sud de Beyrouth, une famille chiite relate l’exclusion de sa fille aînée de 14 ans d’une école publique surchargée : « Nous avons attendu des heures pour l’inscription, mais la classe comptait déjà 45 élèves. Avec la crise, mon mari a perdu son emploi ; comment payer le privé ? » Ces récits, recueillis auprès de plus de 500 familles par des organisations éducatives, soulignent une déscolarisation massive : 30 % des enfants en âge scolaire ne sont plus inscrits, contre 10 % en 2019. À Ghazir, dans une zone maronite du Mont-Liban, un père employé informel confie : « Les grèves des professeurs en mars et mai ont déjà coûté cher ; maintenant, sans école ouverte, mes enfants risquent de décrocher complètement. Le gouvernement parle de revalorisation des salaires, mais rien ne bouge concrètement. »

Les disparités régionales sont criantes : dans le Sud, dominé par les communautés chiites, les tensions sécuritaires ont réduit l’accès à l’école pour 96 000 des 320 000 élèves publics de la Békaa. Les parents, souvent de milieux modestes, expriment une frustration contre l’absence de mesures pour retenir les enseignants, dont les salaires gelés ne couvrent plus les besoins basiques. Un élève de 12 ans de Nabatiyeh témoigne : « Je veux étudier pour devenir ingénieur, mais sans professeurs, c’est impossible. On nous vole notre avenir. » Ces voix, relayées par les syndicats, mettent en évidence l’impact sur la santé mentale : une hausse de 50 % des cas d’anxiété chez les enfants, selon les psychologues, due aux interruptions répétées et à la précarité. Dans l’Akkar, une mère syrienne réfugiée ajoute : « Mes trois enfants marchent deux heures pour une école qui ferme souvent ; le transport coûte trop cher, et sans papiers en règle, on nous refuse l’aide. »

Pour les réfugiés syriens, l’exclusion est encore plus aiguë : 44 % des enfants de 6 à 17 ans n’ont jamais fréquenté l’école, et 30 % des 6-14 ans ont abandonné en 2024. Une famille de la Békaa rapporte : « Notre fils de 11 ans travaille aux champs pour 5 dollars par jour ; l’école est trop loin, et les classes de l’après-midi sont surpeuplées à 50 élèves. » Ces histoires illustrent une génération perdue, où le travail infantile touche 27 825 enfants syriens en Békaa, aggravant les cycles de pauvreté.

Fermeture d’établissements : le poids des contraintes budgétaires

Les fermetures d’écoles publiques pour raisons budgétaires amplifient la crise. En 2025, plus de 90 établissements ont suspendu leurs activités, principalement dans l’Akkar et Baalbek-Hermel, où les fonds manquent pour salaires et maintenance. Le ministère attribue ces arrêts à un déficit persistant : 14 000 postes supplémentaires sont nécessaires pour une semaine de cinq jours, inatteignable sans aide internationale. Les salaires des enseignants contractuels ont été relevés en mars à 366 000 livres pour le primaire et 660 000 pour le secondaire, mais cela reste insuffisant face à l’inflation. Une analyse budgétaire de juillet 2025 confirme une chute de 40 % des dépenses éducatives depuis 2019, avec une dépendance aux aides de l’ONU et du FMI.

Dans le privé, 50 écoles semi-gratuites, subventionnées à moitié par l’État, risquent la fermeture faute de paiements. Des établissements comme le Collège des Saints-Cœurs à Tripoli accusent un déficit de 525 millions de livres, menant à des fusions de classes et réductions d’heures. La ministre Karamé a déclaré lors d’un conseil des ministres : « Nous devons prioriser l’ouverture, même partielle, pour éviter une génération perdue. » Pourtant, 40 % des 1,25 million d’élèves libanais subissent ces perturbations, avec des inscriptions impactées : 39 189 transferts du privé vers le public en 2024, et 62 000 abandons dans le privé en 2025. Dans des cazas comme Baabda ou Kesrouan, les transferts dépassent 15 %, surchargeant les écoles publiques sous-équipées, où les classes atteignent 45 élèves.

Les influences confessionnelles modulent ces dynamiques : à Deir el-Qamar, maronite, les écoles priorisent les élèves communautaires, marginalisant les autres. Le conflit de 2024 a transformé la moitié des écoles publiques en abris pour déplacés, causant au moins un mois de retard. L’ONU note que 15 % des ménages ont cessé l’éducation de leurs enfants, et plus d’une famille sur dix les a mis au travail. Dans la Békaa, le travail infantile syrien augmente, avec 27 825 cas, tandis que 90 écoles ont fermé en 2022 pour budgets, un chiffre stable en 2025. Le budget 2025 alloue modestement plus aux opérations scolaires, mais les coupes globales limitent les embauches, forçant des grèves en mars et mai.

Les écoles privées augmentent leurs frais : colère des familles

Le secteur privé, dominant avec 70 % des élèves, voit ses frais exploser pour 2025, provoquant une indignation massive. Des établissements comme Brummana High School ou les écoles Makassed exigent plus de 6 000 dollars annuels, avec des hausses moyennes de 20 à 45 % par rapport à 2024, justifiées par la dollarisation et les salaires enseignants. Une portion fixe de 400 à 600 dollars en devises fraîches est requise, plus 9 millions de livres pour frais annexes, frappant la classe moyenne. Une représentante des comités de parents déclare : « Ces hausses aléatoires, sans étude approfondie, varient de 50 à 100 % ; c’est une dérive inacceptable. »

Le président Joseph Aoun, lors d’une rencontre le 9 septembre avec l’Union des comités de parents, a qualifié ces augmentations d’« inacceptable et injustifiée », appelant à réviser la loi 515/96 régissant les budgets privés. Des écoles comme le Grand Lycée franco-libanais maintiennent des frais jusqu’à 11 000 dollars pour les niveaux supérieurs, fixés après le 31 janvier. Un directeur à Beyrouth explique : « Nous répercutons les coûts pour survivre ; seulement 12 % des hausses vont aux salaires. » Plus de 55 % des ménages ne peuvent payer, menaçant 62 000 élèves d’exclusion, surtout à Beyrouth et Tripoli. En août 2025, le ministère de la Défense a intervenu pour 3 800 enfants de militaires, exclus par 25 % des écoles privées pour non-paiement.

Ces hausses aggravent les inégalités : une disparité de 38 % dans les résultats scolaires entre public et privé en 2025, mesurée sur 50 000 élèves. 62 % des élèves privés viennent de ménages aisés, contre 12 % dans le public, renforçant une fracture sociale jugée irréversible par 80 % des experts sans réforme urgente.

Une éducation privée sans cadre national ?

L’absence de régulation étatique alimente cette dérive. La loi de 1996 ne prévoit pas de plafonds en crise, permettant aux écoles d’ajuster librement. Le ministre sortant avait rappelé en juin 2024 l’obligation d’approbation des budgets par les comités de parents, mais en 2025, beaucoup contournent cette règle. Le syndicat des enseignants du privé note : « Seulement 12 % des écoles répercutent les hausses sur les salaires ; les autres privilégient leurs marges. » Des familles saisissent les tribunaux : à Jounieh, 18 % des parents ont annulé des hausses de 28 % via recours. Une mère témoigne : « Nos enfants risquent l’exclusion pour 3 500 dollars de plus ; l’État doit imposer un arbitrage. »

Cette absence de cadre renforce les fractures : 62 % des élèves privés de ménages aisés, contre 12 % dans le public. Le ministère envisage des bourses pour 10 000 familles, mais les fonds limitent l’aide. Les inégalités confessionnelles persistent : dans le Mont-Liban maronite, les écoles catholiques comme les Saints-Cœurs augmentent de 35 %, tandis qu’au Sud chiite, les établissements communautaires peinent. Des initiatives comme le programme Forsa, avec 10 millions de dollars pour 113 écoles, dépendent d’aides privées couvrant 20 % des besoins. L’ONU alerte sur 737 000 enfants non inscrits en 2020-2021, un chiffre stable en 2025 malgré efforts, avec 30 % des élèves publics accumulant trois ans de retard.

Le secteur privé, jadis pilier de l’éducation libanaise, voit 22 % de ses enseignants émigrer depuis 2021, soit 6 500 sur 29 000. Les salaires, à 100 dollars mensuels, représentent 25 % de leur valeur pré-2019. En 2025, de nombreuses écoles à faible revenu ou communautaires risquent la fermeture, aggravant l’hémorragie : 62 000 abandons, dont 39 189 vers le public en 2024.

Implications immédiates : une génération sous tension

Les disruptions de cette rentrée 2025 entraînent des retards immédiats : une perte de 20 % des heures d’enseignement dans le public, avec classes surchargées à 45 élèves, et des hausses privées jusqu’à 11 000 dollars fragmentant l’accès. À Tripoli, 30 000 élèves manquent à l’appel deux semaines après le 15 septembre, selon le ministère. Les familles, asphyxiées par l’inflation, recourent à des cours en ligne précaires, mais 40 % n’ont pas d’accès internet. Dans la Békaa, les fermetures affectent 96 000 élèves, avec examens d’entrée pour transferts débordés : files de 1 000 familles par jour à Baabda. Les hausses de frais dans des écoles comme Wellspring excluent 62 000 élèves, où 44 % des enfants réfugiés de 6-17 ans n’ont jamais fréquenté l’école. Le ministère prépare des fusions de classes d’ici le 31 octobre, mais les salaires suspendus risquent d’accentuer l’exode enseignant. Ces faits, cumulés aux 250 000 enfants syriens hors système, soulignent une éducation fragmentée, avec 30 % des élèves publics en retard de trois ans et une dépendance accrue aux aides internationales comme le TREF, qui mobilise 72 millions de dollars pour l’éducation en 2025. Dans le Sud, 218 lycées affectés par les destructions de 2024 opèrent à capacité réduite, prolongeant les interruptions pour 50 000 élèves.

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