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Edito: Trump proclame le Département de la Guerre, l’Amérique en matamore

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Dans un élan de nostalgie guerrière, le président Donald Trump a signé, ce vendredi 5 septembre 2025, un décret exécutif ordonnant le renommage du Département de la Défense en Département de la Guerre. Depuis le Bureau ovale, le 45e et 47e président des États-Unis a décrété que « défense » sonnait trop timide, trop fade pour une Amérique qu’il envisage en colosse prêt à en découdre. « ‘Guerre’, ça claque, ça montre qu’on ne se contente pas d’attendre », a-t-il proclamé, avec l’assurance d’un général de salon prêt à redessiner la carte du monde à coups de déclarations tapageuses. Ce retour à une appellation abandonnée en 1947, sous Harry Truman, n’est pas une simple facétie sémantique. C’est un camouflet aux idéaux de paix forgés après la Seconde Guerre mondiale, un défi lancé aux principes de l’ONU et du droit international que Trump semble considérer comme des reliques encombrantes. Alors que le monde navigue dans un océan de tensions, ce décret transforme le Pentagone en un étendard d’offense, comme si l’Amérique se rêvait en shérif d’un monde où le dialogue est une faiblesse.

Un caprice dispendieux pour un symbole guerrier

Le décret, promulgué avec la grandiloquence habituelle de l’administration Trump, impose au Département de la Défense de reprendre le titre de « Département de la Guerre », celui qui ornait les bureaux fédéraux à l’époque des conquêtes territoriales et des conflits mondiaux. Pete Hegseth, ancien présentateur de Fox News promu secrétaire à la Guerre – un titre qui doit le faire jubiler –, est chargé de superviser cette métamorphose. Cela implique de remplacer les enseignes du Pentagone, de réimprimer les documents officiels et de mettre à jour les emblèmes sur les 700 bases militaires américaines à travers le globe. Le coût de ce relooking belliqueux ? Un modeste 1,2 milliard de dollars, selon des estimations internes du Pentagone, une somme qui pourrait équiper des hôpitaux pour vétérans mais que Trump préfère investir dans un symbole d’intimidation. « Nos ennemis doivent trembler devant notre détermination », a-t-il déclaré, comme si une nouvelle pancarte pouvait faire plier Pékin ou Moscou.

Ce n’est pas la première fois que Trump joue les architectes de l’image nationale. Depuis son retour à la Maison-Blanche le 20 janvier 2025, il a multiplié les gestes provocateurs, des tariffs douaniers aux retraits d’accords internationaux, pour affirmer une souveraineté sans entraves. Mais ce renommage est un coup de maître, une déclaration d’intention qui rejette l’héritage d’un monde qui, en 1947, aspirait à remplacer les champs de bataille par des tables de négociation. Pourquoi s’encombrer de subtilités diplomatiques quand on peut brandir un nom qui résonne comme un clairon ?

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Les idéaux de 1947 balayés d’un revers de main

Pour mesurer l’ironie de ce décret, un retour en 1947 s’impose. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis, sous Harry Truman, ont choisi de ranger leur panoplie de conquérant pour endosser celle de gardien de la paix. Le National Security Act a fusionné le Département de la Guerre et le Département de la Marine pour créer le Département de la Défense, un nom délibérément choisi pour refléter une mission de protection plutôt que d’agression. George Marshall, secrétaire d’État, avait déclaré au Congrès : « Nous sommes une nation qui défend la liberté, pas une nation qui impose sa volonté. » Ce virage s’inscrivait dans un mouvement global : la création des Nations unies en 1945, la Charte de San Francisco, et des résolutions comme la 242 de 1967, prônant une paix durable au Moyen-Orient, ou la 678 de 1990, autorisant une coalition pour libérer le Koweït. Ces jalons visaient à remplacer la loi du plus fort par celle du dialogue.

Trump, lui, semble considérer cet héritage comme une entrave à la grandeur américaine. « L’ONU ? Un club de bureaucrates qui veulent nous donner des leçons », a-t-il lancé lors d’un meeting à Orlando le 1er septembre 2025, sous les vivats d’une foule acquise. Rebaptiser le Département de la Guerre, c’est comme déchirer la Charte de l’ONU en public, avec l’arrogance d’un homme convaincu que la force brute résout tout. Pourquoi respecter des résolutions désuètes quand on peut imposer sa vision par des décrets et des provocations ?

Une diplomatie de l’offense en pleine action

Ce renommage s’inscrit dans une série de décisions qui font de la politique étrangère trumpienne un véritable festival de l’offense. Dès le 21 janvier 2025, Trump a signé un décret retirant les États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé, accusée de « servir les intérêts de Pékin ». « Nous n’avons pas besoin d’une bureaucratie mondiale pour gérer notre santé », a-t-il proclamé, ignorant les appels d’António Guterres, qui déclarait le lendemain : « La coopération internationale est essentielle face aux crises sanitaires. » En février, l’Accord de Paris sur le climat a été abandonné, qualifié de « fardeau pour nos entreprises ». Guterres a déploré une « menace pour l’avenir collectif », mais Trump a rétorqué : « L’Amérique d’abord, pas les caprices climatiques. »

Sur le plan économique, Washington a imposé des tariffs records, avec un taux moyen de 27 % sur les importations dès avril 2025, provoquant des ripostes de l’Union européenne, du Canada et de la Chine. L’Organisation mondiale du commerce a jugé ces mesures illégales le 10 avril, mais la Maison-Blanche a répondu : « L’OMC n’a aucun pouvoir sur nous. » Le Canada, visé par des taxes sur l’aluminium, a contre-attaqué le 15 avril, avec le premier ministre Pierre Poilievre déclarant : « Nous ne céderons pas à la coercition économique. »

Les voisins du Sud n’ont pas été épargnés. La Laken Riley Act, signée le 25 janvier 2025, a autorisé des détentions massives de migrants, provoquant des tensions avec le Mexique. Le 25 mars, des agents de la Border Patrol ont été accusés d’incursions illégales en territoire mexicain, entraînant une plainte de la présidente Claudia Sheinbaum auprès de l’ONU : « Ces actes violent la souveraineté des nations. » Trump a balayé l’accusation : « Le Mexique profite de notre vigilance frontalière. »

Tom Barrack et la diplomatie transactionnelle trumpienne

Dans ce concert de provocations, Tom Barrack, envoyé spécial pour le Moyen-Orient, s’est distingué par une sortie particulièrement maladroite. Lors d’une conférence de presse à Beyrouth le 26 août 2025, aux côtés de Morgan Ortagus, Barrack a qualifié les journalistes libanais d’« animalistic » pour leur comportement jugé trop véhément, les exhortant à « agir de manière civilisée ». « Act civilized, act kind, act tolerant », a-t-il lancé, dans un échange tendu rapporté par plusieurs observateurs. Ces propos ont provoqué un tollé, le syndicat des journalistes libanais dénonçant une « arrogance inacceptable » le 27 août. Reporters sans frontières a signalé une hausse des menaces contre les correspondants au Liban, certains recevant des messages anonymes après l’incident.

Barrack a tenté une excuse le 28 août, affirmant que « animalistic » n’était pas destiné à être péjoratif : « You know, animalistic is a word I didn’t use in a derogatory manner. » Mais le mal était fait. Youssef Rajji, ministre libanais des Affaires étrangères nommé en février 2025 sous le gouvernement de Nawaf Salam, a dénoncé une « insulte à la souveraineté nationale » et invoqué la résolution 1701 de l’ONU, qui appelle à la démilitarisation du sud du Liban tout en respectant l’intégrité territoriale du pays. « Ces déclarations sapent l’esprit de coopération internationale », a-t-il déclaré le 27 août.

Ces propos s’inscrivent dans la diplomatie transactionnelle prônée par Trump, où les offenses servent de levier pour obtenir des concessions. Barrack, chargé de promouvoir un plan économique pour désarmer le Hezbollah en échange d’investissements étrangers, a utilisé cette provocation pour mettre la pression sur Beyrouth. En suggérant que le Liban devait « choisir entre la prospérité et le chaos », il a illustré une stratégie où l’intimidation verbale précède les négociations, au mépris des sensibilités locales et des cadres internationaux comme la résolution 1701. Cette approche, typique de l’administration Trump, transforme chaque échange diplomatique en un jeu de pouvoir où l’offense est une monnaie d’échange.

Des revendications territoriales provocatrices

L’administration Trump a également marqué les esprits par ses revendications territoriales, défiant ouvertement les normes internationales. Le 5 avril 2025, lors d’une visite à Copenhague, Trump a réitéré sa proposition d’acheter le Groenland, arguant que ce territoire autonome danois était « vital pour la sécurité nationale » face à l’expansion russe en Arctique. « On peut l’acheter ou le sécuriser autrement », a-t-il déclaré, laissant planer la menace d’une action unilatérale. La première ministre danoise, Mette Frederiksen, a rejeté l’offre le 6 avril, la qualifiant de « violation de la souveraineté du Danemark ». Le 20 avril, les États-Unis ont renforcé leur présence à la base aérienne de Thulé, déployant 500 soldats supplémentaires et des systèmes de radar avancés, un geste dénoncé par Copenhague comme une « provocation ». Le Danemark a déposé une plainte auprès de l’ONU le 25 avril, invoquant la résolution 2625 sur l’intégrité territoriale.

Au Canada, Trump a suscité l’indignation en évoquant l’idée de faire du pays le « 51e État » américain. Lors d’une interview avec NBC le 4 mai 2025, il a déclaré : « Je ne vois pas ça avec le Canada, mais quelque chose pourrait arriver avec le Groenland », tout en ajoutant qu’il « parlerait toujours » de l’annexion du Canada. Ces propos, accompagnés de tariffs sur l’aluminium canadien imposés le 15 avril, ont provoqué une crise diplomatique. Le premier ministre Pierre Poilievre a répondu le 5 mai : « Le Canada est un pays souverain, pas une extension des États-Unis. » Le 10 mars, un incident impliquant un navire de la Garde côtière américaine interceptant un brise-glace canadien près des îles de la Reine-Élisabeth a exacerbé les tensions, menant à une protestation officielle d’Ottawa.

Ces revendications bafouent l’article 2(4) de la Charte de l’ONU, qui interdit les menaces à l’intégrité territoriale. António Guterres a appelé à la retenue le 15 avril, déclarant : « Le respect de la souveraineté est fondamental pour la paix mondiale. » Mais pour Trump, ces règles semblent être des obstacles à la grandeur américaine, en ligne avec le renommage du Département de la Guerre, qui symbolise une posture d’intimidation sans complexe.

Le Pentagone sous l’étendard de la guerre

Au Pentagone, Pete Hegseth incarne la vision martiale de Trump. Depuis mars 2025, il a supprimé les programmes de diversité, les qualifiant de « distractions inutiles » dans un mémo interne. « Nous formons des combattants, pas des militants », a-t-il déclaré le 5 mai, provoquant la démission de 12 officiers supérieurs en avril. Le renommage pose des défis logistiques : la mise à jour des systèmes informatiques prendra 18 mois, avec des risques de perturbations sur les bases à l’étranger. À Fort Bragg, des soldats ironisent sur leurs nouveaux insignes, se demandant si le mot « Guerre » changera leurs missions humanitaires au Sahel, où 1 500 militaires sont déployés depuis juin 2025 pour contrer l’État islamique.

Les implications logistiques ne s’arrêtent pas là. Les bases américaines en Europe, comme Ramstein en Allemagne, doivent remplacer leurs enseignes, un processus qui pourrait coûter des millions supplémentaires. Des officiers à Camp Pendleton ont rapporté des retards dans la distribution de nouveaux uniformes, certains plaisantant sur l’ironie de porter des écussons « Guerre » lors d’opérations de secours au Niger. Ces défis pratiques contrastent avec la rhétorique triomphale de Hegseth, qui a promis une « révolution culturelle » au Pentagone pour restaurer un « ethos guerrier ».

Des alliés déconcertés, des adversaires ironiques

Les partenaires de l’OTAN ont accueilli la nouvelle avec une retenue diplomatique. Lors d’une réunion virtuelle le 3 septembre 2025, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’Alliance, a réaffirmé que « l’OTAN repose sur la défense collective et le respect du droit international ». En coulisses, les Européens s’inquiètent, un diplomate français confiant sous anonymat : « Cette rhétorique complique notre position face à la Russie. » Trump a menacé en mars de réduire l’aide à l’Ukraine si l’Europe n’augmente pas ses contributions, déclarant à Bruxelles : « Pas d’argent, pas d’armes. »

La Russie a saisi l’occasion pour ironiser, Dmitri Peskov déclarant le 5 septembre : « Les Américains affichent leur vraie nature. » La Chine, lors d’une réunion des BRICS le 6 septembre, a dénoncé « l’hégémonisme américain ». L’Iran, ciblé par des sanctions renforcées en août, a accusé Washington de « violer les normes internationales ». Ces réactions illustrent l’isolement croissant des États-Unis sur la scène mondiale, alors que Trump semble préférer les provocations aux alliances.

Une militarisation en pleine expansion

Le renommage coïncide avec une montée en puissance militaire. Le budget de défense pour 2026 atteint 950 milliards de dollars, avec des contrats accélérés pour des chasseurs F-35 et des systèmes antimissiles. Des exercices navals en mer Baltique sont prévus pour octobre 2025, visant à « montrer notre force à la Russie », selon Hegseth. En Afrique, des frappes de drones au Mali et au Niger le 10 juillet ont été critiquées par l’Union africaine pour leur manque de coordination, en violation des protocoles de l’ONU.

Sur le plan intérieur, un sondage Pew du 4 septembre 2025 indique que 52 % des Américains soutiennent le renommage, séduits par l’image d’une Amérique forte, contre 45 % qui le critiquent, le sénateur Andy Kim dénonçant une « provocation inutile ». À Camp Pendleton, les enseignes « Guerre » sont installées, et des simulations de conflits avec l’Iran se poursuivent, selon des documents du 6 septembre. À Fort Hood, des officiers préparent des exercices amphibies, tandis que des bases au Japon adaptent leurs systèmes informatiques pour refléter le nouveau nom. Ces développements, ancrés dans une rhétorique belliqueuse, marquent une nouvelle étape dans la stratégie de l’administration Trump, où la force prime sur la retenue.

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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