Alors que le Liban traverse une période particulièrement tumultueuse sur le plan économique et politique, une lueur de soulagement semble poindre dans les coulisses du secteur bancaire. Une source proche des dirigeants de plusieurs banques libanaises a récemment laissé entendre que le conflit actuel en cours au Liban et dans la région pourrait temporairement éloigner la perspective d’une inclusion du pays dans la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), une organisation internationale dédiée à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Le spectre de l’inclusion du Liban dans la liste grise de la GAFI plane depuis plusieurs mois. Une telle inscription aurait des conséquences désastreuses pour le secteur bancaire libanais déjà fragilisé, entraînant une perte de confiance des partenaires financiers internationaux, un retrait des investissements étrangers et une augmentation des sanctions économiques. Ce classement est souvent synonyme d’isolement financier sur la scène mondiale, ce qui rend les échanges et les transactions bancaires plus complexes et plus coûteux.
En effet, depuis la crise économique de 2019, les établissements financiers libanais peinent à retrouver une stabilité. Avec la disparition de la confiance des déposants, les restrictions sur les retraits et les transferts, ainsi que l’effondrement de la monnaie locale, les banques du pays sont en grande difficulté. L’ajout du Liban sur cette liste pourrait définitivement sceller le sort de plusieurs institutions financières.
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Le conflit comme « bouclier temporaire »
Cependant, une source bien informée parmi les dirigeants des banques libanaises affirme que la crise actuelle dans la région pourrait bien constituer une sorte de bouclier temporaire. D’après cette source, la communauté internationale, en particulier les organisations de régulation financières comme la GAFI, prendrait en compte les aspects humanitaires liés à la guerre en cours. « La situation actuelle repousse de facto toute décision drastique contre le Liban sur le plan financier », indique-t-elle, ajoutant que les discussions sur une éventuelle inclusion du Liban dans la liste grise sont, pour l’instant, suspendues.
Les pays membres du GAFI pourraient juger qu’un classement à ce stade aurait des répercussions humanitaires insupportables pour une population déjà frappée de plein fouet par des années de crise économique, l’hyperinflation, et un manque croissant de services essentiels.
Une opportunité pour des réformes structurelles
Malgré cet apaisement temporaire, la source appelle toutefois à ne pas se reposer sur cette situation d’urgence. « Ce sursis ne doit pas nous faire oublier que des réformes structurelles profondes sont nécessaires pour éviter une inclusion inéluctable à l’avenir », prévient-elle. Le secteur bancaire et financier libanais, ainsi que le gouvernement, sont sous la pression de la communauté internationale pour mettre en place des mesures de lutte contre le blanchiment d’argent et la corruption.
La gestion de la Banque du Liban (BdL), en particulier sous l’ancienne gouvernance de Riad Salamé, est pointée du doigt pour des irrégularités ayant mené à la situation actuelle. La transparence et la gouvernance des institutions financières sont des points cruciaux à réformer pour regagner la confiance des instances internationales.
Le soulagement dans le secteur bancaire libanais est palpable, mais il est également teinté de prudence. Le conflit en cours pourrait offrir un répit temporaire sur le front de la régulation financière internationale, mais la fenêtre pour agir reste étroite. Sans réformes tangibles, l’inclusion dans la liste grise de la GAFI reste une menace imminente. Le Liban doit profiter de cette pause forcée pour entamer des réformes profondes et s’assurer un avenir financier plus stable.



