Depuis 774 jours, le Liban est sans président, une vacance inédite qui paralyse les institutions et aggrave une crise déjà multiforme. Les journaux libanais, tels que Al Akhbar, Nida’ Al Watan, et Al Diyar, mettent en lumière les blocages politiques, les tensions internes et les conséquences pour la stabilité du pays. Cette impasse symbolise les divisions profondes au sein de la classe politique, tout en reflétant l’influence des dynamiques régionales et internationales sur le Liban.
Un blocage politique sans précédent
La vacance présidentielle résulte d’un échec persistant à désigner un candidat de consensus. Al Akhbar rapporte que les alliances traditionnelles entre les partis, comme celles entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre, se sont fragilisées, tandis que l’opposition reste divisée sur une stratégie commune. Le Parlement, incapable de réunir le quorum nécessaire lors des sessions électorales, est au cœur des critiques pour son inaction.
Selon Nida’ Al Watan, les désaccords portent sur le choix d’un candidat pouvant incarner à la fois une rupture avec les politiques passées et une stabilité face aux défis actuels. Le Hezbollah, favorable à un président proche de ses positions, est en opposition avec les partis souverainistes, qui réclament une figure indépendante, apte à engager des réformes.
Les conséquences institutionnelles et économiques
L’absence d’un président fragilise davantage les institutions libanaises, déjà affaiblies par des décennies de mauvaise gouvernance. Al Diyar souligne que la vacance présidentielle empêche la formation d’un gouvernement pleinement fonctionnel, paralysant la prise de décisions cruciales. Cela aggrave la crise économique, car sans leadership clair, les réformes exigées par le FMI pour débloquer l’aide internationale restent en suspens.
Les conséquences se font sentir dans la vie quotidienne des Libanais. La livre libanaise, en chute libre, a récemment atteint un taux de change record de 89 000 L.L. pour un dollar, selon Al Sharq. Cette dévaluation accélère l’inflation et accentue la pauvreté, mettant à rude épreuve les capacités de survie des ménages.
Une influence régionale et internationale omniprésente
La vacance présidentielle n’est pas seulement un enjeu interne ; elle reflète également les tensions géopolitiques dans la région. Al Joumhouriyat rapporte que la France et les États-Unis exercent des pressions pour une résolution rapide, tout en appelant à des réformes structurelles. Parallèlement, l’Iran et l’Arabie saoudite jouent un rôle indirect en soutenant des factions politiques opposées, intensifiant les divisions internes.
Les observateurs, cités par Al Liwa’, notent que la vacance présidentielle est devenue un terrain de confrontation entre les grandes puissances, chacune cherchant à imposer son influence au Liban. Cette ingérence complique les négociations, car les acteurs locaux se retrouvent instrumentalisés dans un jeu régional aux enjeux stratégiques.
Les risques pour la stabilité sécuritaire
Le vide institutionnel exacerbe également les tensions sécuritaires. Al Quds met en garde contre le risque d’une escalade à la frontière sud, où les affrontements sporadiques entre Israël et le Hezbollah continuent. Ces tensions, combinées à l’instabilité régionale en Syrie, fragilisent encore davantage la situation intérieure.
Les forces de sécurité, sous-financées et débordées, peinent à maintenir l’ordre face à une montée de la criminalité liée à la crise économique. Al Arabi Al Jadid rapporte que le taux de vols, d’attaques et de troubles publics a augmenté de manière significative ces derniers mois, amplifiant le sentiment d’insécurité parmi les citoyens.
Les initiatives pour sortir de l’impasse
Malgré le blocage persistant, des efforts locaux et internationaux cherchent à trouver une issue. Al Bina’ rapporte que plusieurs figures politiques appellent à un dialogue national pour parvenir à un compromis sur un candidat présidentiel. Cette initiative, soutenue par des médiateurs internationaux, vise à éviter un effondrement total des institutions.
Cependant, comme le note Al Sharq Al Awsat, ces initiatives se heurtent à un manque de confiance généralisé entre les partis, ainsi qu’à des intérêts divergents. Les acteurs locaux hésitent à faire des concessions, craignant de perdre leur influence dans une situation déjà volatile.
Un peuple désabusé mais résilient
Face à cette impasse, les Libanais expriment leur frustration par des manifestations sporadiques et des critiques acerbes envers la classe politique. Nida’ Al Watan met en lumière des initiatives citoyennes visant à pallier les défaillances de l’État, telles que des campagnes de solidarité pour fournir des biens essentiels aux plus démunis.
La société civile reste active, bien qu’elle lutte pour mobiliser des ressources dans un environnement marqué par la désillusion. Pour Al Diyar, cette résilience témoigne d’un espoir persistant malgré les défis monumentaux auxquels le pays est confronté.
La vacance présidentielle au Liban, symptomatique de divisions internes et d’influences extérieures, illustre les défis complexes du pays. Au-delà de l’impasse politique, elle met en lumière l’urgence de réformes structurelles et d’un dialogue sincère pour restaurer la stabilité. Dans ce contexte, la mobilisation de la société civile et les efforts diplomatiques internationaux représentent des espoirs cruciaux pour surmonter cette crise prolongée.



