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Aide internationale au Liban : des réformes toujours exigées en échange des financements 

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Le Liban, encore marqué par les stigmates d’une guerre récente et d’une crise économique persistante, se prépare à accueillir une délégation du Fonds monétaire international (FMI) à la fin du mois de septembre 2025. Cette visite, annoncée le 11 septembre par la directrice de la communication du FMI, Julie Kozack, vise à poursuivre les discussions sur un programme de réformes globales, dans un pays où la dette publique atteint environ 280 % du PIB et où l’inflation, bien que ralentie, reste à 14,3 % en juillet dernier. Sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, nommé en février après une longue période d’intérim, le gouvernement libanais exprime un engagement renouvelé envers ces changements structurels, mais les bailleurs de fonds arabes et européens maintiennent des conditions strictes liées à la transparence et à la gouvernance. Ces négociations interviennent dans un contexte de besoins de reconstruction estimés à 11 milliards de dollars par la Banque mondiale, soulignant l’urgence d’un consensus national face aux résistances politiques et confessionnelles qui freinent les avancées.

Riyad et Doha serrent la vis : réformes judiciaires et énergétiques au prix de l’aide

Les pays du Golfe, piliers traditionnels du soutien financier au Liban, ont adopté une posture d’une fermeté accrue en 2025, conditionnant leurs contributions à des avancées concrètes dans des domaines sensibles. L’Arabie saoudite, qui envisage un dépôt potentiel de 500 millions de dollars à la Banque du Liban, exige une réforme judiciaire approfondie pour renforcer l’indépendance des tribunaux et lutter contre la corruption endémique. Lors d’une rencontre à Riyad fin août, des émissaires saoudiens ont remis un mémorandum au ministre libanais des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, insistant sur l’adoption d’une loi créant une cour anti-corruption dédiée. Un haut responsable saoudien a déclaré lors de ces échanges : « Sans une justice impartiale, nos fonds risquent de nourrir les mêmes circuits opaques qui ont miné l’économie libanaise. »

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Cette exigence reflète une méfiance accumulée depuis la conférence CEDRE de 2018, où 11 milliards de dollars avaient été promis sous conditions réformatrices, mais où seuls 15 % ont été décaissés en raison de l’inaction de Beyrouth. Le Qatar, focalisé sur le secteur de l’électricité, lie son package de 300 millions de dollars à la modernisation d’Électricité du Liban (EDL), un opérateur public endetté de 15 milliards de dollars et confronté à des coupures atteignant 22 heures par jour. Doha requiert un plan de tarification progressive pour réduire les pertes techniques, estimées à 40 % de la production. Le ministre qatari des Affaires étrangères, Mohammed bin Abdulrahman Al Thani, a réitéré cette position lors d’un appel avec son homologue libanais le 5 septembre : « L’électricité n’est pas un luxe, mais son financement doit cesser d’être un gouffre sans fond. » En 2024, seuls 20 % des fonds qataris alloués à l’énergie ont été utilisés, faute de progrès tangibles.

Le Koweït, plus discret, conditionne son aide évaluée à 200 millions de dollars à une transparence accrue des comptes publics, exigeant la publication intégrale des bilans de la Banque du Liban et des ministères pour les exercices 2023-2025. Ces positions ont été coordonnées lors d’une réunion du Conseil de coopération du Golfe à Doha le 7 septembre, exerçant une pression accrue sur le cabinet de Nawaf Salam. Le Premier ministre, dans une allocution au Parlement le 10 septembre, a reconnu : « Les amis arabes nous tendent la main, mais avec une fermeté justifiée par nos échecs passés. » Pourtant, le projet de loi judiciaire reste bloqué en commission parlementaire, où des divergences confessionnelles opposent les blocs sunnites et chiites. Avec 80 % de la population sous le seuil de pauvreté selon un rapport de la Banque mondiale d’avril 2025, cette inaction aggrave une situation humanitaire critique, touchant des millions de Libanais et 1,5 million de réfugiés syriens.

Ces conditions arabes s’inscrivent dans un cadre plus large de soutien conditionnel, où l’aide est vue comme un levier pour imposer des changements structurels. Depuis 2019, les pays du Golfe ont versé près de 2 milliards de dollars, mais ils observent désormais une multiplication des audits indépendants pour éviter que leurs contributions ne comblent seulement des déficits temporaires. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, a déclaré dans un communiqué le 9 septembre : « Le Liban doit prouver sa volonté réformatrice pour regagner la confiance de ses frères arabes. » Cette fermeté reflète aussi les dynamiques régionales : l’affaiblissement du Hezbollah après la guerre de 2024 et la chute du régime Assad en Syrie ont ouvert une fenêtre pour des réformes perçues comme un moyen de marginaliser les influences extérieures, notamment iraniennes.

Bruxelles impose l’audit et la fiscalité : une transparence au cœur des fonds européens

Les partenaires européens, acteurs majeurs de l’aide humanitaire, adoptent une ligne tout aussi rigoureuse, ancrée dans les engagements de la conférence CEDRE. L’Union européenne, qui a alloué 74 millions d’euros en 2024 pour des projets humanitaires, conditionne les nouveaux déblocages à une modernisation du système fiscal libanais. Un rapport de la Commission européenne du 8 septembre 2025 réitère cette demande, visant à élargir l’assiette fiscale, limitée à 20 % des recettes potentielles en raison d’une évasion massive. Bruxelles exige une TVA harmonisée à 12 % sur les biens de consommation et une taxation progressive des revenus supérieurs à 5 000 dollars mensuels, mesures qui pourraient générer 1,5 milliard de dollars annuels selon les projections européennes.

L’audit public complet constitue l’autre exigence pivot. Soutenus par la France et l’Allemagne, les Européens insistent pour qu’un cabinet international comme KPMG ou Deloitte examine les comptes de la Banque du Liban, des ministères et des régies publiques telles qu’EDL. Cet audit, promis depuis 2021 mais ajourné à maintes reprises, doit identifier les 72 milliards de dollars de pertes dans le secteur financier, résultant de la crise de 2019. Le commissaire européen à l’Économie, Paolo Gentiloni, a averti lors d’une audition au Parlement européen le 9 septembre : « Sans transparence sur ces chiffres, nos fonds risquent de perpétuer un système défaillant. » La France, qui a versé 100 millions d’euros d’aide exceptionnelle en octobre 2024, menace de suspendre ses contributions bilatérales si l’audit n’avance pas d’ici fin 2025.

Ces conditions s’alignent sur les priorités du Groupe international de soutien au Liban (GISL), réuni virtuellement le 6 septembre sous l’égide de l’ONU. Les États-Unis, via leur ambassade à Beyrouth, réitèrent que tout soutien macrofinancier passe par une « gouvernance renforcée », incluant la fin des subventions opaques à l’énergie. Les 426 millions d’euros mobilisés lors de la conférence de Paris en octobre 2024 n’ont été décaissés qu’à 40 %, faute de garanties. Des diplomates européens, lors d’une rencontre avec des parlementaires libanais le 10 septembre, ont exprimé leur exaspération : « Nous avons vu trop de promesses non tenues ; il est temps que Beyrouth passe des mots aux actes. » Cette frustration est amplifiée par les besoins de reconstruction post-conflit : la destruction d’infrastructures dans le sud, estimée à 11 milliards de dollars par la Banque mondiale, nécessite un flux d’aide coordonné, mais les donateurs lient explicitement les fonds à des réformes anti-corruption.

La modernisation fiscale, en particulier, vise à remédier aux failles structurelles qui ont conduit à l’effondrement économique. Le ministère des Finances prépare un projet de budget 2026 intégrant un taux de change unifié, mais son adoption dépend d’un vote parlementaire incertain, où les influences confessionnelles – maronites craignant une dilution des dépôts, chiites influencés par le Hezbollah – freinent les débats. Les Européens, via un fonds de 1 milliard d’euros pour 2024-2029, attendent des résultats concrets pour débloquer les tranches suivantes, focalisées sur l’éducation et la santé, secteurs où 70 % des écoles fonctionnent en sous-effectif chronique en raison de la crise.

Unification monétaire et restructuration bancaire : les priorités du FMI pour un accord imminent

Le FMI, dans son communiqué du 11 septembre, réaffirme ses lignes directrices pour un accord préliminaire évalué à 3 milliards de dollars, avec une mission prévue fin septembre pour avancer sur un programme de réformes. L’unification du taux de change domine les discussions : depuis 2019, le Liban fonctionne avec un taux officiel à 89 500 livres pour un dollar, contre 120 000 sur le marché parallèle, alimentant spéculation et inflation à 14,3 % en juillet 2025. Ernesto Ramirez Rigo, chef de mission, a déclaré lors d’une précédente visite en juin : « Une unification progressive, accompagnée de contrôles temporaires des capitaux, est essentielle pour stabiliser la monnaie et restaurer la confiance. » Cette mesure pourrait injecter 10 milliards de dollars de réserves supplémentaires, mais nécessite une loi sur le contrôle des capitaux, toujours en attente au Parlement.

La restructuration bancaire est une autre priorité. Les banques, asphyxiées par 70 milliards de dollars de prêts non performants et 76 milliards de dépôts gelés, requièrent une loi spéciale sur les pertes, répartissant celles-ci entre actionnaires, grands déposants et l’État. Le rapport Article IV du FMI de mars 2025 qualifie le système financier de « dysfonctionnel » sans cela, bloquant le crédit à l’économie réelle. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a annoncé lors d’une conférence de presse le 12 septembre une « loi-cadre » à soumettre au Parlement d’ici octobre. Le Parlement a adopté une loi sur la résolution bancaire le 31 juillet 2025, un progrès salué par le FMI, bien que des amendements sur la gouvernance de la Banque du Liban aient suscité des débats intenses. Ramirez Rigo avait noté en juin : « Les autorités ont fait quelques progrès récemment, y compris l’amendement de la loi sur le secret bancaire et la soumission d’une nouvelle loi de résolution bancaire au Parlement. »

L’audit de la Banque du Liban cristallise les tensions. Le FMI exige un examen indépendant des opérations de 2015 à 2025, incluant les mécanismes de financement du déficit qui ont réduit les réserves de 36 à 10 milliards de dollars. Un audit partiel par Alvarez & Marsal en 2021 avait été stoppé ; aujourd’hui, Beyrouth promet une coopération totale. Le gouverneur Karim Souaid, nommé le 27 mars 2025 après un bras de fer au sein du pouvoir, a déclaré le 11 septembre : « Nous saluons l’engagement des autorités, mais l’accord dépendra de mesures vérifiables sur le terrain. » Souaid, ancien gestionnaire d’actifs, hérite d’une institution marquée par les scandales de son prédécesseur Riad Salameh, et priorise le démantèlement de « l’économie illégale » et la restitution progressive des dépôts, en commençant par les petits épargnants.

Cette mission de fin septembre fait suite à des visites en mars et juin 2025, où le FMI a noté des discussions productives sur la viabilité bancaire, la soutenabilité fiscale et les mesures anti-blanchiment. Julie Kozack a souligné le 11 septembre : « Le Liban continue d’affronter des défis majeurs. L’économie a contracté de 7,5 % en 2024, après une contraction plus faible en 2023. » Les projections du FMI intègrent les besoins de reconstruction, estimant une croissance à 4,7 % en 2025 si les réformes avancent, contre une contraction de 7,1 % en 2024 selon la Banque mondiale. Le programme inclut aussi une restructuration des Eurobonds en défaut depuis 2020, pour restaurer la viabilité de la dette à 280 % du PIB.

Frustrations diplomatiques et blocages internes : un consensus difficile à forger

La frustration des diplomates est palpable face à l’inaction persistante. Lors d’une réunion à huis clos le 8 septembre avec le Premier ministre Salam, un ambassadeur européen a qualifié l’inaction de « sabotage délibéré », selon des officiels libanais. Les Arabes pointent les retards dans la réforme judiciaire, vue comme un préalable. Au niveau interne, les résistances parlementaires dominent : la loi sur les pertes bancaires bute sur des divergences confessionnelles, les chrétiens redoutant une dilution des dépôts, tandis que les chiites, influencés par le Hezbollah, perçoivent l’audit comme un risque pour les réseaux informels. Le président de la Chambre, Nabih Berri, a reporté une session au 20 septembre pour « consultations supplémentaires ».

Le gouvernement, composé de 24 ministres dont cinq femmes dans un cabinet technocratique équilibré entre chrétiens et musulmans, peine à imposer son rythme. Le ministre de l’Économie, Amer Bisat, ancien de BlackRock, a réaffirmé l’engagement lors de la visite FMI : « Nous visons un accord préliminaire d’ici fin 2025, mais cela requiert un consensus national. » Les chiffres soulignent l’urgence : le PIB a chuté de 40 % depuis 2019, l’inflation est à 14,3 % en juillet 2025, et la dette menace l’insoutenabilité. L’inflation alimentaire à 20 % pèse sur les ménages, avec 33 % de la population sous pauvreté absolue.

L’audit de la Banque du Liban : révélations attendues sur les pertes accumulées

L’audit de la Banque du Liban, central dans les négociations, vise à exposer les pratiques ayant érodé l’économie. Les opérations de « table des changes », mécanismes de subventions déguisées, ont coûté 20 milliards de dollars entre 2019 et 2023, selon des estimations FMI. Un examen complet, couvrant transferts vers entités liées au Hezbollah ou à des élites, pourrait révéler des complicités transversales. Karim Souaid a promis une « coopération totale » le 11 septembre, mais l’accès aux archives sensibles reste contesté, avec des résistances techniques signalées par des sources internes.

Cette transparence lie à la modernisation fiscale : une amnistie pour capitaux rapatriés vise 2 milliards de dollars en devises, mais une motion de 65 députés le 11 septembre demande des garanties pour les petits déposants. Les aides arabes pourraient catalyser : Riyad envisage un dépôt de 1 milliard de dollars post-loi judiciaire, stabilisant le change. Doha a financé 50 millions de dollars en générateurs solaires en juillet 2025, mais suspend le reste en attendant un plan EDL viable, incluant des partenariats public-privé pour 500 mégawatts solaires d’ici 2026.

Les implications immédiates se font sentir : l’inflation à 15,4 % en août 2025 érode les salaires, avec un minimum à 30 dollars mensuels. Sans unification, les importations, vitales à 80 % pour le Liban, restent vulnérables. Le gouvernement valide un calendrier le 12 septembre : loi bancaire d’ici le 15 octobre, audit en novembre. Les tensions au sud, avec un cessez-le-feu précaire depuis novembre 2024, détournent des ressources vers la défense, compliquant la priorisation des réformes.

Les donateurs multiplient les signaux : l’UE gèle 50 millions d’euros pour l’éducation le 9 septembre, attendant une collecte fiscale accrue. Le CCG appelle à un « sursaut collectif » le 10 septembre. Manifestations sporadiques : le 11 septembre, des centaines protestent devant le Parlement contre les « réformes pour les riches », réclamant une protection sociale. Le FMI note des « échanges fructueux » avec le président Joseph Aoun et Nabih Berri, insistant sur la viabilité budgétaire. La dette pourrait atteindre 300 % du PIB sans restructuration. L’audit pourrait déclencher enquêtes internationales avec France et États-Unis. EDL discute d’un plan de privatisation partielle.

Sur le front fiscal, le ministère prépare un budget 2026 avec taux unifié. L’opposition freine : blocs traditionnels demandent garanties. La Banque mondiale alerte le 10 septembre sur un risque humanitaire avec 1,5 million de réfugiés. Les Européens priorisent les vulnérables via 100 millions d’euros humanitaires pour 2025, liant macrofinancier aux audits. Le gouvernement réaffirme son « engagement irréversible » le 12 septembre, avec consultations ONU-FMI-BDL fin septembre. Réserves stabilisées à 11 milliards de dollars, mais dépôts en livres en baisse de 37 % depuis 2023. Les négociations virtuelles dès la semaine prochaine portent sur simulations d’unification du change. Ramirez Rigo conclut : « Le Liban a les talents pour rebondir ; il lui faut maintenant la volonté politique. » Le ministre Jaber prépare un rapport pour le GISL sur l’audit, potentiellement débloquant 500 millions d’euros européens. Les chiffres de la BDL indiquent une stabilisation relative, mais l’érosion des réserves nettes persiste, avec une dépendance accrue aux transferts de la diaspora estimés à 6 milliards de dollars annuels.

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