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Violences domestiques : une urgence sociale ignorée au Liban

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Une hausse inquiétante des signalements dans les zones urbaines et périurbaines

Les violences faites aux femmes continuent de progresser au Liban, avec une recrudescence notable dans certaines régions à forte densité urbaine. Dans la région du Metn, les associations spécialisées font état d’une augmentation de 30 % des signalements par rapport à l’année précédente. Les lignes d’écoute reçoivent désormais en moyenne cinquante appels par semaine, portant sur des cas de violences conjugales, menaces physiques, isolement forcé ou pressions psychologiques répétées.

Ce phénomène s’amplifie dans un contexte économique et social particulièrement tendu. La précarisation des foyers, la montée du chômage, les coupures prolongées d’électricité et le recul des services publics exacerbent les tensions domestiques. Les femmes, souvent dépendantes économiquement de leur partenaire ou isolées socialement, se retrouvent en première ligne de ces violences quotidiennes.

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Les associations de terrain notent que ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. Une majorité de femmes battues ne contacte jamais les services d’écoute, soit par peur des représailles, soit par manque de confiance envers les institutions. Cette sous-déclaration chronique masque l’ampleur réelle de la crise.

Des structures d’accueil saturées face à l’ampleur de la demande

Face à cette montée des signalements, les structures d’hébergement disponibles sont largement dépassées. Le pays ne compte que sept maisons d’accueil pour les femmes victimes de violences, réparties inégalement sur le territoire. Ces centres sont confrontés à une saturation permanente, ne pouvant répondre qu’à une fraction des demandes.

Dans plusieurs cas documentés, des femmes en danger ont été contraintes de retourner chez leur agresseur, faute de place disponible. Les centres d’accueil doivent souvent choisir entre deux cas urgents, avec des critères d’admission qui privilégient les cas les plus graves. Cela laisse de côté de nombreuses femmes confrontées à une violence plus insidieuse, mais tout aussi destructrice.

L’insuffisance d’infrastructures est aggravée par l’absence de services d’accompagnement médical et psychologique dans plusieurs de ces établissements. Le manque de personnel qualifié, les interruptions d’approvisionnement et les financements irréguliers compromettent leur capacité à offrir un suivi digne de ce nom. Dans certaines régions rurales, aucune structure n’est accessible à moins de deux heures de route.

Un réseau judiciaire sous tension et lent à réagir

Le volet judiciaire reste l’un des plus critiqués par les victimes et les associations. Dans de nombreux cas, les ordonnances de protection sont délivrées après des délais de plusieurs semaines, parfois même après que la victime ait quitté le domicile conjugal. Ce retard dans la prise en charge judiciaire constitue une faille majeure dans le dispositif de prévention des violences.

Même lorsqu’une ordonnance est délivrée, son application reste aléatoire. Les forces de l’ordre, souvent peu formées à ces questions, peinent à garantir le respect des mesures d’éloignement. Il arrive fréquemment que les agresseurs poursuivent le harcèlement ou les menaces, sans intervention immédiate. Les victimes, livrées à elles-mêmes, finissent par abandonner les démarches légales.

Les procédures judiciaires sont complexes, longues et parfois humiliantes. Le manque de coordination entre les différents niveaux de juridiction, l’absence de référents spécialisés et les lacunes dans la prise de plainte découragent bon nombre de femmes. Plusieurs municipalités ne disposent d’aucun agent formé aux violences de genre, et les commissariats de quartier privilégient encore une approche conciliatrice.

Des institutions publiques peu formées et sous-dotées

Le ministère des Affaires sociales reconnaît lui-même le manque de personnel formé pour traiter les cas de violences domestiques. Les structures publiques manquent de psychologues, d’assistantes sociales spécialisées, et de juristes capables d’accompagner efficacement les victimes. Les postes vacants sont nombreux, et le turnover élevé rend difficile la création de filières professionnelles durables.

Les formations pour les forces de l’ordre et les fonctionnaires territoriaux restent anecdotiques. La sensibilisation aux questions de genre, lorsqu’elle existe, repose souvent sur des partenariats ponctuels avec des ONG. Il n’existe toujours pas de programme national de formation obligatoire sur les violences conjugales, ni de cellule d’accueil spécifique dans la majorité des hôpitaux publics.

Les délais administratifs pour activer les aides d’urgence, les allocations temporaires ou les dispositifs de logement provisoire sont incompatibles avec les situations d’urgence. Dans la plupart des cas, les femmes qui fuient leur domicile doivent attendre plusieurs semaines pour obtenir une solution stable, période pendant laquelle elles sont exposées à des risques accrus.

Une question de genre toujours reléguée au second plan politique

Malgré l’aggravation du phénomène, la question des violences domestiques reste absente des priorités politiques. Les discours officiels sont rares, souvent limités à des campagnes symboliques ou à des communiqués lors des journées internationales. Les programmes politiques, même ceux présentés aux dernières élections municipales, ne font que peu de place à cette problématique.

Les lois existantes, bien qu’existantes sur le papier, sont inégalement appliquées. Il n’existe pas de stratégie nationale coordonnée pour lutter contre les violences de genre. Aucun ministère ne porte à lui seul la responsabilité de la prévention, du suivi et de la réparation. Cette fragmentation institutionnelle se traduit par une dispersion des efforts, une dilution des responsabilités et un manque de lisibilité des dispositifs pour les victimes.

La société civile demeure le principal acteur mobilisé. Les associations spécialisées mènent des campagnes de sensibilisation, forment les intervenants de première ligne, et offrent un accompagnement juridique et psychologique. Mais elles souffrent de sous-financement chronique, de pressions politiques, et d’une reconnaissance institutionnelle encore faible.

En dépit des initiatives locales, la prise en charge des violences domestiques demeure dépendante de la volonté individuelle de quelques fonctionnaires ou militants. Aucun cadre légal ne garantit un financement pérenne aux maisons d’accueil, aux programmes de prévention ou aux cellules de crise. Sans une réforme structurelle, ces efforts resteront fragmentés et insuffisants.

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Newsdesk Libnanews
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