mardi, janvier 13, 2026

Les derniers articles

Articles liés

DÉSARMEMENT DU HEZBOLLAH : QUEL PRIX POUR LA SÉCURITÉ NATIONALE ?

- Advertisement -

Dans les dernières semaines, le Sud-Liban a été le théâtre d’un regain d’attention militaire et diplomatique. Cinq positions israéliennes demeurent actives sur le territoire libanais, en violation du droit international, alors même que les tensions restent vives. Depuis octobre dernier, les chiffres font état de 266 morts et 563 blessés côté libanais, dont une majorité de civils. Cette situation alimente une forte résilience populaire dans les zones frontalières et renforce, pour une partie de la population, la légitimité de la résistance armée comme moyen de défense.

Face à ce tableau, le désarmement du Hezbollah apparaît comme une question à la fois militaire, politique et symbolique. Pour ses soutiens, il s’agit d’un outil dissuasif indispensable tant que l’occupation israélienne persiste. Pour ses opposants, notamment dans certaines formations souverainistes, il constitue un facteur de déstabilisation nationale et d’enclavement diplomatique. C’est dans ce climat tendu que se pose aujourd’hui la question d’un éventuel désarmement progressif, selon une feuille de route diplomatique encore floue.

Les promesses de la feuille de route diplomatique

Une proposition formulée par plusieurs chancelleries, dont Washington et Paris, envisage un désarmement graduel du Hezbollah en échange de garanties fermes sur le retrait israélien total, la réactivation des accords de cessez-le-feu, et une aide sécuritaire et économique d’envergure. Présentée à Beyrouth comme une « formule historique » par des émissaires étrangers, cette initiative a été transmise directement aux plus hautes sphères du pouvoir, notamment au président Joseph Aoun, qui l’a étudiée lors de réunions restreintes tenues ces derniers jours.

La volonté du chef de l’État d’évaluer cette piste s’inscrit dans une logique de réaffirmation de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. Toutefois, cette démarche se heurte à plusieurs obstacles majeurs. D’abord, l’absence de consensus interne : la question du désarmement reste un point de fracture entre les différentes composantes politiques du pays. Ensuite, les implications budgétaires : un tel processus exigerait un renforcement substantiel des capacités de l’armée, dont les ressources sont encore très limitées. Enfin, l’incertitude sur les modalités de mise en œuvre d’un éventuel retrait israélien, dont aucune échéance concrète n’a été fixée à ce jour.

Les craintes d’incidents internes

Au sein même de l’exécutif, plusieurs voix s’élèvent pour mettre en garde contre une initiative précipitée. Un conseiller sécuritaire, interrogé lors d’une réunion à Baabda, a évoqué une « déflagration possible » si le désarmement était entrepris sans préparation politique et sociale adéquate. Sur le terrain, des signes de nervosité sont déjà perceptibles. Des rassemblements ont eu lieu dans certaines localités du Sud, notamment à proximité de Khiam et Naqoura, pour dénoncer ce qui est perçu comme une « capitulation nationale ».

Ces tensions s’inscrivent dans un contexte plus large de crispation sécuritaire. Lors d’une réunion présidée personnellement par le président Joseph Aoun, les services de renseignement ont présenté des informations préoccupantes : plusieurs cellules extrémistes, à la fois islamistes et d’ultra-droite, auraient été démantelées dans le nord et la plaine de la Bekaa. Selon les rapports exposés, certaines de ces cellules étaient en contact avec des acteurs extérieurs, tandis que d’autres tentaient de capter le mécontentement populaire dans les régions marginalisées.

Un officier supérieur de l’armée a évoqué « des dizaines d’individus » sous surveillance et la présence d’une « zone grise » sécuritaire. Ces propos traduisent la volonté du pouvoir exécutif de prévenir tout embrasement. Mais ils révèlent également l’ampleur des défis : désarmer un acteur comme le Hezbollah sans créer de vide sécuritaire, tout en évitant l’émergence de groupes incontrôlés, représente une équation redoutablement complexe.

Le dilemme institutionnel et politique

La question du désarmement a ravivé les tensions au sein du gouvernement. Plusieurs ministres proches des partis souverainistes ont plaidé pour un retour exclusif de l’autorité militaire sur toutes les fonctions sécuritaires, y compris dans les zones historiquement sous influence du Hezbollah. À l’inverse, des figures issues de la majorité chiite ont rejeté ces propositions, estimant qu’elles visent à marginaliser une partie importante de la population et à rompre le fragile équilibre national.

Le ministre de la Défense a quant à lui évoqué, lors d’une session à huis clos, la nécessité d’un plan pluriannuel de renforcement des capacités de l’armée. Il a demandé des crédits supplémentaires, en particulier pour les équipements de surveillance, les transports blindés et les unités de démantèlement des explosifs. « L’armée doit être capable de remplir ses missions de manière autonome », a-t-il insisté, en soulignant que tout désarmement effectif devrait être accompagné d’un transfert clair de compétences et de moyens.

Dans ce contexte, l’absence de position unifiée fragilise les négociations en cours. Certains diplomates craignent une impasse, d’autres redoutent un passage en force. L’équation reste insoluble : comment garantir la sécurité du Sud sans provoquer un soulèvement des populations concernées ?

La posture de l’armée et des services

Face à cette impasse, l’armée libanaise cherche à se positionner comme un acteur neutre, garant de la stabilité intérieure. Depuis le début de l’année, elle a renforcé sa présence dans plusieurs zones sensibles et mené une série d’opérations ciblées contre des réseaux clandestins. Ces opérations ont été menées de concert avec les services de renseignement, qui bénéficient désormais d’une meilleure coordination avec les agences européennes.

Cependant, plusieurs officiers soulignent les limites de cette posture. « Nous n’avons ni les effectifs, ni l’équipement pour remplacer totalement une organisation comme le Hezbollah dans certaines régions », confie un colonel sous anonymat. Ce constat alimente les revendications internes pour une refonte complète de la stratégie sécuritaire nationale.

À la frontière sud, la coopération avec la FINUL s’intensifie. Des demandes ont été formulées pour un mandat plus robuste de la force internationale, qui permettrait à l’armée libanaise d’agir avec davantage de latitude. Cette évolution, bien qu’encore théorique, est perçue comme un levier pour avancer sur le terrain du désarmement. Encore faut-il que le contexte politique le permette.

Implications régionales et lignes rouges stratégiques

Au niveau régional, les réactions à l’éventualité d’un désarmement du Hezbollah sont contrastées. Des diplomates européens ont salué la « clarté stratégique » du président Aoun, tout en reconnaissant que la dynamique intérieure restait décisive. De leur côté, les émissaires de certains pays arabes ont exprimé des craintes quant à un affaiblissement prématuré du Liban face aux menaces extérieures, notamment à la lumière des récentes frappes israéliennes dans la Bekaa et au Sud.

Le Hezbollah a conditionné toute discussion sur le désarmement à un retrait total et vérifiable de toutes les forces israéliennes du territoire libanais, y compris des collines de Kfarchouba et des fermes de Chebaa. Cette position, exprimée par plusieurs de ses cadres, repose sur une lecture des rapports de la FINUL, qui reconnaissent la présence de forces israéliennes sur ces zones litigieuses.

Pour une large part de l’opinion publique, tout processus de désarmement sans règlement territorial serait perçu comme une abdication. Des associations de résistants, d’anciens combattants et de familles de martyrs ont publié des communiqués réaffirmant que « la souveraineté nationale ne se négocie pas à la baisse ».

Un équilibre encore précaire

À ce jour, aucun incident majeur n’a été signalé suite à l’ouverture des discussions sur le désarmement. Toutefois, le climat reste tendu. La moindre déclaration publique peut provoquer des flambées médiatiques, voire des mouvements de rue. La position du président Joseph Aoun, centrée sur la nécessité de restaurer l’autorité de l’État dans un cadre constitutionnel, reste fragile face aux réalités du terrain.

Le dossier du désarmement, aussi sensible que central, constitue désormais le cœur du débat national. Il ne saurait être tranché sans un consensus élargi, des garanties internationales crédibles et un effort soutenu de réorganisation sécuritaire. En attendant, l’équilibre demeure précaire, les lignes de fracture toujours actives, et les interrogations multiples quant à la capacité de l’État à reprendre seul la gestion pleine de sa sécurité nationale.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi