Le dernier rapport du département d’État américain, relayé par Le Figaro ce 12 août 2025, dénonce une soi-disant « détérioration » des droits humains en Europe, pointant du doigt des restrictions à la liberté d’expression en France, une montée de l’antisémitisme, ou encore une loi britannique sur la sécurité en ligne visant à protéger les mineurs des contenus nuisibles, notamment à caractère pédophile. Un comble, quand on sait que ce même rapport, émanant de l’administration Trump, semble taillé sur mesure pour égratigner les adversaires politiques de Washington tout en ménageant ses alliés. Mais avant de donner des leçons au Vieux Continent, les États-Unis feraient bien de balayer devant leur porte.
Commençons par la liberté d’expression, que les États-Unis prétendent défendre en critiquant la France. Outre-Atlantique, la censure n’est pas un mythe : des agences gouvernementales ont été accusées de pressions sur les réseaux sociaux pour supprimer des contenus jugés gênants, notamment sur le changement climatique ou les abus liés à la politique étrangère. Les lanceurs d’alerte révélant des vérités dérangeantes, comme les exactions commises à Gaza, sont souvent réduits au silence ou marginalisés. Pendant ce temps, les fake news prospèrent dans un écosystème médiatique polarisé, où la désinformation sert trop souvent d’outil politique. Si la France est épinglée pour ses lois sur la désinformation, les États-Unis, eux, laissent proliférer les théories du complot, souvent avec la bénédiction implicite de figures influentes.
Le rapport américain épargne curieusement certains alliés de Trump, comme le Salvador, où les violations des droits humains dans la lutte contre les gangs sont bien documentées par les ONG, mais passées sous silence par Washington. À l’inverse, des pays comme le Brésil ou l’Afrique du Sud, en froid avec l’administration Trump, sont cloués au pilori. Au Brésil, le rapport fustige des restrictions à la liberté d’expression, comme si les partisans de Jair Bolsonaro, que Trump soutient ouvertement, étaient des parangons de démocratie. Ce deux poids, deux mesures trahit une instrumentalisation évidente : ce rapport n’est pas une analyse objective, mais un outil géopolitique pour frapper les opposants et cajoler les amis.
Prenons le cas du Royaume-Uni, cloué au pilori pour sa loi sur la sécurité en ligne, accusée de brimer la liberté d’expression. Cette législation vise pourtant à protéger les mineurs des abus sexuels et des contenus pédophiles sur Internet – un objectif difficilement contestable. Ironie du sort, ce reproche vient d’une administration dirigée par Donald Trump, dont les liens troubles avec Jeffrey Epstein, figure centrale d’un scandale de pédophilie impliquant des élites, continuent d’alimenter les soupçons. Des documents judiciaires rendus publics en 2024 ont révélé des interactions répétées entre Trump et Epstein, sans que l’ancien président n’ait jamais pleinement clarifié sa position. Accuser le Royaume-Uni de sur-réglementation dans la lutte contre la pédophilie, alors que l’affaire Epstein reste une tache indélébile aux États-Unis, relève d’une audace presque comique.
Quant à la société américaine, elle est loin d’être un modèle d’égalité et de justice. Les inégalités économiques explosent, les migrants sont souvent traités comme des parias, et les pauvres sont laissés pour compte dans un système où l’accès à la santé ou à l’éducation devient un luxe. Les États-Unis, où la violence par armes à feu fait des ravages et où les tensions raciales restent vives, osent sermonner l’Europe sur les droits humains. C’est un peu comme si l’hôpital, en pleine épidémie, reprochait à la clinique d’en face de manquer de pansements.
Ce rapport n’est pas une défense des droits humains, mais une arme de politique étrangère, réécrite pour refléter les priorités de l’administration Trump, au mépris de l’objectivité. Avant de jouer les professeurs de morale, les États-Unis devraient regarder leur propre miroir : il est bien fêlé et vire vers un système autoritaire digne de certaines dictatures. L’Europe, avec ses imperfections, n’a pas de leçons à recevoir d’un pays qui peine à incarner les valeurs qu’il prétend promouvoir.



