Le Courant Patriotique Libre (CPL) traverse actuellement une période de turbulences internes marquées par des tensions croissantes entre ses membres influents. La récente démission du député Ibrahim Kanaan, autrefois une figure centrale du parti, a secoué les fondations du CPL et mis en lumière des polémiques plus larges concernant son rôle dans les affaires politiques et économiques du Liban.
Confrontation avec Marie-Claude Najm : Un Débat Public en Perspective
L’une des controverses majeures impliquant Kanaan concerne son altercation avec Marie-Claude Najm, ancienne ministre de la Justice. Kanaan a critiqué sévèrement Najm pour ce qu’il considère comme une gestion inefficace de son mandat, l’accusant de n’avoir « rien accompli » en tant que ministre. Le point de discorde principal entre eux tourne autour de l’audit judiciaire de la Banque du Liban. Najm soutient que la Banque peut divulguer des documents sans nécessiter de modifications à la loi sur le secret bancaire, tandis que Kanaan prône des amendements pour renforcer la transparence financière.
En réponse à ces accusations, Marie-Claude Najm a exprimé son mécontentement en déclarant que Kanaan « est libre de défendre sa position dans un différend partisan qui ne me concerne pas ». Cependant, elle l’a accusé de « détourner la vérité et de déformer un plan gouvernemental qui aurait sauvé l’argent des gens s’il n’avait pas conspiré avec sa commission, le gouverneur de la banque centrale, l’Association des Banques et l’État profond pour le faire échouer ». Elle a ensuite lancé un défi à Kanaan, l’invitant à participer à une « débat public » pour confronter leurs points de vue, affirmant que « la vérité n’a qu’un seul visage, pas deux ».
Kanaan, le « Parti des Banques », et la Controverse sur le Chiffrage des Pertes Bancaires
La confrontation avec Najm intervient dans un contexte où Kanaan est déjà critiqué pour son rôle dans le sabotage présumé du plan Lazard, un plan de restructuration économique destiné à sortir le Liban de sa crise financière. L’ancien Premier ministre Hassan Diab a accusé Kanaan d’avoir contribué à l’échec de ce plan, un acte perçu comme une protection des intérêts bancaires. Kanaan est souvent considéré comme un membre influent du « parti des banques » au Parlement, un groupe accusé de défendre les intérêts des institutions bancaires au détriment des réformes économiques nécessaires.
Le débat sur le chiffrage des pertes du secteur bancaire libanais a été un point de discorde majeur. Les estimations des pertes varient considérablement entre les banques, le Comité des Finances du Parlement qu’il dirige, le gouvernement, et le FMI :
- Les banques libanaises, représentées par l’Association des Banques du Liban (ABL), ont estimé les pertes à environ 20 milliards de dollars, minimisant l’ampleur de la crise et proposant des mesures graduelles pour rétablir la confiance sans restructuration profonde.
- Le Comité des Finances du Parlement, dirigé par Ibrahim Kanaan, a proposé un chiffrage des pertes autour de 40 milliards de dollars. Kanaan, dont la proximité avec les intérêts bancaires est souvent pointée du doigt, soutient une approche qui éviterait une restructuration agressive, en phase avec les intérêts des banques.
- Le gouvernement, sous la direction de Hassan Diab et avec le plan Lazard, avait chiffré les pertes à environ 83 milliards de dollars, proposant une restructuration profonde du secteur bancaire, incluant un « bail-in » des déposants et actionnaires.
- Le FMI, impliqué dans les négociations pour un plan de sauvetage économique, a estimé les pertes à un niveau similaire à celui du plan Lazard, soit environ 83 milliards de dollars, insistant sur la nécessité d’une reconnaissance complète des pertes pour débloquer une aide internationale.
Les Accusations de Kanaan Contre le Gouvernement Diab
Ibrahim Kanaan a exprimé à plusieurs reprises son mécontentement face à la gestion économique du gouvernement Diab. Ses critiques se concentrent principalement sur l’échec du plan de relance économique Lazard, qu’il accuse le gouvernement de ne pas avoir soumis au Parlement, empêchant ainsi toute possibilité de redressement rapide. Kanaan met en avant les divergences dans les chiffres fournis par le gouvernement de Diab, qu’il estime en contradiction avec ceux du FMI, créant ainsi un blocage dans les négociations avec l’institution financière internationale.
Par ailleurs, l’une des accusations les plus graves formulées par Kanaan concerne la gestion des dépôts des Libanais dans les banques. Il accuse le gouvernement Diab d’avoir proposé un contrôle des capitaux qui, selon lui, aurait conduit à l’effacement des fonds des déposants, aggravant ainsi la crise de confiance entre les citoyens et les institutions bancaires.
En réponse aux accusations de Kanaan, Hassan Diab avait déjà publié un communiqué officiel dans lequel il rejette fermement les allégations du député. Il accuse Kanaan de déformer les faits pour détourner l’attention de son propre rôle dans l’échec du plan Lazard. Diab rappelle que ce plan, soutenu par le FMI et de nombreuses institutions internationales, proposait un programme de réformes scientifique et réaliste, destiné à protéger les déposants et à stabiliser l’économie libanaise.
Diab insiste sur le fait que les chiffres avancés par son gouvernement étaient en accord avec ceux du FMI, et qu’ils ont été confirmés plus tard par l’audit criminel mené sur la Banque du Liban. Selon lui, Kanaan et ses alliés ont sciemment saboté ce plan en créant un climat de confusion et d’opposition politique, empêchant ainsi sa mise en œuvre.



