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Édito : MEA, le ciel libanais à prix d’or et l’idée low-cost qui fait rire jaune

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Middle East Airlines (MEA), la compagnie nationale libanaise, est sous le feu des critiques. Les prix exorbitants des billets pour le Liban et son monopole sur l’aéroport de Beyrouth ont enflammé les réseaux sociaux. Face à la grogne, MEA a annoncé vouloir lancer une filiale low-cost, une idée qui semble plus cosmétique que révolutionnaire. Si le courage des équipages, qui ont bravé les bombardements israéliens de 2023 et 2024, force l’admiration, cela ne suffit pas à apaiser la frustration des voyageurs.

Un monopole qui coûte cher

L’aéroport international Rafic-Hariri de Beyrouth, unique porte d’entrée aérienne du Liban, est géré par la Direction générale de l’aviation civile (DGCA), sous l’égide du ministère des Travaux publics et des Transports, donc sous contrôle de l’État libanais. Depuis les bombardements israéliens de 2023 et 2024, la plupart des compagnies étrangères, comme Turkish Airlines, Qatar Airways ou Air France, ont suspendu leurs vols, invoquant des risques sécuritaires et des assurances réticentes. Résultat : MEA, détenue à 99,5 % par la Banque du Liban (BDL), est la seule compagnie régulière à opérer, et les prix s’envolent. Un aller-retour Paris-Beyrouth à 1200 euros en classe économique ? Une routine. Un vol depuis Dubaï à 900 dollars ? Presque une aubaine. « J’ai payé moins cher pour New York ! », s’indigne un désormais ex-client de la compagnie nationale. Selon Kayak, en mai 2025, un billet MEA Londres-Beyrouth coûtait 30 % plus cher qu’un vol avec escale via Turkish Airlines.

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MEA attribue ces tarifs aux coûts de la guerre : primes d’assurance élevées, carburant importé à prix d’or dans un pays en crise économique, et compensations pour les pilotes opérant dans un espace aérien sous tension. Mais ces arguments peinent à convaincre. Pourquoi les prix restent-ils élevés après le cessez-le-feu de novembre 2024 ? Et pourquoi l’aéroport, sous contrôle étatique, impose-t-il des taxes d’atterrissage élevées qui freinent l’arrivée de concurrents low-cost ? Le monopole de MEA, renforcé par l’absence de concurrence, semble plus lucratif que patriotique.

Une low-cost, ou comment maquiller le problème

Le 10 juin 2025, MEA a annoncé son projet de lancer une compagnie low-cost. La nouvelle a suscité plus de scepticisme que d’enthousiasme. Car qu’est-ce qui, dans l’offre actuelle de MEA, justifie des tarifs premium ? Les sièges en classe économique, où l’espace pour les jambes est un luxe ? Les repas à bord, décrits comme basiques sur TripAdvisor ? Les écrans de divertissement, parfois en panne, selon les plaintes sur X ? Une low-cost supprime les extras : pas de repas gratuit, moins de bagages inclus, personnel réduit. Mais chez MEA, ces « extras » sont déjà minces. À quoi ressemblera cette low-cost ? Des billets à 800 euros au lieu de 1000, avec des frais pour choisir son siège ? « MEA va repeindre un Airbus en orange et appeler ça low-cost », ironise un post vu sur les réseaux sociaux.

Les taxes d’atterrissage élevées à l’aéroport de Beyrouth, géré par l’État, découragent des concurrents comme Ryanair ou Wizz Air. Une low-cost interne, contrôlée par MEA, risque d’être un simple coup de communication pour calmer la grogne sans changer la donne. La BDL, propriétaire quasi total de MEA, n’a aucun intérêt à saboter ses profits avec une véritable concurrence.

Les héros du ciel

S’il y a un domaine où MEA brille, c’est le courage de ses équipages. Pendant les bombardements de 2023 et 2024, pilotes et hôtesses ont maintenu les vols malgré un ciel zébré de missiles. Des vidéos sur X montraient des Airbus décollant sous des explosions au loin. En 2006, l’aéroport avait été détruit par des frappes israéliennes ; en 2023-2024, MEA a maintenu un pont aérien vital. Les pilotes naviguaient avec des GPS brouillés et sous la menace de chasseurs israéliens. Mohamad El-Hout, PDG de MEA, déclarait en novembre 2024 : « Nos équipages ont créé un pont aérien pour le Liban. » Ce courage est indéniable.

Mais il ne justifie pas tout. Les héros du cockpit ne fixent pas les prix. Ce sont les dirigeants de MEA, soutenus par la BDL, qui décident qu’un aller simple vaut un salaire mensuel libanais. Applaudir les équipages ne doit pas faire oublier les tarifs prohibitifs.

Et maintenant, quoi ?

La polémique ne s’éteindra pas de sitôt. Les Libanais, habitués à jongler avec les crises, ont leurs astuces : vols avec escale à Istanbul ou Amman, réservations des mois à l’avance, ou renoncement pur et simple. Mais ces palliatifs ne résolvent rien. La diaspora libanaise, qui injecte environ 6 milliards de dollars par an dans l’économie selon la Banque mondiale (2024), est pénalisée et manque de venir vu les prix en dépit de la propaganda menée par certains acteurs économiques en mal de devises fraiches. Le tourisme, potentiel moteur de relance, reste entravé par des tarifs dissuasifs.

La solution ? Ouvrir le ciel libanais à la concurrence en réduisant les taxes d’aéroport, contrôlées par l’État, pour permettre à Ryanair, Wizz Air ou d’autres low-cost de s’installer. Mais cela impliquerait que MEA, propriété de la BDL, et le gouvernement, souvent complice des monopoles, agissent dans l’intérêt des citoyens. Autant dire une chimère dans un pays où la débrouille est reine. En attendant, MEA continuera de brandir son héroïsme tout en facturant des prix qui feraient rougir un magnat du pétrole. Et les Libanais, eux, continueront de râler, de partager des mèmes, et de rêver d’un billet à prix humain. Bon vol… ou plutôt, bonne chance.

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Newsdesk Libnanews
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