Une rhétorique provocatrice aux ambitions historiques
Dans une interview accordée à i24NEWS le 12 août 2025, Benjamin Netanyahou réaffirme son soutien à la vision d’un « Grand Israël » englobant des territoires de l’Égypte, de la Jordanie, du Liban, de la Syrie et de l’Irak. Ces propos, empreints d’une rhétorique messianique où le Premier ministre israélien revendique une « mission historique », révèlent une duplicité : un discours sécuritaire pour rassurer les partenaires occidentaux, et une rhétorique expansionniste qui galvanise les ultranationalistes de sa coalition. Cette posture s’accompagne d’une politique brutale à Gaza, où les opérations militaires, souvent dénoncées comme une tentative de « nettoyage ethnique » par leurs critiques, s’inscrivent dans des projets plus larges, incluant des discussions sur le déplacement « volontaire » de populations palestiniennes vers le Soudan du Sud, malgré le refus de ce dernier. Face à ces provocations, le silence de nombreuses capitales occidentales traduit une omerta internationale, en contraste avec la condamnation rapide des actions des adversaires d’Israël.
Netanyahou évoque le concept du « Grand Israël », ancré dans le sionisme révisionniste, qui envisage un État juif s’étendant du Nil à l’Euphrate, incluant des territoires souverains voisins. Cette vision, tirée de certaines interprétations bibliques, n’est pas une simple figure rhétorique : elle reflète les aspirations d’une frange croissante de la société israélienne, portée par les partis ultranationalistes au sein de la coalition au pouvoir. Ironiquement, le slogan « du Nil à l’Euphrate », popularisé à l’origine par les cercles sionistes révisionnistes pour exprimer une ambition territoriale maximale, a été repris par les Palestiniens dans leur lutte contre l’expansion israélienne. Israël dénonce cette rhétorique comme une menace à son existence lorsqu’elle est utilisée par ses adversaires, mais l’emploi de ce même slogan par Netanyahou révèle une contradiction flagrante : le gouvernement israélien condamne chez autrui ce qu’il promeut lui-même. Prononcés dans un contexte de tensions avec le Hezbollah, le Hamas et l’Iran, ces propos attisent les flammes dans une région où la méfiance envers Israël est déjà profonde.
Ce double langage caractérise le leadership de Netanyahou. À l’international, il met l’accent sur la sécurité d’Israël face aux menaces extérieures, tout en rassurant ses alliés occidentaux sur son attachement à la stabilité. En interne, il flatte les factions radicales qui rêvent d’une expansion territoriale sans compromis. Cette dualité est particulièrement évidente dans la politique menée à Gaza et dans les discussions sur le déplacement « volontaire » de populations palestiniennes vers des pays tiers comme le Soudan du Sud, une idée qui soulève de vives critiques pour son caractère coercitif et son mépris des réalités géopolitiques.
Le plan israélien à Gaza et les projets de déplacement vers le Soudan du Sud
Depuis l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, la réponse militaire israélienne à Gaza atteint une intensité sans précédent. Les bombardements massifs, les déplacements forcés de populations et la destruction d’infrastructures civiles causent des dizaines de milliers de morts, selon les organisations internationales. Ce que le gouvernement israélien présente comme une lutte contre le terrorisme est perçu par beaucoup dans le monde arabe comme une tentative de vider Gaza de sa population palestinienne pour faciliter une annexion de facto. Dans ce contexte, des informations récentes indiquent qu’Israël explore activement des projets de déplacement « volontaire » de Palestiniens vers le Soudan du Sud, malgré le refus explicite de ce pays d’accueillir de telles populations.
Netanyahou, dans son interview à i24NEWS, a décrit ces déplacements comme une « migration volontaire », s’inscrivant dans une vision qu’il attribue à l’ancien président américain Donald Trump. Il a déclaré qu’Israël « autoriserait » les Palestiniens à quitter Gaza, d’abord des zones de combat, puis potentiellement l’enclave entière, pour des destinations comme le Soudan du Sud. Cette proposition, qualifiée par les critiques de nettoyage ethnique déguisé, ignore les conditions humanitaires désastreuses dans le Soudan du Sud, où des millions de personnes souffrent de famine et d’instabilité. Le ministère des Affaires étrangères du Soudan du Sud a fermement démenti toute discussion avec Israël sur ce sujet, qualifiant ces informations de « non fondées ».
Ces projets de déplacement s’inscrivent dans une logique plus large qui fait écho à la vision du « Grand Israël ». En affaiblissant les structures palestiniennes à Gaza, en morcelant les territoires et en proposant des solutions de « migration » dans des pays tiers, le gouvernement israélien semble chercher à réduire la présence palestinienne dans les territoires qu’il revendique. Ces initiatives, si elles se concrétisaient, violeraient le droit international, notamment les principes d’autodétermination et de non-refoulement, qui interdisent l’expulsion forcée de populations vers des zones dangereuses. Mais après tout, le peuple élu n’a pas à respecter le droit international, comme l’a déclaré le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich : « Le droit international ne s’applique pas aux Juifs… c’est la différence entre le peuple élu et les autres. » Cette affirmation, qui reflète une vision suprémaciste, légitime les politiques expansionnistes et les projets de déplacement tout en rejetant les normes internationales qui protègent les droits des populations.
Les ultranationalistes et le sionisme révisionniste : moteurs de l’expansionnisme
La coalition de Netanyahou, formée en 2022, repose sur des partis ultranationalistes comme le Parti sioniste religieux de Bezalel Smotrich et Otzma Yehudit d’Itamar Ben-Gvir. Ces mouvements s’inspirent du sionisme révisionniste, fondé par Vladimir Jabotinsky dans les années 1920. Contrairement au sionisme travailliste, qui acceptait des compromis territoriaux, le révisionnisme prône une souveraineté juive sans concession sur les terres considérées comme historiques, incluant la Cisjordanie et, pour certains, des territoires voisins.
Smotrich et Ben-Gvir, occupant des postes clés, ne dissimulent pas leurs ambitions. Ils appellent à l’annexion de la Cisjordanie, à l’expansion des colonies et, pour les plus radicaux, à une reconquête des terres bibliques. Ces idées, autrefois marginales, gagnent du terrain grâce à l’influence des colons et des mouvements messianiques, qui voient l’expansion comme une mission divine. Netanyahou, bien que pragmatique par le passé, semble de plus en plus aligné sur ces positions pour préserver son pouvoir.
Le sionisme révisionniste, avec son rejet des compromis et son insistance sur la domination territoriale, est au cœur de la résurgence du discours du « Grand Israël ». Héritier des organisations comme l’Irgoun, ce courant trouve un écho dans les politiques de colonisation, les opérations à Gaza et les projets de déplacement de populations. En évoquant des territoires au-delà des frontières actuelles et en promouvant des « migrations volontaires », Netanyahou légitime une idéologie qui menace la stabilité régionale.
Une omerta internationale : le silence coupable de l’Occident
Face aux déclarations de Netanyahou, à la politique à Gaza et aux projets de déplacement vers le Soudan du Sud, le silence de nombreuses capitales occidentales est frappant. Alors que les violations des droits humains par le Hamas ou l’Iran sont rapidement dénoncées, les ambitions expansionnistes prêtées à Israël passent souvent sous les radars des grands médias et des responsables politiques. Ce deux poids, deux mesures s’explique par plusieurs raisons : les alliances stratégiques avec Israël, allié clé des États-Unis et de certains pays européens ; la complexité du conflit israélo-palestinien, où les narratifs s’opposent ; et surtout, les accusations d’antisémitisme systématiquement brandies contre ceux qui critiquent les politiques israéliennes.
Pourtant, le sionisme, en tant que doctrine politique prônant un État juif, n’est pas une religion mais une idéologie critiquable et faillible, comme toute construction politique. Confondre critique du sionisme et antisémitisme sert à étouffer le débat légitime sur les actions d’Israël, renforçant l’omerta internationale.
Ce silence est problématique. En ne condamnant pas des propos et des projets qui remettent en cause l’intégrité territoriale d’États souverains et les droits des Palestiniens, de nombreux pays occidentaux semblent cautionner une rhétorique dangereuse. Les actions à Gaza, les discussions sur le déplacement de populations et l’ironie de l’utilisation du slogan « du Nil à l’Euphrate » par Israël renforcent la perception d’un projet hégémonique dans le monde arabe, alimentant la radicalisation. Cette passivité contraste avec les appels à la paix, sapant la crédibilité de certaines puissances occidentales. Cependant, des pays comme la France, l’Irlande, la Norvège, l’Espagne, le Royaume-Uni, le Canada et le Portugal ont récemment annoncé leur intention de reconnaître l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2025, une démarche perçue comme un moyen de contrer les ambitions expansionnistes israéliennes en réaffirmant le droit des Palestiniens à un État souverain. La France, en particulier, co-organise une conférence à l’ONU avec l’Arabie saoudite pour promouvoir la solution à deux États, marquant une tentative de rallier d’autres pays à cette cause, bien que cette initiative soit critiquée par Israël et les États-Unis comme contre-productive.
Les dangers d’une escalade régionale
Les déclarations de Netanyahou, la politique à Gaza et les projets de déplacement vers le Soudan du Sud risquent d’entraîner une escalade majeure. En légitimant le « Grand Israël » et en poursuivant des initiatives perçues comme coercitives, le gouvernement galvanise les ultranationalistes tout en radicalisant ses adversaires. Les voisins d’Israël, déjà méfiants, pourraient renforcer leurs postures militaires, comme le Hezbollah ou l’Iran. Une guerre régionale, aux conséquences dévastatrices, devient un scénario plausible.
Par ailleurs, la marginalisation des Palestiniens, à Gaza comme en Cisjordanie, rend la paix illusoire. En poursuivant une politique perçue comme visant à effacer l’identité palestinienne, notamment à travers des déplacements forcés déguisés en « volontaires », Israël s’expose à une résistance accrue, tant militaire que diplomatique. Les accusations de « nettoyage ethnique » à Gaza et au-delà, bien que controversées, gagnent du terrain à l’international, isolant davantage l’État hébreu.
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