Dans la matinée du 11 février 2026, le centre d’opérations d’urgence de la santé publique, rattaché au ministère de la Santé publique, a publié un communiqué établissant le bilan définitif de l’effondrement d’un immeuble survenu le dimanche précédent dans le quartier de Bab al-Tabbaneh, à Tripoli, au nord du Liban. Selon ce document officiel, 13 personnes ont perdu la vie, parmi lesquelles un enfant âgé de trois ans, et huit autres ont été blessées, dont une victime touchée par un tir aléatoire. Cet incident, survenu dans l’un des quartiers les plus pauvres de la deuxième plus grande ville du pays, met en lumière les failles structurelles persistantes liées à des décennies de négligence et à la crise économique qui frappe le Liban depuis 2019.
L’effondrement a eu lieu le 8 février 2026, en fin d’après-midi, dans le quartier densément peuplé de Bab al-Tabbaneh. Des témoins oculaires ont décrit une scène de chaos immédiat : un nuage de poussière enveloppant la zone, des cris de détresse émanant des décombres, et des explosions secondaires dues à des bouteilles de gaz qui ont pris feu. Les équipes de la Défense civile, assistées par la Croix-Rouge libanaise et des résidents locaux, se sont mobilisées sans délai pour fouiller les ruines. Les opérations de sauvetage ont duré plus de 24 heures, avec l’utilisation de machinerie lourde pour dégager les débris. Parmi les huit blessés extraits vivants, certains ont été transportés vers les hôpitaux voisins, où le ministère de la Santé a annoncé que les soins seraient pris en charge par l’État.
Un drame dans un quartier marqué par la précarité
Bab al-Tabbaneh, situé au cœur de Tripoli, est un quartier historiquement défavorisé, caractérisé par une population majoritairement sunnite et des infrastructures datant des années 1950 et 1960. Beaucoup d’immeubles, construits sans respect strict des normes antisismiques, ont subi les affres des conflits passés, notamment les affrontements entre factions armées lors de la guerre civile libanaise (1975-1990) et les tensions sporadiques avec le quartier voisin de Jabal Mohsen dans les années 2010. Ces bâtiments, souvent surchargés par des familles nombreuses ou des ajouts illégaux d’étages, n’ont pas bénéficié de rénovations adéquates en raison des lois sur les loyers anciens qui découragent les propriétaires d’investir dans l’entretien.
Selon des déclarations du chef du conseil municipal de Tripoli, Abdel Hamid Karimeh, prononcées lors d’une conférence de presse le 9 février 2026, la ville compte des milliers de structures similaires, âgées de 60 à 70 ans, dont la durée de vie structurelle est dépassée. Il a qualifié Tripoli de « zone sinistrée » en raison de l’accumulation de négligences, pointant du doigt les violations de construction, le manque de surveillance et l’absence de maintenance régulière. Karimeh a indiqué que les autorités locales avaient identifié 114 immeubles à risque immédiat d’effondrement, et que des ordres d’évacuation avaient été émis pour un délai d’un mois, avec une prise en charge des frais de logement pour les résidents affectés.
Le bilan humain : détails sur les victimes
Le communiqué du centre d’opérations d’urgence de la santé publique précise que parmi les 13 victimes figure un enfant de trois ans, dont l’identité n’a pas été révélée publiquement pour respecter la vie privée des familles. Les autres victimes incluent des adultes, des femmes et des hommes, résidant dans l’immeuble qui abritait environ 22 personnes au moment du drame. Les corps ont été extraits progressivement des décombres, avec une augmentation progressive du bilan au fil des heures. Le directeur général de la Défense civile, Imad Khreiss, a confirmé le 9 février 2026 que les opérations de recherche avaient pris fin après la récupération du dernier corps, celui d’une femme, portant le total à 13 décès.
Parmi les huit blessés, l’un d’eux a été atteint par un tir aléatoire, un incident survenu dans le tumulte des secours. Des sources sécuritaires ont rapporté que des tirs en l’air, pratiqués par certains résidents pour exprimer leur colère ou leur désespoir, ont causé cette blessure supplémentaire. Les autorités ont renforcé la présence militaire dans la zone pour prévenir toute escalade, avec des patrouilles de l’armée libanaise déployées dès le soir du 8 février. Le ministère de l’Intérieur, sous la direction du ministre en fonction, a ordonné une enquête pour clarifier les circonstances de ce tir.
Une série d’effondrements récents à Tripoli
Cet effondrement n’est pas un cas isolé. Depuis le début de l’année 2026, au moins quatre autres immeubles résidentiels se sont écroulés dans Tripoli, faisant des victimes et des blessés. Le 25 janvier 2026, un bâtiment similaire dans le quartier de Qobbeh s’est effondré, tuant six personnes et en blessant sept autres. Des résidents avaient signalé des fissures visibles et des risques imminents aux autorités locales deux semaines auparavant, mais aucune mesure immédiate n’avait été prise. Amnesty International, dans un communiqué publié le 10 février 2026, a qualifié ces incidents d’« évitables », attribuant les responsabilités à une mauvaise gestion étatique, à la corruption endémique et à l’absence de protection sociale efficace depuis la crise économique de 2019.
Tripoli, avec sa population d’environ 500 000 habitants, souffre particulièrement de ces problèmes. La ville, autrefois un centre commercial florissant, a vu son taux de pauvreté dépasser les 50 % avant même la crise, et atteindre plus de 80 % selon des estimations de la Banque mondiale en 2025. Les tremblements de terre de février 2023 en Turquie et en Syrie, dont les secousses ont été ressenties au Liban nord, ont aggravé les faiblesses structurelles sans que des plans d’urgence nationaux ne soient pleinement mis en œuvre. Des familles interrogées par des organisations humanitaires ont rapporté que les promesses gouvernementales d’inspections et de réparations n’avaient pas été tenues.
L’impact de la crise économique sur les infrastructures
La crise économique libanaise, entamée en 2019, a exacerbé la vulnérabilité des bâtiments. Avec une inflation cumulée dépassant les 200 % en 2024 et une dévaluation de la livre libanaise de plus de 95 % par rapport au dollar, les résidents n’ont plus les moyens de réparer leurs logements. Les lois sur les loyers anciens, datant des années 1970, fixent des montants dérisoires qui ne couvrent pas les coûts d’entretien, menant à un abandon progressif des propriétés par les propriétaires. Dans Bab al-Tabbaneh, de nombreux immeubles sont occupés par des familles à faible revenu, souvent des réfugiés syriens ou des Libanais déplacés, qui n’ont d’autre choix que de rester malgré les risques.
Le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, a hérité de cette situation. Lors d’une réunion d’urgence le 9 février 2026, le cabinet a approuvé des mesures immédiates, incluant l’évacuation des 114 immeubles identifiés et l’allocation de fonds pour des abris temporaires. Le ministre des Travaux publics et des Transports, en coordination avec le ministère de l’Intérieur, a été chargé de superviser un recensement complet des structures à risque dans tout le pays. Le président Joseph Aoun a, de son côté, reçu une délégation de Tripoli le 10 février 2026, lançant un « appel à l’aide » pour accélérer les interventions.
Colère des habitants et appels à la responsabilité
Les résidents de Bab al-Tabbaneh ont exprimé une profonde indignation. Ibrahim Sidawi, père d’une victime âgée de 16 ans tuée dans l’effondrement, a déclaré publiquement qu’il n’autoriserait aucun officiel à assister aux funérailles de son fils. « Ils savaient, et ils n’ont rien fait », a-t-il affirmé, faisant référence aux avertissements lancés par les habitants deux semaines avant le drame. Des manifestations ont éclaté dans la nuit du 8 au 9 février, avec des blocages de routes et des appels à la justice sociale. Les forces de sécurité ont été déployées pour contenir les protestations, évitant une escalade vers la violence.
Des associations locales, comme l’Association des propriétaires d’immeubles, ont publié un communiqué le 10 février 2026, demandant une révision des lois sur les loyers pour encourager les investissements dans la maintenance. Elles estiment que 16 000 à 18 000 bâtiments à travers le Liban sont à risque, un chiffre corroboré par des rapports de la municipalité de Tripoli indiquant 800 à 1 000 structures critiques dans la ville seule. Le maire Karimeh a insisté sur la nécessité d’un plan national, soulignant que les facteurs incluent non seulement l’âge des bâtiments, mais aussi les dommages non réparés des guerres passées et l’absence de contrôle urbanistique.
Réactions officielles et mesures d’urgence
Le gouvernement a réagi promptement à cet effondrement. Le Premier ministre Nawaf Salam a présidé la réunion d’urgence du 9 février 2026, où il a promis des réformes financières et une reconstruction prioritaire. Le cabinet, composé de 24 ministres, inclut des figures comme le ministre des Finances Yassine Jaber, proche du président du Parlement Nabih Berri, et le ministre des Affaires étrangères Youssef Raji. Le ministère de la Santé, sous la direction de son titulaire actuel, a mobilisé des ressources pour les blessés, confirmant que les traitements seraient gratuits.
Une délégation de Tripoli, reçue par le président Aoun le 10 février, a plaidé pour une assistance immédiate. Le chef de l’État a ordonné la mobilisation de tous les services d’urgence et la fourniture de logements temporaires. Des renforts militaires ont été envoyés pour sécuriser les zones évacuées, et des enquêtes ont été lancées pour déterminer les causes exactes de l’effondrement, incluant une possible expertise technique sur les fondations affaiblies par des infiltrations d’eau ou des vibrations sismiques résiduelles.
Implications immédiates pour les résidents évacués
Les ordres d’évacuation touchent des centaines de familles. Dans le quartier de Qobbeh, un immeuble menacé a été vidé le 10 février 2026, malgré la réticence de certains habitants craignant de perdre leurs biens. Les autorités ont promis une compensation pour les loyers et une assistance humanitaire via la Croix-Rouge et des ONG locales. Cependant, les défis logistiques persistent : les abris temporaires, souvent des écoles ou des centres communautaires, ne suffisent pas pour accueillir tous les déplacés. Des rapports indiquent que certains résidents ont choisi de rester dans des bâtiments voisins, augmentant les risques.
Dans Bab al-Tabbaneh, les forces armées patrouillent pour empêcher les pillages et maintenir l’ordre. Le 11 février 2026, des opérations d’évacuation se poursuivent dans la rue Ibn Sina, où un autre immeuble a été déclaré instable. Le conseil municipal estime que sans intervention rapide, d’autres drames pourraient survenir, particulièrement avec les pluies hivernales qui aggravent les infiltrations.
Les dynamiques confessionnelles et régionales
Tripoli, à majorité sunnite, reflète les tensions confessionnelles du Liban. Les influences régionales, avec des soutiens saoudiens ou qataris sporadiques, n’ont pas suffi à pallier l’abandon étatique. Le Hezbollah, influent au sud, a peu d’emprise ici, mais les coalitions gouvernementales, incluant des ministres chiites nommés par Amal, doivent naviguer ces clivages pour implémenter des réformes. Le cabinet Salam, avec ses ministres issus de blocs comme les Forces libanaises, vise une stabilité, mais les défis économiques persistent, avec une dette publique dépassant 100 milliards de dollars et une inflation toujours élevée.
Perspectives sur les inspections en cours
Les autorités ont annoncé un recensement national des bâtiments à risque, coordonné par le ministère des Travaux publics. Des experts en génie civil, en partenariat avec des organisations internationales comme la Banque mondiale, évaluent actuellement les structures à Tripoli. Le 11 février 2026, des équipes ont inspecté 50 immeubles, identifiant des fissures critiques dans 20 d’entre eux. Ces opérations, financées partiellement par des aides étrangères, visent à prévenir de futures catastrophes, mais les délais bureaucratiques ralentissent le processus.
Dans les quartiers comme Bab al-Tabbaneh, les résidents attendent des actions concrètes. Des familles endeuillées organisent des veillées, et des appels à des funérailles collectives circulent pour honorer les victimes. Le bilan du 8 février reste gravé comme un rappel des failles systémiques, avec les autorités confrontées à la pression publique pour des changements durables.

