Le deuxième jour des débats autour de la déclaration gouvernementale a vu l’intervention de nombreux députés, exprimant une diversité d’opinions sur les priorités du gouvernement, la souveraineté nationale, les réformes économiques et la justice sociale. Entre soutiens prudents et critiques acerbes, le vote de confiance se profile comme un test crucial pour l’exécutif.
Des attentes divergentes sur les priorités du gouvernement
Lors de cette deuxième journée de discussions au Parlement, plusieurs députés ont pris la parole pour exprimer leurs préoccupations et attentes vis-à-vis du programme gouvernemental.
Le député Adib Abdel Massih a affirmé qu’il accorderait sa confiance à l’équipe ministérielle, malgré une méconnaissance de ses membres, en raison de sa confiance dans ceux qui les ont désignés. Il a insisté sur l’importance de promouvoir une culture de la sécurité nationale, soulignant que l’armée libanaise était seule garante de la stabilité du pays. Il a également proposé une loi sur un service national obligatoire pour les jeunes Libanais et appelé à une réforme structurelle pour réduire le nombre de généraux et repousser l’âge de la retraite militaire.
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Dans une déclaration plus succincte, le député Achraf Rifi s’est contenté d’annoncer son soutien au gouvernement, appelant à mettre fin aux divisions et aux conflits internes.
Débats sur la souveraineté nationale et le rôle de l’armée
La députée Halima Kaakour a axé son intervention sur la question de la souveraineté, insistant sur le fait que le sud du Liban faisait partie intégrante du territoire national et dénonçant toute ingérence étrangère. Elle a également affirmé que la résistance et la défense nationale étaient des prérogatives de l’État et a plaidé pour que le drapeau libanais soit hissé dans tous les combats en son nom. Toutefois, elle a regretté que la déclaration gouvernementale ne se hisse pas à la hauteur des attentes populaires, la jugeant trop conciliante avec certaines forces influentes.
Pour Oussama Saad, président du Mouvement populaire nassérien, le gouvernement doit impérativement prouver son indépendance. Il a dénoncé la mainmise de certaines factions sur les institutions étatiques et averti que si l’État ne répond pas efficacement aux défis du sud, une nouvelle résistance populaire pourrait émerger.
Dans la même lignée, il a mis en garde contre les velléités expansionnistes israéliennes et a critiqué l’inaction de l’État face aux violations continues de la souveraineté libanaise. Il a également accusé les États-Unis de renforcer leur influence et de soutenir ces agressions. Selon lui, le Liban ne pourra s’en sortir que par une unité nationale inébranlable et des politiques étatiques solides.
Le positionnement du Liban sur la scène internationale et la lutte contre la corruption
Le député Michel Douaihy a salué la volonté affichée par le gouvernement de maintenir le Liban en dehors des conflits régionaux, en appelant au respect total de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, qui prévoit notamment le désarmement des groupes armés non étatiques. Cependant, il a critiqué la formulation du texte, estimant que l’expression « droit du Liban à la défense » aurait dû être remplacée par « droit de l’État libanais à la défense », afin de réaffirmer la primauté des institutions officielles.
Sur le plan économique, il a demandé un audit approfondi des comptes du secteur bancaire, en commençant par la Banque du Liban, et l’extension de cet examen à l’ensemble des finances publiques. Il a insisté sur la nécessité d’un système judiciaire indépendant, capable de mettre fin à l’impunité des élites politiques et financières.
Walid Baarini, pour sa part, a défendu la nécessité d’une meilleure répartition des ressources publiques, demandant la création d’une commission ministérielle pour relancer l’aéroport de Kleyate. Il a aussi dénoncé l’exclusion des cadres sunnites des postes clés de l’administration et plaidé pour une fédération administrative, tout en restant attaché aux principes de l’unité nationale.
Tensions au sein du Parlement et boycott de la séance
Les débats ont été marqués par une tension croissante, notamment après l’incident impliquant le bloc « Liban Fort ». Ses membres ont décidé de quitter la séance en signe de protestation contre la décision du président du Parlement, Nabih Berri, d’empêcher le député Georges Atallah de prendre la parole, en raison de la durée excessive de l’intervention de leur chef, Gebran Bassil, la veille.
L’appel à des réformes politiques et institutionnelles profondes
Le député Waël Abou Faour a affirmé que cette nouvelle ère gouvernementale devait être celle de la reconstruction et de la réconciliation nationale. Il a mis l’accent sur la nécessité de lever les immunités parlementaires et ministérielles afin de permettre aux juges d’enquêter librement sur les affaires de corruption et les crimes politiques. Il a aussi appelé à réactiver les réformes prévues par l’accord de Taëf, notamment la création d’un Sénat et la décentralisation administrative.
Pour Abdel Karim Kabara, la priorité reste l’avenir de Tripoli, ville plongée dans une crise socio-économique sans précédent. Il a interpellé le gouvernement sur les mesures qu’il comptait prendre pour éviter une explosion sociale imminente. Il a néanmoins voté la confiance tout en promettant de surveiller de près la mise en œuvre des engagements gouvernementaux.
Une vigilance accrue sur la justice et les réformes économiques
L’un des discours les plus marquants a été celui du député Ibrahim Mneimneh, qui a mis en avant l’urgence d’une réforme judiciaire pour garantir une enquête transparente sur l’explosion du port de Beyrouth. Il a aussi dénoncé les détentions prolongées sans procès et a exhorté le gouvernement à veiller à la nomination de juges indépendants.
Sur le plan économique, il a demandé une révision des finances publiques afin d’identifier les responsables des pertes massives dans le secteur bancaire. Il a insisté sur l’importance d’organiser les élections municipales dans les délais prévus pour restaurer la confiance de la population dans le système politique.
Le député Ibrahim Kanaan a lui aussi critiqué la répétition des promesses non tenues dans les précédentes déclarations ministérielles, soulignant que seul un engagement sérieux dans l’exécution des réformes permettra de répondre aux attentes des Libanais. Il a réclamé plus de transparence dans la gestion des aides internationales destinées à l’armée, et plaidé pour une réforme structurelle des institutions de contrôle.
Le vote de confiance en ligne de mire
Alors que les débats se poursuivent, le vote de confiance prévu dans les prochains jours sera un moment décisif pour le gouvernement. Si une majorité de députés semble encline à accorder sa confiance, plusieurs d’entre eux ont averti qu’ils resteraient vigilants sur l’application des engagements. Entre attentes économiques pressantes, défis sécuritaires et tensions politiques, le nouveau gouvernement devra prouver sa capacité à répondre aux aspirations d’un peuple en quête de solutions concrètes.



