vendredi, février 20, 2026

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Samir Geagea – L’avenir du Liban (livre de Maya Khadra) : la relecture d’une guerre imposée au Liban

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Paru aux Les Éditions du Bien Commun, Samir Geagea – L’avenir du Liban. Entretiens avec Maya Khadra est présenté comme un exercice de clarification historique et politique. L’ouvrage, construit sous forme d’entretiens menés par la journaliste Maya Khadra, donne longuement la parole à Samir Geagea sur la guerre des années 1970–1990 et sur ses positions actuelles.

Or, à la lecture attentive du texte, une contradiction majeure apparaît : alors que l’expression de « guerre civile » est parfois employée, les faits décrits par Geagea lui-même relèvent d’une tout autre réalité — celle d’une guerre imposée au Liban par des forces armées étrangères, palestiniennes et syriennes, opérant contre la souveraineté de l’État libanais et contre sa population.

Une guerre déclenchée par la violation de la souveraineté libanaise

Samir Geagea situe explicitement l’origine du conflit non pas dans un affrontement interne entre Libanais, mais dans l’action de groupes palestiniens armés opérant en dehors de toute légalité nationale :

« C’est la sédition des Palestiniens et le non-respect de la souveraineté et des lois libanaises en 1975 qui ont fait éclater la guerre. » (page 60)

Il rappelle également que le Liban était perçu comme un simple champ de bataille, destiné à servir une cause extérieure :

« La route de Jérusalem passe par Jounieh. » (Page 60)

Une telle représentation exclut, par définition, la qualification de guerre civile. Un conflit où des forces étrangères utilisent le territoire libanais comme base arrière contre un État tiers ne relève pas d’un affrontement fratricide, mais d’une guerre imposée au pays.

Des attaques contre des civils libanais, non contre une faction rivale

Geagea décrit des violences ciblées contre des villages chrétiens libanais :

« Beit Mellet, Ashesh, Damour, villages chrétiens pillés, brûlés, massacrés par les forces palestiniennes et gauchistes. » (Page 58)

Il ajoute :

« La démographie chrétienne était en jeu. » (Page 58)

Ces passages décrivent une logique d’agression, de déplacement et d’anéantissement communautaire, menée par des groupes armés non libanais, et non un conflit politique interne entre citoyens d’un même État.

Une bataille existentielle contre des forces étrangères

La nature du conflit est résumée sans ambiguïté :

« Notre bataille était existentielle. » (PAGE 58)

Geagea reconnaît également l’effondrement de l’État libanais face à cette agression :

« L’armée libanaise s’est effondrée presque entièrement, les frontières n’étaient plus maîtrisées. » (page 57)

Il évoque enfin le rôle de la Syrie et de ses relais armés :

« Le Groupe Al-Saiqa […] a été ultérieurement soutenu en bonne et due forme par la Syrie. »
« Tous ces groupes terroristes ciblaient l’État libanais. » (PAGE 57)

Ces éléments décrivent une guerre menée contre l’État libanais et sa population, et non une guerre civile au sens strict du terme.

Une alliance passée assumée, puis politiquement reniée

Le livre reconnaît sans détour la coopération militaire passée entre les Forces libanaises et Israël :

« Sous le commandement de Béchir Gémayel, les Forces libanaises avaient établi une coopération militaire avec les Israéliens. » (page 56)

Geagea en justifie la logique stratégique :

« Les Israéliens défendaient leurs intérêts. Nous aussi. […] Il s’agissait d’une convergence d’intérêts dans un cadre temporel précis. » (page 58)

Mais Samir Geagea – L’avenir du Liban acte clairement une rupture politique avec cette période :

« Sous le commandement de Geagea, les Forces libanaises ont interrompu toute forme de coordination avec les forces israéliennes. » (page 56)

Cette rupture n’est pas seulement militaire ; elle est idéologique et politique. Israël n’est plus présenté comme un acteur stratégique circonstanciel, mais uniquement sous l’angle de l’occupation :

« Le Liban a subi l’occupation du sud du Liban par l’armée israélienne jusqu’en l’an 2000. » (page 61)

Aucune contextualisation sécuritaire n’est apportée. Le choix du vocabulaire est univoque et s’inscrit dans une logique d’opposition politique assumée.

Une paix conditionnelle qui équivaut à un refus durable

Geagea affirme soutenir la paix, mais uniquement à travers une condition préalable qu’il sait hors de portée :

« Cela étant dit, je considère que la question palestinienne est
une cause légitime et nous soutenons une solution juste, la solution
des deux États. Sans solution équitable, il ne peut pas y avoir de normalisation. » (pages 61-62)

Cette position revient, dans les faits, à exclure toute évolution des relations et à s’inscrire dans un refus politique durable, malgré la reconnaissance d’alliances passées.

Conclusion

À travers Samir Geagea – L’avenir du Liban, Maya Khadra donne à lire un discours qui, paradoxalement, démontre par ses propres mots que le conflit des années 1970–1990 ne correspond pas à une guerre civile classique, mais à une guerre imposée au Liban par des forces étrangères, palestiniennes et syriennes, visant l’État et sa population.

Dans le même mouvement, le livre acte une rupture politique nette de Samir Geagea avec toute relation passée avec Israël, réduisant cette période à une parenthèse à refermer, et adoptant un discours d’opposition conforme au consensus libanais dominant imposé par le Hezbollah (qui, en 2005, fit bénéficier les candidats aux élections législatives de la formation de Samir Geagea d’un taklîf shar‘î, c’est-à-dire d’une fatwa appelant les musulmans à voter en leur faveur).

Cette double posture — reconnaissance factuelle suivie de reniement politique — constitue le cœur du malaise que laisse Samir Geagea – L’avenir du Liban : un livre qui décrit une guerre imposée, tout en refusant d’en tirer toutes les conséquences politiques et historiques.

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Newsdesk Libnanews
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