vendredi, janvier 23, 2026

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Edito: Fin de la période de grâce pour les autorités libanaises face aux défis de l’avenir

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Depuis plus de quarante ans, le Liban tourne en rond : on réclame le désarmement du Hezbollah et le démantèlement des milices dans les camps palestiniens, mais jamais on ne propose de perspective claire pour les quelque 500 000 réfugiés palestiniens – sans parler des centaines de milliers de Syriens – qui vivent ici depuis deux ou trois générations. Il est plus confortable de débattre du retour du monopole de la force à l’État que d’affronter la réalité humaine d’un exil interne devenu permanent et, surtout, ses conséquences politiques et sécuritaires.

Il est encore plus frappant de constater que, dès qu’on évoque la création d’un État palestinien ou le droit au retour des réfugiés – exigences que l’État d’Israël rejette catégoriquement – le débat s’interrompt. Or ces deux questions sont indissociables du désarmement : comment envisager une pacification durable sans poser simultanément un cadre légal pour le rapatriement, la scolarisation, le travail et la protection de populations qu’on maintient dans un statut d’« invités permanents » ? Le silence assourdissant qui suit la mention de ces points fondamentaux révèle un manque de courage politique.

Sur le plan diplomatique, le Liban s’enferre dans une posture d’« urgence sécuritaire » qu’il brandit pour obtenir la bienveillance de Tel-Aviv ou de Washington. On joue sur le sentiment de menace pour soutirer quelques fonds – au risque d’ouvrir la boîte de Pandore d’une guerre civile ou de piétiner notre neutralité constitutionnelle. Pour mémoire, sous le premier mandat de Donald Trump, on nous promettait jusqu’à 32 milliards de dollars d’aide conditionnés à l’acceptation des réfugiés palestiniens sur notre sol plutôt qu’à leur retour ; un chantage financier qui n’a jamais débouché sur un engagement réel et qui a perduré jusqu’à la crise financière de 2019, elle-même induite par l’avidité de nos banquiers, mais qui a profondément alimenté les divisions internes.

Élu président de la République le 9 janvier 2025, Joseph Aoun a suscité un regain d’espoir. La formation, peu après, du gouvernement d’union nationale dirigé par Nawaf Salam – désigné Premier ministre le 13 janvier 2025 et entré en fonction le 8 février 2025 – a donné l’impression d’une véritable « période de grâce ». Les premières annonces portaient sur la refonte des marchés publics, la lutte contre la fraude bancaire et un plan de retour progressif pour les réfugiés. Mais, quelques mois seulement après sa prise de fonction, ce catéchisme réformateur est resté lettre morte : les lois promises n’ont pas été déposées et l’audit des établissements bancaires n’a jamais démarré.

Entre-temps, les fractures politiques se sont accentuées : les Forces libanaises, alliées de circonstance au sein du gouvernement, exigent un État fort, neutre et transparent, tout en bloquant les réformes financières et bancaires ; de l’autre, le Hezbollah s’accroche à son rôle de « résistant », refusant toute concession susceptible de fragiliser son arsenal. Par ailleurs, le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji, multiplie les surenchères en appelant publiquement à l’élimination de « l’arme parallèle », alors même que le président Aoun plaide pour un apaisement et une concertation nationale : ce décalage creuse la défiance mutuelle et éloigne toute perspective de compromis aboutissant à augmenter les tensions et non à un résultat réel sur le terrain.

Parallèlement, le dialogue public est monopolisé par les tractations avec le Fonds monétaire international. Certains ministres promettent un plan « avec le FMI », d’autres vantent une solution « sans le FMI » ; jamais on ne parle de la réforme en profondeur du secteur bancaire ni de l’assainissement des bilans. Les banques, jadis sommées de consolider leurs fonds propres et d’ouvrir leurs livres, évoluent aujourd’hui dans une opacité tolérée. Quant à la lutte contre la corruption, elle s’est réduite à de vagues promesses, rapidement englouties par les prochains remaniements ministériels.

Les autorités ont laissé filer la « période de grâce » ouverte par l’élection de janvier 2025 : aucune commission indépendante n’a été créée pour auditer la dette publique, contrôler les circuits financiers ou élaborer un véritable plan de rapatriement pour les réfugiés dans le cadre d’un plan de paix régional et sans nous brader au plus offrant. Les rendez-vous manqués s’accumulent : plans d’aide internationale reportés, auditions parlementaires anecdotiques, discours ministériels sans lendemain. Bilan : chômage élevé, inflation galopante, services publics défaillants et sentiment d’abandon général.

Ce désenchantement s’est manifesté lors des dernières élections municipales : là où la société civile espérait l’arrivée de nouveaux visages, la majeure partie de ceux qui croyaient encore possible un véritable changement a définitivement quitté le Liban, et ce sont les mêmes barons locaux – héritiers de réseaux clientélistes, distributeurs de colis alimentaires ou de permis de construire – qui ont repris le pouvoir, reconquérant leur influence et confirmant à l’électorat qu’aucune alternative crédible ne subsiste.

Aujourd’hui, près de 75 % des Libanais estiment que rien ne change et qu’on continue de les tromper. Ils constatent un État qui revendique la neutralité tout en se dérobant à sa responsabilité la plus élémentaire : garantir la sécurité juridique et économique de tous ses habitants, réfugiés compris. Comment rester neutre quand un demi-million de personnes – ni citoyennes, ni entièrement étrangères – vivent sur notre sol sans perspectives d’avenir ? Quelle réponse peut-on donner sans vendre au plus offrant mais dans l’intérêt du Liban seul.

Le Liban doit enfin prendre conscience des enjeux réels : l’impossible perpétuation de l’« invitation permanente », le risque de replonger dans le chaos de 1975 à plus ou moins terme et la tentation pour certains de sacrifier l’intérêt national sur l’autel de leurs propres comptes bancaires.

Il n’y a pas de « désarmement » sans solution politique de fond. Pour échapper à cette fatalité, il est urgent d’exiger de nos dirigeants qu’ils mettent fin aux demi-mesures, qu’ils lient réforme sociale et réforme bancaire, et qu’ils refusent de troquer l’avenir du pays contre un chèque de quelques millions. C’est ainsi seulement que la neutralité libanaise retrouvera un sens, et que tous ceux qui vivent sur notre sol – citoyens surtout sans la cohorte des réfugiés – pourront enfin espérer un véritable avenir.

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Newsdesk Libnanews
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