Le Liban maintient sa place dans l’histoire. La conscience nationale souffre de graves déperditions. Elles constituent une menace intérieure, bien plus critique que les corruptions et les influences extra-nationales. Au lieu de constituer le plus grand soutien pour sauvegarder sa patrie, le libanais s’exerce insensiblement à l’art du balbutiement.

A vouloir reconnaître, pratiquer et défendre des controverses sans fin, il s’éloigne considérablement d »une identité nationale définitive en faveur de priorités complexes. Elles consistent à prémunir et à renforcer des appartenances et des convenances multiples même quand le navire coule. Le « citoyen » se perd ainsi à espérer sans plus croire à la validité de ses sursauts et à ses éphémères initiatives. Il dénonce inlassablement la corruption, l’instrumentation des « politiques », les appartenances partisanes conflictuelles et le marché des ordures mais se résigne étrangement aux aberrances « politiques’ et à l’attente d’effroyables inconnues.

Las de faire peu ou blasé de soumettre son sort aux « manoeuvres » répétées des mêmes faux responsables, le libanais ne réfléchit que rarement pour convenir à une pensée constructive et cohérente, à des droits et des obligations. Il aspire certes à accéder à la citoyenneté mais se contente aisément de l’associer à l’élan opportun ou à la structure provisoire. La pratique démocratique manque d’hommes et de femmes d’une nouvelle génération, des politiciens propres et efficaces ainsi que des spécialistes de toutes les branches humaines pour promouvoir les divers mouvements de la société civile. Le comment vivre chacun et ensemble s’apprend pour traduire les gestes quotidiens indispensables à une citoyenneté élémentaire!

Cependant, le message de coexistence se mesure encore aux évitements des points sensibles. Afin de préserver les susceptibilités, on encourage un partenariat tronqué. De nombreux « responsables » interprètent à leurs avantages les textes et conduisent la dynamique constitutionnelle à l’inertie jusqu’au dialogue insipide et stérile . Les nuisances locales, le semblant de coexistence et la course des pions sur un échiquier provisoire indiquent jusqu’à ce jour un seul état d’entente nationale; celui des mésententes!