Séance législative sous haute tension
La journée du 30 juin s’ouvre dans l’hémicycle sur un ordre du jour surtout technique, mais l’atmosphère vire rapidement lorsque le bloc « Forces libanaises » dépose un projet accéléré visant à abroger l’article 122 de la loi 44/2017 et à permettre aux non-résidents de voter pour les cent vingt-huit sièges, non plus pour six. Nabih Berri objecte qu’« aucune pétition n’a été reçue », ce qui pousse quarante-deux députés qualifiés de souverainistes à quitter la salle ; le quotidien Annahar du 1 juillet 2025 note que le retrait n’a toutefois pas brisé le quorum, la séance reprenant une demi-heure plus tard pour examiner plusieurs crédits sociaux. Ad Diyar souligne que les promoteurs du texte, menés par George Okais et Michel Doueihi, espéraient profiter des dispositions du règlement intérieur qui permettent d’inscrire un projet d’urgence au débat sans passage en commission ; la présidence de la Chambre, estimant qu’un sous-comité travaille déjà sur la réforme électorale, a maintenu le veto. Sur les bancs latéraux, Melhem Khalaf rappelle que le sous-comité n’a tenu que deux réunions effectives depuis janvier et redoute une « évaporation méthodique du dossier », commente Al Quds.
Le nœud des six sièges expatriés
Aux yeux des partisans de la réforme, l’article 122 n’a jamais été appliqué lors du scrutin 2022 ; Annahar rappelle que le ministère de l’Intérieur, faute de décrets d’application, avait renvoyé les électeurs non-résidents vers leurs circonscriptions d’origine, créant un précédent jugé discriminatoire. Alain Aoun admet dans les colonnes du même journal que « le temps ne suffit plus pour un texte fondateur », plaidant pour de simples retouches techniques afin de préserver l’échéance de mai 2026. Inversement, Ali Fayad considère la démarche « viciée » ; pour le député proche du Hezbollah, tout élargissement du vote expatrié pourrait ouvrir la porte à des ingérences d’États tiers et bousculer l’équilibre confessionnel, rapporte Ad Diyar. Les chiffres avancés par le bloc chrétien parlent pourtant de soixante-huit signatures déjà recueillies sur une pétition qui n’a pas pénétré les archives de la Chambre ; Georges Okais accuse la présidence d’avoir « égaré » le document, détaille Annahar.
Stratégies et lignes de fracture des blocs
La tentative d’inscrire le texte en séance plénière reconfigure brièvement les alliances. Selon Al Bina’, le Parti socialiste progressiste refuse de quitter l’hémicycle, arguant qu’un boycott ferait le jeu de l’immobilisme institutionnel. Sami Gemayel rappelle pour sa part que son parti avait déjà déposé en 2018 un amendement identique jamais examiné ; pour lui, l’épisode de lundi démontre la « vacuité d’un Parlement prisonnier de son ordre du jour ». Côté CPL, Gebran Bassil affiche une position d’attente : il juge indispensable de conserver un levier de négociation avant toute réunion nationale, note Ad Diyar. Pendant ce temps, le tandem chiite resserre les rangs ; Ali Hassan Khalil insiste dans Al Sharq Al-Awsat sur le fait que « les expatriés disposent déjà du droit de voter s’ils viennent au Liban », si bien que la proposition chrétienne serait, selon lui, « plus symbolique que démocratique ».
Répercussions institutionnelles et sociales
La querelle ne reste pas cantonnée à l’enceinte parlementaire ; Annahar signale l’installation de petites tentes de parents d’élèves et de retraités autour de la place de l’Étoile pour réclamer simultanément un ajustement des pensions et la gratuité des examens officiels, manière de rappeler aux députés leur mandat social. Des comités d’expatriés, rassemblés sous l’étiquette « Alliance du 20 novembre », multiplient de leur côté les stands d’information à Sin el-Fil et Jal el-Dib, expliquant que la suppression des six sièges aurait permis d’économiser onze millions de dollars en frais diplomatiques lors du scrutin 2022, d’après des chiffres ventilés par le ministère des Affaires étrangères et cités par Al Sharq Al-Awsat. L’opposition invoque déjà la menace d’une saisine prochaine du Conseil constitutionnel si le texte ne réapparaît pas à l’ordre du jour avant octobre.
Le volet financier : Banque du Liban et trésorerie publique
Alors que la bataille électorale occupe les écrans, le gouverneur de la Banque du Liban, Wassim Souaïd, confirme dans Annahar qu’il « ne reviendra pas au plan Lazard », précisant devant la presse qu’il consultera un cabinet international pour finaliser la restructuration bancaire. Le même quotidien publie les détails du double amendement aux circulaires 158 et 166 : le relèvement du plafond de retrait mensuel de cinq cents à huit cents dollars pour la première et de deux cent cinquante à quatre cents dollars pour la seconde devrait injecter 2,6 milliards de dollars sur douze mois, puisés dans les réserves obligatoires des banques. L’Association des Banques, citée par Sabrine Aouës, y voit « un ballon d’oxygène pour près de trois cent vingt mille déposants », mais avertit qu’un report du calendrier électoral pourrait refroidir le Fonds monétaire international, avec lequel Beyrouth doit reprendre les négociations ce mois-ci. Sur un autre front, Al Akhbar révèle un déficit cumulé de 2 174 milliards de livres au sein de la Haute Commission de Secours, alimenté par des avances du Trésor versées en contradiction avec l’article 203 du code de la comptabilité publique. Le Conseil des ministres exige pour la première fois un audit exhaustif avant tout nouveau décaissement, ce qui soulève la question de la capacité de l’État à contrôler ses fonds spéciaux alors même qu’il cherche à rassurer les bailleurs.
Souveraineté et sécurité : la toile de fond méridionale
Le débat parlementaire se déploie sur fond de préoccupations militaires. Al Liwa’ consacre sa manchette à la problématique des armes hors-État, estimant qu’aucune réforme électorale ne sera viable tant que la décision sécuritaire restera partagée avec le Hezbollah. Dans le même temps, Joseph Aoun reçoit à Baabda le nouveau chef de la FINUL, Diodato Abagnara, et réaffirme que « les circonstances régionales imposent plus que jamais le maintien de la force onusienne au Sud », rapporte Al Bina’ du 1 juillet. Le chef de l’État invoque la persistance d’occupations israéliennes aux « cinq collines » et dans la partie libanaise de Ghajar comme autant de violations du règlement 1701 du Conseil de sécurité, pointant que l’armée prévoit de renforcer son dispositif de cinq mille soldats supplémentaires entre le Litani et la Ligne bleue. De son côté, le secteur ouest de la FINUL détaille avoir mené plus de cinq mille sept cents opérations conjointes avec l’armée depuis février, doublant ainsi son rythme d’activité, selon un communiqué reproduit par Ad Diyar. Enfin, Al Quds note que le ministère des Affaires étrangères a déjà saisi les Nations unies pour demander, avant le 31 août, le renouvellement annuel du mandat onusien, signe que Beyrouth redoute qu’une escalade à Chebaa compromette à la fois la tenue des législatives et les négociations économiques en cours.
La confrontation électorale, la consolidation budgétaire et la gestion du front méridional s’enchevêtrent ainsi au cœur de l’actualité, chaque dossier influençant l’autre au fil d’un calendrier institutionnel déjà serré.
Politique locale : entre négociations diplomatiques, arbitrages budgétaires et remous sécuritaires
Remaniement et pouvoir exécutif
Le 30 juin, le président Joseph Aoun, le chef du gouvernement Nawaf Salam et le président de la Chambre Nabih Berri se sont retrouvés à Baabda pour arrêter une position commune avant l’arrivée à Beyrouth de l’émissaire américain Thomas Barrack, attendu pour discuter d’un cessez-le-feu régional et du principe d’un armement exclusivement étatique, rapporte Al Sharq Al-Awsat du 1 juillet 2025. Les trois pôles de l’exécutif veulent présenter un front uni sur la question sensible de la « monopolisation des armes » au profit de l’armée, point qui figure en tête des propositions américaines. Selon la même édition, la réunion a également permis d’aborder le timing des réformes institutionnelles exigées par les bailleurs internationaux, alors que le gouvernement Salam boucle son premier semestre d’activité. Dans la coulisse, l’entourage du Premier ministre souligne que la feuille de route ministérielle reste prioritaire sur toute éventuelle modification du cabinet, malgré des rumeurs de remaniement ciblant les portefeuilles de l’Énergie et de la Justice.
La présidence entend parallèlement accélérer la nomination d’un nouveau directeur du renseignement militaire après le départ à la retraite du général Tony Kahwagi. Al Quds mentionne qu’un consensus se dessine autour du général de brigade Samir Daher, perçu comme un compromis entre le CPL et le PSP. Le choix devrait être entériné lors du prochain Conseil supérieur de défense, prévu à la mi-juillet, afin de rassurer le commandement sur le suivi des opérations conjointes avec la FINUL.
Budget 2025 : arbitrages incertains
À l’Assemblée, la commission des Finances, présidée par Ibrahim Kanaan, a présenté son rapport final sur le projet de loi de finances 2025. Le document, examiné en séance le 1 juillet, confirme l’intention gouvernementale de lever de nouveaux prélèvements destinés au Fonds de soutien aux énergies renouvelables, tout en maintenant des exonérations ciblées sur la TVA des produits de première nécessité, détaille Al Liwa’. Kanaan plaide pour un vote rapide, jugeant que « le pays ne peut plus fonctionner avec des douzièmes provisoires ». L’opposition dénonce cependant un « budget de papier » construit sur un taux de change irréaliste et des recettes fiscales gonflées.
La séance plénière, présidée par Nabih Berri, a adopté plusieurs textes connexes. Parmi eux : l’amendement à la loi 56/2025 qui corrige certaines dispositions du budget 2025 déjà promulgué, ainsi qu’un crédit supplémentaire au profit du Fonds de solidarité des magistrats, relève Al Sharq du 1 juillet. Le vote a été obtenu malgré le retrait momentané de députés des Forces libanaises et de quelques indépendants, furieux de voir leur proposition sur le vote des expatriés renvoyée à plus tard. Berri a maintenu le quorum grâce au maintien des blocs chiite et socialiste, note Al Liwa’ dans son compte rendu de la soirée.
Débats énergétiques et prêts internationaux
Dans le même ordre du jour, le Parlement a ratifié l’accord-cadre de 250 millions de dollars signé avec la Banque mondiale pour soutenir un projet d’énergie renouvelable et renforcer le réseau national. Le texte, introduit par un décret d’urgence (no 317), prévoit l’installation de quatre parcs solaires totalisant 500 MW avant 2027, précise Al Sharq. Les députés Michel Moussa et Yassin Jaber, membres de la commission mixtes, estiment que le prêt constitue « un premier pas vers la sortie du tout-fioul ». L’opposition pointe cependant l’absence d’Autorité de régulation de l’électricité en mesure de contrôler l’exécution.
En parallèle, deux ouvertures de crédits additionnels ont été votées : 1,5 milliard de livres pour le Fonds d’entraide des magistrats et 1,32 milliard pour la couverture des aides sociales aux enseignants de l’Université libanaise, relève Al Liwa’. Les syndicats saluent des « avancées symboliques », mais préviennent qu’ils maintiendront leurs mouvements si la loi d’indexation des salaires n’est pas inscrite à l’agenda de la prochaine session extraordinaire.
Dynamique du désarmement et sécurité intérieure
Sur le front de la sécurité, Walid Joumblatt relance le débat sur les armes illégales. Dans une interview accordée à Al Sharq, l’ancien chef du PSP rappelle son engagement à remettre les fusils détenus par sa formation à l’armée et appelle les autres partis à en faire autant, estimant que « la guerre régionale a montré la nécessité d’une autorité sécuritaire unique ». Le Hezbollah réplique, par la voix d’Ali Fayad, qu’un désarmement total ne peut précéder la « libération complète » des territoires encore occupés au Sud.
Cette polarisation se traduit déjà sur le terrain. Le ministère de l’Intérieur signale une hausse de 18 % des demandes de permis de port d’armes courts au premier semestre. Les municipalités, inquiètes, multiplient les arrêtés d’interdiction de tirs festifs, tandis que les forces de sécurité intègrent systématiquement des unités anti-drone à leurs dispositifs. Al Liwa’ publie l’avis officiel du gouverneur de Baabda ordonnant la mise à jour des bases d’imposition foncière, initiative perçue comme un moyen de financer les effectifs de police locale par une hausse des taxes communales.
Pressions diplomatiques et encadrement financier
La politique intérieure reste étroitement surveillée par les partenaires étrangers. En amont de la visite de Thomas Barrack, le chef de la diplomatie a convoqué vingt-cinq ambassadeurs pour expliquer l’agenda législatif des cent jours à venir. Selon Al Liwa’, Beyrouth insiste auprès des Européens pour l’adoption d’un régime de sanctions ciblant « toute assistance militaire à Israël », y compris les composants à double usage, proposition déjà portée devant le Parlement européen par la délégation libanaise.
Sur le plan financier, la Banque du Liban poursuit son offensive de crédibilité. Le gouverneur Wassim Souaïd, de retour de Paris et Washington, indique dans Ad Diyar qu’il a discuté avec la FATF des mesures nécessaires pour sortir le Liban de la liste grise, notamment le contrôle renforcé des ONG suspectes et la relance des comptes correspondants avec les banques américaines. L’institution centrale répète son intention d’engager un cabinet d’audit international indépendant pour superviser la restructuration bancaire, mesure saluée mais jugée tardive par plusieurs députés de la commission des Finances.
Transparence et gouvernance des entreprises publiques
Pendant que le Parlement débat des chiffres, Al Akhbar révèle l’existence d’un « trou noir » budgétaire au sein de la Haute Commission de Secours : 2 174 milliards de livres auraient été dépensés sans justificatifs clairs depuis 2018, en violation de l’article 203 du code de la comptabilité publique. Le Conseil des ministres ordonne aussitôt un audit exhaustif avant tout nouveau décaissement. L’affaire relance la réflexion sur un projet de loi imposant des rapports financiers trimestriels à toutes les agences exceptionnelles.
Dans le même registre, la présidence du Conseil étudie la révision du contrat-concession du Casino du Liban, dossier évoqué par Al Akhbar qui dénonce un manque chronique de contrôle interne et la rotation d’équipes managériales soupçonnées de favoritisme. Les ministres des Finances et du Tourisme proposent de transformer la concession en société publique par actions ouverte à hauteur de 40 % aux investisseurs privés, scénario qui divise la majorité.
Mobilisations citoyennes et incidents locaux
Dans le Nord, la détention de l’ex-major de l’armée Oussama Hammoud pour possession d’armes non déclarées déclenche deux jours de protestations à Tripoli. Annahar souligne que la famille du suspect, soutenue par des notables locaux, bloque la rue Dahr-el-Moghr après la prière du vendredi, avant qu’un compromis n’autorise une révision rapide du dossier. Le ministère de la Justice promet d’accélérer la procédure afin d’éviter que l’affaire ne se transforme en symbole de persécution politique.
À Beyrouth, des parents d’élèves et des professeurs de l’Université libanaise organisent un sit-in devant le Grand Sérail pour réclamer la gratuité des examens officiels et l’ajustement des salaires. Les manifestants obtiennent une promesse de réunion tripartite entre les ministères de l’Éducation, des Finances et du Travail dans les quinze jours. Les syndicats restent toutefois vigilants : ils veulent des garanties écrites avant de suspendre les grèves partielles qui affectent déjà la session d’automne.
Fiscalité municipale et gouvernance locale
Plus au sud, les municipalités de Nabatieh et Saïda adoptent des arrêts imposant la déclaration immédiate de toutes les rénovations immobilières, sous peine d’une majoration de 2 % par mois sur les taxes impayées. L’avis, signé le 30 juin et publié dans Al Liwa’, s’appuie sur les articles 104 et 109 de la loi 88/60 relative aux taxes municipales et vise à élargir la base fiscale pour compenser la baisse des transferts de l’État. Les associations de propriétaires dénoncent un manque de concertation, tandis que le ministère de l’Intérieur soutient la mesure, estimant qu’elle permettra de financer les services de collecte des déchets et de signalisation routière.
La politique locale se trouve ainsi traversée par des enjeux interconnectés : négociations diplomatiques sur le désarmement, batailles budgétaires serrées, exigences accrues de transparence et pressions sociales persistantes. Les prochaines semaines pourraient clarifier l’équilibre entre impératifs sécuritaires, réformes économiques et gestion quotidienne d’un État soumis à une double contrainte, financière et géopolitique, sans que les acteurs n’avancent pour l’heure de calendrier précis pour un retour à la stabilité législative.
Citation et discours des personnalités politiques : contrôle parlementaire, réforme électorale et souveraineté sécuritaire
Nabih Berri brandit le règlement intérieur
À l’ouverture de la séance du 30 juin, Nabih Berri refuse net d’inscrire l’amendement sur le vote intégral des expatriés. Le président de la Chambre coupe court aux frondeurs : « La pétition, nous ne l’avons pas reçue ; lorsqu’elle nous parviendra, nous la traiterons conformément aux règles », déclare-t-il avant d’ajouter : « Ne me menacez pas, la séance se poursuit sans intimidation », rapporte Ad Diyar du 1 juillet 2025. Le même verbe revient sous la plume de Al Joumhouriya, qui souligne la volonté de Berri de « préserver la marche de l’institution quelles que soient les pressions ». Al Quds note que l’argument de procédure est devenu son « parapluie préféré » depuis les crises budgétaires de 2019. Ainsi, en affirmant sa lecture stricte des articles 109 et 115, Berri rappelle qu’aucune majorité numérique ne prime sur son monopole d’inscription des textes.
Les députés favorables à la diaspora persistent
Face au veto, George Okais, Georges Adwan et Sami Gemayel quittent l’hémicycle puis reviennent quand le quorum tient. Adwan soutient que « soixante-huit signatures suffisent pour forcer le débat », mais il concède que la jurisprudence du Conseil constitutionnel ne joue pas en faveur d’un passage en force, détaille Ad Diyar. Dans Al Joumhouriya, des sources qualifient la manœuvre de « première salve symbolique avant la vraie bataille de l’automne ». Pendant ce temps, le député Georges Aqis tente de déposer la pétition sur le pupitre du secrétariat, geste aussitôt jugé « irrégulier » par le greffier, comme le relate Al Quds.
Alain Aoun et l’option des retouches minimalistes
Interrogé dans les couloirs, Alain Aoun estime qu’« un texte fondateur est impossible avant mai 2026 ; seules des retouches techniques peuvent sécuriser le scrutin », remarque Annahar du 1 juillet. Pour le député du CPL, le projet de suppression des six sièges confond égalité de principe et faisabilité logistique : il rappelle que 220 bureaux de vote devront être ouverts à l’étranger, « défi matériel majeur pour un Trésor exsangue ». Sa position, perçue comme un compromis, vise à conserver un levier de négociation interne sans se couper des organisations de la diaspora qui financent largement les fédérations estudiantines du parti.
Ali Fayad lie réforme et souveraineté
Le député Ali Fayad, voix juridique du Hezbollah au Parlement, qualifie le texte Okais–Doueihi de « démarche viciée qui ouvrirait la porte à l’ingérence des capitales où vivent deux cent mille électeurs chiites », selon Ad Diyar. Fayad invoque le précédent de 2018 : à cette date, la mise en œuvre de l’article 122 avait déjà été reportée faute de décret exécutif. Il insiste aujourd’hui sur une chronologie conditionnelle : pas de réforme majeure tant que la question du désarmement n’est pas résolue. Son argument-clé tient en une phrase : « On ne peut corriger la représentation si la souveraineté demeure partagée ».
Sami Gemayel réclame un débat sur l’armement
Du côté du Kataëb, Sami Gemayel saisit la tribune pour exiger « une séance unique consacrée à l’exclusivité des armes aux forces régulières », propos retranscrits par Ad Diyar. Le chef du parti insiste sur la concomitance entre réforme électorale et désarmement : selon lui, la légitimité d’un futur Parlement dépendra du contrôle effectif de l’État sur le territoire. Sa demande reçoit un appui prudent de Melhem Riachi, tandis que Walid Joumblatt, cité par Al Sharq, soutient « la remise volontaire des armes partisanes comme préalable à tout nouveau pacte national ».
Wassim Souaïd promet une restructuration bancaire hors plan Lazard
En marge du tumulte législatif, le gouverneur de la Banque du Liban, Wassim Souaïd, déclare dans Annahar que « le retour au plan Lazard est définitivement exclu » et annonce le recours à « un cabinet international de premier rang » pour achever la restructuration du secteur. Il précise que le relèvement simultané des plafonds de retrait sous les circulaires 158 et 166 injectera 2,6 milliards de dollars sur un an, mesure que l’Association des banques juge « nécessaire mais non suffisante » pour convaincre le FMI. La presse économique voit dans cette sortie un signal envoyé au Parlement : sans filet financier, tout report des législatives coûterait instantanément un point de crédibilité souveraine.
Joseph Aoun défend la FINUL et le déploiement national
Au palais de Baabda, Joseph Aoun adresse un message direct au nouveau commandant de la FINUL, le général Diodato Abagnara : « Les circonstances régionales imposent plus que jamais le maintien du contingent international au Sud », rapporte Al Sharq. Le chef de l’État annonce parallèlement « l’augmentation programmée de cinq mille soldats libanais entre le Litani et la Ligne bleue afin de garantir stabilité et sécurité ». Al Bina’ souligne l’argument humanitaire : la FINUL fournit des emplois ou services à plus de cinq cents familles locales et a effectué cinquante-sept cents patrouilles conjointes depuis février. Cette dimension sociale pèse dans la balance diplomatique quand Washington lie tout allègement de sanctions à la consolidation d’un monopole armé étatique.
Le filigrane du désarmement dans chaque intervention
Tous les intervenants, qu’ils soient alignés sur le camp souverainiste ou sur le tandem chiite, replacent leur propos dans une équation sécurité–réforme. Al Sharq met en exergue la phrase-clé d’Ali Fayad : « Aucun code électoral ne survivra si l’on confie la décision militaire à d’autres capitales ». De son côté, le « Bloc de la Montagne » de Joumblatt avertit contre « la tentation de diluer le calendrier de désarmement dans de futurs ajustements constitutionnels », selon la même édition. Le matin même, le collectif chrétien « Sayedat al-Jabal » publie un mémorandum demandant un calendrier précis de remise des fusils partisans, citant l’exemple de la dissolution des milices croates en 1996, note Al Sharq encore.
Des mots qui façonnent la perception internationale
Les chancelleries lisent attentivement les formules lancées sous le dôme de Nejmeh. Pour l’Union européenne, écrit Al Quds, la phrase de Berri sert d’indicateur de maturité institutionnelle : tant que la présidence de la Chambre peut opposer la règle au nombre, le système conserve une apparence de solidité. À l’inverse, le département d’État retient surtout la promesse de Joseph Aoun d’augmenter le déploiement national, considérant qu’elle « réduit mécaniquement l’espace militaire non étatique ». Les ONG anticorruption, elles, focalisent sur l’engagement verbal de Wassim Souaïd à commander un audit indépendant, rappelé par Al Akhbar qui titrait déjà sur un « trou noir » de 2 174 milliards de livres au sein de la Haute Commission de Secours.
Une sémantique parlementaire sous haute tension
Le lexique des séances s’enrichit de mots-clefs : « menace », « quorum », « pétition », « souveraineté ». Al Joumhouriya souligne que Berri emploie désormais systématiquement l’expression « selon les règles » pour fermer la porte aux recours rapides, révélant une stratégie de ralentissement maîtrisé qu’il applique depuis la crise du budget 2017. Annahar note que la réplique « seules des retouches » d’Alain Aoun est répétée six fois dans son entretien, signe qu’un champ lexical minimaliste balise la communication présidentielle du CPL.
Au fil de ces discours, se dégage une constante : qu’il s’agisse de code électoral, de plan bancaire ou de mandat onusien, chaque responsable tente de lier son enjeu préféré à la notion de souveraineté. Les mots deviennent ainsi des levés de fonds symboliques auprès d’un public local lassé des formules, mais aussi des partenaires étrangers à l’affût du moindre engagement vérifiable.
Diplomatie : pression américaine sur le désarmement et garanties internationales
Visite de l’émissaire américain et feuille de route
Attendu avant le 10 juillet, l’émissaire américain Thomas Barrack doit présenter à Beyrouth un mécanisme « intégré » de cessez-le-feu dont le socle reste l’exclusivité des armes aux forces régulières, précise Al Sharq Al Awsat du 1 juillet 2025 ; le quotidien rapporte qu’il compte, cette fois, convaincre Nabih Berri d’amener son allié Hezbollah à « endosser la formule » en échange de garanties phasées sur la mise en œuvre. De son côté, Ad Diyar note que le tandem chiite a déjà remis « une réponse structurée » à la « note Barrack », esquissant des réserves sur le calendrier mais actant le principe d’un désarmement gradué contre un retrait israélien complet de Ghajar et des collines litigieuses.
Position du tandem chiite et négociations internes
La délégation d’experts mandatée par le Hezbollah défend l’idée d’un « package symétrique » : dépôt progressif de l’armement en parallèle avec l’application stricte de la résolution 1701, écrit Al Liwa’ ; le journal souligne que Beyrouth refuse « tout délai ouvert » et réclame un cessez-le-feu élargi au front de Gaza pour juger de la sincérité d’Israël. Dans la même édition, un éditorial rappelle que toute réforme sécuritaire restera « cosmétique » tant que subsistera la réalité d’armes hors-État, expression reprise neuf fois dans la manchette de la veille.
Joseph Aoun, FINUL et diplomatie militaire
Le chef de l’État Joseph Aoun reçoit à Baabda le nouveau commandant de la FINUL, le général Diodato Abagnara, et martèle que « les circonstances régionales imposent le maintien du contingent international ». Ad Diyar relève qu’il annonce l’envoi de cinq mille militaires libanais supplémentaires entre le Litani et la Ligne bleue pour « resserrer le maillage » avant la réactivation des discussions quadripartites sur la délimitation maritime. La presse francophone proche de l’armée insiste sur le volet social : la FINUL injecte chaque année une centaine de millions de dollars dans l’économie du Sud par ses contrats locaux, argument que Baabda met en avant pour dissuader Washington de réduire le mandat onusien.
Union européenne et alignements régionaux
Sur un second front, Beyrouth tente d’obtenir des Européens un régime de sanctions visant « toute assistance militaire à Israël » ; une note verbale a été transmise à vingt-cinq chancelleries, explique Al Liwa’ dans son cahier diplomatique. Le même jour, Al Sharq Al Awsat décrit l’imminente « dix-huitième salve » de mesures européennes contre Moscou, mettant en lumière la pression croissante sur les partenaires russes du secteur énergétique libanais et rappelant que l’alignement de Beyrouth sur ces sanctions reste observé de près par Bruxelles. Les autorités libanaises cherchent ainsi à monnayer leur positionnement géopolitique contre une relance du Programme d’Aide Macro-financière suspendu depuis 2022.
Irano-américain : fenêtre ou impasse ?
Le même Al Sharq Al Awsat juxtapose la nouvelle proposition de Donald Trump à Téhéran — suspension des frappes contre la République islamique en échange d’un retour rapide aux pourparlers nucléaires — et l’avertissement iranien conditionnant tout dialogue à l’absence de frappes supplémentaires. À Beyrouth, le ministère des Affaires étrangères y voit « un climat propice » à la désescalade régionale, même si Al Akhbar juge la pression américaine comme « un chantage visant la capitulation du Hamas », ce qui alimente la méfiance des alliés de Téhéran.
Syrie, normalisation et couloir stratégique
Dans un long papier, Al Sharq explique que l’émissaire Barrack, officiellement chargé du dossier syrien, utilise Beyrouth comme plate-forme pour « souder le couloir Méditerranée-Golfe ». Il exige que la remise des armes au Liban précède la levée graduelle des sanctions américaines contre Damas et l’ouverture de pourparlers indirects entre Israël et la Syrie sur le Golan. Les diplomates libanais redoutent cependant qu’un « paquet régional » ne lie leur propre calendrier électoral à la réforme constitutionnelle syrienne, scénario que le Hezbollah juge « inacceptable sans garanties russo-iraniennes ».
Consultations multilatérales et rôle de Paris
À Paris, le Quai d’Orsay organise début juillet une réunion « format Cinq plus Arabie » pour évaluer la trame Barrack. Selon Al Akhbar, la France souhaiterait maintenir son leadership sur la force maritime de l’ONU et obtenir de Washington que le volet gazier — y compris la révision du tracé des blocs — fasse l’objet d’une clause séparée dans le futur accord de sécurité. Cette approche se heurte à la prudence allemande, soucieuse de ne pas entamer les discussions sur les actifs russes à l’Est de la Méditerranée tant que la guerre en Ukraine perdure.
Calendarisation des étapes et crédibilité financière
Le gouverneur de la Banque du Liban joue désormais sa partition : Wassim Souaïd affirme dans Annahar que toute dérive du calendrier sécuritaire ferait « bondir la prime de risque et menacer la fenêtre FMI », rappelant que la mise en œuvre des circulaires monétaires injectera 2,6 milliards de dollars « à condition que la scène militaire reste contenue ». Cette corrélation nourrit, dans les couloirs diplomatiques, la thèse d’un lien direct entre désarmement, soutien budgétaire et relance des négociations d’adhésion au mécanisme européen de résilience.
Pressions médiatiques et bataille des narratifs
Al Liwa’ recense plus de vingt-cinq articles d’opinion publiés la seule semaine écoulée sur la « monopolisation des armes ». Le quotidien constate que le lexique américain (« exclusive arms », « phased compliance ») se diffuse jusque dans la rhétorique de blocs jadis réticents, symptôme d’une pénétration discursive qui force chaque acteur à se positionner sur l’axe désarmement-réformes. Al Quds observe que les chancelleries notent les formules exactes échangées à Nejmeh pour jauger la « maturité institutionnelle » d’un pays perçu comme pivot entre la Méditerranée et l’espace syro-irakien.
Conclusion de Paris à Moscou : les lignes restent mouvantes
Si la France s’emploie à arrimer le dossier libanais à la sécurité des flux gaziers, Moscou avertit, dans les pages internationales d’Al Sharq Al Awsat, que tout scénario de « révolution colorée » en Serbie compliquerait la coordination russo-occidentale, donc l’éventuel feu vert du Kremlin à un compromis régional qui inclurait Beyrouth. Ce jeu d’équilibriste rappelle aux diplomates libanais que chaque avancée vers un désarmement encadré dépend non seulement du rapport de forces interne mais aussi des chocs lointains capables de redistribuer l’influence au Moyen-Orient.
Politique internationale : recompositions régionales et tensions globales
Offensive sur Gaza et émergence d’autorités tribales
La guerre à Gaza entre dans son neuvième mois. Al Akhbar du 1 juillet 2025 affirme que Washington maintient une pression maximale sur le Hamas : « pliez-vous ou subissez l’élargissement du front » . Dans le même temps, Al Quds décrit un paysage intérieur bouleversé : la destruction des structures administratives du mouvement islamiste a permis à de grandes familles bédouines de prendre le relais de la police dans le nord du territoire, organisant la distribution de l’aide humanitaire et interdisant le pillage des convois . Le quotidien souligne que ce vide de gouvernance est entretenu par le refus catégorique d’Israël de laisser la petite Autorité palestinienne revenir à Gaza, tandis que le siège maritime étouffe le trafic de pêche et ferme les dernières sorties de blessés. La section internationale d’Al Akhbar relie ce remodelage local à une stratégie israélienne de long terme : fragmenter la société civile pour empêcher toute centralisation post-conflit . Dans les camps de Rafah, une enquête d’Al Quds note que les conseils tribaux se dotent déjà de tribunaux « coutumiers » afin de régler les litiges fonciers provoqués par les bombardements successifs .
Calculs israéliens et médiation trumpienne
Israël affronte une crise interne aiguë. Dans sa rubrique « Israeli Press », Al Quds relaie les commentaires inquiets de la presse de Tel-Aviv : l’armée affronte désormais « le double feu des roquettes et des colons », ces derniers ayant incendié plusieurs avant-postes militaires pour protester contre des ordres d’évacuation temporaires . Sur le plan politique, Al Quds revient sur la scène de Washington : Donald Trump, président depuis janvier 2025, propose à Netanyahu un marché « otages contre normalisation » ; en échange de concessions sur les prisonniers, la Maison-Blanche suspendrait les frappes prévues contre l’Iran et soutiendrait la reprise de négociations israélo-saoudiennes . Les mêmes colonnes insistent sur le fait que Biden, défait, observe l’évolution sans rompre le secret-défense sur les armes livrées avant 2025. La Knesset, elle, débat d’un amendement accordant l’immunité judiciaire à tout Premier ministre pendant une période de guerre, un dispositif que la presse panarabe juge directement taillé pour Netanyahu .
Dossier iranien : nucléaire, missiles et jeux d’alliances
Al Akhbar publie en page internationale un long dossier sur le programme nucléaire iranien : Téhéran refuse toujours l’ouverture de ses sites non déclarés à l’Agence internationale de l’énergie atomique malgré la résolution adoptée le 20 juin à Vienne . Le même numéro relate la poursuite des essais de missiles balistiques à portée intermédiaire, qualifiés de « ligne rouge persistante » par les capitales occidentales. Al Sharq, dans sa chronique géopolitique, avance que le « duel existentiel » entre Israël et l’Iran relève plus du « pacte cynique » que d’une hostilité absolue, les deux rivaux échangeant indirectement des signaux militaires tout en menant des négociations parallèles sur un corridor énergétique oriental . Du point de vue de Moscou, cité par Al Sharq Al Awsat dans un article consacré à l’impact des sanctions russes, toute percée sur le nucléaire reste conditionnée à l’issue d’une éventuelle trêve durable à Gaza et à la levée graduelle des mesures extraterritoriales américaines sur les banques iraniennes .
Syrie, Golan et couloir stratégique méditerranéo-golfe
Al Bina’ met en lumière l’un des volets les plus sensibles du « package régional » négocié par l’envoyé américain Thomas Barrack : la question du plateau du Golan. Le quotidien mentionne un scénario où Israël accepterait une formule de retrait partiel supervisé par l’ONU en échange d’un désarmement encadré du Hezbollah et d’un gel durable de la production d’uranium hautement enrichi par l’Iran . La Syrie conditionne son feu vert à la suppression intégrale des sanctions du Caesar Act et au financement de la reconstruction de ses grands barrages, ce que Washington considère prématuré. Dans les annexes du même reportage, des diplomates européens rappellent que tout arrangement passera par une conférence multilatérale, potentiellement à Genève, inspirée du format Astana mais élargie à l’Égypte et à la Jordanie.
Sommet de La Haye et fracture transatlantique
Nahar reprend en pages internationales le débat suscité au sommet de l’OTAN tenu à La Haye la semaine passée : Donald Trump y a réitéré sa menace de « laisser l’Europe se défendre seule » si les budgets militaires restent inférieurs aux deux pour cent du PIB prescrits depuis le sommet de Cardiff en 2014, rappelant que le budget de défense américain atteignait 877 milliards de dollars en 2022, soit la somme des dix États suivants . Les ministres de la Défense allemands et italiens ont promis une augmentation progressive, mais sans calendrier ferme. Le même article observe que l’offensive russe à Kharkiv début juin, conjuguée à des émeutes cybernétiques signalées en Estonie, pousse les Baltes à réclamer un déploiement permanent de brigades américaines. Le discours de Trump ravive donc l’idée d’une autonomie stratégique européenne, concept relancé par Paris en 2017 mais resté en suspens.
Marchés de l’énergie et tours de vis financiers
Al Quds, dans sa page économie, note la baisse du dollar consécutive à l’espoir d’accords commerciaux rapides entre Washington et plusieurs partenaires asiatiques, facteur qui modère le baril autour de 82 dollars malgré la reprise de la demande aérienne . Les analystes cités soulignent toutefois que la moindre escalade entre Israël et le Hezbollah, ou une rupture des pourparlers nucléaires, ferait bondir les primes de risque sur les cargaisons du Golfe. Al Liwa’, en écho, observe que l’Union européenne prépare une dix-huitième salve de sanctions visant les fournisseurs russes de composants énergétiques, ce qui pèse déjà sur les marges des compagnies libanaises engagées dans la prospection du bloc 9 au large de Nahr el-Bared . Les courtiers redoutent un « effet domino » : si Moscou réduit ses livraisons de GNL vers Gdańsk, les affréteurs pourraient réorienter leurs méthaniers vers des marchés asiatiques prêts à payer la surprime.
Concepts de souveraineté et bataille des récits
La lecture comparée des éditoriaux montre un glissement sémantique. Al Liwa’ relève que l’expression « armes exclusives » apparaît désormais dans presque tous les communiqués occidentaux adressés à Beyrouth et à Damas . Al Quds insiste pour sa part sur l’usage inflationniste du terme « génocide » à propos de Gaza, tandis qu’Al Akhbar préfère parler de « chantage humanitaire », réaffirmant que le contrôle du narratif constitue la première ligne du conflit contemporain . Dans ce climat, chaque camp tente d’arrimer sa ligne politique à la défense d’un droit international que tous prétendent incarner : Israël se réclame de la légitime défense, le Hamas de la résistance, l’Iran de la dissuasion, les Européens de la stabilité des flux gaziers, les États-Unis de la liberté de navigation. La confrontation dépasse ainsi la simple gestion d’une trêve et redessine les contours d’un ordre régional dont la géométrie reste, pour l’heure, mouvante.
Économie : liquidités d’urgence, arbitrages budgétaires et gouvernance en suspens
Banque du Liban : un répit de 2,6 milliards de dollars pour les déposants
L’amendement simultané des circulaires 158 et 166, signé le 30 juin par le gouverneur Wassim Souaïd, relève le plafond de retrait mensuel à 800 dollars pour la première et à 400 dollars pour la seconde. Selon les calculs publiés par Annahardu 1 juillet, la mesure injectera 2,6 milliards de dollars sur douze mois et concernera environ trois cent vingt mille déposants, soit un quart de la population adulte. L’Association des banques salue « un ballon d’oxygène » qui, pour la première fois, puise exclusivement dans les réserves obligatoires plutôt que dans la trésorerie déjà exsangue des établissements, précise Sabrine Aoues dans le même quotidien. Le gouverneur, de retour de Paris et de Washington, confirme qu’il écarte définitivement le plan Lazard et qu’il missionnera un cabinet d’audit international « de premier rang » pour finaliser la restructuration bancaire. Ad Diyar fait cependant remarquer que l’opération n’efface pas le besoin d’un cadre législatif de partage des pertes : plusieurs éditorialistes rappellent que les avoirs bancaires gelés demeurent supérieurs à 89 milliards de dollars, contre des réserves nettes redevenues négatives en mai 2025.
Budget 2025 : un compromis fragile entre relance et austérité
La commission des Finances, présidée par Ibrahim Kanaan, remet le 1 juillet un rapport final qui maintient les exonérations de TVA sur vingt et un produits de base mais introduit une contribution de 1,5 % sur les transactions immobilières pour alimenter le Fonds de soutien aux énergies renouvelables, détaille Al Liwa’. En séance plénière, Nabih Berri fait adopter un crédit supplémentaire de 1,5 milliard de livres au profit du Fonds de solidarité des magistrats et 1,32 milliard pour les aides sociales à l’Université libanaise, malgré le retrait momentané de quatorze députés des Forces libanaises furieux du report du débat sur le vote des expatriés. L’opposition parle d’un « budget de papier », accusant le gouvernement de tabler sur un taux de change moyen de 89 000 livres pour un dollar, alors que le marché parallèle franchit régulièrement la barre des 100 000. Al Sharq note que l’exécutif espère tout de même réduire le déficit global de deux points de PIB grâce à une hausse de 14 % des recettes douanières et à l’introduction d’un impôt minimal sur les grandes plateformes numériques.
Transition énergétique : un prêt Banque mondiale pour fourbir le réseau
Toujours le 1 juillet, le Parlement ratifie l’accord-cadre de 250 millions de dollars signé avec la Banque mondiale ; il prévoit l’installation de quatre parcs solaires totalisant 500 MW d’ici 2027 et la création d’un fonds de garantie pour attirer les producteurs indépendants, rapporte Al Sharq. Michel Moussa souligne que l’électricité d’origine solaire revenant à 5,7 cents le kilowatt-heure, contre plus de 17 cents pour les centrales fioul, permettra d’économiser 320 millions de dollars par an sur la facture énergétique publique. Les commissaires de la Cour des comptes demandent toutefois la mise en place immédiate de l’Autorité de régulation prévue par la loi 462/2002 afin de publier les appels d’offres selon les normes OCDE ; sans ce garde-fou, avertit Al Liwa’, tout prêt resterait « un pari sur l’aléa politique ».
Entreprises publiques : Casino du Liban et Haute Commission de Secours au banc des accusés
En page 23 d’Al Akhbar, Nadiya Ayoub décrit le Casino du Liban comme « une caverne qui change de gardien sans jamais être fermée » ; l’article chiffre à 38 millions de dollars les pertes cumulées entre 2022 et 2024 et dénonce l’absence de contrôle interne crédible. Le ministère des Finances propose de transformer la concession en société publique par actions ouverte à 40 % au privé ; les syndicats redoutent une privatisation déguisée tandis que les députés de la commission des Finances réclament un audit légal avant toute cession. Parallèlement, Al Akhbar révèle un « trou noir » de 2 174 milliards de livres au sein de la Haute Commission de Secours, somme versée depuis 2018 sans justificatifs, en violation de l’article 203 du code de la comptabilité publique. Le Conseil des ministres décide pour la première fois de conditionner tout nouveau décaissement à un rapport trimestriel certifié par la Cour des comptes ; une mesure que le Trésor juge indispensable pour défendre la notation souveraine à l’approche des discussions avec le FMI.
Conjoncture macroéconomique : croissance sous perfusion et fractures sociales
Un document interne du FMI, cité par Al Akhbar, estime que la quasi-totalité de la croissance en 2024 (0,9 %) provient de l’augmentation des dépenses publiques financées par création monétaire, tandis que l’investissement privé recule pour la cinquième année consécutive. L’inflation, non publiée depuis mars, reste officieusement au-delà de 90 % sur douze mois, selon les cabinets d’études bancaires évoqués lors d’une conférence de la Fédération des industries, mais aucune série officielle n’a été fournie à la presse. Sur le marché parallèle, le dollar flottue autour de 101 000 livres, un seuil que la Banque du Liban dit vouloir stabiliser grâce à la liquidité issue des nouvelles circulaires. Dans le logement, la polémique déclenchée par un article d’Al Akhbar affirmant que les prêts du Housing Bank excluent la banlieue sud fait réagir l’établissement, qui publie un droit de réponse prouvant l’octroi de crédits « dans tous les gouvernorats sans discrimination ». Reste que la hausse des demandes de permis de port d’armes, relevée par le ministère de l’Intérieur, témoigne d’un climat social fébrile où l’érosion du pouvoir d’achat nourrit le repli sécuritaire. Les collectivités tentent de compenser la baisse des transferts en relevant les taxes communales : la municipalité de Nabatieh applique depuis le 28 juin une majoration mensuelle de 2 % sur toute taxe impayée, mesure publiée dans la section « Officiel » d’Al Liwa’et déjà contestée par l’Union des propriétaires.
Les indicateurs restent donc mixtes : un sursaut de liquidité pour les déposants, un budget qui cherche l’équilibre entre relance et rigueur, des avancées prudentes sur le front de l’énergie, mais aussi des failles de gouvernance persistantes et une croissance encore suspendue aux négociations internationales.
Justice : affaires emblématiques et auditions sensibles
Tripoli : un ancien officier au centre de la tourmente
Le 27 juin, l’arrestation du colonel retraité Amîd Hamoud pour la gestion d’un centre médical non autorisé à Bab al-Raml déclenche une onde de choc. Le procureur général d’appel du Nord, le juge Ziyad Sha‛rani, ordonne le placement en garde à vue après la découverte d’installations chirurgicales clandestines, de stocks d’antibiotiques d’origine syrienne et de médecins non inscrits à l’Ordre. Les services de Sécurité d’État, déjà saisis en avril, avaient scellé les locaux, mais l’établissement avait rouvert en défiance du scellé judiciaire. La juge d’instruction Samarinda Nassar signe aussitôt un mandat de dépôt, considérant que les infractions « mettent directement en péril la santé publique », d’après la notification consultée par Annahar du 1 juillet.
Dans la vieille ville, de petites manifestations s’organisent à la nuit tombée. Des proches brandissent les clichés d’opérations ophtalmiques gratuites effectuées sous l’égide de Hamoud et accusent Beyrouth de viser « une figure sunnite solidaire des plus pauvres ». Le député Ashraf Rifi dénonce une « justice sélective » qui, selon lui, ignore « les réseaux protégés par le pouvoir », tandis que son collègue Ihab Matar soupçonne une « mise au pas politique » destinée à neutraliser une voix critique.
Débats de droit et équilibre communautaire
La défense plaide le caractère humanitaire de l’initiative et réclame la remise en liberté conditionnelle, arguant qu’aucune plainte de patient n’a été enregistrée. Le parquet souligne au contraire le détournement de firmes pharmaceutiques syriennes vers un marché libanais noir, passible d’une peine maximum de trois ans. Le Barreau de Tripoli rappelle qu’en vertu de l’article 10 du code de la santé, l’exploitation d’un acte chirurgical dans un local non homologué est assimilée à un délit flagrant, ce qui autorise le mandat de dépôt immédiat sans audience préalable. Sur le plan politique, la Conférence des oulémas du Nord appelle à « dépolitiser l’acte de juger », mais précise qu’elle ne s’opposera pas à une fermeture administrative si la faute est établie.
Jeux d’argent : le Casino du Liban dans l’œil du procureur
Le même jour, la juge financière par intérim Dora Khazen ouvre une information pour blanchiment et fraude fiscale contre la plate-forme de paris Betarabia, sous-traitante du Casino du Liban, après un signalement de la Présidence de la République. Les enquêteurs de la Sécurité d’État interpellent le directeur général Jâd Gariyos et son associé Dany ‛Abbud, soupçonnés d’avoir exploité, sans base légale, des « filiales » de casino en ligne labellisées OSS pour contourner l’interdiction du jeu numérique sur le territoire. Douze gérants de salles « illégales », dont deux à Jbeil, sont placés en détention préventive.
Les scellés posés sur les serveurs informatiques ne suffisent pas à calmer les doutes. Al Akhbar affirme que le dossier aurait été déclenché par le refus du président du conseil d’administration, Roland Khoury, de démissionner malgré des pressions venues de Baabda, ouvrant la voie à une contre-attaque judiciaire destinée à le pousser vers la sortie. La défense rétorque que l’État n’a jamais adopté le décret d’application de la loi 417-2019 qui conditionne le jeu en ligne à une autorité de régulation et qu’en son absence la concession historique du Casino demeure la seule base juridique. La Chambre des notaires avertit toutefois que tout contrat de sous-traitance sans visa du ministère des Finances est nul de plein droit.
Flux occultes et soupçon de blanchiment
Les premières analyses bancaires laissent apparaître une discordance entre les mises enregistrées et les revenus déclarés, laissant supposer un blanchiment partiel dans des bureaux de change à Hazmieh. Le fisc réclame déjà la saisie conservatoire de 11,4 millions USD d’arriérés supposés. L’Autorité de lutte contre la corruption signale de son côté l’absence d’appel d’offres public avant la signature avec Betarabia, possible infraction à l’article 31 de la loi sur les marchés publics. Les avocats de la société plaident un contrat de régie indirecte antérieur à la réforme et invoquent l’urgence instaurée par la pandémie pour justifier la procédure négociée.
Transparence des organismes publics
La Haute Commission de Secours, déjà épinglée pour un déficit de 2 174 milliards LBP, se trouve à nouveau sous la loupe du parquet financier, qui ordonne un audit externe avant tout nouveau versement budgétaire, comme le révélait Al Akhbar dès la première page de son édition du 1 juillet. Les magistrats évoquent des « failles systémiques » : absence de comptabilité analytique, avances de Trésor non régularisées et doubles paiements après la tempête Daniel de 2024. Le ministère des Finances accepte le principe d’un rapport trimestriel certifié par la Cour des comptes, condition exigée par le FMI pour rouvrir la ligne de crédit d’assistance budgétaire.
Liberté de la presse et cadre légal
Au registre des droits fondamentaux, la convocation du rédacteur en chef du site Al Hurra, Béchara Charbel, et de la directrice de la rédaction Karine ‛Abd Nour par la police judiciaire provoque un rappel à l’ordre du ministre de la Justice, Adel Nassar, qui réaffirme que « toute plainte visant un journaliste relève exclusivement du tribunal des imprimés », rapporte Al Sharq. Le syndicat des rédacteurs estime que 37 citations directes ont été délivrées contre des reporters en six mois, chiffre jugé « disproportionné » au regard de la moyenne quinquennale. Un groupe de députés envisage de réactiver la proposition de loi 168-2021, gelée en commission, qui dépénalise entièrement la diffamation sauf en cas d’incitation à la violence.
Délinquance armée et cellules dormantes
La Direction générale des Forces de sécurité intérieure annonce l’arrestation, à la mi-juin, de trois ressortissants syriens accusés d’avoir attiré des livreurs delivery et de les dépouiller sous la menace dans la banlieue sud de Beyrouth. Les suspects, nés en 2006, 2007 et 2009, sont identifiés grâce à la vidéosurveillance d’un supermarché de Hayy al-Sellom et placés sous mandat de détention par le parquet de Baabda. D’autres procédures visent une cellule liée à « Daech » en contact avec le Mossad, démantelée à Bourj el-Barajneh avec l’appui du renseignement militaire, selon un bulletin reproduit par Al Sharq.
Contentieux civils et saturation des rôles
En marge des dossiers médiatisés, les tribunaux civils publient une salve de notifications : à Beyrouth, le juge Nanci Karam prononce la résiliation d’un bail commercial rue de Damas au profit d’un propriétaire invoquant le non-paiement du loyer depuis vingt-quatre mois, décision 2025/169 affichée au greffe le 9 avril et exécutoire quinze jours après publication officielle. À Saïda, la Cour d’appel des délits confirme le jugement 2025/30 condamnant Ahmad ‛Izz eddine à quarante millions LBP d’amende pour fraude à la consommation, l’arrêt devant être placardé dans trois journaux à diffusion nationale pour « effet dissuasif ». Le président du conseil de l’ordre des avocats prévient que l’arriéré d’affaires civiles dépasse désormais 108 000 dossiers, situation qu’il impute aux vacances de poste persistantes à la Cour de cassation.
Sécurité routière et taxes municipales
La municipalité de Nabatiyeh obtient, par un jugement du Tribunal administratif, l’autorisation de majorer de 2 % les taxes foncières impayées chaque mois pour financer l’acquisition de radars fixes ; la mesure est contestée par l’Union des propriétaires mais validée en référé, au motif qu’elle « répond à une finalité d’ordre public ». Les associations de conducteurs annoncent un recours devant le Conseil d’État, estimant la hausse discriminatoire puisque les communes voisines ne l’appliquent pas.
Tensions institutionnelles et calendrier judiciaire
Le Conseil supérieur de la magistrature planifie une séance début août pour pourvoir quatre sièges vacants à la Cour de cassation, étape jugée essentielle pour relancer l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth, toujours suspendue faute de quorum. Plusieurs ONG craignent cependant que les nominations se heurtent à la même impasse politique que celle observée pour la Cour constitutionnelle.
Ainsi, les prétoires libanais mènent simultanément des combats disparates : lutte contre la corruption financière, régulation des jeux d’argent, protection de la santé publique, défense des libertés et répression du crime organisé. L’activation ou non des outils d’audit, la stabilité des nominations judiciaires et la capacité des magistrats à résister aux pressions politiques détermineront la crédibilité d’un appareil en quête de cohérence alors que se profilent, dans quatorze mois, des législatives décisives.
Culture : patrimoine littéraire et effervescence festivalière
Festival « Al-Zaman al-Jamil » : la nostalgie comme fil rouge
À l’université Saint-Joseph, l’ancienne salle Pierre Abou Khater se drape de velours rouge pour accueillir, dès dix-huit heures, la première soirée du festival « Al-Zaman al-Jamil ». Annahar du 1 juillet 2025 précise que le Conseil culturel pour le Liban Sud a voulu « honorer la mémoire collective sans la figer » en conviant six chanteurs autour d’un répertoire des années 1960 – 1980. Le même quotidien détaille la scénographie : projections d’archives noir-et-blanc, décors inspirés des façades beyrouthines d’avant-guerre et alternance de saynètes théâtrales pour lier les tableaux musicaux.
Le programme, publié par Al Sharq Al Awsat le même jour, confirme la présence de la chorégraphe Nayla Matar, appelée à traduire en mouvement l’idée de « mémoire vivante » grâce à un quatuor de danse contemporaine évoluant sous les voix de Rja Badr et Magida Elia. Le journal londonien relève aussi un hommage au petit écran : six journalistes vedettes — Mahā Salma, Yoland Khoury, Leila Rustom, Muna Andraos, Liliane Najm et Zahi Wehbé — recevront un trophée pour avoir incarné « l’âge d’or » de la télévision libanaise, segment conçu comme un pont entre patrimoine audiovisuel et création scénique.
Sur le plan économique, les organisateurs visent un autofinancement à 72 % grâce au mécénat privé et à la vente de 850 billets par soir, formule que le directeur artistique Rabih Mansour défend en citant l’exemple du festival de Byblos : « Lorsque l’État se retire, la philanthropie maintient le tissu culturel ». Les coulisses montrent toutefois la fragilité du modèle : Annahar révèle une négociation serrée avec l’imprimeur pour réduire de 18 % le coût des programmes, la hausse du papier ayant rogné la marge de sécurité. Les répétitions finales affichent déjà complet, un signe que le public répond présent malgré l’incertitude économique.
Le legs d’Emly Nasrallah : un trésor rejoint la Bibliothèque orientale
Sept ans après la disparition de la romancière, la famille Nasrallah finalise le don d’une partie de ses archives à la Bibliothèque orientale de l’USJ. Al Akhbar annonce qu’un « documentaire ouvert au public » précédera la cérémonie du 7 juillet, diffusant pour la première fois des carnets intimes de l’auteure d’« Oiseaux de septembre ». Al Sharq Al Awsat précise que dix-sept caisses de manuscrits, de correspondances et de coupures de presse quittent l’ancien domicile de Furn El-Chebbak pour être cataloguées selon la norme internationale ISAD-G, un travail qui « a nécessité des années afin d’éviter que ce patrimoine sombre dans l’oubli ».
Le même quotidien rapporte les propos de la fille de l’écrivaine : « Nous avons trouvé un enregistrement sur cassette d’un conte pour enfants intitulé Le Garçon, jamais publié, ainsi qu’un manuscrit de pièce baptisé Le Cabane de Grand-père Tamar » ; ces inédits seront transcrits avant impression, l’artiste Noëlle Kesrouani acceptant d’en illustrer la première édition. La directrice de la bibliothèque, Marie-Claude Abou, insiste sur la dimension académique : le fonds inclut les brouillons d’articles universitaires écrits à Oxford pour le centenaire de Taha Hussein, offrant « une matière première incomparable pour l’histoire du roman arabe ».
Les enjeux dépassent la conservation. Le ministère de la Culture soutient le projet par une subvention de 38 000 dollars destinée au conditionnement climatique, signe que l’État tente de sauver les archives privées malgré ses contraintes budgétaires. Al Akhbar rappelle cependant que le transfert initialement prévu vers la maison-musée de Kfeir a été abandonné pour raisons de sécurité, le village se situant près de la ligne de front sud. L’université prépare déjà un portail numérique ; le recteur Salim Daccache résume l’enjeu : « Chaque feuille numérisée, c’est un espace gagné contre l’amnésie ».
Union des écrivains : hommage aux sœurs Idriss et plaidoyer pour l’intellectuel engagé
À la Maison des Lettres de Hamra, l’Union des écrivains libanais clôt sa 17ᵉ année par une soirée consacrée aux pionnières de la critique littéraire Rana et Raïda Idriss. Al Bina’ mentionne que le président Chaker Chaoun remet à la famille une médaille « pour célébrer les signes avant-coureurs du printemps narratif féminin ». Dans son discours, il souligne que « le véritable intellectuel refuse la marge », défense d’un rôle social renforcée par la projection de portraits des deux sœurs, disparues en 2019.
Le manifeste lu en séance plaide pour « un projet national indépendant » articulé autour de l’enseignement public et de la traduction systématique des essais libanais vers l’anglais et l’espagnol. L’assemblée adopte à main levée une résolution appelant les maisons d’édition à respecter un quota de 20 % d’auteures dans leurs catalogues annuels, approche déjà testée à Mexico. Deux éditeurs présents notent que la mesure serait viable si l’État exonérait de TVA les premières 500 exemplaires de chaque tirage. Aucun engagement gouvernemental n’est encore formalisé, mais la discussion traduit une volonté de professionnaliser le secteur.
Agenda immédiat : conférences, projections et lectures
Le calendrier culturel se densifie malgré la crise. À Beyrouth, le Conseil culturel pour le Liban Sud organise le 1 juillet, toujours à l’USJ, une table ronde sur « la mémoire des villages du Front est », suivie d’un concert de oud – violoncelle hybride piloté par le duo Charbel Ayoub / Lina Haddad. Trois jours plus tard, la Fondation Saadah accueille, rue Hamra, une lecture performée de l’essai Le Triangle rouge, philosophe-journaliste dialogue sur la représentation de la catastrophe et les médias de masse ; Al Akhbar précise que la séance du 4 juillet à seize heures quarante sera suivie d’un débat avec la réalisatrice Joumana Nassar.
Dans la banlieue-sud, la librairie Bayt Tuyour Ayloul annonce pour le 6 juillet un atelier d’écriture pour adolescents inspiré des récits fantastiques d’Emly Nasrallah, arc cohérent avec la donation d’archives. Al Sharq Al Awsat ajoute que l’atelier se conclura par une lecture publique enregistrée pour la bibliothèque sonore de la ville, initiative lancée en avril pour faciliter l’accès des malvoyants à la littérature contemporaine. À Tripoli enfin, la galerie Fadi Hariri confirme le vernissage de l’exposition « Formes en exil », sculptures en verre recyclé réalisées par des artisans déplacés de Syrie et du Akkar ; bien qu’annoncé tardivement, l’événement bénéficie du label de l’Institut français, garantissant une couverture médiatique nationale.
Scène musicale et polémique : le cas Sherine au miroir libanais
Les pages culturelles de Annahar reviennent sur le concert de l’Égyptienne Sherine Abdel-Wahab à Beyrouth, marqué par un recours au playback qui divise les critiques. Le quotidien reproduit la défense du médecin personnel de la chanteuse, affirmant qu’aucun problème de santé n’a motivé cette option et que « le public était heureux ». L’affaire, mineure en apparence, révèle un malaise plus large : la société libanaise, jadis capitale du live, tolère-t-elle encore les standards approximatifs ? Des producteurs interrogés estiment qu’une billetterie à cent mille livres n’autorise plus l’improvisation. Dans le même article, la star libanaise Nawal Al-Zoghbi soutient Sherine, arguant que la survie des tournées arabes dépend de la solidarité entre artistes face aux coûts logistiques.
Chaque initiative — festival patrimonial, transfert d’archives, hommages académiques, rendez-vous de quartier, débat sur la qualité du spectacle vivant — illustre une vie culturelle qui se réinvente malgré les chocs successifs. Tandis que les institutions officialisent le souvenir, les créateurs misent sur la flexibilité pour maintenir la circulation des œuvres et des idées, sans garantie de financements mais avec la conviction partagée que l’imaginaire reste un ressort de cohésion sociale.



