mercredi, janvier 21, 2026

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Simon Karam, ex-ambassadeur et nouveau visage civil du cessez-le-feu libano-israélien

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D’un haut fonctionnaire du Liban sous tutelle syrienne à figure du camp souverainiste

Une nomination qui marque un tournant

Le 3 décembre 2025, la présidence libanaise annonce la nomination de l’ancien ambassadeur Simon Karam à la tête de la délégation libanaise au sein du comité chargé de surveiller l’application du cessez-le-feu conclu en 2024 avec Israël. Pour la première fois depuis la création de ce mécanisme, un civil rejoint la délégation libanaise au siège de Naqoura, sur la Ligne bleue, dans un format coprésidé par les États-Unis et encadré par la FINUL.
Cette décision intervient après que Washington a indiqué à Beyrouth que la partie israélienne acceptait, elle aussi, de désigner un représentant civil, dans la perspective d’élargir le dialogue au-delà du seul registre militaire et de tester, à terme, des pistes de coopération plus larges. Dans ce cadre très contesté au Liban, le choix de Simon Karam n’est pas neutre : il met en avant une personnalité à la fois familière des rouages de l’État, expérimentée dans le dialogue avec les Américains et identifiée depuis des années au camp souverainiste hostile à la tutelle syrienne et à l’axe iranien.

Un juriste maronite formé à l’USJ

Né le 2 février 1950 à Jezzine, dans le Sud du Liban, Simon Massoud Karam est issu d’une famille maronite. Son père, Massoud, est marchand ; sa mère, Victoria Aziz, appartient à un milieu étroitement lié à l’Église. Il poursuit des études de droit à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, d’où il sort diplômé en droit.
De retour sur le marché du travail, il s’inscrit au barreau et exerce la profession d’avocat à Beyrouth. Ceux qui le côtoient alors décrivent un juriste au ton direct, à la fois pénaliste et publiciste, peu porté sur les euphémismes, ce qui marquera par la suite son style dans le débat politique.

Gouverneur de la Békaa et de Beyrouth à l’époque de la tutelle syrienne

La fin officielle de la guerre civile et la mise en œuvre de l’accord de Taëf ouvrent la voie à sa carrière dans l’appareil d’État. En 1990, Simon Karam est nommé mohafez (gouverneur) de la Békaa. En 1991, il est transféré à un poste plus sensible encore, celui de gouverneur de Beyrouth.
À cette époque, tout haut poste administratif libanais suppose de facto l’aval de Damas. L’armée syrienne est présente sur le territoire, les services de renseignement syriens pèsent sur les nominations et l’ensemble du dispositif institutionnel fonctionne sous tutelle. Comme nombre de hauts fonctionnaires chrétiens de sa génération, Karam accepte d’exercer dans ce cadre : celui d’un Liban pacifié sur le papier, mais dont la souveraineté est largement encadrée par la Syrie.

Ambassadeur à Washington, puis rupture avec Damas

En 1992, Simon Karam est nommé ambassadeur du Liban aux États-Unis. Il présente ses lettres de créance au président George H. W. Bush le 8 septembre 1992. Sa mission sera brève : en août 1993, il démissionne de manière abrupte de son poste à Washington.
Des sources diplomatiques de l’époque évoquent des tensions avec la diplomatie syrienne, dans un contexte où Damas cherche à contrôler de près la représentation libanaise auprès de l’administration américaine. La démission de Karam, suivie de son retour à la profession d’avocat à Beyrouth, marque un tournant : d’homme intégré au système post-Taëf, il glisse progressivement vers le camp de ceux qui contestent la perpétuation de la tutelle syrienne sur le Liban.

Du sérail à l’opposition souverainiste

Dans les années 2000, Simon Karam figure parmi les personnalités maronites rassemblées autour de Bkerké et des cadres souverainistes comme le rassemblement de Qornet Chehwan. Il y côtoie des figures telles que Samir Frangié ou Fares Saïd, autour d’un mot d’ordre : appliquer réellement l’accord de Taëf, obtenir le retrait des troupes syriennes et restaurer un monopole des armes par l’État libanais.
Des analyses politiques et diplomatiques le décrivent alors comme proche du patriarche Nasrallah Boutros Sfeir, très critique à l’égard de Nabih Berry et du Hezbollah. Ce positionnement suffit, dans le contexte d’alors, à l’écarter de toute promotion officielle : son profil est jugé incompatible avec l’architecture syro-hezbollahie du pouvoir. Il soutient le mouvement du 14-Mars en 2005, tout en restant davantage juriste et intellectuel engagé que chef de parti strictement partisan.
En 2011, au début du soulèvement syrien, il signe des textes de solidarité avec la contestation à Damas, estimant que la revendication démocratique syrienne et la lutte pour la souveraineté au Liban procèdent de la même exigence de sortie de tutelle.

Un critique assumé de l’axe iranien et du Hezbollah

Sur le plan régional, Simon Karam adopte très tôt une ligne de fermeté à l’égard de l’Iran et de ses relais armés au Liban. Dans un entretien publié à la fin des années 2000 par un média partisan chrétien, il met en garde contre une politique iranienne qui, selon lui, « joue avec le feu » au Sud-Liban, à travers l’implantation d’infrastructures et le remaillage de villages chiites au bénéfice du Hezbollah.
Sa lecture du parti chiite s’inscrit dans cette grille : il le voit comme le bras armé de l’Iran au Liban, doté d’un agenda régional qui dépasse les intérêts de l’État libanais. Dans un entretien ultérieur consacré à la décision de l’Union européenne de classer la branche militaire du Hezbollah, il résume la situation par une formule restée célèbre : les Libanais, dit-il en substance, se retrouvent pris entre « le marteau du parti » et « l’enclume » des sanctions et pressions internationales. Il reproche au Hezbollah de confisquer la décision de guerre et de paix, d’exposer l’ensemble du pays aux représailles et aux mesures punitives, et de redéployer ses capacités militaires à l’intérieur du Liban et en Syrie, tout en laissant à l’État la charge des conséquences économiques et sociales.
Ce discours lui vaut une hostilité assumée dans les milieux proches du Hezbollah, qui le considèrent comme l’une des voix les plus dures du camp souverainiste chrétien. Mais il renforce sa place dans un courant qui entend lier défense de la souveraineté, refus de toute tutelle étrangère et exigence d’un monopole des armes par l’État.

Le pari d’un visage civil dans un mécanisme contesté

C’est ce profil que le chef de l’État choisit de mettre en avant à Naqoura. Le comité de surveillance du cessez-le-feu, mis en place après la trêve de 2024, réunissait jusqu’ici des représentants militaires libanais, israéliens, américains, français et onusiens, chargés de traiter les incidents le long de la Ligne bleue. Sous l’impulsion des États-Unis et de plusieurs membres du Conseil de sécurité, il s’ouvre désormais à des civils, dans l’idée d’esquisser un cadre de discussions plus large entre deux pays officiellement en état de guerre.
Beyrouth dépêche ainsi Simon Karam, présenté comme « ancien ambassadeur au Washington », tandis qu’Israël mandate un responsable civil de son Conseil de sécurité nationale. Pour les promoteurs de cette évolution, l’arrivée de civils rompt avec le face-à-face strictement militaire et offre à l’État libanais une occasion de peser davantage sur les paramètres d’une trêve fragile, dans un cadre où le Hezbollah refuse de s’asseoir officiellement.
Pour ses adversaires, au contraire, la présence de Karam à Naqoura symbolise le risque d’un glissement vers une normalisation rampante. Ils pointent son parcours souverainiste, ses critiques répétées de l’axe syro-iranien et ses mises en garde contre le Hezbollah pour dénoncer une tentative de marginaliser la « résistance » au profit d’un dialogue sous parrainage américain.

Quoi qu’il en soit, la trajectoire de Simon Karam dessine un itinéraire singulier dans l’histoire récente du Liban : celui d’un juriste maronite passé du sérail de l’État post-Taëf à l’opposition souverainiste, de la coopération contrainte avec la Syrie à la confrontation avec l’axe iranien, avant d’être rappelé, en 2025, au premier plan d’un dossier où se jouent, à Naqoura, les lignes de fracture entre guerre, trêve et hypothèse de paix.

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