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Yassine Jaber face au FMI : des réformes cruciales avant Washington 2025

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Une réunion stratégique s’est tenue ce matin au ministère des Finances libanais, réunissant le ministre Yassine Jaber, le directeur général des Finances George Maarawi, les conseillers Samir Hammoud, Zeina Kassem et Claudine Kerky, et une délégation du Fonds monétaire international (FMI) dirigée par Ernesto Ramirez Rigo, accompagné du représentant résident Frederico Lima et d’experts. Objectif : préparer la délégation libanaise au congrès annuel du FMI à Washington, prévu du 21 au 26 avril 2025. Ce rendez-vous s’annonce décisif pour un Liban en quête de stabilité économique, alors que le pays reste englué dans une crise sans précédent depuis 2019.

La position du FMI : un soutien conditionné

Le FMI, par la voix de Rigo, a réaffirmé sa volonté d’accompagner le Liban vers la sortie de crise, mais sous des conditions strictes. Lors de la réunion, il a insisté sur une « vision réformiste » pour les cinq prochaines années, centrée sur la reconstruction, la restructuration de la dette publique et la recapitalisation de la Banque du Liban (BDL). « Le FMI est prêt à soutenir un programme économique global », a-t-il déclaré, mais cette aide – estimée à 3 milliards de dollars sur 46 mois via un Accord de facilité élargie (EFF) – dépend de l’adoption rapide de réformes clés.

Depuis l’accord préliminaire de 2022, resté lettre morte faute d’avancées, le FMI maintient une ligne ferme. Dans un communiqué du 13 mars 2025, après une mission exploratoire à Beyrouth, Rigo avait souligné l’urgence d’un « programme de réformes global » pour restaurer la viabilité financière, stimuler la croissance et renforcer la gouvernance. À l’époque, il avait salué les efforts du nouveau gouvernement de Nawaf Salam, formé en février, tout en déplorant le retard dans l’application des mesures promises. Aujourd’hui, il a réitéré que l’adoption des lois bancaires amendées avant Washington est « essentielle » pour prouver la détermination de Beyrouth.

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Les conditions du FMI : un calendrier exigeant

Les exigences du FMI, détaillées lors de la réunion, forment une feuille de route rigoureuse. Premièrement, le Parlement doit approuver les lois réformant le secteur bancaire d’ici mi-avril. Ces textes, en discussion depuis mars 2025, visent à assainir les banques, reconnaître leurs pertes colossales (70 milliards de dollars selon la Banque mondiale) et protéger les petits déposants tout en limitant le recours aux fonds publics. Rigo a insisté : « Sans ces lois, les réunions avec les hauts dirigeants du FMI à Washington perdront en impact. »

Deuxièmement, un audit complet de la BDL est requis pour clarifier sa position en devises étrangères, un préalable à la recapitalisation. Troisièmement, une stratégie fiscale à moyen terme doit être adoptée, combinant restructuration de la dette et mobilisation de recettes pour financer les besoins sociaux et la reconstruction, estimée à 6-7 milliards de dollars par des experts en mars 2025. Enfin, le FMI réclame l’unification des taux de change, un chantier entamé par la BDL mais encore inachevé, pour restaurer la crédibilité monétaire.

Ces conditions, bien que techniques, sont politiquement explosives. Elles impliquent des décisions impopulaires, comme la réduction des subventions aux entreprises publiques déficitaires (notamment Électricité du Liban), et risquent de heurter les intérêts des élites politiques et bancaires, souvent accusées de bloquer les réformes.

Une économie libanaise en chute libre

Le contexte économique libanais rend ces réformes d’autant plus urgentes. Depuis 2019, le PIB a chuté de plus de 40 %, selon la Banque mondiale, et la livre libanaise a perdu 98 % de sa valeur. En avril 2025, l’inflation reste à trois chiffres, bien qu’en légère baisse grâce à la fin du financement monétaire par la BDL, comme noté dans un rapport du FMI de mars. Le chômage et la pauvreté atteignent des records : 60 % des ménages vivent sous le seuil de pauvreté, selon l’INSEE.

Le secteur bancaire, pilier historique de l’économie, est en ruines. Les restrictions sur les retraits, imposées depuis 2019, ont gelé 100 milliards de dollars de dépôts, selon des estimations locales. La BDL, sous la direction de Karim Souaid depuis mars 2025, a accumulé des réserves de change (206 millions de dollars en janvier, d’après The Tahrir Institute), mais elles restent insuffisantes face à un déficit courant chronique. Les infrastructures, ravagées par la crise et l’explosion du port de Beyrouth en 2020, peinent à se relever, tandis que les tensions régionales – notamment le conflit à la frontière sud – aggravent la situation.

Jaber au Koweït : une quête de soutiens régionaux

Ce soir, Yassine Jaber s’envole pour le Koweït avec une délégation pour les réunions annuelles du Fonds monétaire arabe, où le FMI sera aussi présent. Ces assises offrent une opportunité de rallier des soutiens financiers arabes, essentiels pour compléter l’aide du FMI. Le Koweït, historiquement réticent à financer un Liban sans réformes, pourrait revoir sa position si Beyrouth montre des avancées concrètes. Jaber, en poste depuis deux mois, sait que ces rencontres préfigurent les négociations de Washington.

Une course contre la montre

À deux semaines du congrès du FMI, le Liban joue gros. Un accord pourrait débloquer 5 milliards de dollars d’aide internationale d’ici fin 2025, selon des projections du FMI, mais un échec prolongerait l’agonie économique. Les blocages parlementaires, alimentés par des rivalités entre factions (Hezbollah, Amal, et partis chrétiens), restent un obstacle majeur. Pourtant, le gouvernement Salam, porté par un président Joseph Aoun élu en janvier après deux ans de vacance, incarne un espoir de rupture avec l’inaction passée.

Rigo a conclu sur un ton pressant : « Les réformes ne peuvent plus attendre. Chaque jour perdu creuse le fossé. » Jaber, lui, mise sur une double offensive diplomatique – Koweït puis Washington – pour redonner un souffle à une économie asphyxiée. Les prochains jours diront si le Liban peut transformer ces promesses en actes, ou si la crise s’éternisera, au détriment d’une population déjà exsangue.

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Newsdesk Libnanews
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