Depuis l’indépendance en 1943, plusieurs anciens chefs de l’armée ont été élus à la présidence de la République libanaise, souvent dans des contextes de crises ou de compromis politiques. Ils ont marqué l’histoire contemporaine du pays :
- Fouad Chehab (1958-1964)
Commandant de l’armée de 1945 à 1958, Fouad Chehab est considéré comme l’architecte de l’État moderne libanais. Son élection intervient dans un contexte de forte instabilité, marqué par la guerre civile de 1958. Son mandat est associé à des réformes administratives et à une tentative de réduire les disparités confessionnelles. - Émile Lahoud (1998-2007)
Commandant de l’armée de 1989 à 1998, Lahoud est élu avec le soutien de la Syrie à une époque où celle-ci exerçait une forte influence sur la politique libanaise. Son mandat a été prolongé en 2004, une décision controversée qui a exacerbé les divisions politiques internes. - Michel Sleiman (2008-2014)
Commandant de l’armée de 1998 à 2008, il a été élu dans le sillage de l’accord de Doha, après une vacance présidentielle de 18 mois. Sleiman a dirigé le pays dans une période de tensions régionales croissantes et de polarisation interne. - Michel Aoun (2016-2022)
Bien qu’il ait quitté son poste de commandant de l’armée en 1988, son parcours reste marqué par sa carrière militaire et son rôle en tant que chef des Forces armées libanaises durant les dernières années de la guerre civile. Son mandat a pris fin en octobre 2022, laissant le pays sans président depuis lors. - Joseph Aoun (potentiellement en 2025)
L’actuel commandant de l’armée, Joseph Aoun, pourrait rejoindre cette liste si un consensus politique se dégage autour de sa candidature et si un amendement constitutionnel est adopté.
La question de l’amendement constitutionnel
Pour chaque élection d’un commandant de l’armée, le Liban a dû faire face au même débat : la nécessité de modifier la Constitution. L’article 49 stipule qu’un haut fonctionnaire, civil ou militaire, doit démissionner au moins deux ans avant d’être éligible à la présidence. Cela a été contourné pour les précédents commandants, mais la controverse persiste sur l’effet de tels amendements.
L’élection d’Emile Lahoud et celle de Michel Sleiman ont nécessité des ajustements similaires. Les opposants à cette pratique soulignent qu’elle affaiblit l’État de droit en privilégiant des solutions ad hoc. Cependant, les partisans de Joseph Aoun argumentent que son profil, son expérience militaire et son impartialité perçue en font un candidat idéal pour stabiliser le pays dans cette période de crise.
Comparez rapidement les prix des vols avec Fly2Leb.
Un modèle récurrent dans l’histoire libanaise
Le rôle des commandants de l’armée dans la politique libanaise reflète plusieurs réalités :
- L’importance de l’armée comme institution unificatrice dans un pays marqué par des divisions confessionnelles profondes.
- La recherche de figures neutres pour occuper la présidence dans des périodes de crise, les commandants étant souvent considérés comme au-dessus des clivages politiques.
- Le poids des compromis internationaux, de Fouad Chehab soutenu par les États-Unis, à Émile Lahoud imposé par la Syrie, ou Joseph Aoun soutenu aujourd’hui par des puissances régionales et internationales.
Joseph Aoun : Un nouveau chapitre ?
Si Joseph Aoun est élu, il deviendra le cinquième commandant de l’armée à accéder à la présidence, consolidant une tendance historique au Liban. Cependant, son élection dépendra de la capacité du Parlement à surmonter les divisions internes et à s’accorder sur l’amendement constitutionnel nécessaire.
Ce modèle soulève des questions cruciales pour l’avenir politique du Liban. La récurrence de figures militaires à la présidence reflète-t-elle une stabilité institutionnelle ou un blocage politique chronique ? Cette élection sera donc un test décisif pour l’équilibre des pouvoirs au Liban et pour la crédibilité de ses institutions face à une crise existentielle.



