mercredi, janvier 14, 2026

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Edito: Le miracle papal des nids-de-poule

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Ah, le Liban ! Ce pays où les miracles ne se produisent pas tous les jours, sauf quand un pape pointe le bout de sa tiare. À l’approche de la visite apostolique de Léon XIV, du 30 novembre au 2 décembre 2025, les autorités ont subitement découvert des fonds magiques pour réparer les routes. Pas toutes, bien sûr – seulement celles que le souverain pontife empruntera. Dans un État asphyxié par une dette publique qui dépasse allègrement les 100 milliards de dollars, soit plus de 150 % du PIB selon les dernières estimations de 2025, c’est presque comique de voir comment une simple annonce vaticane peut transformer des chaussées lunaires en autoroutes dignes d’un cortège divin. Pendant que les citoyens ordinaires slaloment entre les cratères quotidiens, les axes menant aux sites religieux se pavent d’or – ou du moins d’asphalte frais. Un vrai prodige, non ? ou plutôt un vrai miracle !!!

Les travaux ont démarré fin octobre, comme par enchantement, sous la houlette du ministère des Travaux publics et des Transports, dirigé par Fayez Rasamny. Ce dernier, nommé en février 2025 dans le cabinet de Nawaf Salam, a orchestré une opération chirurgicale : resurfaçage des routes, installation d’éclairages hybrides mélangeant solaire et électricité – parce que, soyons honnêtes, le réseau électrique libanais est aussi fiable qu’un politicien en campagne. Prenez la route de Jounieh à Bkerké, siège du patriarcat maronite : des kilomètres de bitume neuf, des bordures renforcées, des systèmes de drainage pour éviter que les pluies hivernales ne transforment tout en piscine olympique. Et Harissa, avec sa basilique Notre-Dame du Liban ? Pareil : asphaltage impeccable, signalisation rutilante. Même le monastère de Saint-Charbel à Annaya a eu droit à son lifting routier. À Beyrouth, la place des Martyrs et le front de mer se préparent à accueillir les messes papales avec des barrières de sécurité et des accès VIP pour les véhicules officiels. Coût estimé ? Plusieurs millions de dollars, d’après les évaluations internes du ministère. Pas mal pour un pays où la livre libanaise a chuté de plus de 98 % depuis 2019, stabilisée désormais autour de 89 000 livres pour un dollar, et où l’inflation annuelle flirte encore avec les 14 % en mai 2025.

On pourrait presque rire jaune en pensant à la crise économique qui ronge le Liban depuis 2019. Le PIB a fondu comme neige au soleil, passant d’environ 55 milliards de dollars en 2018 à une estimation autour de 35 milliards en 2020, avant une timide reprise à 4,9 % au premier trimestre 2025 – mais rien qui ne compense les années perdues. Les dépôts bancaires restent gelés pour la plupart des citoyens, forçant des familles entières à survivre avec des retraits limités à quelques centaines de dollars par mois. Et pendant ce temps, les routes papales brillent de mille feux. C’est comme si le gouvernement avait trouvé un trésor caché sous les sièges du Conseil pour le développement et la reconstruction, qui coordonne ces efforts. Nawaf Salam, le Premier ministre, a même émis un mémorandum le 28 octobre 2025 pour fermer administrations et institutions pendant la visite – histoire que tout le monde puisse admirer ce spectacle sans distractions bureaucratiques.

Des chaussées sanctifiées : quand le bitume devient une priorité divine au milieu du chaos financier

Imaginez la scène : des ouvriers affairés, des camions déversant du goudron fumant, tout ça pour que le pape ne secoue pas trop sa papamobile sur les bosses libanaises. Les travaux incluent non seulement le resurfaçage, mais aussi des aménagements high-tech : éclairage solaire pour pallier les coupures d’électricité récurrentes – parce que, au Liban, l’obscurité n’est pas seulement métaphorique. Sur la voie Jounieh-Bkerké-Harissa, longue de plusieurs kilomètres, les équipes ont renforcé les accotements, installé des glissières de sécurité et même planté des arbustes pour un effet paysager. À Annaya, le chemin vers Saint-Charbel, saint patron des miracles improbables, a été asphalté sur une dizaine de kilomètres, avec des marquages au sol frais et des panneaux indiquant les directions en arabe, français et anglais – au cas où le pape se perdrait dans la traduction.

Ces interventions ne sont pas anodines dans un contexte où les infrastructures publiques tombent en ruine partout ailleurs. Prenez les routes du Sud-Liban, ravagées par les conflits récents avec Israël : là, pas de miracle papal, juste des nids-de-poule géants qui avalent les pneus des voitures. Ou celles de Tripoli, au Nord, où les habitants protestent régulièrement contre l’état lamentable des voies, sans que cela n’émeuve grand monde. Mais pour Léon XIV, premier pape américain de l’histoire, élu plus tôt en 2025 après le décès de François, tout change. Sa visite, la première à l’étranger, combine Turquie du 27 au 30 novembre et Liban ensuite, avec un programme chargé : rencontres avec les autorités religieuses, messes publiques, appels à la paix dans un pays « blessé », comme l’a décrit un prêtre libanais dans une déclaration récente. Le Vatican a annoncé le programme officiel le 27 octobre : arrivée à Beyrouth le 30 novembre, visite à Bkerké, Harissa, Annaya, et des célébrations à Beyrouth. Pas étonnant que les routes concernées soient prioritaires – imaginez le scandale si la papamobile tombait dans un trou !

Et le financement dans tout ça ? Mystère et boule de gomme. Le ministère des Finances, sous la direction de son titulaire actuel dans le cabinet Salam, n’a pas détaillé comment ces millions ont été débloqués alors que les réserves de la Banque centrale ont à peine augmenté de 210 millions de dollars au début 2025, portant le total à 10,35 milliards – une goutte d’eau dans l’océan de la dette. On parle de partenariats avec des entrepreneurs locaux, peut-être des dons de la diaspora, mais rien d’officiel. Pendant ce temps, les hôpitaux manquent de médicaments, les écoles peinent à payer les salaires des enseignants, et l’électricité est rationnée à quelques heures par jour. C’est presque hilarant de voir comment une visite pontificale peut mobiliser des ressources que les besoins quotidiens des Libanais ne parviennent pas à susciter.

Au final, le vrai miracle aurait été de trouver tout cet argent pour aider les populations les plus vulnérables face à la crise. Vous savez … les 85% de la population, voire même un peu plus, qui ne parviennent que difficilement à boucler les fins de mois … Mais évidemment pour elles, aucun moyen d’ampleur ne pourrait être mobilier. Elles n’auront qu’à prier pour qu’un réel miracle puisse se produire.

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Newsdesk Libnanews
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