Le 7 septembre 2025, le pilote libanais Roger Feghali a remporté pour la 18e fois le Rallye international du Liban, 47e édition de cette épreuve prestigieuse, lors d’une finale palpitante à Jounieh. Organisé par l’Automobile et Touring Club du Liban (ATCL) sous le patronage du président de la République, le général Joseph Aoun, ce rallye, cinquième manche du Championnat du Moyen-Orient des rallyes 2025, a vu Feghali devancer de justesse le Qatari Nasser Saleh Al-Attiyah, tandis que le Libanais Elias Dahan s’est illustré en décrochant la troisième place. Dans un contexte où le Liban cherche à affirmer sa résilience face à des défis multiples, cet événement sportif a captivé des milliers de spectateurs et renforcé le statut du pays comme un acteur clé du sport automobile régional. Cet article revient sur les moments forts de cette compétition, les performances des pilotes et l’importance de cette édition dans le paysage sportif et culturel libanais.
Un départ sous les projecteurs à Jounieh
Le Rallye du Liban 2025 a débuté le 4 septembre par une cérémonie protocolaire à Jounieh, devant la mairie, où une foule de passionnés s’est rassemblée pour acclamer les équipages. Cette 47e édition, organisée avec le soutien de sponsors tels que la société Coral, a attiré 24 équipages venant du Liban, du Qatar, d’Arabie saoudite, d’Oman, d’Inde et d’ailleurs, témoignant de l’envergure régionale de l’épreuve. Le parcours, d’une longueur totale de 624,41 kilomètres, comprenait 11 épreuves spéciales chronométrées totalisant 192,44 kilomètres, traversant les régions du Kesrouan, Byblos, Batroun et du Metn.
Dès la première spéciale, disputée vendredi soir à Kaslik, siège de l’ATCL, Roger Feghali, au volant de sa Toyota GR Yaris et accompagné de son copilote Joseph Matar, a donné le ton en signant un chrono de référence, devançant de 0,5 seconde Nasser Al-Attiyah, sur Skoda Fabia RS avec son copilote espagnol Candido Carrera. Cette première manche, bien que protocolaire, a révélé l’intensité de la lutte à venir entre Feghali, légende locale avec 17 victoires dans l’épreuve, et Al-Attiyah, figure incontournable du rallye mondial, vainqueur de l’épreuve en 2019 et 2022.
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Une bataille acharnée pour la victoire
Le samedi 6 septembre, deuxième jour de compétition, a vu Al-Attiyah prendre l’avantage. Le Qatari, connu pour sa précision et sa régularité, a dominé les épreuves spéciales du jour, terminant avec un écart d’environ 7 secondes sur Feghali. Ce dernier a été handicapé par un problème électrique sur sa Toyota, qui lui a fait perdre un temps précieux. Malgré ce revers, Feghali est resté dans la course, conscient que la dernière journée, avec quatre spéciales dans le Metn Nord et Baabda, serait décisive.
Le dimanche 7 septembre a tenu toutes ses promesses, offrant un spectacle d’une rare intensité. Les observateurs ont qualifié cette journée de « guerre des dixièmes de seconde », tant la lutte entre Feghali et Al-Attiyah était serrée. Le Libanais, galvanisé par son public et sa connaissance du terrain, a attaqué avec une détermination sans faille. À l’issue de la dixième spéciale, il avait réduit l’écart à 1,5 seconde. La dernière spéciale, disputée à Zebougha, a été le théâtre d’un duel mémorable. Feghali, poussé dans ses retranchements, a signé un chrono exceptionnel, s’imposant avec un temps total de 1h49min36s, soit 9,2 secondes d’avance sur Al-Attiyah (1h49min45s). Cette victoire, arrachée au terme d’une lutte acharnée, a consolidé le statut de Feghali comme une icône du rallye libanais.
Elias Dahan : l’émergence d’un talent
La troisième place d’Elias Dahan, accompagné de son copilote italien Nicola Arena sur Skoda Fabia, a marqué les esprits. Avec un temps de 1h53min05s, soit 3 minutes et 30 secondes de retard sur Feghali, Dahan a signé une performance remarquable, s’imposant comme un sérieux prétendant pour l’avenir. Ce jeune pilote libanais, déjà remarqué pour ses prestations dans des rallyes locaux, a su tirer parti des conditions exigeantes du parcours pour se hisser sur le podium, une prouesse saluée par les observateurs comme un signe de renouveau pour le sport automobile libanais.
Derrière ce trio, le Saoudien Bassel Abou Hamdan, avec son copilote libanais Firas Elias sur Volkswagen Polo GTI, a pris la quatrième place (1h53min33s), suivi du Qatari Abdulaziz Al-Kuwari et de son copilote italien Giovanni Bernacchini sur Skoda Fabia RS (1h56min19s). Le Libanais Rabih Ayoub, accompagné de Georges Nader sur Skoda Fabia RS, a complété le top 6 avec un temps de 1h56min43s. Ces résultats reflètent la diversité et la compétitivité des équipages, avec une forte représentation libanaise et régionale.
Un parcours exigeant et des défis techniques
Le Rallye du Liban 2025 a mis à l’épreuve la résistance des pilotes et la fiabilité de leurs voitures. Le tracé, caractérisé par des routes sinueuses, des montées abruptes et un bitume chauffé par un soleil estival, a exigé une maîtrise technique et une concentration extrême. Plusieurs équipages ont été contraints à l’abandon, à l’image du duo omano-jordanien Abdallah Al-Rawahi et Atta Hammoud, victime d’une sortie de piste dès le samedi. Sur les 24 équipages engagés, seuls 18 ont franchi la ligne d’arrivée, un taux d’attrition qui témoigne de la difficulté du parcours.
Feghali, malgré son expérience, a dû surmonter un problème électrique le samedi, qui a failli compromettre ses chances. Sa capacité à gérer cette défaillance, tout en maintenant une pression constante sur Al-Attiyah, a été déterminante. « Ce rallye est un test d’endurance et de stratégie. Chaque spéciale est une bataille, et il faut savoir garder son sang-froid », a déclaré Feghali après la course, soulignant l’intensité de l’épreuve.
Le classement général : une domination libanaise
Le classement général provisoire du Rallye du Liban 2025, établi le 7 septembre, met en lumière la performance des pilotes libanais et régionaux. Voici les 10 premiers :
- Roger Feghali (Liban) / Joseph Matar (Liban) – Toyota GR Yaris : 1h49min36s
- Nasser Saleh Al-Attiyah (Qatar) / Candido Carrera (Espagne) – Skoda Fabia RS : 1h49min45s
- Elias Dahan (Liban) / Nicola Arena (Italie) – Skoda Fabia : 1h53min05s
- Bassel Abou Hamdan (Arabie saoudite) / Firas Elias (Liban) – Volkswagen Polo GTI : 1h53min33s
- Abdulaziz Al-Kuwari (Qatar) / Giovanni Bernacchini (Italie) – Skoda Fabia RS : 1h56min19s
- Rabih Ayoub (Liban) / Georges Nader (Liban) – Skoda Fabia RS : 1h56min43s
- Joseph Hindi (Liban) / Viken Kendeljian (Liban) – Renault Clio : 1h57min32s
- Tarek Younes (Liban) / Salim Jleilati (Liban) – Skoda Fabia : 2h00min48s
- Rodrigue Rahi (Liban) / Gary Kondakjian (Liban) – Mitsubishi Lancer Evo 9 : 2h01min44s
- Ahmad Khaled (Liban) / Omar Mazkour (Liban) – Mitsubishi Lancer Evo 10 : 2h02min56s
Dans le classement local, réservé aux pilotes libanais, Walid Chlink et André Achkouti, sur Renault Clio RS, se sont imposés avec un temps de 2h24min15s, suivis de Jason Wehbé et André Mehanna sur Citroën DS3 R (2h30min36s) et de Camille Mecherk et Firas El-Halou sur Honda R (2h38min47s).
Les catégories : une vitrine pour les talents émergents
Les différentes catégories du rallye ont permis de mettre en avant une nouvelle génération de pilotes. Joseph Hindi et Viken Kendeljian ont remporté la coupe du classement général, tandis que Rodrigue Rahi et Gary Kondakjian se sont distingués dans la catégorie NS3. Raya Dagher, unique femme pilote de l’épreuve, a marqué les esprits en décrochant la coupe des dames et la troisième place dans la catégorie RC2 NR4, aux côtés de son copilote Nadim Abou Elias. D’autres titres, comme ceux des catégories RC4, RC5 et NS2, ont été attribués à des pilotes tels que Toni Germanos, Walid Chlink et Alex Feghali, soulignant la profondeur du vivier libanais.
La performance de Dagher, en particulier, a été saluée comme un symbole d’inclusion et de progrès dans un sport traditionnellement dominé par les hommes. « Cette victoire est pour toutes les femmes qui osent relever des défis », a-t-elle déclaré lors de la remise des prix, suscitant l’admiration du public.
Une cérémonie de clôture empreinte de ferveur
La cérémonie de remise des prix, organisée le soir du 7 septembre au siège de l’ATCL à Kaslik, a réuni un parterre de personnalités. La ministre de la Jeunesse et des Sports, Nora Bayrakdarian, représentait le président Joseph Aoun, parrain de l’événement. Étaient également présents le brigadier Nadim Maawad, représentant le commandant de l’Armée libanaise, le général Rudolf Hékal, le lieutenant Youssef Nakouzi, représentant le directeur général de la Sûreté de l’État, le général Edgar Lawandos, ainsi que le vice-président de la municipalité de Jounieh, cheikh Rachid El-Khazen. Le président de l’ATCL, Nabil Karam, accompagné de la vice-présidente Eliane Habchi, du secrétaire général Camille Edde et du trésorier Gilbert Messihi, a présidé la cérémonie, en présence de responsables de la FIA et des sponsors.
L’événement a été marqué par une ambiance festive, portée par la ferveur des spectateurs et des médias. Les organisateurs, dirigés par Kabi Kariker, président du comité d’organisation, Ziad Jamous, directeur de course, et Ghay Hakim, son adjoint, ont été félicités pour la qualité de l’organisation, malgré les défis logistiques posés par la situation économique du Liban.
Une plateforme pour la résilience libanaise
Le Rallye du Liban 2025 ne se limite pas à une simple compétition sportive. Dans un pays confronté à une crise économique et politique sans précédent, cet événement a servi de vitrine pour la résilience et le dynamisme du peuple libanais. En attirant des pilotes de renommée internationale et des milliers de spectateurs, le rallye a généré un impact économique positif pour les régions traversées, notamment Jounieh, Kesrouan et Byblos. Les hôtels, restaurants et commerces locaux ont bénéficié de l’afflux de visiteurs, offrant une bouffée d’oxygène à une économie fragilisée.
Sur le plan régional, le rallye a renforcé la position du Liban comme un acteur central du sport automobile au Moyen-Orient. En tant que manche du Championnat du Moyen-Orient (MERC), il a attiré l’attention des instances internationales, la FIA félicitant les organisateurs pour leur professionnalisme. La présence de pilotes comme Al-Attiyah et Al-Kuwari, figures emblématiques du rallye mondial, a également contribué à élever le prestige de l’épreuve.
Les enjeux sportifs à l’approche de la fin de saison
Avec cette victoire, Roger Feghali consolide sa domination dans le Championnat du Moyen-Orient, où il occupe une position de leader avant la dernière manche de la saison. Nasser Al-Attiyah, bien que battu, reste un sérieux prétendant au titre régional, sa performance au Liban démontrant sa constance. Pour Elias Dahan, ce podium marque une étape décisive dans sa carrière, le positionnant comme un concurrent à suivre dans les années à venir.
L’édition 2025 du Rallye du Liban a également mis en lumière les défis auxquels fait face le sport automobile libanais, notamment le manque de ressources pour les jeunes pilotes et les contraintes logistiques imposées par la situation économique. Malgré ces obstacles, l’ATCL et les autorités locales ont réussi à organiser une compétition de haut niveau, renforçant l’idée que le sport peut être un vecteur d’unité et d’espoir.
Un héritage sportif en perpétuelle évolution
Le 7 septembre 2025 restera gravé comme une date majeure dans l’histoire du Rallye du Liban, marquée par le 18e sacre de Roger Feghali, la performance héroïque de Nasser Al-Attiyah et l’émergence d’Elias Dahan. Alors que les regards se tournent vers la dernière manche du Championnat du Moyen-Orient, l’épreuve libanaise a rappelé pourquoi elle demeure l’un des rendez-vous incontournables du sport automobile régional. À Jounieh, les moteurs se sont tus, mais l’écho de cette compétition résonne encore, porté par la passion des pilotes et des spectateurs.



