À Beyrouth, la mission du Fonds monétaire international (FMI) s’est achevée ce 13 février 2026, après quatre jours de discussions intenses avec les autorités libanaises. Dirigée par Ernesto Ramirez Rigo, cette visite, qui s’est déroulée du 10 au 13 février, a porté sur les avancées en matière de réformes économiques et financières. Au terme de ces échanges, M. Ramirez Rigo a déclaré que les pourparlers avaient été constructifs, soulignant les efforts déployés pour renforcer la stratégie de restructuration bancaire et aligner celle-ci sur les principes internationaux. Il a également insisté sur la nécessité d’élaborer un cadre fiscal global pour restaurer la stabilité macroéconomique et la soutenabilité de la dette, tout en tenant compte des besoins sociaux et de développement du Liban. Ces discussions interviennent dans un contexte où le pays, toujours aux prises avec une crise économique profonde, cherche à consolider ses réformes pour attirer un soutien international plus substantiel.
La crise économique libanaise, qui s’est aggravée depuis 2019, reste un défi majeur pour le pays du Cèdre. À l’époque, le Liban a fait face à un effondrement financier sans précédent, marqué par un défaut de paiement sur sa dette souveraine en mars 2020, une dépréciation massive de la livre libanaise et une hyperinflation qui a atteint des pics de plus de 200 % en 2020. La dette publique, estimée à environ 170 % du PIB avant la crise, a explosé en raison d’années de déficits budgétaires chroniques, de corruption endémique et d’un système bancaire surendetté. Les banques, qui détenaient une grande partie de la dette de l’État, ont imposé des restrictions informelles sur les retraits de dépôts, piégeant des milliards de dollars appartenant aux citoyens et aux entreprises. Cette situation a entraîné une contraction cumulée du PIB de près de 40 % entre 2019 et 2023, selon les estimations des institutions internationales. La pauvreté a touché plus de 80 % de la population, avec une insécurité alimentaire affectant des millions de personnes. Les coupures d’électricité prolongées, dues à la faillite d’Électricité du Liban, ont paralysé l’économie, tandis que la dépendance aux importations a exacerbé les vulnérabilités face aux chocs externes, comme la pandémie de Covid-19 et les tensions régionales.
Les répercussions sociales de cette crise se font encore sentir en 2026. Par exemple, l’effondrement d’un immeuble résidentiel à Tripoli le 8 février dernier, qui a causé la mort de 14 personnes et blessé huit autres, illustre les conséquences directes de années de négligence étatique. Cet incident, le quatrième du genre en seulement cinq semaines au début de l’année, met en lumière les faiblesses structurelles des infrastructures, aggravées par la pauvreté croissante et l’absence d’investissements publics. Le gouvernement a réagi en annonçant des mesures d’urgence, incluant l’évacuation de 114 bâtiments dangereux et la prise en charge des logements temporaires, mais ces initiatives soulignent l’urgence d’une reconstruction globale. Par ailleurs, les tensions géopolitiques persistent, avec des violations quotidiennes de la trêve au sud du pays, où les destructions liées aux conflits passés ont coûté des milliards en dommages. La reconstruction du sud, estimée à plus de 11 milliards de dollars selon des évaluations préliminaires, nécessite un financement extérieur que le Liban peine à mobiliser sans réformes crédibles.
Les avancées récentes dans les réformes économiques
Depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam le 8 février 2025, le Liban a enregistré des progrès notables dans son agenda de réformes, bien que ceux-ci restent fragmentés. Ce cabinet, composé de 24 ministres et marqué par une représentation équilibrée entre confessions, a été constitué après plus de deux ans de gouvernement intérimaire sous Najib Mikati. Parmi les figures clés figurent Yassine Jaber au ministère des Finances, chargé de piloter les négociations avec les créanciers internationaux, et d’autres ministres comme Ghassan Salamé aux Affaires étrangères ou Joseph Saddi à l’Énergie. Ce gouvernement a priorisé la stabilisation macroéconomique, avec l’adoption d’un budget pour 2025 qui excluait le service de la dette et visait à rationaliser les dépenses. En 2025, l’inflation a ralenti à des niveaux à deux chiffres pour la première fois depuis le début de la crise, et le taux de change s’est stabilisé autour de 89 700 livres libanaises pour un dollar américain depuis fin 2023. La croissance du PIB a été projetée à 3,5 % pour 2025, bien que revue à la baisse en raison des tensions régionales et du rythme lent des réformes.
Parmi les mesures phares, l’approbation par le cabinet d’un projet de loi sur la stabilisation financière et la récupération des dépôts (FSDR) en décembre 2025 représente un pas vers la réhabilitation du secteur bancaire. Ce texte vise à permettre un accès progressif des déposants à leurs fonds, tout en respectant la hiérarchie des créances et en évitant d’imposer des pertes aux déposants avant celles aux actionnaires et créanciers juniors. De plus, des amendements à la loi sur la résolution bancaire (BRL) ont été discutés pour renforcer un processus indépendant et transparent, aligné sur les normes internationales. Ces initiatives s’inscrivent dans un effort plus large pour réduire l’économie au comptant, qui domine actuellement les transactions en raison de la méfiance envers les banques. Le gouvernement a également renforcé la collecte des impôts, avec des efforts pour moderniser la loi sur l’impôt sur le revenu, considérée comme une étape clé pour augmenter les recettes fiscales sur le moyen terme.
Les précédentes visites du FMI ont posé les bases de ces réformes. En septembre 2025, une mission avait discuté de la stratégie de réformes des autorités, en se concentrant sur le secteur bancaire et le budget 2026. À l’époque, le FMI avait appelé à une approche plus ambitieuse pour le budget, soulignant la nécessité de créer un espace fiscal pour les dépenses prioritaires en reconstruction et protection sociale. En juin 2025, une autre mission avait initié des discussions sur un programme de réformes pouvant être soutenu par un arrangement du FMI, couvrant la viabilité du secteur bancaire, la soutenabilité fiscale et la gouvernance. Ces échanges ont mis en avant l’importance d’un cadre fiscal à moyen terme pour soutenir la restructuration de la dette souveraine et élargir les dépenses sociales et en capital.
Détails de la mission du FMI de février 2026
La mission récente du FMI, menée par Ernesto Ramirez Rigo, s’est concentrée sur la législation soutenant la stratégie de restructuration bancaire et le cadre fiscal émergent à moyen terme. Les discussions ont été qualifiées de constructives par M. Ramirez Rigo, qui a salué les efforts en cours pour aligner le projet de loi FSDR sur les principes internationaux. Il a précisé que des améliorations sont nécessaires pour garantir le respect de la hiérarchie des créances, évitant ainsi d’allouer des pertes aux déposants avant celles aux actionnaires ou créanciers subordonnés. La stratégie doit également être cohérente avec la liquidité disponible dans le système, afin de fournir les ressources nécessaires à la libération progressive des dépôts sans compromettre la soutenabilité de la dette publique.
M. Ramirez Rigo a également mis l’accent sur les amendements à la loi sur la résolution bancaire, visant à consolider un processus indépendant, transparent et efficace. Il a exprimé l’espoir que le Parlement discute et approuve ces amendements dans les mois à venir. Sur le plan fiscal, les autorités préparent un cadre à moyen terme, essentiel pour appuyer la restructuration bancaire, restructurer la dette souveraine et élargir les dépenses sociales et en capital, tout en reconstruisant les capacités institutionnelles. Le FMI a souligné l’importance d’aligner les nouvelles engagements de dépenses, y compris les augmentations potentielles des salaires et pensions du secteur public, sur ce cadre, accompagnés d’efforts de mobilisation des recettes. Bien que les initiatives actuelles pour renforcer la collecte des impôts soient bienvenues, des mesures de politique fiscale restent essentielles pour accroître les revenus sur le moyen terme. L’approbation d’une loi plus moderne et efficace sur l’impôt sur le revenu constituerait une première étape importante dans cette direction.
La stratégie de restructuration bancaire au cœur des débats
La restructuration du secteur bancaire reste une priorité critique pour restaurer la confiance et relancer le crédit au secteur privé. Le projet de loi FSDR, récemment approuvé par le cabinet, marque un premier pas vers la réhabilitation du système bancaire. Il vise à donner aux déposants un accès graduel à leurs dépôts, tout en rétablissant un système viable pour les générations actuelles et futures. Les discussions avec le FMI ont porté sur les ajustements nécessaires pour aligner ce texte sur les normes internationales, notamment en veillant à ce que les contributions de l’État n’entravent pas les efforts pour restaurer la soutenabilité de la dette publique.
Le secteur bancaire libanais, qui comptait plus de 60 banques avant la crise, fait face à des pertes massives estimées à des centaines de milliards de livres libanaises, dues à des expositions excessives à la dette souveraine et à des prêts non performants. La stratégie envisage une consolidation ordonnée, avec des audits des bilans par la Commission de contrôle des banques, qui pourrait recommander la révocation de directions, l’injection de capitaux frais ou même la liquidation pour les établissements insolvables. Ces mesures s’inspirent de pratiques internationales, comme celles appliquées en Grèce ou en Islande lors de leurs crises bancaires. En parallèle, les efforts pour réduire l’économie au comptant sont encouragés, car un retour de la confiance dans les banques favoriserait une croissance plus inclusive.
Le cadre fiscal à moyen terme : un pilier pour la stabilité
L’élaboration d’un cadre fiscal à moyen terme est jugée cruciale par le FMI pour soutenir les réformes globales. Ce cadre doit assurer une soutenabilité macroéconomique et de la dette, tout en répondant aux besoins sociaux et de développement du Liban. Les autorités libanaises préparent ce plan, qui inclut une rationalisation des dépenses et une mobilisation accrue des recettes. Par exemple, le budget 2026, approuvé par le cabinet en septembre 2025, prévoit une augmentation des recettes de près d’un milliard de dollars par rapport à l’année précédente, principalement via la TVA, les impôts sur les salaires et les frais immobiliers. Cependant, le FMI a appelé à une approche plus ambitieuse, en intégrant des réformes fiscales progressives pour élargir la base imposable et améliorer la conformité.
Les défis incluent la gestion des dépenses, avec une augmentation de 14 % du budget à 5,68 milliards de dollars, axée sur les services sociaux et les salaires publics. Pourtant, le système fiscal reste régressif, pesant davantage sur les salaires que sur la richesse, ce qui perpétue les inégalités. La dette publique, toujours en défaut sélectif, nécessite une restructuration des eurobonds pour créer un espace fiscal. Le FMI insiste sur le fait que tout soutien extérieur, y compris des prêts concessionnels, dépendra de ces avancées.
Les défis persistants dans un contexte géopolitique tendu
Malgré ces progrès, le Liban fait face à des obstacles persistants. Les sanctions américaines récentes sur des entités liées au Hezbollah, annoncées le 10 février 2026, visent à perturber les flux financiers informels, mais elles risquent d’aggraver la crise en affectant les civils. Le prix de l’or, atteignant des records à plus de 5 000 dollars l’once, pose un dilemme pour les réserves du pays, évaluées à 42,4 milliards d’euros, entre les utiliser comme bouclier ou les préserver pour une reprise future. Les hausses des prix du carburant, dues à l’hyperinflation persistante, ajoutent à la pression sur les ménages, avec la livre ayant perdu plus de 95 % de sa valeur.
Sur le plan régional, les négociations avec la Syrie pour résoudre la crise des camions de fret, aboutissant à des exemptions temporaires le 13 février, illustrent les vulnérabilités frontalières. Au sud, la destruction environnementale, incluant l’utilisation d’herbicides cancérigènes par Israël le 1er février, menace l’agriculture et rend certaines zones inhabitables, compliquant la reconstruction. Le plan gouvernemental, financé par un prêt de 250 millions de dollars de la Banque mondiale, cible les infrastructures mais exclut l’agriculture dans sa première phase.
Les discussions avec le FMI se poursuivent, avec un engagement réaffirmé pour soutenir les autorités libanaises dans la conception et la mise en œuvre d’un agenda de réformes économiques et financières complet. La mission a remercié les autorités pour leur coopération, soulignant que ces échanges techniques, entamés au ministère des Finances, pourraient mener à un accord au niveau du personnel, essentiel pour relancer l’économie. Les implications immédiates incluent une revue parlementaire accélérée des amendements législatifs, avec un focus sur la transparence pour éviter de nouvelles accumulations de risques financiers.
