jeudi, février 19, 2026

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« Transferts silencieux »: de Gaza à Johannesburg via Ramon, routes et polémique

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Itinéraire signalé: Gaza–Karem Abu Salem–Ramon–escale africaine–Johannesburg

Un schéma d’acheminement émerge autour d’un trajet non direct. Des familles sont d’abord regroupées dans le centre de la bande, puis conduites en bus vers le point de passage de Karem Abu Salem. Les passagers ne conservent que téléphones, passeports et un peu d’argent après la confiscation de sacs légers emportés au départ. Une fois le contrôle effectué, des bus israéliens prennent le relais en direction de l’aéroport de Ramon dans le Néguev. De là, un vol décolle vers une escale africaine, avant une arrivée finale à l’aéroport OR Tambo de Johannesburg. La séquence, rapportée par des passagers et des responsables impliqués dans la coordination humanitaire, s’écarte des routes médicales et universitaires connues via la Jordanie, fréquemment utilisées pour des malades et des étudiants. Le maillon central reste l’embarquement à Ramon, qui concentre la sensibilité du parcours et nourrit les questions sur les objectifs poursuivis, la documentation de sortie et la possibilité d’un retour ultérieur. 

Convois de départ et consignes données aux passagers

L’organisation commence par une notification tardive. Les familles sont contactées peu avant le départ, parfois la veille, avec un point de ralliement interne à Gaza. Les consignes demandent de voyager très léger, ce qui réduit la perte de temps au contrôle et la probabilité d’un refoulement en cas d’incident. L’étape de Karem Abu Salem constitue le pivot terrestre: les documents sont vérifiés, les petits sacs retirés, et le groupe remet ses effets au strict minimum. Les témoignages concordent sur la brièveté de ce moment et sur l’absence d’explications complètes concernant la destination finale. Le convoi reprend ensuite vers Ramon. La fenêtre d’embarquement s’ouvre sans procédure visible équivalente aux tampons de départ habituels. Cet enchaînement « serré » accélère la sortie, mais prive les voyageurs de repères administratifs ordinaires. Le ressenti dominant tient à la vitesse des étapes et à l’absence de visibilité, deux traits qui alimentent les soupçons de parcours opaque. 

Ramon, documents et absence de tampons de sortie

Le segment aérien débute à Ramon avec une particularité administrative majeure. Des passagers affirment que les passeports ne reçoivent pas de tampons de sortie selon la pratique internationale courante. L’absence de preuve formelle du départ crée une vulnérabilité juridique évidente: difficulté de reconstituer l’itinéraire, risque d’entraves au retour, incertitude sur le statut migratoire dans un pays tiers. Les voyageurs découvrent ce « vide documentaire » à l’arrivée, quand les autorités du pays d’accueil recherchent l’origine de l’embarquement. Les mêmes témoignages soulignent que les bus de départ, la fluidité de l’accès et l’embarquement rapide convergent vers une stratégie de discrétion procédurale. L’argument avancé pour expliquer cette exception n’est pas fourni aux passagers. Les doutes se cristallisent sur une hypothèse simple: l’absence de tampon rend un retour complexe et fragilise la position administrative de ces familles si elles demandaient à reparaître au point d’origine. 

Escale en Afrique et arrivée à OR Tambo: contrôles et attentes

Le vol en provenance de Ramon n’arrive pas en direct à Johannesburg. Une escale africaine s’intercale, notamment Nairobi, avant la dernière étape. À OR Tambo, le contrôle s’allonge pour des groupes arrivés sans tampons de sortie ni indication précise de provenance. Le dispositif de frontière applique alors des vérifications renforcées. Dans certains cas, les voyageurs sont retenus plusieurs heures le temps d’éclaircir la chaîne de route et d’identifier l’entité qui a organisé le déplacement. L’inconfort de l’attente s’ajoute à la fatigue du voyage et au dénuement matériel, puisque les bagages de cabine ont été limités dès le départ. Le point d’achoppement revient systématiquement: comment reconstituer la route et fonder un statut d’entrée régulier quand l’étape initiale n’est pas marquée sur le passeport? Ce verrou explique une partie des retards et des frictions constatés à l’arrivée. 

Hébergement, messages et rupture de contact

À la sortie de l’aéroport sud-africain, des messages guident certains passagers pour commander des véhicules de type VTC et rejoindre des pensions économiques dispersées dans l’agglomération. Les instructions par application mobile prévoient fréquemment un hébergement d’une semaine. Après ce délai, plusieurs familles affirment ne plus recevoir de suivi ni d’assistance de la part de l’organisation leur ayant facilité le trajet. Cette rupture de contact transforme une opération présentée comme « prise en charge » en parcours d’installation improvisé. Les personnes concernées découvrent la ville en situation de vulnérabilité et s’appuient sur des ressources personnelles limitées. Le résultat pratique consiste à déplacer des familles entières vers un environnement nouveau sans cadre d’accueil continu. Ce point, récurrent dans les témoignages, nourrit la critique la plus immédiate: l’absence de relais au-delà de la première semaine fragilise concrètement les arrivants. 

Vols et volumes: éléments de chronologie récents

Plusieurs jalons chiffrés sont rapportés. Un premier groupe d’environ 176 personnes a atterri à Johannesburg au cours d’une opération antérieure, ce qui a déclenché une vague de récits et de demandes d’explications. Une autre rotation a suivi, avec 153 personnes, dont des enfants, arrivées après une escale africaine. À chaque séquence, des interrogations identiques émergent: absence de tampons, nature de l’intermédiaire, statut des familles, et responsabilité des acteurs ayant facilité le départ. La répétition de ces vols en un laps de temps court accrédite l’idée d’un circuit en voie de formalisation, même si ses opérateurs demeurent opaques. Cette fréquence relativise l’hypothèse d’un « cas isolé » et place la question dans un cadre plus large que l’aide ponctuelle. L’effet statistique joue alors en défaveur de la thèse d’une simple évacuation humanitaire limitée. 

« Al-Majd Europa »: fonctionnement, promesses et opacité

Le nom d’une entité privée revient constamment, présenté comme interface d’inscription et de coordination. Ses canaux en ligne proposent des formulaires, promettent un « sauvetage » et allèguent un traitement individualisé des dossiers. Les éléments publics disponibles n’éclairent ni le financement ni l’identité juridique complète. Les personnes qui s’y inscrivent décrivent une séquence répétée: formulaire validé, demande de paiement, avis de départ rapide, puis convoyage. Cette mécanique est lisible, mais la transparence reste faible sur les critères de sélection et les garanties d’accueil à destination. Dans l’environnement conflictuel décrit par les voyageurs, cette opacité alimente des soupçons, jusqu’à l’idée d’un instrument d’ingénierie démographique, hypothèse qui prend de l’ampleur à mesure que les départs se multiplient et que la documentation manquante s’accumule. 

Paiements demandés: de 1000 à 5000 dollars selon les cas

Le coût financier pèse sur la décision de partir. Des montants variables sont évoqués par des familles: environ 1000 dollars par personne au début, puis 2700 dollars dans des cas plus récents, et jusqu’à 5000 dollars pour une accélération de traitement. Les canaux de paiement évoqués incluent des virements, relayés parfois par des contacts identifiés comme travaillant pour l’organisation. Cette variabilité, associée à des départs notifiés à la dernière minute, entretient l’impression d’une grille de prix fluctuante qui répond davantage à la pression de la demande et aux contraintes logistiques qu’à un barème stable. Les familles s’y engagent en raison de l’urgence sécuritaire et humanitaire, avec une marge réduite pour négocier. La facturation, loin d’être anecdotique, devient l’indicateur d’un marché de la sortie dont les règles échappent au regard public. 

Position des autorités palestiniennes et mécanismes de coordination

Un responsable administratif palestinien souligne l’absence d’implication officielle dans ces départs. Les circuits classiques de coordination ont été interrompus avec le déclenchement de la guerre. À la place, des listes de noms circulent entre entités internationales et autorités de contrôle, avec une validation finale attestée côté israélien. Les convois s’organisent alors sur la base de ces listes et sous l’œil d’organisations humanitaires pour la traversée du point de passage, avant l’acheminement vers Ramon. Ce mécanisme vient en substitution des itinéraires jadis utilisés pour les malades et les étudiants, généralement orientés vers la Jordanie. Il renforce l’idée d’un dispositif ad hoc, construit au fil de l’urgence, et dont la partie décisive se déroule hors du champ des institutions palestiniennes. Cette dissociation institutionnelle explique une part des zones d’ombre et des incompréhensions à l’arrivée. 

Décisions sud-africaines: exemption humanitaire, accueil et enquête

Face à des arrivées non documentées par des tampons de sortie, la présidence sud-africaine a accordé une exemption humanitaire, avec instruction de ne pas refouler les familles. L’annonce publique d’une enquête accompagne cette décision, dans le but d’établir les responsabilités et d’empêcher la répétition d’un schéma d’acheminement non conforme aux règles. Des organisations locales de la société civile, associées à une représentation diplomatique, ont joué un rôle dans l’orientation vers une solution de court terme et dans la pression pour une réponse officielle. La ligne de conduite consiste à sécuriser l’entrée immédiate, puis à vérifier les conditions de trajet, les intermédiaires et les garanties offertes aux personnes déplacées. Cette articulation vise une stabilité minimale à court terme sans valider les modalités opaques qui ont rendu possible l’arrivée. 

Controverse grandissante: évacuation humanitaire ou « transfert silencieux »?

Deux lectures s’opposent. La première présente une évacuation d’urgence, dictée par la protection de civils terrifiés, avec un objectif de mise à l’abri immédiate. La seconde voit l’émergence d’un dispositif de « transfert silencieux », où l’absence de tampons, la financiarisation du départ et la répétition des vols suggèrent autre chose qu’un secours ponctuel. Un officier israélien a publiquement admis une facilitation du déplacement de Palestiniens, ce qui, pour les partisans de la seconde lecture, relie l’acheminement à un objectif stratégique d’allégement démographique de la bande. À mesure que les cas se multiplient, la charge de la preuve se déplace: il devient nécessaire de documenter précisément les critères, les garanties et le statut futur des personnes déplacées pour dissiper l’accusation de transfert organisé. En l’absence de ces clarifications, la suspicion l’emporte dans l’espace public. 

Documentation absente, conséquences sur le statut des familles

Le défaut de tampon de sortie bloque l’établissement d’une chronologie migratoire classique. À l’arrivée, les familles doivent convaincre de leur trajectoire, expliquer l’embarquement et justifier d’un motif d’entrée. À moyen terme, l’absence de trace complique l’accès à des démarches administratives, du séjour provisoire à la réunification familiale. Sur le plan du droit, l’invisibilité du point de départ crée une zone grise pour l’obtention de titres, l’accompagnement social et l’inscription dans des dispositifs d’aide. Cette faille documentaire accroît mécaniquement la dépendance des familles à des réseaux privés d’assistance ou à la bienveillance des autorités locales. Elle pèse aussi sur la possibilité d’un retour, théoriquement ouvert mais pratiquement vulnérable faute d’une preuve standardisée du parcours. Le problème ne tient pas seulement à une formalité: il conditionne la sécurité juridique de personnes déjà fragilisées par le conflit. 

Transporteur, route et « chaîne de responsabilité »

Des arrivées ont eu lieu sur un appareil opéré par une compagnie identifiée, ce qui établit un maillon aérien concret. Toutefois, la « chaîne de responsabilité » demeure morcelée: un intermédiaire recueille les inscriptions, des acteurs distincts coordonnent l’extraction à Gaza, des autorités de contrôle autorisent ou tolèrent le passage à Ramon, et un pays tiers se retrouve en bout de chaîne avec des personnes dont la documentation est incomplète. Dans ce montage, chaque acteur revendique une fonction limitée, mais aucun ne s’affiche publiquement comme garant d’un dispositif global. Les familles, elles, circulent d’un maillon à l’autre avec l’impression de s’en remettre à des consignes successives sans visibilité d’ensemble. Ce fractionnement complique l’attribution des responsabilités en cas d’abus, de rupture de prise en charge ou d’atteinte aux droits notamment à celui du retour des réfugiés palestiniens.

Parcours déclarés: des inscriptions en ligne aux billets payés

Plusieurs familles décrivent une démarche par formulaire numérique, suivie d’une confirmation et d’une demande de paiement. Un contact local sert parfois d’interface pour finaliser la transaction. L’avis de départ arrive peu de temps avant la date, avec un lieu et une heure précis pour la collecte. L’extraction s’effectue en bus et suit la route décrite plus haut. Cette mécanique s’est imposée au fil des mois, dans un contexte où des évacuations humanitaires ont par ailleurs laissé des traces contrastées. La nouveauté tient à la destination sud-africaine de certaines rotations récentes, en substitution de trajets précédemment annoncés vers d’autres pays. Ce glissement alimente l’idée d’une adaptation continue du circuit et d’un possible refus par certains États de coopérer avec l’intermédiaire mis en cause. Le résultat, mesurable, est la concentration d’interrogations à l’arrivée à Johannesburg. 

Rôle allégué de facilitation et précédents controversés

Au-delà de la logistique immédiate, des accusations existent quant à un rôle de facilitation assumé côté israélien pour des sorties via Ramon. Dans l’argumentaire public, la facilitation d’une évacuation ne constitue pas en soi une preuve d’intention démographique. Cependant, cumulée à l’absence de tampons, à la répétition des vols et aux paiements élevés, elle nourrit une lecture politique du phénomène. Des précédents d’« aide » controversée dans la bande ont, par le passé, mêlé narratif humanitaire et pratiques opaques, laissant un souvenir de forte défiance. Cette mémoire pèse aujourd’hui sur la réception des nouveaux itinéraires, et transforme chaque détail procédural en indice pour ou contre l’hypothèse d’un transfert organisé. Les autorités d’accueil, en réaction, déplacent la charge sur l’enquête et sur la protection immédiate des arrivants. 

Ce que montrent les écarts de route avec les circuits médicaux et étudiants

Les circuits historiques de sortie pour soins ou études impliquent souvent un transfert vers la Jordanie et un embarquement sous documentation standard. Le détour par Ramon, associé à des bus israéliens et à une escale africaine avant Johannesburg, dessine un corridor inédit. L’existence de listes validées côté israélien, transmises à des organisations intervenant sur le terrain, consacre une architecture de sortie différente. Elle repose sur un contrôle strict au départ, une accélération au centre de la route et une opacité en bout de chaîne. Ce contraste explique la sidération de familles habituées à une forme de procédure, même lente, mais lisible. Ici, la vitesse n’est pas synonyme de sécurité; elle expose au contraire à des incertitudes juridiques et sociales plus importantes une fois franchi le dernier poste de contrôle. 

Points de vigilance à court terme: information, statut et suivi

Trois zones ressortent des récits collectés. La première est l’information ex ante: prévenir clairement les passagers du statut documentaire et des conséquences possibles de l’absence de tampon. La deuxième concerne le statut à l’arrivée, qui doit reposer sur une base explicite pour éviter les rétentions prolongées et l’errance administrative. La troisième vise le suivi post-arrivée, au-delà de la première semaine d’hébergement économique, afin de prévenir un basculement brutal dans la précarité. Ces trois leviers relèvent d’acteurs différents, mais convergent vers un même objectif: réduire la part d’invisible qui accompagne ces déplacements. Sans ces correctifs, l’expression « transferts silencieux » continuera d’imprégner la description publique de ces routes, indépendamment des intentions affichées par les intermédiaires ou des justifications avancées par les autorités qui valident les listes de départ.

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