Depuis 2019, le Liban s’enfonce dans une crise économique sans précédent, marquée par l’effondrement de la livre libanaise, l’explosion de la dette publique, et une paralysie quasi-totale du système bancaire. Désormais à la tête d’un pays épuisé, le Premier ministre désigné Nawaf Salam s’est engagé à conduire un programme de réformes structurelles ambitieux. Cependant, la tâche qui l’attend s’apparente à un véritable chantier titanesque.
Un paysage économique dévasté
La crise libanaise trouve ses racines dans des décennies de mauvaise gestion, de corruption et de dépendance excessive à une économie de services. La dette publique dépasse désormais 170 % du PIB, plaçant le Liban parmi les pays les plus endettés au monde. Selon An Nahar (15 janvier 2025), l’effondrement du secteur bancaire a conduit à une fuite massive des capitaux, tandis que les restrictions imposées sur les comptes en dollars ont aliéné les épargnants. La livre libanaise, qui s’échangeait auparavant à 1 500 livres pour un dollar, a atteint des taux dépassant 80 000 livres pour un dollar sur le marché noir. Les prix des biens de première nécessité, multipliés par dix, ont plongé 80 % de la population sous le seuil de pauvreté, selon Al Liwa’ (15 janvier 2025).
Les piliers du programme économique de Salam
Face à cette situation critique, Nawaf Salam a présenté un plan ambitieux articulé autour de plusieurs axes :
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
- Stabilisation monétaire : Salam entend collaborer étroitement avec la Banque centrale pour stabiliser la livre libanaise. Selon Al Sharq (15 janvier 2025), cela pourrait inclure : la fixation temporaire d’un taux de change unique pour éliminer les écarts entre le marché noir et le marché officiel. L’établissement de lignes de crédit en devises étrangères avec des partenaires internationaux, notamment la France, le Qatar et le FMI.
- Réforme du secteur bancaire : Al Akhbar (15 janvier 2025) rapporte que Salam prévoit un audit complet des banques libanaises pour évaluer leur viabilité. L’objectif est de restructurer les institutions insolvables tout en préservant les dépôts des petits épargnants. Parmi les mesures envisagées : la recapitalisation des banques via des fonds privés et publics. La mise en place de mécanismes pour garantir la transparence et prévenir les transferts illégaux de fonds.
- Gestion de la dette publique : Le Liban étant en défaut de paiement depuis 2020, Salam souhaite renégocier les termes de la dette avec ses créanciers. Ad Diyar (15 janvier 2025) mentionne des discussions préliminaires avec le FMI pour restructurer cette dette en échange de réformes fiscales.
- Transition vers une économie productive : Historiquement dépendant des services financiers et du tourisme, le Liban cherche à diversifier son économie. Salam a proposé des initiatives pour renforcer les secteurs de l’agriculture et de l’industrie légère, en particulier dans des régions marginalisées comme le Akkar et la Békaa.
- Réforme fiscale : Al Quds (15 janvier 2025) évoque la mise en place d’une fiscalité progressive pour réduire les inégalités et accroître les recettes de l’État, tout en éliminant les subventions inefficaces qui bénéficient principalement aux classes aisées.
Des obstacles de taille
Si le programme de Salam est ambitieux, les défis sont colossaux. Tout d’abord, la classe politique reste profondément divisée. Selon Al Joumhouriyat (15 janvier 2025), des forces politiques influentes, comme le Hezbollah et Amal, craignent que certaines réformes, notamment la lutte contre le blanchiment d’argent, ciblent leurs réseaux financiers. Ensuite, la méfiance populaire complique la tâche. Beaucoup de Libanais, échaudés par des années de promesses non tenues, doutent de la capacité du gouvernement à mener des réformes significatives. Al Liwa’ souligne que Salam devra regagner la confiance des citoyens, notamment en poursuivant les responsables de détournements de fonds.
L’aide internationale : une bouée de sauvetage conditionnelle
Le soutien de la communauté internationale est essentiel pour financer ces réformes. Al Arabi Al Jadid (15 janvier 2025) rapporte que des partenaires comme la France, le Qatar et les États-Unis ont conditionné leur aide à des progrès tangibles. Parmi les engagements clés attendus : une réforme de la justice pour garantir l’indépendance des tribunaux. Une réduction des subventions, particulièrement dans les secteurs de l’électricité et du carburant. La transparence dans la gestion des aides humanitaires. Cependant, ces conditions risquent de susciter un mécontentement populaire, en particulier si elles aggravent les inégalités ou réduisent l’accès aux services de base.
Le temps presse
Le Liban est à un tournant historique. Sans réformes immédiates, le pays risque un effondrement total de ses institutions et une aggravation de la crise humanitaire. Salam, selon An Nahar (15 janvier 2025), devra naviguer entre les attentes de la population, les exigences des créanciers internationaux et les intérêts des forces politiques locales.



