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Revue de presse du 21/05/25: Manœuvres israéliennes et réaction diplomatique libanaise

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Les tensions à la frontière sud du Liban ont dominé l’actualité du 21 août 2025, selon plusieurs quotidiens. Ad Diyar(21/08/2025) rapporte que malgré les déclarations du médiateur américain Tom Barak évoquant une phase d’apaisement, Israël a poursuivi ses activités militaires en installant un nouveau centre à la frontière dans la localité de Kfarkela, au sud. Cette initiative est interprétée comme un renforcement du dispositif militaire visant à établir un état de fait irréversible sur le terrain, permettant à l’armée israélienne une surveillance plus étroite du territoire libanais adjacent. La manœuvre coïncide avec le refus réitéré de Tel-Aviv de se retirer de plusieurs points de friction, malgré les engagements pris dans le cadre de l’accord du 27 novembre 2024 sur le cessez-le-feu, comme l’indique Ad Diyar(21/08/2025).

Cette installation survient alors que la diplomatie américaine tente de promouvoir une feuille de route dont l’acceptation par les autorités libanaises est conditionnée au respect par Israël de ses engagements. Or, Al Joumhouriyat(21/08/2025) indique que des interlocuteurs proches du médiateur Barak évoquent une absence de garanties israéliennes réelles. Dans les entretiens qu’il a menés à Beyrouth, Barak aurait montré un ton plus conciliant en appelant à une action réciproque : la reconnaissance du désarmement progressif au Liban devant être suivie d’un retrait israélien. Toutefois, selon la même source, les responsables libanais restent sceptiques, interprétant ce changement de ton comme une tentative de calmer l’opinion publique plutôt qu’un réel infléchissement stratégique israélien.

Positions libanaises face à l’impasse

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Dans ce contexte, les autorités libanaises maintiennent leur ligne diplomatique ferme. Al Bina’ (21/08/2025) souligne les critiques formulées par le vice-président du gouvernement Tarek Mitri, qui a admis l’absence de réponse de l’exécutif à une hypothèse essentielle : que se passera-t-il si le Liban met fin à la militarisation du sud sans que cela entraîne un retrait ou un arrêt des hostilités de la part d’Israël ? Cette déclaration, inhabituelle de par sa franchise, traduit les incertitudes profondes au sein de l’État libanais face à un processus dans lequel il semble engagé sans véritable filet de sécurité diplomatique.

Dans le même sens, Al Liwa’ (21/08/2025) rapporte les propos du président de la Chambre des députés Nabil Berri, exprimant sa préoccupation quant à la stratégie américaine consistant à imposer des conditions asymétriques. Il a notamment mis en garde contre les efforts en cours pour fragiliser la force intérimaire de l’ONU (FINUL) présente dans le sud depuis 1978 et renforcée en 2006 par la résolution 1701. Le chef du législatif a interrogé les intentions américaines, dénonçant une politique du double discours consistant à promouvoir la paix tout en sapant les instruments qui en assurent la stabilité.

Répercussions sur la scène régionale

Cette crispation à la frontière sud ne se limite pas à une question bilatérale. Al Akhbar (21/08/2025) replace cette tension dans un cadre plus large, évoquant une stratégie régionale américaine et israélienne qui, depuis le retrait syrien de 2005 et la guerre de 2006, vise à contenir les forces anti-israéliennes au Liban, en premier lieu le Hezbollah. La ligne éditoriale du journal insiste sur les relais médiatiques et politiques que l’Arabie saoudite aurait activés ces dernières semaines pour isoler politiquement la résistance, en profitant d’un contexte diplomatique favorable à la marginalisation des forces chiites.

De son côté, Al Quds (21/08/2025) évoque des efforts croissants de coordination entre Damas et Tel-Aviv, facilités par une médiation américaine. Le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Chaibani aurait rencontré à Paris son homologue israélien chargé des affaires stratégiques, Ron Dermer. Cette réunion, qui intervient en marge des discussions tripartites menées par Tom Barak, aurait pour objectif une désescalade dans la région sud de la Syrie, particulièrement dans la province de Soueida. Ces pourparlers pourraient selon Al Quds (21/08/2025) indirectement affecter l’équilibre fragile au sud du Liban.

Équilibres internes et dissensions politiques

Le débat autour de la mise en œuvre du désarmement suscite des clivages internes profonds. Al Sharq (21/08/2025) consacre une pleine page aux prises de position du Premier ministre Nawaf Salam, salué pour sa constance sur le principe de l’unicité de l’autorité militaire légitime. Dans un éditorial signé Ibrahim El Arab, il est qualifié de « Rassuré mais vigilant », soucieux de défendre l’image d’un homme d’État structurant. Il rappelle que l’engagement du Liban à désarmer les groupes armés reste tributaire d’une garantie internationale explicite. Une position partagée par le président Joseph Aoun, dont Ad Diyar (21/08/2025) cite la volonté de « faire respecter les prérogatives de l’armée nationale ».

Cependant, d’autres voix au sein du paysage politique expriment des réserves. Selon Al Akhbar (21/08/2025), une frange significative de parlementaires redoute que la stratégie actuelle ne soit perçue comme unilatérale. L’absence de calendrier ou de mécanisme d’engagement israélien sur la levée de ses positions militaires en territoire libanais inquiète. Cette inquiétude est renforcée par les récentes déclarations du ministre israélien Bezalel Smotrich, affirmant qu’Israël ne quittera pas les cinq positions avancées ni ne soutiendra la reconstruction des villages affectés tant que les garanties sécuritaires ne seront pas jugées suffisantes.

Multiplication des incidents de sécurité

Parallèlement à cette effervescence diplomatique, plusieurs incidents ont ravivé les tensions sur le terrain. Al Quds(21/08/2025) rapporte qu’un engin explosif a blessé sept soldats israéliens dans un ancien site militaire syrien sur le mont Hermon, dont quatre gravement. Bien que l’incident n’ait pas été revendiqué, il souligne la volatilité de la zone. Le même journal précise qu’en réponse, Israël a renforcé ses opérations de reconnaissance dans le sud de la Syrie, notamment à Quneitra.

Dans le sud libanais, An Nahar (21/08/2025) mentionne des frappes aériennes israéliennes sur la localité d’Ansar, provoquant des dégâts matériels importants. L’armée libanaise et la FINUL ont renforcé leur présence dans les zones affectées, mais les observateurs de l’ONU n’ont pas pu confirmer l’origine exacte des tirs qui ont touché des zones civiles.

Perspectives internationales et impasse diplomatique

La dynamique actuelle semble mener à une impasse. Al Sharq Al Awsat (21/08/2025) indique que Washington insiste désormais sur la « seconde étape », à savoir une réponse israélienne visible après l’acceptation libanaise du désarmement. Toutefois, aucun mécanisme contraignant n’a été mis en place pour obliger Tel-Aviv à retirer ses troupes. Ce flou entretient le sentiment d’injustice exprimé par plusieurs responsables libanais. Le journal souligne également le rôle ambivalent de la France, partenaire des États-Unis dans la FINUL, mais dont les efforts récents pour une extension du mandat semblent bloqués par le véto américain.

La FINUL elle-même semble sur la défensive. Selon Al Quds (21/08/2025), une cache d’armes non identifiée a été découverte près de la localité de Qsayr. Cette découverte, qui coïncide avec la tension sur la question du renouvellement de son mandat, pose de nouvelles interrogations sur la marge de manœuvre réelle de la mission onusienne et la volonté internationale de préserver sa crédibilité.

Politique locale : divergences autour de la souveraineté, du désarmement et du rôle des institutions

Désarmement : enjeu de souveraineté ou piège diplomatique ?

Les débats politiques internes au Liban ont été dominés, le 21 août 2025, par les conséquences de l’acceptation implicite de la feuille de route américaine sur le désarmement des groupes armés, notamment dans le sud. Le gouvernement présidé par Nawaf Salam, appuyé par le président de la République Joseph Aoun, continue de défendre cette orientation comme un pas nécessaire vers la consolidation de l’autorité de l’État. Toutefois, de nombreuses voix critiques, même au sein des institutions, s’interrogent sur l’opportunité, le calendrier et les garanties liées à une telle décision.

Al Bina’ (21/08/2025) indique que le vice-président du Conseil, Tarek Mitri, a publiquement reconnu que l’exécutif n’avait pas de réponse claire à la question cruciale : que faire si Israël ne répond pas par un retrait effectif ? Ce flou a été interprété comme une faiblesse structurelle dans la posture gouvernementale. Le même journal rappelle qu’aucun débat parlementaire officiel n’a encore été organisé autour de la stratégie de défense nationale, pourtant évoquée dans le discours d’investiture du président Aoun. L’absence d’un cadre institutionnel clair pour traiter de cette transformation militaire majeure du paysage libanais alimente les tensions politiques.

Multiplication des lignes de fracture au sein du pouvoir

Dans ce contexte, les divergences entre les principales forces politiques se sont accentuées. Al Joumhouriyat(21/08/2025) évoque la montée des critiques internes au sein du cabinet, certains ministres estimant que la feuille de route américaine, promue par l’émissaire Tom Barak, place le Liban dans une position de vulnérabilité. Ils reprochent notamment à Barak d’avoir fait des promesses vagues et de ne pas avoir obtenu d’engagement ferme côté israélien. L’un des ministres interrogés aurait déclaré en privé : « Nous désarmons à vide, sans levée du siège diplomatique ni garantie sécuritaire. »

De son côté, le président Aoun a réitéré sa ligne lors d’un échange avec des journalistes politiques : « Le Liban doit redevenir maître de ses décisions. Le monopole de la force légitime par l’État est une condition incontournable de la souveraineté. » Selon Ad Diyar (21/08/2025), il aurait aussi précisé que les efforts diplomatiques en cours devraient mener à une reconnaissance internationale de l’unité territoriale du Liban et au retrait complet d’Israël de ses positions avancées.

Le Hezbollah et ses alliés dénoncent une capitulation

Les propos du chef du gouvernement et du président ont cependant été mal reçus par les forces d’opposition, en particulier celles proches du Hezbollah. Al Akhbar (21/08/2025) consacre une analyse à ce sujet, affirmant que le mouvement chiite voit dans cette stratégie une tentative de l’affaiblir politiquement. La frange politique qui lui est alliée perçoit le désarmement comme un objectif dicté de l’extérieur et non comme le fruit d’un consensus national. Le journal évoque une « guerre froide interne », alimentée par les pressions internationales et les réalignements régionaux.

Plus radical encore, le député Hassan Fadlallah a estimé lors d’un point de presse à Nabatiyé que « le Liban ne peut céder à des pressions américaines qui cherchent à le déposséder de ses moyens de défense alors que l’ennemi [israélien] continue de menacer son territoire. » Il a aussi critiqué la position du gouvernement en accusant certains membres de l’exécutif d’agir comme des « relais étrangers déguisés ».

Le Parlement à la peine : inertie ou blocage organisé ?

Le Parlement libanais, présidé par Nabil Berri, peine à organiser un débat structuré sur ces sujets. Al Liwa’(21/08/2025) signale que plusieurs commissions parlementaires ont été convoquées sans qu’aucune décision ne soit prise sur l’organisation d’une session exceptionnelle. Le député Michel Moussa a plaidé pour une convocation urgente du Parlement : « Le Liban traverse une phase constitutionnellement délicate, il est impératif que la représentation nationale se prononce sur la feuille de route. »

Le président Berri, pourtant favorable à l’examen parlementaire du désarmement, s’est montré circonspect. Selon Al Sharq Al Awsat (21/08/2025), il aurait déclaré à un groupe de journalistes que « le climat actuel ne permet pas une discussion sereine », ajoutant que « les lignes sont trop polarisées pour que le Parlement puisse produire un consensus viable à ce stade ».

Défiance populaire et absence de coordination avec les collectivités

La décision de réduire la présence des groupes armés, bien que justifiée par l’exécutif au nom de la paix et de la stabilité, a également provoqué une vague de scepticisme au sein de la société civile. An Nahar (21/08/2025) souligne que plusieurs maires des localités du Sud, dont celui de Khiam, ont exprimé leur inquiétude face à un vide sécuritaire potentiel. Selon eux, la coordination entre l’armée, les municipalités et la FINUL est loin d’être suffisante pour garantir la sécurité des populations en cas de désengagement des groupes paramilitaires.

Le journal rapporte aussi des déclarations du président de la Fédération des municipalités de Marjayoun, qui déplore « l’absence totale de concertation avec les autorités locales ». Il insiste sur le fait que la transition sécuritaire envisagée ne peut être conduite efficacement sans le soutien logistique et humain des collectivités.

Tensions au sein des milieux judiciaires et sécuritaires

Cette crise de gouvernance s’est doublée de tensions institutionnelles. Al Sharq (21/08/2025) fait état d’un différend latent entre le Conseil supérieur de la magistrature et le ministère de la Justice concernant la compétence des tribunaux militaires dans les affaires liées au désarmement. Le ministre de la Justice aurait évoqué une réforme prochaine de l’ordonnance de compétence, sans toutefois fixer d’échéance.

En parallèle, selon Al Quds (21/08/2025), l’armée libanaise a fait part de son malaise quant aux réformes de commandement envisagées dans le cadre du plan de désarmement. Des officiers de haut rang s’inquiètent des risques de fragmentation de l’autorité militaire si les groupes armés locaux ne sont pas absorbés dans des unités régulières de manière encadrée.

Les divergences sur l’avenir de la FINUL et la gestion du mandat

Au cœur du débat politique figure aussi la question du renouvellement du mandat de la FINUL. Al Sharq Al Awsat(21/08/2025) rapporte que les pressions américaines visent à limiter le rôle de cette force, alors même que sa présence constitue l’un des rares garde-fous à une escalade militaire. Cette orientation provoque une levée de boucliers chez certains partis chrétiens et druzes, qui voient dans la FINUL une garantie de protection face à l’éventualité d’une reprise des combats.

Nabil Berri, lors de sa rencontre avec des membres du Congrès américain, s’est insurgé contre « la tentative d’affaiblir l’un des derniers mécanismes multilatéraux efficaces dans la région ». Il aurait affirmé que « la FINUL n’est pas parfaite, mais elle constitue un élément stabilisateur que le Liban ne peut se permettre de perdre ».

Débat constitutionnel en germe : quelles marges pour le président ?

Enfin, Al Bina’ (21/08/2025) relance un débat constitutionnel en interrogeant le rôle exact du président de la République dans l’adoption de décisions sécuritaires d’une telle portée. Des juristes évoquent la possibilité que le président ait outrepassé ses compétences en validant, de manière indirecte, la feuille de route américaine sans en passer par le Conseil des ministres. D’autres, au contraire, affirment que l’article 49 de la Constitution lui confère un pouvoir d’appréciation en matière de défense nationale.

Citation et discours des personnalités politiques : langage de fermeté, prudence diplomatique et ruptures internes

Nawaf Salam, entre fermeté nationale et coordination internationale

Le Premier ministre Nawaf Salam s’est exprimé à plusieurs reprises ces derniers jours, défendant une ligne de conduite qu’il qualifie de « souveraine mais pragmatique ». Selon Al Sharq (21/08/2025), dans un entretien accordé à un quotidien régional, il a déclaré : « Nous ne négocions pas notre souveraineté, mais nous comprenons la nécessité d’une coordination avec nos partenaires internationaux dans l’intérêt de la paix durable au Sud ». Le chef du gouvernement a ainsi cherché à positionner son action dans une double logique : garantir la légitimité de l’État tout en respectant les équilibres diplomatiques régionaux.

Toujours selon la même source, Nawaf Salam aurait insisté sur la nature transitoire de l’engagement pris au sujet du désarmement : « Aucune étape n’est irréversible si elle n’est pas accompagnée d’une réciprocité équitable », a-t-il affirmé. Ce message visait clairement Israël, dont l’inaction continue à nourrir les critiques de l’opposition au Liban.

Joseph Aoun réaffirme l’autorité exclusive de l’État sur la défense

Le président de la République Joseph Aoun, dans un discours à Baabda relayé par Ad Diyar (21/08/2025), a évoqué la « nécessité historique » de reprendre en main la question de la défense nationale. Il a affirmé : « La légitimité militaire au Liban appartient à une seule autorité, l’armée nationale libanaise. Nul autre drapeau ne doit s’élever au-dessus de ses institutions. »

Le ton solennel adopté dans cette déclaration a été interprété comme un message direct à l’adresse du Hezbollah, sans que celui-ci soit explicitement nommé. Toujours selon Ad Diyar, le président aurait également exprimé son inquiétude face au « manque d’engagement israélien, qui fragilise l’équilibre recherché ».

Nabil Berri : gardien des institutions ou opposition prudente ?

Le président de la Chambre des députés, Nabil Berri, s’est montré plus réservé dans ses interventions, mais certaines de ses déclarations à des délégations étrangères, rapportées par Al Liwa’ (21/08/2025), révèlent une inquiétude profonde. Reçu par une délégation du Congrès américain, il aurait interrogé ses interlocuteurs : « Comment peut-on parler de paix tout en sapant la présence de la FINUL, dernier rempart à une guerre ouverte au Sud ? »

À une question sur l’avenir du désarmement, il aurait répondu : « Le Parlement n’a pas été consulté. Or, c’est ici que se joue la légitimité populaire. » Ces propos reflètent à la fois une distance vis-à-vis de l’exécutif et un souci de rappeler le rôle central du législatif dans les grandes orientations nationales.

Hassan Fadlallah : rejet total de la feuille de route américaine

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah, l’un des plus virulents dans les critiques contre l’accord de désarmement, a prononcé un discours à Nabatiyé cité par Al Akhbar (21/08/2025) dans lequel il a déclaré : « Ceux qui désarment aujourd’hui sans garanties précises ouvrent la voie à l’ennemi et non à la paix. » Il a ajouté : « Nous n’avons jamais fait confiance à l’Amérique, et nous ne commencerons pas aujourd’hui. »

Il a également remis en question la légitimité de la décision gouvernementale : « Les grandes orientations stratégiques doivent émaner d’un consensus national, non d’un accord entre chancelleries étrangères. » Ce positionnement vise à dénoncer ce que le Hezbollah perçoit comme un contournement des institutions et un alignement unilatéral sur les priorités américaines.

Réactions du camp chrétien : entre soutien mesuré et vigilances identitaires

Plusieurs personnalités politiques issues des partis chrétiens se sont également exprimées. Le député Samir Abi Ramia, proche du Courant patriotique libre, a affirmé dans un communiqué relayé par An Nahar (21/08/2025) : « Nous soutenons le principe du désarmement, mais pas son application unilatérale. La paix ne peut être un piège tendu au nom de la légitimité. » Il a mis en garde contre une déstabilisation du Sud si Israël ne retire pas ses forces parallèlement.

De son côté, le député Michel Moawad, dans un entretien avec Al Sharq Al Awsat (21/08/2025), a salué la position du président Aoun, la qualifiant de « fondamentale pour redonner un cap au pays », tout en rappelant que « la FINUL ne peut être affaiblie au moment où sa présence est plus cruciale que jamais ». Il a appelé à un dialogue national élargi autour de la sécurité et de la souveraineté.

Voix indépendantes et critiques de la méthode gouvernementale

Des figures indépendantes du paysage politique ont aussi fait entendre leur voix. Le député Elias Hankach, du parti Kataeb, a estimé lors d’une conférence de presse que « le gouvernement agit dans l’ombre, sans transparence, ni mandat institutionnel clair ». Selon Al Joumhouriyat (21/08/2025), il a dénoncé « la perte progressive de la souveraineté par petites touches diplomatiques » et appelé à une reprise immédiate du dialogue interlibanais sous l’égide du Parlement.

Le député Bilal Abdallah, du Parti socialiste progressiste, a pour sa part plaidé pour « un désarmement intelligent », dans une tribune publiée par Al Bina’ (21/08/2025). Il y affirme : « Nous ne pouvons pas prêcher l’ordre en créant un vide. La résistance est un héritage, son intégration doit se faire dans la dignité, pas dans la précipitation. »

Naim Kassem, un discours de continuité mais de prudence

Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a pris la parole depuis Haret Hreik dans un discours retranscrit par Al Akhbar (21/08/2025). Il y a réaffirmé que « la résistance est un droit national, légitimé par la Constitution et les sacrifices du peuple ». Il a poursuivi : « Nous n’avons pas été consultés sur la feuille de route, nous ne la reconnaissons pas comme contraignante. »

Toutefois, contrairement à d’autres cadres de son parti, Kassem a introduit une nuance : « Nous ne cherchons pas l’affrontement avec l’État. Nous attendons de voir s’il saura faire respecter les termes de l’accord auprès de ceux qui l’ont imposé. » Cette formulation ouvre la voie à une position d’attente stratégique, sans rupture immédiate avec le pouvoir central.

Appels à l’unité ou à la mobilisation populaire ?

Le patriarche maronite Béchara Boutros Raï a lui aussi abordé la situation dans un prêche dominical rapporté par Al Quds (21/08/2025). Il y a affirmé : « Le Liban ne peut rester otage des conflits régionaux. La décision de paix ou de guerre doit revenir au seul État. » Cette phrase, très commentée, a suscité une réponse véhémente du mufti jaafarite Ahmad Qabalan, qui a répliqué : « L’arme de la résistance est l’arme de Dieu. Personne ne pourra l’arracher sans faire couler notre sang. »

Ce type d’échange souligne la fracture profonde entre les institutions religieuses du pays sur les questions de souveraineté, de désarmement et d’identité nationale. La tension verbale entre figures religieuses s’ajoute ainsi à la crise institutionnelle et politique.

Diplomatie : entre médiation américaine, tractations régionales et pressions internationales

Tom Barak, figure centrale de la médiation américaine

La diplomatie libanaise est actuellement suspendue aux initiatives du médiateur américain Tom Barak, chargé par le président des États-Unis Donald Trump de conduire une mission de stabilisation à la frontière sud. Selon Al Joumhouriyat (21/08/2025), Barak a effectué une tournée à Beyrouth, où il a rencontré plusieurs responsables de haut rang. Il aurait exprimé un « optimisme mesuré », misant sur « la maturité politique des responsables libanais et israéliens » pour accepter les termes de la feuille de route américaine. Il aurait ajouté : « Le Liban a fait sa part du chemin. Il est temps qu’Israël réponde. »

Mais cette démarche s’est rapidement heurtée à des réalités plus complexes. Ad Diyar (21/08/2025) signale qu’à peine quelques heures après les déclarations de Barak, Israël a érigé un nouveau centre militaire à Kfarkela, signe manifeste d’une volonté de consolider ses positions au sud. Un haut responsable diplomatique libanais, cité anonymement, aurait confié au journal : « Nous avons tendu la main. L’autre camp a sorti le poing. »

Ambiguïtés israéliennes et absence de garantie écrite

L’impasse est d’autant plus frustrante pour la diplomatie libanaise que, comme le rappelle Al Akhbar (21/08/2025), aucune des promesses évoquées par Barak ne semble avoir été formalisée par le gouvernement israélien. Ni retrait progressif, ni appui à la reconstruction des villages détruits dans les affrontements de 2024 n’a été confirmé. L’émissaire américain s’est contenté de transmettre un « climat d’ouverture », mais sans garantie ferme.

Cette absence de garantie a été relevée avec inquiétude par plusieurs chancelleries européennes. Selon Al Sharq Al Awsat (21/08/2025), des diplomates français et allemands auraient confié à des interlocuteurs libanais qu’ils craignent une « stratégie d’enlisement israélienne », visant à obtenir le désarmement libanais sans contrepartie. Paris aurait, selon la même source, demandé à Washington de clarifier son positionnement.

Rôle accru de la France dans le dossier de la FINUL

La France joue actuellement un rôle déterminant dans le renouvellement du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). Al Sharq (21/08/2025) rapporte que le projet français présenté au Conseil de sécurité vise à conserver les capacités opérationnelles de la FINUL tout en « prenant en compte les spécificités du terrain ». Le texte insisterait notamment sur la nécessité d’une « meilleure coordination avec l’armée libanaise » et d’une « communication renforcée avec les autorités locales ».

Mais ce projet se heurte à l’opposition de Washington et de Tel-Aviv, qui souhaitent réduire le champ d’action de la mission onusienne. Le président de la Chambre, Nabil Berri, a dénoncé ce recul diplomatique lors d’un entretien avec une délégation américaine, déclarant : « Comment peut-on promouvoir la paix en affaiblissant ceux qui sont censés la garantir ? » (Al Quds, 21/08/2025).

Tractations discrètes entre Damas et Tel-Aviv à Paris

La diplomatie libanaise observe avec attention une autre dynamique régionale : celle des discussions entre la Syrie et Israël, menées sous l’égide des États-Unis à Paris. Al Quds (21/08/2025) et Al Sharq Al Awsat (21/08/2025) confirment que le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Chaibani a rencontré son homologue israélien aux affaires stratégiques, Ron Dermer. Ces échanges auraient porté sur la réduction des tensions dans le sud syrien, notamment à Soueida.

Selon Al Quds, un diplomate arabe en poste à Paris aurait affirmé : « Le Liban n’est pas sur la table officiellement, mais les conséquences des accords éventuels seront immédiates pour sa frontière sud. » La reprise du dialogue syrio-israélien pourrait donc changer les rapports de force et les équilibres diplomatiques dans lesquels le Liban évolue.

La FINUL, enjeu de confrontation diplomatique multilatérale

La mission de la FINUL constitue désormais un véritable champ de bataille diplomatique. An Nahar (21/08/2025) rappelle que le mandat de la force onusienne, établi en 1978 et renforcé par la résolution 1701 en 2006, doit être renouvelé avant la fin du mois. La tentative américaine de restreindre son mandat est perçue par la majorité des membres du Conseil de sécurité comme un « précédent grave », selon une source onusienne citée par le journal.

Le Liban, par la voix de sa délégation à l’ONU, aurait affirmé que tout affaiblissement de la FINUL serait interprété comme une « atteinte à la souveraineté libanaise ». Paris, Berlin et Moscou soutiendraient cette position, mais Washington aurait averti qu’un veto n’était pas exclu en cas de rejet de ses amendements.

Réponses iranienne et saoudienne aux développements libanais

La diplomatie iranienne suit avec prudence les événements libanais. Al Akhbar (21/08/2025) note que le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, lors de son point presse hebdomadaire, a déclaré : « Le Liban est libre de ses choix, mais nous espérons qu’il n’abandonnera pas sa ligne de défense avant que toutes les menaces aient disparu. »

Du côté saoudien, la position est plus ambiguë. Al Bina’ (21/08/2025) indique que Riyad, sans soutenir ouvertement le plan américain, voit d’un bon œil tout affaiblissement du Hezbollah. Un haut responsable du ministère des Affaires du Golfe, cité anonymement, aurait affirmé : « Nous ne nous immisçons pas, mais nous observons avec intérêt le retour progressif du Liban dans le giron des États structurés. »

Ligne dure de Tel-Aviv : entre prudence et provocations

Malgré les signaux d’apaisement envoyés par les diplomates américains, Israël reste inflexible. Ad Diyar (21/08/2025) rappelle que le ministre israélien des Finances Bezalel Smotrich a déclaré : « Aucun retrait ne sera envisagé tant que le Liban ne démontre pas un changement réel et durable. » Il a également rejeté la reconstruction des villages du Sud détruits par les bombardements de 2024, affirmant que « ces zones demeurent sensibles militairement ».

Cette déclaration a été perçue comme une provocation. Le président Aoun aurait, selon Al Sharq (21/08/2025), confié à ses proches : « On nous demande de désarmer pendant qu’on nous refuse la reconstruction. C’est un piège que nous devons éviter. »

Mobilisation européenne pour la stabilisation régionale

Face aux blocages israélo-américains, plusieurs chancelleries européennes se mobilisent. Al Liwa’ (21/08/2025) rapporte que des diplomates français, espagnols et belges se sont rendus à Beyrouth pour exprimer leur soutien au gouvernement libanais. Lors d’un échange avec le ministre des Affaires étrangères, ils auraient affirmé que « le Liban ne doit pas être le seul à faire des concessions ».

La diplomatie libanaise a également reçu le soutien du représentant de l’Union européenne à Beyrouth, qui aurait déclaré : « L’Europe continuera d’appuyer une solution équilibrée, fondée sur le respect des résolutions de l’ONU. » Ce soutien, bien que limité dans ses effets pratiques, permet au Liban de maintenir une marge diplomatique dans un contexte polarisé.

Politique internationale : tensions israélo-syriennes, initiatives européennes et recomposition diplomatique mondiale

Je reviens sous peu avec la version corrigée.

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Israël et Syrie : escalade militaire contrôlée et canaux diplomatiques discrets

La situation au sud de la Syrie continue d’évoluer dans un climat de tension contenue. Al Quds (21/08/2025) rapporte que sept soldats israéliens ont été blessés, dont quatre grièvement, dans l’explosion d’un engin près d’un ancien site militaire syrien sur le mont Hermon. Cet incident, non revendiqué, a conduit l’armée israélienne à intensifier ses opérations de reconnaissance aérienne dans les zones frontalières, notamment dans les provinces de Quneitra et Soueida. En réponse, l’armée syrienne aurait renforcé ses positions, tout en évitant un affrontement direct.

Parallèlement à cette crispation militaire, des efforts diplomatiques sont en cours. Al Sharq Al Awsat (21/08/2025) confirme qu’une rencontre s’est tenue à Paris entre le ministre syrien des Affaires étrangères Asaad Chaibani et Ron Dermer, ministre israélien délégué aux affaires stratégiques. Ce dialogue, tenu sous médiation française et américaine, aurait pour objectif de réduire les tensions militaires et d’envisager une coordination sécuritaire indirecte. Le journal évoque une proposition de « zones d’exclusion réciproque » dans certaines zones du sud syrien, sans présence militaire offensive de part et d’autre.

Europe : l’Union tente de se repositionner en acteur stratégique

L’Union européenne tente de renforcer son rôle diplomatique face à la concurrence russo-américaine et aux tensions régionales. Al Liwa’ (21/08/2025) rapporte que le Haut Représentant de l’Union pour les affaires étrangères, José Borrell, a annoncé la tenue d’un sommet exceptionnel à Bruxelles sur la politique de voisinage sud, avec pour objectif de relancer les partenariats avec les pays arabes du bassin méditerranéen.

Cette initiative survient alors que plusieurs États membres, notamment la France, l’Espagne et l’Italie, plaident pour une relance de la politique euro-méditerranéenne, jugée trop absente depuis la pandémie de COVID-19 et les crises internes de l’Union. Al Sharq (21/08/2025) précise que l’un des axes majeurs de cette nouvelle politique consistera en une coopération sécuritaire et énergétique renforcée avec la Tunisie, l’Égypte et la Jordanie. Des propositions de financement pour la transition énergétique dans ces pays ont été évoquées, avec un fonds d’investissement de 5 milliards d’euros sur cinq ans.

Russie et Chine : un partenariat renforcé face à l’Occident

La Russie et la Chine continuent d’intensifier leur coopération stratégique. Ad Diyar (21/08/2025) rapporte qu’un sommet bilatéral entre Vladimir Poutine et Xi Jinping s’est tenu à Kazan, centré sur le renforcement des capacités militaires conjointes et l’élargissement de l’Organisation de coopération de Shanghai. Le président russe a déclaré : « Le monde ne peut plus être organisé autour d’un seul pôle. Notre partenariat avec la Chine est une garantie de stabilité mondiale. »

La Chine, selon Al Bina’ (21/08/2025), a insisté sur le caractère économique de cette alliance, en annonçant un programme commun d’infrastructures numériques dans les pays d’Asie centrale et du Caucase. Ce partenariat vise aussi à contourner les sanctions occidentales par le biais de monnaies alternatives au dollar. Des experts chinois, cités par Al Akhbar (21/08/2025), estiment que l’internationalisation du yuan pourrait être accélérée par l’intégration financière russo-chinoise.

Ukraine : vers une impasse militaire prolongée

Sur le front ukrainien, An Nahar (21/08/2025) indique que les combats se poursuivent dans la région du Donbass, sans évolution stratégique majeure. Les forces russes auraient consolidé leurs positions autour de Bakhmout et Kramatorsk, tandis que les forces ukrainiennes poursuivent des frappes ponctuelles sur les lignes logistiques russes. Le général Valerii Zaloujny aurait évoqué « un conflit de position qui pourrait durer des années sans percée majeure ».

La diplomatie ukrainienne, quant à elle, multiplie les appels à un soutien militaire accru de la part des États-Unis et de l’Union européenne. Al Quds (21/08/2025) note toutefois un essoufflement du soutien occidental, notamment en Allemagne, où des partis d’opposition demandent une révision des priorités budgétaires et une évaluation de l’efficacité de l’aide militaire à Kiev.

Afrique : instabilité persistante et nouvelles alliances militaires

Le Niger reste au cœur de l’instabilité régionale en Afrique de l’Ouest. Al Liwa’ (21/08/2025) rapporte que la junte militaire au pouvoir a renforcé sa coopération avec la Russie, après la fermeture des bases militaires françaises et américaines. Des forces paramilitaires russes seraient désormais actives à Niamey, sous couvert de missions de formation.

En parallèle, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont confirmé la création d’une alliance militaire commune, l’Alliance des États du Sahel (AES), dotée d’un état-major intégré. Cette alliance vise officiellement à lutter contre le terrorisme, mais elle inquiète les pays de la CEDEAO, qui y voient une rupture avec le cadre de sécurité régional. Al Bina’(21/08/2025) indique que la CEDEAO envisage une suspension définitive de ces pays, les accusant de saboter l’intégration régionale.

Amériques : Trump et la diplomatie transactionnelle

Aux États-Unis, le président Donald Trump poursuit une diplomatie directe, voire brutale, à l’égard des alliés de l’OTAN. Al Sharq Al Awsat (21/08/2025) rapporte qu’il a exigé une hausse immédiate des dépenses militaires de tous les membres de l’alliance, menaçant de retirer des troupes stationnées en Europe si ces engagements n’étaient pas respectés. Lors d’un rassemblement en Floride, il a déclaré : « L’Amérique ne paiera plus pour la défense de ceux qui ne veulent pas se défendre eux-mêmes. »

En Amérique latine, la situation au Venezuela demeure bloquée. Al Akhbar (21/08/2025) rapporte que les négociations entre le régime de Nicolás Maduro et l’opposition sont suspendues après l’arrestation de plusieurs figures de la société civile. La Colombie, le Brésil et le Chili ont lancé une médiation régionale, sans résultats à ce jour. Des mobilisations populaires persistent dans plusieurs villes vénézuéliennes, malgré une forte répression.

Asie : tensions en mer de Chine et raidissements autour de Taïwan

La mer de Chine méridionale reste un foyer de tensions internationales. Ad Diyar (21/08/2025) rapporte que la Chine a établi une nouvelle base navale sur l’île artificielle de Fiery Cross Reef, renforçant ainsi sa présence dans la zone. Les Philippines ont protesté officiellement, affirmant que cette présence militaire violait leur souveraineté maritime. Les États-Unis ont envoyé deux destroyers dans la région, accompagnés d’avions de reconnaissance.

Par ailleurs, Al Quds (21/08/2025) indique que la présidente taïwanaise Lai Ching-te a entamé une tournée en Europe, avec des escales prévues en République tchèque, en Estonie et en Suède. Cette tournée est perçue comme une provocation par Pékin, qui a promis « une réponse proportionnée ». Le ministère chinois de la Défense a déclaré : « Toute tentative de scission sera brisée par les forces de la nation chinoise unie. »

Économie : instabilité budgétaire, tensions bancaires et chantiers de relance fragiles

Karim Souaid, gouverneur sous pression et stabilisateur prudent

Le gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, reste au centre des arbitrages économiques dans un climat toujours marqué par une profonde instabilité. Selon Al Akhbar (21/08/2025), il aurait refusé plusieurs propositions de financement direct du déficit public par émission monétaire, arguant du risque d’hyperinflation. « Le mandat de la Banque est de garantir la stabilité, pas de financer l’impasse politique », aurait-il déclaré en réunion avec le ministre des Finances.

Cette position le place en désaccord discret avec certains membres du gouvernement, notamment le ministre des Travaux publics, qui plaide pour une relance par l’investissement public. Al Sharq Al Awsat (21/08/2025) rapporte que Souaid a aussi rappelé les limites des réserves disponibles, soulignant que la Banque centrale « ne dispose plus de la marge de manœuvre nécessaire pour soutenir à la fois la livre libanaise, les importations stratégiques et les dépenses courantes de l’État ».

Tensions persistantes sur les taux de change

La situation sur le marché des devises reste instable. Ad Diyar (21/08/2025) indique que le taux du marché parallèle a franchi les 115 000 livres pour un dollar, alors que la parité administrative reste figée à 89 000. Cette divergence alimente l’économie informelle et réduit les marges de manœuvre des institutions officielles. Le journal note aussi un regain d’activité spéculative dans certains bureaux de change, notamment à Tripoli et dans la Békaa.

Le syndicat des agents de change a dénoncé « des interventions désordonnées » de la Banque centrale et réclamé un mécanisme clair d’ajustement des taux. Cette instabilité fragilise l’importation de biens essentiels, dont les prix continuent de grimper. Selon une étude du centre de statistiques de l’Université Saint-Joseph, publiée par Al Liwa’(21/08/2025), le panier de consommation de base a augmenté de 16 % en un mois.

Crise budgétaire et paralysie des finances publiques

Le ministère des Finances n’a toujours pas déposé un projet de budget 2025 en bonne et due forme. Al Joumhouriyat(21/08/2025) souligne que les dépenses sont gérées par douzièmes provisoires depuis janvier, sans visibilité sur les allocations sectorielles. Les salaires de la fonction publique sont régulièrement versés avec retard, et plusieurs établissements scolaires publics ont suspendu leurs inscriptions en raison du manque de budget de fonctionnement.

Selon une source gouvernementale citée par le journal, « la réforme fiscale est bloquée par des divergences politiques sur l’augmentation de la TVA et la taxation des grandes fortunes ». Le FMI, dans un rapport transmis officieusement à Beyrouth, aurait recommandé « une réduction immédiate des dépenses non prioritaires et une rationalisation des subventions », propositions restées sans suite pour l’instant.

Blocage du dossier avec le FMI

Les négociations avec le Fonds monétaire international restent dans l’impasse. An Nahar (21/08/2025) précise que le Liban n’a toujours pas rempli les conditions préalables à un accord définitif : unification des taux de change, adoption du projet de loi sur la restructuration bancaire, réforme du secteur de l’électricité. La délégation du FMI, qui s’était rendue à Beyrouth fin juillet, a quitté le pays « sans perspective de calendrier clair », selon un diplomate occidental cité anonymement.

Ce blocage retarde les engagements financiers conditionnels de la Banque mondiale et de plusieurs bailleurs bilatéraux. Le projet d’assistance énergétique de 300 millions de dollars piloté par la France et l’Allemagne reste gelé, faute de cadre financier clair. Al Sharq (21/08/2025) indique que plusieurs institutions européennes ont suspendu temporairement l’instruction de nouveaux dossiers d’aide.

Secteur bancaire toujours paralysé

Le secteur bancaire libanais demeure paralysé. Al Akhbar (21/08/2025) souligne que la plupart des banques refusent toujours de restituer les dépôts en devises étrangères, malgré plusieurs décisions de justice en faveur des épargnants. L’Association des banques du Liban a publié un communiqué dans lequel elle affirme que « les fonds ne sont pas disponibles du fait des décisions de l’État et de la Banque centrale », rejetant toute responsabilité.

Le gouverneur Souaid, pour sa part, a réitéré que la restructuration du secteur bancaire nécessitait une loi du Parlement. « La Banque du Liban ne peut forcer aucune banque à ouvrir ses coffres sans un cadre légal clair », a-t-il déclaré lors d’un entretien avec des experts de l’ONU, selon Al Bina’ (21/08/2025). Cette paralysie alimente la défiance populaire et freine toute tentative de relance.

Énergie : statu quo dans les réformes et dépendance accrue aux importations

Le secteur de l’énergie reste l’un des principaux points noirs de l’économie. Al Sharq Al Awsat (21/08/2025) note que les heures de courant public sont tombées à moins de 2 heures par jour dans plusieurs régions, y compris à Beyrouth. Les centrales de Deir Ammar et Zahrani ne tournent qu’à 20 % de leur capacité faute de carburant, tandis que le contrat d’approvisionnement avec l’Égypte reste suspendu.

Le ministre de l’Énergie a évoqué des discussions avec l’Iran pour l’importation de fuel à prix préférentiel, mais aucune livraison n’a encore été confirmée. En parallèle, les générateurs privés augmentent leurs tarifs, atteignant des niveaux insoutenables pour de nombreuses familles. Al Liwa’ (21/08/2025) indique que dans certains quartiers de Tripoli, les abonnements mensuels dépassent 150 dollars pour un ménage moyen.

Absence d’investissement productif et fuite des capitaux

La reprise économique est freinée par une absence presque totale d’investissement productif. Al Quds (21/08/2025) révèle que les IDE ont chuté de 28 % sur le premier semestre 2025 par rapport à l’année précédente, en raison de l’incertitude juridique, de l’instabilité politique et de l’absence de réforme bancaire. Plusieurs entreprises libanaises ont délocalisé leurs sièges sociaux, notamment dans les secteurs du textile et des services numériques.

Le journal cite également un rapport de la Chambre de commerce de Beyrouth, qui note une contraction de 12 % de l’activité industrielle entre janvier et juillet 2025. Le secteur du bâtiment est à l’arrêt, faute de financements, et le commerce souffre d’une baisse continue du pouvoir d’achat. Les distributeurs de produits alimentaires constatent une baisse de 23 % du volume de ventes mensuelles, selon une enquête relayée par Al Akhbar.

Résilience limitée des entreprises libanaises

Quelques entreprises parviennent à tirer leur épingle du jeu, notamment dans le secteur agroalimentaire. Ad Diyar(21/08/2025) cite l’exemple d’une usine de produits laitiers à Zahlé qui exporte vers les Émirats arabes unis, profitant des taux de change avantageux. Toutefois, ce genre de réussite reste marginal. La majorité des PME interrogées par le syndicat des industriels indiquent des pertes nettes sur trois trimestres consécutifs.

Le secteur touristique, souvent présenté comme un levier de croissance, ne parvient pas à compenser la contraction générale. Al Joumhouriyat (21/08/2025) souligne que les recettes du tourisme sont en baisse de 34 % par rapport à 2023, en raison de la faible fréquentation étrangère et du recul de la consommation locale.

Justice : enquêtes sensibles, corruption enracinée et tensions autour de l’indépendance judiciaire

Le système judiciaire libanais est une nouvelle fois mis à l’épreuve à travers une série de dossiers hautement sensibles révélateurs des tensions institutionnelles, de l’emprise politique sur la justice et de la persistance de la corruption.

L’affaire du « Casino du Liban » : symbole d’un bras de fer judiciaire

Le rejet des demandes d’élargissement dans l’affaire du Casino du Liban par la chambre d’accusation de Jbeil, présidée par le juge Sami Sader, marque une fermeté judiciaire notable face à une affaire impliquant de puissants acteurs économiques et politiques. Cette décision, prise malgré les pressions, confirme l’engagement d’une partie du corps judiciaire à mener des enquêtes jusqu’au bout dans un environnement souvent hostile à l’indépendance des magistrats.

Le rôle du juge Dora El-Khazen, qui a confié l’enquête au service de renseignement de la Sûreté de l’État, ainsi que la nomination d’un comité d’experts indépendants dirigé par le Dr Amin Saleh – ancien bâtonnier des experts-comptables – renforcent la crédibilité de la procédure. Les investigations techniques menées sur les serveurs de la société Betarabia révèlent des soupçons graves de fraudes, notamment sur la gestion illégale des paris en ligne. Une opinion consultative de la Cour des comptes, datant du 3 octobre 2023, appuie d’ailleurs la thèse d’une violation législative, considérant que l’extension du champ d’action du Casino aux jeux en ligne nécessiterait une modification expresse de la loi d’origine de 1995.

Pressions politiques et indépendance menacée

L’affaire Betarabia-Kazino ne constitue pas seulement un contentieux financier : elle cristallise les tensions entre l’exécutif, des réseaux d’intérêts privés et le pouvoir judiciaire. La question centrale reste : jusqu’où le système judiciaire peut-il aller dans un pays où la classe politique a souvent utilisé les institutions à des fins de clientélisme ou de protection ? Les observateurs soulignent que ce dossier pourrait faire figure de test décisif pour jauger le sérieux de l’engagement de l’État à lutter contre la corruption.

Des obstacles structurels à la justice économique

Par ailleurs, la restitution des fonds détournés à l’étranger, dans le contexte de l’effondrement bancaire libanais, reste entravée par de multiples obstacles juridiques et diplomatiques. La coopération judiciaire internationale est limitée, notamment en raison des protections juridiques dans certains pays hôtes et du manque de volonté politique locale. Le juge financier Maher Chaaitou tente d’imposer une nouvelle dynamique avec des demandes de comptes ciblées, mais ses efforts se heurtent à des résistances féroces, y compris au sein de l’appareil judiciaire.

Justice pénale : lenteurs et impunités

À côté des affaires économiques, de nombreux dossiers pénaux traînent ou sont étouffés. L’exemple du meurtre non résolu de l’activiste Lokman Slim reste emblématique : quatre ans après les faits, l’enquête judiciaire est au point mort, faute d’avancées concrètes ou de volonté manifeste d’élucider l’affaire. Cette inertie judiciaire alimente le sentiment d’impunité et mine davantage la confiance du public envers les institutions judiciaires.

Enjeux futurs

La situation actuelle montre à quel point le Liban se trouve à un tournant judiciaire. La société civile, les avocats indépendants, et certains juges réformateurs appellent à un véritable sursaut pour restaurer la crédibilité d’un appareil judiciaire déstabilisé. Si les signaux positifs dans certaines affaires comme celle du Casino du Liban se confirment, ils pourraient ouvrir la voie à une dynamique de réforme plus large.

Mais cette bataille pour la justice ne pourra aboutir que si les institutions politiques elles-mêmes acceptent de se soumettre aux principes de transparence et de responsabilité, sans interférences ni intimidations.

Société : crise des services publics, précarité croissante et résilience communautaire

Le Liban traverse une crise sociale d’une ampleur sans précédent, marquée par l’effondrement des services publics, la dégradation des conditions de vie et une précarisation généralisée de la population. Malgré cela, la résilience communautaire se manifeste à travers des initiatives locales et des efforts de solidarité.

Les services essentiels — électricité, eau, santé et éducation — sont au bord du gouffre. Les hôpitaux publics fonctionnent en flux tendu, confrontés à des pénuries chroniques de médicaments, de personnel et de carburant. Les familles doivent souvent recourir à des établissements privés onéreux, accentuant les inégalités d’accès aux soins. De leur côté, les écoles publiques peinent à ouvrir leurs portes, faute de moyens pour payer les enseignants ou maintenir les infrastructures, poussant de nombreux enfants à abandonner l’école ou à migrer vers un secteur privé déjà saturé et coûteux.

Le secteur du logement n’est pas épargné. Les loyers continuent de grimper, particulièrement à Beyrouth et dans certaines régions urbaines. De nombreuses familles vivent dans des conditions précaires, sans eau courante ni électricité régulière, souvent dépendantes de générateurs privés ou de sources improvisées d’énergie. Cette réalité aggrave la vulnérabilité des plus pauvres, notamment les réfugiés syriens et les travailleurs migrants.

La pauvreté, quant à elle, s’enracine. Les statistiques les plus récentes montrent qu’une majorité de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté. L’insécurité alimentaire progresse rapidement, touchant des enfants, des personnes âgées et des familles monoparentales. Les banques alimentaires, ONG locales et structures religieuses tentent de pallier l’urgence, mais peinent à répondre à l’ampleur des besoins.

Face à ce marasme, les Libanais font preuve d’une résilience remarquable. Des comités de quartier organisent la distribution de denrées de première nécessité. Des réseaux d’entraide se forment pour faciliter l’accès aux soins ou à l’éducation. Les campagnes de financement participatif se multiplient, soutenant des projets communautaires, des soins d’urgence ou la rénovation d’infrastructures critiques. Cette dynamique sociale, bien que fragile, est l’un des rares remparts contre l’effondrement total du tissu social.

La situation actuelle reflète également l’absence criante de l’État. L’autorité publique semble incapable de répondre aux besoins fondamentaux de la population. Cette défaillance nourrit un sentiment d’abandon et alimente les tensions sociales. Dans plusieurs régions, des manifestations spontanées surgissent pour réclamer l’accès à l’eau, à l’électricité ou à des soins décents, parfois réprimées par les forces de l’ordre.

Enfin, les organisations de la société civile jouent un rôle crucial. Dans un contexte où les institutions officielles faiblissent, ces acteurs prennent en charge des fonctions autrefois étatiques : soutien scolaire, assistance médicale, distribution de biens de première nécessité, accompagnement juridique ou encore défense des droits humains. Leur travail pallie les carences de l’État et constitue une lueur d’espoir pour des millions de Libanais.

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