La nuit du 1er au 2 octobre 2024 a marqué une escalade dramatique dans le conflit régional avec un tir massif de missiles iraniens sur Israël. Environ 200 missiles balistiques ont été lancés par l’Iran en représailles aux récentes frappes israéliennes contre les dirigeants du Hamas et du Hezbollah. Ces missiles ont ciblé des infrastructures militaires sensibles, notamment la base de Glilot, abritant l’unité 8200, et la base de Navahim dans le désert du Néguev. Israël a affirmé avoir intercepté la majorité des projectiles grâce à son système de défense, mais des vidéos circulant sur les réseaux sociaux semblent montrer des dégâts importants sur ces bases, remettant en question les déclarations officielles.
S’il s’agit de ne pas non plus maximiser les choses, il ne faut aussi pas minimiser l’impact de ces missiles. En effet, malgré ces vidéos, les autorités israéliennes maintiennent un flou sur l’étendue réelle des destructions sur ces 2 bases qui semblent avoir été touchées, accentué par une censure militaire stricte visant à contrôler l’information. Aucun témoin civil ou média peut aller sur place pour attester si oui ou non, les dégâts sont importants.
Incertitudes sur le plan militaire mais aussi intérêt politique à minimiser l’importance des frappes
Cependant, cette censure, historiquement utilisée pour préserver la sécurité nationale, semble aussi jouer un rôle dans la gestion de la perception publique, particulièrement dans un moment où le Premier ministre Benjamin Netanyahu jouit d’une popularité accrue suite à l’assassinat de Hassan Nasrallah. Toute révélation de failles dans la défense israélienne pourrait nuire à cette image de fermeté et affaiblir la position politique de Netanyahu, qui s’appuie sur ses succès militaires pour consolider son pouvoir, d’autant plus que le premier ministre israélien a pratiquement publiquement déclaré la guerre à l’Iran depuis La Tribune de l’ONU cette semaine, peu avant l’assasinat de Hassan Nasrallah et encore, le 30 septembre, effectué un discours appelant à la chute du régime iranien, cela en dépit du fait que Téhéran n’avait pas encore effectué les représailles aux attaques israéliennes sur son territoire comme l’assassinat de Haniyeh, ou ses intérêts comme le consulat iranien à Damas ou ses proches comme Hassan Nasrallah. Contrairement à ce qui est présenté dans certains médias, il ne s’agit pas d’une attaque mais de représailles, comme le démontre le contexte.
En parallèle, la situation à Gaza et au Liban participe à une guerre de l’information d’une ampleur inédite. Alors qu’Israël intensifie ses opérations militaires, des rapports font état de nombreuses victimes civiles, notamment à Gaza. Cependant, Israël continue de nier toute responsabilité dans des massacres, affirmant que ses frappes sont exclusivement dirigées contre des cibles militaires, voire qu’il s’agit de boucliers humains. Pourtant la décision où non de prendre des frappes est même déshumanisée, prise par des logiciels comme Lavender. L’empathie humaine n’est donc plus un facteur important dans la prise de décision. Dans ce contexte, la censure israélienne ne s’applique pas uniquement aux opérations internes, mais sert également à gérer les perceptions internationales où il faut justifier des actes qui auraient été précédemment considérés comme des crimes de guerre, notamment pour éviter que ces accusations de violations des droits de l’homme ne nuisent à son image sur la scène mondiale.
Ce phénomène s’étend également au Liban, où les affrontements avec le Hezbollah dans le sud du pays font l’objet d’une couverture médiatique très contrôlée. Israël soutient que ses frappes ciblent exclusivement des positions militaires, mais les rapports provenant du terrain évoquent des impacts significatifs sur les populations civiles. Cette divergence entre les déclarations officielles et les témoignages locaux accentue l’idée que le contrôle de l’information est aujourd’hui aussi important que les opérations militaires elles-mêmes.
Dans ce contexte, il devient de plus en plus difficile pour Israël de maintenir un monopole sur la narration des événements. Les réseaux sociaux permettent à des témoins directs de diffuser instantanément des images et vidéos contournant la censure militaire, créant une dissonance entre la version officielle et la réalité perçue par le public. Ainsi, la capacité d’Israël à maîtriser à la fois ses adversaires militaires et la guerre de l’information semble de plus en plus fragile.
Cette situation soulève des questions sur l’avenir de la gestion des crises en Israël, à la fois sur le plan militaire et politique. Alors que la popularité de Netanyahu reste élevée pour l’instant, toute révélation sur les failles dans la défense israélienne pourrait compromettre cette dynamique, surtout si des dommages majeurs sur des bases aussi critiques que celle de l’unité 8200 venaient à être confirmés publiquement. La combinaison de ces facteurs montre que dans ce conflit, les lignes de bataille ne sont pas uniquement physiques, mais aussi médiatiques et politiques


