Le 30 juillet 2025, Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et leader du parti d’extrême droite Sionisme religieux, a réaffirmé lors d’une intervention publique que les cinq positions stratégiques occupées par l’armée israélienne au sud du Liban ne seraient pas restituées au Liban. « Les cinq points du Sud-Liban ne seront pas remis, et nous y construirons des habitations », a déclaré Smotrich, provoquant une immédiate levée de boucliers à Beyrouth et dans les capitales arabes. Cette annonce, formulée dans le cadre d’une réunion de son parti, s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes le long de la frontière israélo-libanaise, où les forces israéliennes maintiennent une présence militaire malgré les appels répétés de l’ONU et des médiateurs internationaux à un retrait complet. Alors que le conflit frontalier, exacerbé depuis octobre 2023, a déjà causé des milliers de victimes et des déplacements massifs, les propos de Smotrich soulignent une stratégie d’ancrage territorial qui défie les résolutions internationales et ravive les craintes d’une escalade régionale.
Une affirmation de souveraineté au cœur du contentieux frontalier
Les « cinq points » évoqués par Smotrich désignent des positions élevées et stratégiques situées à proximité immédiate de la Ligne bleue, la frontière délimitée par l’ONU en 2000 après le retrait israélien du Liban. Ces sites, occupés par Tsahal depuis l’intensification des affrontements avec le Hezbollah en novembre 2024, incluent des collines dominant les vallées frontalières comme Douviev, Zarit et Metula du côté israélien, et des villages libanais tels que Kfarkela et Maroun al-Ras. Selon des sources militaires israéliennes, ces positions ont été sécurisées lors d’une offensive limitée lancée le 27 novembre 2024, en réponse à des tirs de roquettes du Hezbollah qui ont visé les communautés du nord d’Israël, causant l’évacuation de 70 000 civils.
Smotrich, qui cumule les fonctions de ministre des Finances et de superviseur de la politique civile dans les territoires occupés, a justifié cette posture par la nécessité de « renforcer la sécurité des communautés du nord ». Dans son discours du 30 juillet, prononcé devant une centaine de militants de son parti à Jérusalem, il a ajouté : « Nous ne permettrons pas que ces terres, essentielles à notre défense, soient abandonnées. Au contraire, nous y développerons des implantations permanentes pour assurer une présence juive durable. » Cette déclaration marque une escalade rhétorique par rapport à des propos antérieurs, datant de mai 2024, où il avait déjà affirmé que « Israël ne se retirera pas des cinq positions qu’il occupe sur le territoire libanais », en référence à l’accord de cessez-le-feu signé sous l’égide des États-Unis et de la France le 27 novembre 2024.
Cet accord, qui prévoyait un retrait progressif des forces israéliennes en échange du déploiement renforcé de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) au sud du Litani, a été partiellement mis en œuvre. Les forces de l’ONU, déployées à 13 000 hommes, ont confirmé le 10 février 2025 que 80 % des positions israéliennes au-delà de la Ligne bleue avaient été évacuées, mais les cinq points stratégiques restent sous contrôle israélien. Le commandant de la FINUL, l’Irlandais Aroldo Lázaro, a déclaré lors d’une conférence de presse à Naqoura le 18 février 2025 : « Ces positions occupées constituent une violation persistante de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui exige le retrait total d’Israël et l’absence de toute présence armée non étatique au sud du Litani. » Lázaro a ajouté que des patrouilles conjointes libano-ONU avaient été entravées par des incidents répétés, incluant des tirs d’avertissement israéliens le long de la frontière.
Le contexte d’un conflit frontalier qui perdure
Le conflit israélo-libanais, qui s’est intensifié parallèlement à la guerre à Gaza depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, a transformé la frontière en ligne de front active. Le Hezbollah, justifiant ses actions comme un soutien à Gaza, a lancé plus de 10 000 roquettes et drones depuis octobre 2023, selon les chiffres de l’armée israélienne, causant la mort de 82 soldats et 47 civils dans le nord d’Israël. De son côté, Tsahal a mené des frappes aériennes et des incursions terrestres qui ont tué au moins 3 961 personnes au Liban, dont une majorité de civils, d’après le ministère libanais de la Santé au 12 septembre 2025. Ces opérations ont déplacé 1,2 million de Libanais, principalement dans le sud, et détruit plus de 60 000 habitations et infrastructures.
L’accord de cessez-le-feu de novembre 2024, négocié par les émissaires américains Amos Hochstein et le Français Jean-Yves Le Drian, visait à stabiliser la zone en imposant un retrait du Hezbollah à 10 kilomètres de la frontière et un cessez-le-feu mutuel. Cependant, des violations persistantes des deux côtés ont maintenu les tensions vives. Le 5 septembre 2025, une escarmouche près de Ghajar, un village divisé par la frontière, a fait trois morts côté libanais et endommagé une position de la FINUL, selon un rapport de l’ONU publié le 8 septembre. Le secrétaire général António Guterres a condamné ces incidents dans une déclaration du 10 septembre, appelant à « un respect immédiat et inconditionnel de l’accord de novembre 2024 ».
Smotrich, connu pour ses positions ultranationalistes, s’inscrit dans une lignée de déclarations belliqueuses. Dès mai 2024, il avait appelé à un « ultimatum public au Hezbollah pour qu’il retire toutes ses forces au-delà du Litani », menaçant d’une « prise de contrôle militaire du sud du Liban » si cet ultimatum n’était pas respecté. Ces propos, tenus lors d’une réunion de faction dans le nord d’Israël, avaient alors été critiqués par le Premier ministre Netanyahou comme prématurés, mais ils reflètent une fracture au sein de la coalition gouvernementale, où l’aile droite pousse pour une présence permanente au Liban, similaire à la zone de sécurité maintenue par Israël de 1982 à 2000.
Les cinq points : des atouts stratégiques pour Israël
Les cinq positions en question sont des sites topographiquement dominants, offrant une vue sur les vallées libanaises et les routes d’approvisionnement du Hezbollah. La première, près de Maroun al-Ras, surplombe Metula et permet de surveiller les mouvements vers le sud. La seconde, à Kfarkela, contrôle l’accès à la route côtière reliant Tyr à la frontière. Les trois autres, situées près de Douviev et Zarit, incluent des bunkers et des postes d’observation avancés, renforcés par des systèmes de drones et de radar depuis leur occupation en novembre 2024. Selon un rapport confidentiel de la FINUL fuité le 9 février 2025, ces sites abritent environ 500 soldats israéliens et du matériel lourd, rendant leur évacuation complexe sans accord préalable.
Smotrich a détaillé son plan lors de la conférence du 30 juillet, annonçant l’allocation de 500 millions de shekels (environ 130 millions d’euros) du budget des Finances pour des travaux d’infrastructure. « Nous construirons des habitations pour 2 000 familles, des routes sécurisées et des centres communautaires, transformant ces points en avant-postes permanents de la souveraineté israélienne », a-t-il précisé. Cette initiative s’appuie sur un décret gouvernemental du 30 janvier 2025, qui autorisait la vente de terrains dans le nord d’Israël pour « renforcer la frontière avec le Liban », un plan conjoint avec la ministre des Implantations Orit Strock. À l’époque, Smotrich avait salué l’accord de cessez-le-feu comme une opportunité pour « consolider nos gains territoriaux ».
Du côté libanais, le Premier ministre Nawaf Salam a réagi immédiatement le 30 juillet lors d’une session d’urgence du Conseil des ministres à Beyrouth. « Ces déclarations constituent une provocation inacceptable et une violation flagrante de notre souveraineté », a-t-il affirmé, appelant la communauté internationale à intervenir. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Abdallah Bou Habib, a saisi le Conseil de sécurité de l’ONU le même jour, demandant une résolution contraignante pour le retrait israélien. Bou Habib a cité la résolution 1701, adoptée en 2006, qui stipule que « le territoire libanais doit être libre de toute présence armée étrangère » et que l’armée libanaise doit contrôler exclusivement le sud du Litani.
Réactions internationales : un appel à la retenue
La déclaration de Smotrich a suscité une condamnation unanime des instances internationales. Le département d’État américain, par la voix de son porte-parole Matthew Miller le 30 juillet, a exprimé sa « préoccupation » et rappelé que « l’accord de novembre 2024 doit être pleinement implémenté, y compris le retrait des forces israéliennes des territoires libanais ». Miller a ajouté que Washington, principal allié d’Israël, « continuera à travailler avec les parties pour éviter une escalade qui pourrait déstabiliser la région ». Cette position reflète les efforts diplomatiques américains, qui ont investi plus de 500 millions de dollars en aide militaire au Liban pour renforcer l’armée nationale depuis 2024.
L’Union européenne, via son haut représentant pour les Affaires étrangères Josep Borrell, a qualifié les propos de Smotrich de « provocateurs et contraires au droit international » dans un communiqué du 30 juillet. Borrell a appelé à un « retour immédiat à la Ligne bleue » et annoncé une aide supplémentaire de 100 millions d’euros à la FINUL pour ses opérations de surveillance. La France, co-médiateur de l’accord de cessez-le-feu, a été plus incisive : le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a déclaré lors d’une interview sur France Inter le 30 juillet que « l’occupation de ces points viole les engagements pris et menace la stabilité régionale. Paris soutiendra toute mesure de l’ONU pour imposer le respect des résolutions ».
Au niveau arabe, la Ligue arabe, réunie en session extraordinaire à Doha le 29 juillet en marge du sommet sur l’attaque israélienne au Qatar, a intégré les déclarations de Smotrich à son communiqué final. Le secrétaire général Ahmed Aboul Gheit a dénoncé une « tentative d’annexion rampante qui sape les efforts de paix ». L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, signataires des accords d’Abraham, ont exprimé des réserves similaires, avec Abu Dhabi avertissant que « toute expansion territoriale au Liban compromettrait la normalisation régionale ».
Les implications pour la sécurité régionale
L’annonce de constructions dans les cinq points risque d’exacerber les tensions avec le Hezbollah, qui a revendiqué 15 incidents mineurs le long de la frontière depuis le 1er septembre 2025, selon ses propres communiqués. Le secrétaire général du mouvement, Naim Qassem, a déclaré le 30 juillet lors d’un discours à Dahiyé : « Nous ne tolérerons pas l’occupation de nos terres. Toute construction sera considérée comme une déclaration de guerre, et nous répondrons en conséquence. » Ces menaces s’inscrivent dans un contexte où le Hezbollah, affaibli par la perte de plusieurs commandants lors de frappes israéliennes en 2024 et 2025, maintient néanmoins une capacité de tir estimée à 150 000 roquettes par l’armée israélienne.
Sur le plan humanitaire, l’occupation de ces points a déjà des répercussions graves. L’ONU rapporte que 200 000 Libanais restent déplacés dans le sud, incapables de regagner leurs villages en raison de la présence militaire israélienne. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) a documenté le 10 août 2025 des cas de familles bloquées à mi-chemin entre la frontière et le Litani, exposées à des tirs croisés. De son côté, Israël justifie cette présence par la nécessité de démanteler les infrastructures du Hezbollah, avec plus de 500 tunnels et caches d’armes découverts depuis novembre 2024, selon le porte-parole de Tsahal, Effie Defrin.
Smotrich, dont le budget 2025 prévoit 250 milliards de shekels (65 milliards d’euros) pour les dépenses militaires liées à la guerre, utilise son portefeuille financier pour appuyer ces initiatives. Le 3 août 2025, il avait présenté un cadre budgétaire incluant des fonds pour « renforcer les avant-postes frontaliers », une mesure approuvée par la Knesset malgré les critiques de l’opposition. Le leader centriste Yair Lapid a accusé Smotrich de « saboter les efforts diplomatiques pour des motifs idéologiques », lors d’un débat à la Knesset le 29 juillet.
La dynamique au sein du gouvernement Netanyahu
Les déclarations de Smotrich mettent en lumière les divisions internes au gouvernement israélien. Benyamin Netanyahou, sous pression judiciaire et politique, a évité de commenter directement les propos de son ministre le 30 juillet, se contentant d’une déclaration générale sur « la nécessité de protéger nos frontières ». Cependant, des sources au sein du Likoud indiquent que Netanyahou privilégie une approche plus mesurée, axée sur les négociations avec les États-Unis pour un cessez-le-feu durable au Liban. Le ministre de la Défense, Yoav Gallant, a quant à lui déclaré le 29 juillet lors d’une visite à Metula : « Nos forces restent en position défensive tant que la menace du Hezbollah persiste, mais toute décision sur des constructions relève du gouvernement dans son ensemble. »
Smotrich, leader du parti Sionisme religieux avec 14 sièges à la Knesset, exerce une influence croissante grâce à sa coalition avec Netanyahou. Depuis sa nomination en 2022, il a supervisé l’approbation de plus de 20 000 logements en Cisjordanie et bloqué des transferts de fonds à l’Autorité palestinienne, des mesures saluées par les colons mais condamnées internationalement. En janvier 2025, il avait déjà été sanctionné par plusieurs pays européens pour incitation à la violence contre les Palestiniens, une mesure étendue à l’Espagne en septembre 2025. Ces sanctions n’ont pas entamé sa détermination, comme en témoigne son appel récent à l’annexion de 82 % de la Cisjordanie, formulé le 3 septembre 2025 lors d’une conférence de presse.
Au Liban, la réaction officielle s’est accompagnée d’une mobilisation populaire. Le 30 juillet, des manifestations ont eu lieu à Beyrouth et Saïda, rassemblant des milliers de personnes sous les banderoles « Non à l’occupation sioniste ». Le président libanais Joseph Aoun, dans un message lu par son porte-parole le 30 juillet, a affirmé : « Le Liban défendra chaque parcelle de son territoire par tous les moyens légaux et légitimes. » L’armée libanaise a renforcé ses patrouilles au sud du Litani, avec 15 000 soldats déployés, soutenus par 1 000 casques bleus supplémentaires de la FINUL.
Les enjeux sécuritaires et humanitaires immédiats
Les cinq points occupés servent de base à des opérations de surveillance israélienne, avec des drones effectuant des vols quotidiens au-dessus du sud du Liban. Le 9 août 2025, un incident impliquant un drone abattu près de Kfarkela a failli dégénérer en confrontation, selon un rapport de la FINUL. Humanitairement, ces positions bloquent l’accès à des terres agricoles libanaises, affectant 50 000 agriculteurs, d’après le Programme alimentaire mondial (PAM) dans un bulletin du 10 août 2025. Le PAM estime que 300 000 personnes au sud du Liban dépendent d’une aide d’urgence, avec des stocks alimentaires en baisse de 20 % en raison des restrictions d’accès.
Smotrich a lié son annonce à la nécessité de « répondre aux provocations du Hezbollah », qui a revendiqué un tir de roquette le 29 juillet près de Zarit, sans victimes. L’armée libanaise, quant à elle, a intercepté deux drones israéliens le 30 juillet au-dessus de Bent Jbeil, marquant une augmentation de 30 % des incursions aériennes depuis août 2025. Ces incidents mineurs illustrent la fragilité de la trêve, avec le Conseil de sécurité de l’ONU programmant une session le 15 août 2025 pour examiner les violations persistantes.
Le 12 septembre 2025, des ingénieurs israéliens ont commencé des relevés topographiques sur deux des cinq points, sous protection militaire, selon des sources au ministère de la Défense. Au Liban, l’armée a déployé des unités supplémentaires près de Maroun al-Ras, tandis que la FINUL intensifie ses missions de vérification le long de la Ligne bleue.



