jeudi, février 5, 2026

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Réunion entre les juges Hajjar et Bitar : réception d’une réponse allemande dans l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth

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Dans le cadre des avancées judiciaires concernant l’une des plus graves catastrophes de l’histoire récente du Liban, une réunion prolongée a eu lieu entre le procureur général près la Cour de cassation, le juge Jamal Hajjar, et le juge d’instruction Tarek Bitar, chargé de l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Cette rencontre, rapportée par l’Agence nationale d’information, s’est concentrée sur les derniers développements de l’investigation et sur la coordination des étapes à venir, alors que le juge Bitar s’apprête à clore son enquête dans les semaines prochaines, avant l’émission d’un acte d’accusation. Cette évolution intervient plus de cinq ans après la déflagration du 4 août 2020, qui a ravagé une partie de la capitale libanaise, causant la mort d’au moins 220 personnes, blessant plus de 7 000 autres et laissant des dommages estimés à plusieurs milliards de dollars.

Le juge Bitar a reçu, par l’intermédiaire du parquet général, une réponse des autorités allemandes à une commission rogatoire envoyée à Berlin il y a plusieurs mois. Ce document concerne les mouvements de comptes bancaires d’individus suspectés d’être liés au nitrate d’ammonium qui a explosé au hangar 12 du port. La substance, stockée depuis 2013 sans mesures de sécurité appropriées, provenait du cargo Rhosus, un navire en provenance de Géorgie et initialement destiné au Mozambique. Le juge attend désormais des réponses similaires à d’autres commissions rogatoires adressées à plusieurs pays européens et arabes, visant à retracer les chaînes financières et logistiques impliquées dans l’importation et le stockage de ce matériau hautement dangereux.

Un échange clé pour accélérer les procédures

Au cours de cette réunion, les deux magistrats ont examiné les éléments recueillis depuis la reprise de l’enquête en février 2025. Le juge Bitar a partagé les progrès réalisés, notamment les interrogatoires de suspects supplémentaires, parmi lesquels des officiers de sécurité, des responsables douaniers et des militaires accusés de négligence dans la gestion du stock de nitrate d’ammonium. Les discussions ont porté sur la nécessité d’une étroite collaboration entre le parquet et l’enquêteur pour finaliser les dossiers, en vue de l’acte d’accusation qui pourrait cibler des personnalités de haut niveau, y compris d’anciens ministres et premiers ministres ayant ignoré des avertissements répétés sur les risques posés par la cargaison.

Jamal Hajjar, nommé procureur général intérimaire en 2024 et dont le rôle a été confirmé dans le cadre des réformes judiciaires, a été instrumental dans la relance de l’enquête. En mars 2025, il a révoqué les décisions de son prédécesseur Ghassan Oueidat, qui avaient suspendu l’investigation en interdisant la coopération des forces de sécurité et du parquet avec Bitar. Cette mesure a permis la reprise des citations à comparaître et des arrestations, redonnant un élan à un processus bloqué pendant deux ans en raison de recours judiciaires et d’interférences politiques.

La reprise de l’enquête en février 2025

Cette relance s’inscrit dans un contexte politique transformé, marqué par l’élection du président Joseph Aoun le 9 janvier 2025 et la formation du gouvernement de Nawaf Salam le 8 février 2025. Le président Aoun, ancien commandant de l’armée libanaise, a été élu au second tour par le Parlement après plus de deux ans de vacance présidentielle, avec le soutien d’une coalition large incluant les Forces libanaises, le Mouvement patriotique libre et d’autres blocs. Dans son discours d’investiture, il a souligné l’importance de l’indépendance judiciaire, déclarant que « la justice est le pilier de la reconstruction nationale et que nul ne saurait être au-dessus des lois ».

Le premier ministre Salam, ancien président de la Cour internationale de justice, a formé un cabinet de 24 ministres, obtenant la confiance du Parlement le 26 février 2025. Parmi les ministres clés figurent Youssef Raji aux Affaires étrangères, Joseph Saddi à l’Énergie, Yassin Jaber aux Finances, Rakan Nasreddine à la Santé, et Adel Nassar à la Justice. Ce dernier a réaffirmé en mars 2025 l’engagement du gouvernement à lever les obstacles judiciaires, affirmant lors d’une conférence de presse que « sans une décision judiciaire dans l’affaire du port, il est impossible de rebâtir un État de droit ». Le cabinet priorise les réformes financières, la reconstruction post-conflit et l’application de la résolution 1701 des Nations unies, adoptée en 2006 pour stabiliser la frontière sud avec Israël.

Avant cette reprise, l’enquête avait subi de multiples interruptions. Nommé en février 2021 après le limogeage de Fadi Sawan pour des raisons politiques, Tarek Bitar avait inculpé plus d’une douzaine d’officiels, dont l’ancien premier ministre Hassan Diab, les ex-ministres Ali Hassan Khalil et Youssef Fenianos. Ces derniers ont invoqué leur immunité parlementaire et intenté des plaintes contre Bitar pour partialité. En janvier 2023, une tentative de relance avait été stoppée par Oueidat, qui avait libéré les détenus et imposé un gel des opérations.

Les tensions régionales et leurs impacts sur le dossier

Les hostilités entre Israël et le Hezbollah, qui ont culminé en un conflit ouvert à partir d’octobre 2023 et abouti à un cessez-le-feu en novembre 2024, ont influencé le dossier. Des rapports des Forces de défense israéliennes publiés en décembre 2025 allèguent que le Hezbollah aurait éliminé des témoins potentiels pour dissimuler une implication dans le stockage du nitrate, destiné à des fins militaires selon ces sources. Parmi les cas cités : Joseph Skaf, ancien directeur des douanes au port, assassiné en 2017 après avoir demandé le retrait de la cargaison ; Mounir Abu Rjeili, poignardé en décembre 2020 pour avoir fourni des informations reliant le Hezbollah à l’explosion ; Joe Bejjani, photographe tué le même mois après avoir documenté le site ; et Lokman Slim, activiste critique du Hezbollah, abattu en février 2021. Le Hezbollah dément toute implication, mais ces affaires non résolues alimentent les suspicions d’obstruction.

En parallèle, des enquêtes internationales ont complété l’effort libanais. Une délégation judiciaire française a rencontré Hajjar et Bitar en avril 2025 pour coordonner sur les aspects transnationaux. Des organisations comme Forensic Architecture ont reconstitué les événements via des modélisations 3D, confirmant que l’incendie initial au hangar 12 a déclenché la détonation. Un rapport de Human Rights Watch de 2021 a établi une négligence criminelle de plusieurs autorités libanaises, basée sur des documents montrant que des officiels, dont des ministres et des généraux, étaient informés des risques depuis 2014 sans intervention.

Les commissions rogatoires internationales et leurs enjeux

Un point central de la réunion Hajjar-Bitar a été les commissions rogatoires envoyées à l’étranger. La réponse allemande détaille des transferts bancaires suspects vers des entités liées au commerce chimique, potentiellement impliquées dans l’importation du nitrate. Des demandes similaires ont été adressées au Royaume-Uni, à la France, à l’Italie, aux Émirats arabes unis et à l’Arabie saoudite, pour tracer le parcours du Rhosus, affrété par l’homme d’affaires russe Igor Grechushkin. Ce dernier a été arrêté en Bulgarie en septembre 2025 sur demande libanaise, mais la cour bulgare a rejeté l’extradition en décembre 2025, autorisant toutefois Bitar à l’interroger sur place. Le juge a voyagé en Bulgarie après que Hajjar ait levé une interdiction de voyage contre lui en novembre 2025.

Ces éléments visent à identifier des responsabilités pénales au-delà des frontières libanaises. Savaro Ltd., une société ukrainienne impliquée dans le commerce du nitrate, figure parmi les entités scrutées. Des sources judiciaires indiquent que l’intégration de ces réponses permettra à Bitar de boucler son dossier d’ici mars 2026, potentiellement menant à des poursuites devant la Haute Cour de justice pour les officiels bénéficiant d’immunité.

Les appels internationaux pour une justice impartiale

L’experte des Nations unies sur l’indépendance des juges, Margaret Satterthwaite, a exprimé en avril 2023 ses préoccupations sur les interférences, notant que « les juges ne devraient pas être menacés ou poursuivis pour accomplir leur devoir ». Elle a appelé les autorités libanaises à protéger Bitar, qui a reçu des menaces de mort nécessitant une protection militaire, et à enquêter sur ces intimidations. En août 2025, Amnesty International, par la voix de sa campaigner pour le Liban Reina Wehbi, a déclaré que « le temps de la justice, de la responsabilité et de la vérité est maintenant », soulignant les cinq ans d’attente des familles des victimes sans avancées significatives.

Human Rights Watch, via son chercheur Ramzi Kaiss, a salué en mars 2025 les déclarations du gouvernement comme « des signes encourageants », mais insisté sur des actions concrètes pour éliminer les barrières légales et politiques. Ces organisations ont documenté comment les suspects, dont Diab, Khalil et Zeaiter, ont refusé de se présenter, invoquant des immunités. En avril 2025, l’ancien ministre de l’Intérieur Nohad Machnouk s’est présenté, marquant une première pour un haut responsable. Hassan Diab est attendu pour un interrogatoire similaire.

Les fractures confessionnelles et politiques dans le système libanais

Le dossier reflète les divisions du Liban, où les équilibres confessionnels influencent les nominations et les enquêtes. Le Hezbollah, influent dans les zones chiites du sud et accusé par des opposants d’avoir utilisé le port pour des importations stratégiques, nie toute responsabilité. Les tensions avec Israël, atténuées par le cessez-le-feu de novembre 2024 mais persistantes avec des violations sporadiques, compliquent les investigations, certains suspectant des motifs géopolitiques derrière les retards.

Des enquêtes parallèles, comme celle de Human Rights Watch en 2021, ont révélé que des officiels étaient avertis des dangers depuis 2014. Le FMI et la Banque mondiale estiment la dette publique libanaise à plus de 100 milliards de dollars, avec une inflation dépassant 200 % en 2024, aggravée par les dommages du port chiffrés à 15 milliards de dollars. La reconstruction, financée partiellement par des aides internationales, reste incomplète, avec des zones inaccessibles en raison de risques structurels.

Les développements judiciaires récents et leurs implications immédiates

Avec la clôture imminente, Bitar intègre les réponses internationales. Les détails allemands sur les comptes de suspects liés à Savaro Ltd. pourraient dévoiler des réseaux de corruption transnationaux. En janvier 2026, le juge Habib Rizkallah a clos une plainte pour abus de pouvoir contre Bitar, renforçant sa position. Le parquet, sous Hajjar, reçoit les défenses des accusés, signalant un retour aux normes procédurales.

Ces avancées surviennent alors que le Liban affronte une crise économique persistante, avec des dépenses publiques réduites et une dépendance aux aides. Les familles des victimes, regroupées en associations, manifestent régulièrement pour la transparence, exigeant des comptes sur les responsabilités locales et étrangères. Les réponses arabes et européennes en attente pourraient inclure des données sur des transferts via des banques du Golfe ou le rôle de la compagnie maritime moldave, permettant à Bitar de finaliser les inculpations et d’initier des extraditions.

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Newsdesk Libnanews
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