Lorsque Benjamin Netanyahou déclare que « c’est la guerre qui a créé Israël », il dévoile une stratégie qui dépasse le simple constat historique : pour Israël, la guerre est non seulement un instrument de défense mais une nécessité existentielle. Emmanuel Macron, rappelant que c’est l’ONU qui a formellement créé Israël en 1948, a été promptement corrigé par son homologue israélien, insistant sur le fait que c’est en réalité le conflit qui a façonné l’État. Mais cette vision va bien au-delà d’une question de fondation : elle touche à la stratégie même de l’existence d’Israël.
La guerre, pilier de la stratégie israélienne
La réponse de Netanyahou ne doit pas être perçue uniquement comme un fait historique mais bien comme une philosophie politique. Depuis sa création, Israël s’est perçu comme une forteresse entourée d’ennemis, où la guerre est non seulement un mal nécessaire, mais aussi un moyen d’existence. Le complexe de Messada, symbole de résistance face à la défaite, est devenu un paradigme stratégique : Israël ne cédera jamais, même si cela signifie se battre continuellement. Pour les dirigeants israéliens, la paix n’est pas une option viable, car elle impliquerait de faire des concessions — notamment aux Palestiniens.
La paix, une menace existentielle
Accepter la paix signifierait non seulement reconnaître les droits des Palestiniens, mais aussi faire face à des exigences internationales et régionales. Cela remettrait en question l’occupation de territoires, la reconnaissance des frontières, et surtout, le droit au retour des Palestiniens. Or, pour Israël, toute concession est perçue comme une menace. La guerre, elle, permet de repousser ces discussions indéfiniment. En se maintenant dans cet état de guerre perpétuelle, Israël maintient son statu quo politique, mais se garantit aussi un soutien financier et militaire massif des États-Unis.
Guerre et aide américaine : un partenariat stratégique
Le lien entre guerre et aide américaine est un des piliers de la stratégie israélienne. Chaque année, Israël reçoit environ 3,8 milliards de dollars en aide militaire des États-Unis. Ce soutien est justifié par la position stratégique d’Israël au Moyen-Orient, mais aussi par l’argument selon lequel le pays est constamment menacé par ses voisins. Tant que le climat de guerre perdure, cette aide est assurée, permettant à Israël de maintenir sa suprématie militaire dans la région.
Cependant, cette dépendance à la guerre comporte des risques. À force de se créer des ennemis, Israël finit par perpétuer un cycle où chaque guerre engendre une nouvelle menace, nécessitant plus d’interventions militaires et, par conséquent, plus de soutien américain. Ce cercle vicieux, s’il assure la survie immédiate d’Israël, pourrait à terme se retourner contre lui.
Le rejet des institutions de l’ONU
Une autre composante de cette stratégie est la tentative israélienne de discréditer ou affaiblir les institutions internationales, notamment celles issues de l’ONU. L’UNRWA, qui s’occupe des réfugiés palestiniens, est régulièrement critiquée par Israël, car elle maintient en vie la question du droit au retour des Palestiniens. De même, la FINUL, force de maintien de la paix au sud du Liban, est vue comme un obstacle à la politique israélienne dans la région. En affaiblissant ces institutions, Israël s’assure de ne pas avoir à affronter directement des demandes internationales de justice ou de résolution de conflits.
La guerre pour éviter la paix
Cette stratégie israélienne de maintenir un état de guerre perpétuelle peut sembler assurer une stabilité relative à court terme, mais à long terme, elle isole de plus en plus Israël sur la scène internationale. À force de rejeter les initiatives de paix, de se créer des ennemis, et de saboter les institutions de l’ONU, Israël risque d’enfermer lui-même son avenir dans une spirale de conflits.
Si la guerre a peut-être créé Israël, comme le soutient Netanyahou, elle ne peut être son seul avenir. Ce n’est pas le choix en réalité de ses voisins qui se voient imposer cette guerre. La paix, bien qu’elle implique des compromis, est la seule véritable solution pour assurer une stabilité durable à Israël et à la région. Mais pour cela, Israël devra d’abord accepter de reconnaître l’existence et les droits des Palestiniens, et abandonner l’idée que la guerre est la seule voie possible.



