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Beyrouth : report du procès de Fadl Shaker et Ahmad al-Assir au 24 avril

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La cour criminelle de Beyrouth, présidée par le juge Bilal Dannawi, a ajourné ce vendredi 6 février 2026 la session du procès impliquant le chanteur Fadl Shaker, le cheikh Ahmad al-Assir et plusieurs autres accusés. Cet ajournement, fixé au 24 avril prochain, vise à permettre l’audition des plaidoiries de l’accusation publique et des défenses dans l’affaire d’une tentative de meurtre remontant à 2013 contre Hilal Hamoud, responsable des Saraya al-Muqawama à Saïda. Cette décision intervient dans un contexte judiciaire marqué par une série de reports récents, reflétant la complexité d’un dossier ancré dans les tensions sectaires et sécuritaires qui ont secoué le Liban sud au début de la décennie 2010.

Lors de cette deuxième session, la cour a entendu le témoignage détaillé de Hilal Hamoud, qui a relaté les circonstances de l’incident survenu le 25 mai 2013. Selon ses déclarations, il se trouvait alors au domicile familial, situé à proximité de la zone sécurisée de la mosquée Bilal ben Rabah à Abra, un quartier de Saïda. Hamoud a décrit avoir rencontré des éléments affiliés à al-Assir et Shaker, dont Bilal al-Halabi et Ahmad al-Bilani, qui l’auraient insulté verbalement, le qualifiant de « porc ». En réponse, il a répliqué sur le même ton, déclenchant une escalade de provocations. Hamoud a ensuite contacté Hussein Hachem, un responsable du Hezbollah à qui il transmettait alors ses fonctions, pour l’alerter des avancées de groupes armés vers son domicile et demander une intervention de l’armée libanaise.

Le témoignage s’est attardé sur la fusillade qui a suivi : des tirs nourris ont visé la terrasse de la maison familiale, durant entre six et huit minutes, avec environ 180 balles tirées. Hamoud a précisé qu’une trace de balle subsiste sur la terrasse, bien qu’il n’ait pas été touché personnellement. Interrogé sur son rôle au sein des Saraya al-Muqawama, il a expliqué qu’il gérait l’envoi d’éléments dépendants de stupéfiants vers des centres de désintoxication, en plus de tâches sociales confiées par le parti. Il a nié tout différend personnel avec les accusés, insistant sur un conflit « idéologique et politique ».

Parmi les accusés, Fadl Shaker et Ahmad al-Assir sont détenus, tandis que quatre autres – Bilal al-Halabi, Hadi al-Qawas, Abdul Nasser Hanini et un quatrième – ont été libérés sous caution. Fadi al-Beiruti est jugé par contumace, étant en fuite. La session s’est déroulée en présence du représentant du parquet de Beyrouth, le juge Michel al-Farzali, et des avocats de la défense. Cet ajournement, motivé par des demandes d’avocats pour préparer leurs plaidoiries, survient après un report précédent en décembre 2025, dû à des raisons logistiques.

Le témoignage de Hamoud sous les feux de la cour

Hilal Hamoud, figure locale des Saraya al-Muqawama – une branche affiliée au Hezbollah chargée de tâches de résistance et de soutien social dans les zones chiites du sud – a fourni un récit précis des faits, ancré dans le climat de tensions qui régnait à Saïda en 2013. Cette ville portuaire, historiquement sunnite, était alors un foyer de frictions entre factions salafistes émergentes et groupes pro-Hezbollah, exacerbées par le conflit syrien voisin. Hamoud a insisté sur l’aspect non personnel du litige, le qualifiant de divergence « fictive et politique », soulignant ainsi les enjeux idéologiques plus larges qui ont marqué cette période.

La cour a interrogé Hamoud sur l’échec apparent des tireurs à l’atteindre malgré l’intensité des tirs. Sa réponse, concise – « Je ne sais pas » –, a mis en lumière les paradoxes d’un incident où la violence semble avoir visé autant l’intimidation que l’élimination physique. Ce témoignage s’inscrit dans une série d’auditions qui, depuis le début du procès en janvier 2026, visent à clarifier les rôles respectifs des accusés. Les avocats de la défense ont, lors de sessions précédentes, contesté la fiabilité des preuves, arguant d’un contexte de chaos sécuritaire où les responsabilités étaient diffuses.

Les accusations portées contre Shaker et al-Assir incluent la formation d’un gang armé et la tentative de meurtre, avec des éléments logistiques et financiers imputés à Shaker. Ce dernier, anciennement une star de la pop libanaise connue pour ses ballades romantiques, a vu sa trajectoire basculer en 2013 lorsqu’il s’est rapproché d’al-Assir, adoptant une posture radicale et renonçant à sa carrière artistique qu’il qualifiait de « péché ». Al-Assir, clerc salafiste sunnite, s’était imposé comme une voix critique virulente contre le Hezbollah et le régime syrien de Bachar al-Assad, mobilisant des soutiens dans les milieux sunnites marginalisés.

Contexte d’un incident ancré dans les tensions de 2013

L’incident du 25 mai 2013 n’était pas isolé, mais s’inscrivait dans une montée progressive des hostilités à Saïda. Cette date précède de peu les affrontements d’Abra en juin 2013, où les partisans d’al-Assir ont affronté l’armée libanaise, causant la mort de 18 soldats et une vingtaine de combattants. Ces événements ont marqué un pic dans les tensions sectaires au Liban, amplifiées par la guerre civile syrienne qui débordait sur le territoire libanais. Al-Assir, originaire de Saïda et issu d’un milieu mixte – père sunnite, mère chiite –, avait émergé comme une figure charismatique du salafisme libanais, prônant une résistance armée contre l’influence perçue du Hezbollah dans les zones sunnites.

Les Saraya al-Muqawama, dont Hamoud était un cadre, représentaient l’antithèse de ce discours : formées en 2000 comme une milice auxiliaire du Hezbollah, elles visaient à intégrer des éléments non affiliés au parti dans des tâches de sécurité et de soutien social, particulièrement dans les régions frontalières avec Israël. À Saïda, leur présence était vue par certains comme une provocation, alimentant des accusations de mainmise chiite sur une ville à majorité sunnite. L’attaque présumée contre Hamoud, impliquant des tirs depuis des positions affiliées à la mosquée Bilal ben Rabah – bastion d’al-Assir –, illustre ces clivages : des échanges verbaux ont dégénéré en violence armée, forçant Hamoud à alerter l’armée via des canaux du Hezbollah.

Les investigations judiciaires, lancées peu après, ont révélé des enregistrements audio où Shaker aurait menacé Hamoud via les haut-parleurs de la mosquée, ordonnant son expulsion sous peine d’incendie du bâtiment. Ces éléments, corroborés par des témoins, forment le socle de l’accusation. Pourtant, la défense argue d’un contexte de provocations mutuelles, où les Saraya al-Muqawama auraient elles-mêmes exacerbé les tensions par des patrouilles armed dans des quartiers sunnites.

Ahmad al-Assir, itinéraire d’un clerc contesté

Ahmad al-Assir, né en 1968 à Saïda, a connu une jeunesse marquée par l’invasion israélienne de 1982, qui l’a poussé vers l’islamisme. Initialement membre de la Jamaa Islamiyya – branche libanaise des Frères musulmans –, il a évolué vers un salafisme plus radical, influencé par des séjours en Arabie saoudite et au Qatar. Devenu imam de la mosquée Bilal ben Rabah en 2011, il s’est positionné comme défenseur des sunnites face à l’hégémonie perçue du Hezbollah, organisant des manifestations anti-Assad et anti-Hezbollah qui attiraient des milliers de partisans.

En 2012, al-Assir a annoncé la formation de « brigades de résistance » à Saïda pour contrer les milices pro-Hezbollah, un discours qui a culminé dans les clashes de novembre 2012 au camp palestinien de Taamir Ain el-Hilweh, où des soutiens d’al-Assir ont été tués. Ces incidents ont accru sa notoriété, mais aussi sa confrontation avec l’État libanais, perçu comme complaisant envers le Hezbollah. Arrêté en 2015 à l’aéroport de Beyrouth alors qu’il tentait de fuir avec un faux passeport, al-Assir a été condamné à mort en 2017 pour les affrontements d’Abra, sentence commuée en prison à vie en 2021.

Fadl Shaker, de la scène à la radicalisation

Fadl Shaker, né Fadel Abdulrahman Chmandar en 1969 à Saïda, d’un père libanais et d’une mère palestinienne, a débuté comme chanteur dans les années 1990, devenant une icône de la pop arabe avec des hits romantiques vendus à des millions d’exemplaires. Collaborant avec des stars comme Mariah Carey, il incarnait le glamour libanais jusqu’à sa crise existentielle en 2011, où il a dénoncé l’industrie musicale comme « mensongère » et source de « malédiction ».

Son rapprochement avec al-Assir en 2013 l’a transformé en figure militante : apparaissant à ses côtés lors de rallies, Shaker récitait des chants religieux et finançait présumément le groupe. Condamné en absentia à 22 ans de prison en 2020 pour soutien logistique et financier, il s’est caché dans le camp d’Ain el-Hilweh jusqu’à sa reddition en octobre 2025. Lors de sessions judiciaires en novembre 2025 et janvier 2026, Shaker a nié toute participation aux violences, arguant de menaces du Hezbollah et d’Assad qui l’auraient poussé vers al-Assir pour protection. Les sentences in absentia ont été annulées, ouvrant la voie à un nouveau procès.

Les affrontements de Saïda en 2013, un tournant sécuritaire

Les événements de Saïda en 2013 ont révélé les failles du tissu social libanais. Les clashes d’Abra, déclenchés par l’arrestation d’un partisan d’al-Assir, ont opposé 300 combattants salafistes à 2000 soldats, causant 18 morts dans l’armée et 25 à 40 chez les militants. Des sources indiquent une implication de combattants étrangers, dont des éléments de Jabhat al-Nosra, illustrant le débordement syrien.

Ces affrontements ont forcé l’armée libanaise à réaffirmer son autorité, mais ont aussi exposé les divisions sectaires : al-Assir exploitait le sentiment de marginalisation sunnite face au Hezbollah, accusé de dominer l’État. Les Saraya al-Muqawama, avec leurs 5000 à 7000 membres, étaient vues comme un outil d’extension de l’influence chiite, gérant des tâches sociales comme la réhabilitation de toxicomanes – rôle que Hamoud exerçait.

Les poursuites judiciaires, un dossier multiforme

Le dossier contre Shaker et al-Assir englobe plusieurs volets : outre la tentative de meurtre sur Hamoud, des accusations de financement terroriste et d’atteinte à l’autorité de l’État persistent. En novembre 2025, le tribunal militaire a reporté l’audition de Shaker pour examiner quatre cas, dont l’appartenance à un groupe armé. En décembre, un report logistique a suivi, et en janvier 2026, Shaker a plaidé l’innocence, citant des menaces syriennes et hezbollahiennes.

Ce procès s’inscrit dans un système judiciaire libanais critiqué pour sa lenteur et ses influences politiques. Avec environ 20 accusés initialement, dont plusieurs libérés, il reflète les défis de juger des affaires sectaires sans raviver les divisions.

Le rôle des Saraya al-Muqawama dans le Liban sud

Les Saraya, créées pour intégrer des non-membres du Hezbollah dans la résistance anti-israélienne, opèrent dans des zones comme Saïda, où les tensions avec les salafistes sont récurrentes. Hamoud, en tant que cadre, incarnait cette présence, gérant des programmes sociaux tout en assurant une vigilance sécuritaire. Leur implication dans les événements de 2013 souligne les rivalités pour le contrôle territorial.

Implications immédiates pour la sécurité au Liban sud

Au début 2026, le Liban sud reste marqué par des instabilités, accentuées par la chute du régime Assad en décembre 2024. Les camps palestiniens comme Ain el-Hilweh, refuge de Shaker, abritent des factions armées, avec des clashes sporadiques entre Fatah et groupes islamistes. L’ajournement au 24 avril coïncide avec la fin du ramadan, évitant des tensions pendant le jeûne, mais maintient les accusés en détention provisoire.

Les auditions récentes ont révélé des failles dans les preuves, comme l’absence de blessures malgré les tirs, questionnant l’intention meurtrière. Shaker, apparu détendu lors de la session, a vu une charge d’insulte à la Syrie abandonnée post-Assad. Al-Assir, affaibli par la maladie cardiaque selon son avocat, reste une figure polarisante. Ce dossier, avec ses 20 accusés et témoignages croisés, illustre les séquelles persistantes des tensions de 2013, où des provocations locales ont failli déstabiliser l’État. Les plaidoiries à venir examineront les enregistrements et témoignages, potentiellement influençant d’autres affaires liées aux clashes d’Abra.

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