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Une économie sous respiration artificielle : fragilité persistante et soutien externe précaire

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Le Liban, ce pays du Levant marqué par une succession de crises, traverse une période économique où les signes de vie paraissent maintenus par un fragile appareillage. En cette fin d’été 2025, les indicateurs macroéconomiques, scrutés par les analystes, révèlent un tableau en demi-teinte : une stabilité apparente du taux de change masque des vulnérabilités profondes, tandis que la stagnation du crédit et la progression timide des dépôts soulignent une dépendance accrue à la diaspora. Ces éléments, tirés des dernières évaluations des institutions financières locales, s’inscrivent dans un contexte de blocages politiques persistants, de risques monétaires latents, de vulnérabilités énergétiques exacerbées et d’impacts sécuritaires qui pèsent comme une épée de Damoclès. Sans réformes structurelles rapides, cette résilience artificielle risque de s’effondrer, laissant place à une récession plus profonde.

Le taux de change : une illusion de stabilité dans un océan d’incertitudes

Au cœur de l’économie libanaise, le taux de change de la livre face au dollar américain reste un baromètre essentiel. En cette semaine du 25 au 31 août 2025, le marché parallèle a maintenu un équilibre précaire autour de 89 600 à 89 700 livres pour un dollar, un niveau qui semble ancré depuis plusieurs mois. Cette stabilité, souvent saluée comme un signe de reprise, est en réalité soutenue par des injections massives de devises étrangères, provenant principalement des transferts de la diaspora. Les réserves liquides en devises de la Banque du Liban (BDL) ont atteint 11,69 milliards de dollars à la mi-août, contre 10,14 milliards à fin 2024, représentant une hausse notable. Pourtant, cette accumulation repose sur des flux informels et des remises qui, bien que vitales, exposent le pays à des chocs externes imprévisibles.

Rappelons le contexte : depuis la crise financière de 2019, amplifiée par la pandémie et l’explosion du port de Beyrouth en 2020, la livre a perdu plus de 98 % de sa valeur officielle. Le gouvernement formé en février 2025 a tenté de stabiliser la situation en alignant les taux multiples, mais les progrès restent limités. Les analystes soulignent que cette apparente quiétude masque des risques monétaires majeurs. Par exemple, la circulation de la livre hors BDL équivaut à environ 831 millions de dollars à la mi-août, soit 7,1 % des réserves en devises de la banque centrale. Une citation clé de Bank of America résume bien l’enjeu : « Un momentum significatif de réformes est nécessaire pour soutenir la reprise économique et la reconstruction avec un appui financier international. » Sans cela, tout choc – comme une escalade des tensions sécuritaires avec Israël – pourrait déclencher une dévaluation brutale, érodant davantage le pouvoir d’achat des ménages.

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Les blocages politiques aggravent cette fragilité. Les élections parlementaires prévues pour mai 2026 approchent, et le Cabinet, bien que doté de pleins pouvoirs exécutifs, peine à avancer sur les réformes exigées par le Fonds monétaire international (FMI). L’absence d’accord avec le FMI bloque l’accès à des financements concessionnels, maintenant l’économie dans une dépendance aux aides bilatérales sporadiques. Ajoutons à cela la vulnérabilité énergétique : le Liban dépend encore largement des importations de carburant, comme le gazole koweïtien récemment annoncé pour booster la production électrique. Mais avec une dette publique nette estimée à 129 % du PIB en 2024, en baisse par rapport à 239 % en 2022 grâce à une inflation galopante et une croissance nominale, les marges de manœuvre sont minces. Toute perturbation dans les approvisionnements énergétiques, liée à des tensions régionales, pourrait faire grimper les coûts et déstabiliser le taux de change.

Stagnation du crédit : un système bancaire paralysé par les cicatrices du passé

Le secteur bancaire, jadis pilier de l’économie libanaise, reste engoncé dans une stagnation profonde. Les prêts au secteur privé ont chuté de 32,1 % entre décembre 2023 et décembre 2024, passant de 8,32 milliards de dollars à 5,65 milliards. Cette contraction reflète une aversion au risque accrue des banques, hantées par les pertes massives accumulées depuis 2019. Les actifs bancaires ont diminué de 10,8 % sur la même période, à 102,76 milliards de dollars, tandis que les dépôts du secteur privé ont reculé de 6,4 %, à 88,65 milliards. Ces chiffres illustrent une économie où le crédit, essentiel pour relancer l’investissement, reste gelé.

Dans ce contexte, la dépendance à la diaspora devient flagrante. Les remises, souvent non enregistrées, financent une grande partie des importations et soutiennent la consommation. Le déficit de la balance courante, projeté à 18 % du PIB en moyenne pour 2025-2028 contre 23 % en 2023-2024, est comblé par ces flux et les économies en devises des résidents. Mais cette bouée de sauvetage est précaire : une récession mondiale ou un durcissement des politiques migratoires dans les pays d’accueil pourrait tarir ces sources. Les tensions sécuritaires, comme le fragile cessez-le-feu avec Israël datant de novembre 2024, ajoutent à l’incertitude. Toute escalade pourrait dissuader les investissements étrangers et accentuer la fuite des capitaux.

Politiquement, les retards dans la restructuration du secteur bancaire freinent toute reprise. S&P Global Ratings, dans son dernier rapport, projette une croissance du PIB réel de 1,8 % en 2025 et 2,8 % en 2026, contingentée à une stabilité politique et des réformes opportunes. L’agence a relevé la note en monnaie locale à ‘CCC’ avec une perspective stable, notant que le gouvernement reste à jour sur ses obligations locales malgré un espace fiscal limité. Cependant, la note en devises étrangères reste à ‘SD’ (défaut sélectif), soulignant l’impasse sur la restructuration de la dette. « Les défis politiques restent substantiels malgré les développements positifs », note S&P, pointant les risques d’exécution élevés dus au calendrier électoral et aux menaces militaires.

La vulnérabilité énergétique amplifie cette stagnation. Le ministère de l’Environnement tente de réguler la pollution des générateurs privés, mais l’électricité publique reste intermittente, forçant les entreprises à des coûts exorbitants. L’arrivée de gazole koweïtien vise à augmenter l’offre, mais sans réformes pour unifier les tarifs et réduire les subventions, l’énergie demeure un gouffre financier. Ajoutons les impacts sécuritaires : les ports de Beyrouth et Tripoli ont vu leur trafic varier, avec 3,1 millions de tonnes de fret à Beyrouth au premier semestre 2025 (+14,2 %), mais une chute de 25 % à Tripoli due à des exportations en berne. Ces fluctuations, liées à des instabilités régionales, freinent le commerce et le crédit.

Dépôts timides et dépendance à la diaspora : les limites d’une résilience de façade

Les dépôts clients, à 52,7 % en termes à vue à fin juin 2025, progressent faiblement, reflétant une confiance érodée. La capitalisation boursière a augmenté de 2 % à 19,6 milliards de dollars à fin août, mais le turnover reste anémique à 1,8 % pour les sept premiers mois de l’année, bien en deçà des ratios arabes comme les 50,1 % en Arabie saoudite. Cette progression timide masque une dépendance croissante aux envois de fonds de la diaspora, estimés à des milliards annuels non comptabilisés.

Le contexte actuel est marqué par une inflation en baisse – l’indice des prix à la consommation a chuté de 79,6 % en 2024 –, mais cela n’efface pas les cicatrices sociales. Le Liban ranke 71e mondialement pour les salaires nets d’impôts, huitième dans le monde arabe, avec des disparités criantes. La dépendance à la diaspora s’illustre dans les projections de S&P : un PIB nominal à 31,4 milliards en 2025, soutenu par le tourisme et la reconstruction, mais vulnérable aux chocs. Les réformes fiscales, comme l’extension des délais pour les déclarations d’impôts, visent à améliorer la compliance, mais les pressions sur les dépenses publiques – salaires, capitaux, reconstruction – maintiennent un équilibre précaire.

Les blocages politiques persistent : malgré la fin du vide présidentiel, l’exécution des réformes patine. Le ministère des Finances a signé un prêt de 250 millions de dollars avec la Banque mondiale pour la reconstruction, mais les décaissements (100 millions en 2026 et 2027, 50 en 2028) dépendent de progrès concrets. Citons S&P : « L’amélioration de la performance fiscale, avec des surplus en 2024 et au premier semestre 2025, est due à des contrôles stricts et à l’absence d’emprunts, mais les pressions sur les dépenses restent élevées. »

La vulnérabilité énergétique est critique : avec des réserves en eau au plus bas due à une sécheresse record (pluies en baisse de 50 %), 1,85 million de personnes sont hautement vulnérables. Cela impacte l’agriculture, la santé et l’électricité, forçant une dépendance accrue aux importations coûteuses. Les tensions sécuritaires, avec un cabinet devant discuter le 5 septembre d’un plan pour le contrôle exclusif des armes par l’État, pourraient aggraver cela. Si le cessez-le-feu avec Israël tient, la reconstruction pourrait booster la croissance ; sinon, les marchés capituleront.

Vers un tableau critique : les limites de la résilience actuelle

En synthèse, l’économie libanaise en 2025 ressemble à un patient sous respiration artificielle : les indicateurs en demi-teinte – stabilité du change, dépôts timides, crédit stagnant – cachent une fragilité profonde. La dépendance à la diaspora, vitale pour financer un déficit courant élevé, expose à des risques externes. Les blocages politiques, avec des réformes enlisées malgré un gouvernement actif, freinent l’accès à l’aide internationale. Les risques monétaires, comme une potentielle dévaluation, s’entremêlent à des vulnérabilités énergétiques exacerbées par la sécheresse et des importations précaires. Enfin, les tensions sécuritaires, avec un plan militaire imminent, pourraient tout faire basculer.

Les projections de S&P offrent un espoir mesuré : un PIB à 41,7 milliards en 2028 si la stabilité prévaut. Mais sans « accélération des réformes structurelles », comme l’exige Bank of America, cette résilience reste artificielle. Le Liban doit rompre avec cette dépendance pour une autonomie réelle, sous peine de voir ses indicateurs virer au rouge vif. Dans un monde géopolitique instable, le temps presse pour transformer ces signes vitaux en une reprise durable.

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