Tripoli, cette ville du nord du Liban, déjà marquée par les stigmates d’une crise économique persistante et d’infrastructures défaillantes, a été le théâtre d’un drame humain au petit matin de ce samedi 24 janvier 2026. Vers trois heures, un immeuble résidentiel de cinq étages, situé dans le quartier de Qobbeh, rue al-Jadid, s’est effondré dans un fracas assourdissant, piégeant sous ses décombres une famille entière composée de cinq personnes : un homme, une femme et trois enfants. Cet événement, survenu dans un bâtiment qui avait préalablement été évacué en raison de fissures apparentes, met en lumière les vulnérabilités structurelles qui menacent de nombreux habitants de la capitale du Nord. Les autorités, alertées immédiatement, ont déployé des moyens de secours dans des conditions difficiles, marquées par un manque criant d’équipements spécialisés. Alors que les opérations de recherche et de sauvetage se poursuivent sans relâche, les déclarations des responsables politiques soulignent l’urgence d’une action concertée pour prévenir de futures catastrophes.
Un effondrement soudain dans la nuit tripolitaine
L’incident s’est produit aux premières heures de la journée, lorsque la plupart des résidents du quartier dormaient encore. Selon les premiers rapports émanant des services d’urgence, l’immeuble, un édifice ancien et fragilisé, s’est écroulé intégralement, générant un amas de béton, de ferraille et de débris qui a englouti la famille qui y résidait. Des informations initiales indiquent que le bâtiment avait été identifié comme menacé et évacué auparavant, mais la famille y était revenue, peut-être contrainte par le manque d’alternatives de logement stables dans une ville où la pauvreté et le chômage frappent durement. Les circonstances exactes de ce retour n’ont pas été précisées dans les communiqués officiels, mais elles illustrent les dilemmes quotidiens faced par de nombreux Libanais dans des zones urbaines surpeuplées et mal entretenues.
Le quartier de Qobbeh, connu pour sa densité résidentielle et ses constructions datant de plusieurs décennies, n’est pas étranger à de tels risques. Les fissures visibles sur la structure avaient alerté les autorités locales, mais l’effondrement a surpris par sa rapidité et son ampleur. Des témoins oculaires, cités dans les dépêches, ont rapporté un bruit assourdissant suivi d’un nuage de poussière enveloppant la rue al-Jadid. Immédiatement après, des tirs nourris ont retenti dans le ciel de la ville, non pas en signe de violence, mais comme un signal d’alarme pour évacuer les immeubles adjacents, craignant un effet domino sur des structures voisines tout aussi précaires. Cette mesure, bien que rudimentaire, a permis d’éloigner les curieux et les résidents potentiellement en danger, facilitant ainsi l’accès des équipes de secours.
Les opérations de sauvetage : un combat contre le temps et les débris
Dès l’annonce de l’effondrement, les forces de secours se sont mobilisées avec une célérité remarquable, malgré les contraintes logistiques. Le Croissant-Rouge libanais a été parmi les premiers à intervenir, dépêchant six ambulances et une équipe spécialisée en recherche et sauvetage. Dans un communiqué publié à 9h02, l’organisation a détaillé ses actions : « Sur les lieux de l’effondrement d’un immeuble dans le quartier de Qobbeh à Tripoli ce samedi à l’aube, nos équipes ont procédé à l’extraction d’une femme vivante, qui a été transportée vers un hôpital de la région. » Les informations préliminaires recueillies sur place indiquent que le reste de la famille – un homme et trois enfants – se trouve encore sous les décombres. Fait encourageant, le Croissant-Rouge a rapporté que « tous les piégés sous les décombres de l’immeuble effondré à Qobbeh sont vivants et proches les uns des autres », une affirmation basée sur des signes vitaux détectés ou des communications sporadiques, bien que les détails techniques n’aient pas été explicités.
Parallèlement, la Direction générale de la Défense civile a émis un bulletin à 8h16, confirmant l’heure approximative de l’effondrement autour de trois heures du matin et décrivant l’immeuble comme un bâtiment résidentiel de cinq étages. « Les équipes de la Défense civile ont mené des opérations de recherche, de sauvetage et de reconnaissance sur le site, et ont réussi à extraire une enfant, qui a été transférée à l’hôpital dans un état stable », précise le communiqué. Les efforts se concentrent désormais sur la localisation et l’extraction des autres membres de la famille coincés sous le tas de ruines. La Défense civile a insisté sur la nécessité d’évacuer complètement la zone pour permettre l’utilisation d’équipements spécialisés visant à détecter les positions exactes des survivants, soulignant ainsi les risques posés par la présence de civils aux abords du site.
Les conditions sur le terrain ajoutent à la complexité de l’opération. Les dépêches font état d’un « manque aigu d’équipements et de machines nécessaires pour soulever les débris », un problème récurrent dans un pays où les ressources publiques sont étirées par des années de crise financière. Les appels des habitants aux autorités compétentes pour une intervention urgente soulignent cette lacune, avec des demandes pressantes pour des engins lourds capables de déplacer les blocs de béton sans risquer d’aggraver la situation des piégés. Malgré ces obstacles, les équipes coordonnent leurs actions avec la municipalité de Tripoli et d’autres entités, démontrant une synergie essentielle dans de telles urgences. À mesure que les heures passent, chaque extraction réussie – comme celle de la femme et de l’enfant – renforce l’espoir, tout en rappelant la précarité de la vie sous les décombres.
La mobilisation au plus haut niveau de l’État
Le Premier ministre, le docteur Nawaf Salam, a rapidement pris la mesure de la gravité de la situation. Dans une déclaration publiée à 9h28, il a indiqué suivre « depuis les premières heures du matin, en coordination avec le secrétaire général de la Haute commission pour les secours, le général Bassam Naboulsi, les développements de l’effondrement de l’immeuble fissuré qui avait été évacué dans le quartier de Qobbeh à Tripoli, ainsi que les opérations de sauvetage des membres de la famille qui y étaient retournés ». Il a ordonné la mise à disposition de tous les moyens nécessaires pour assister les victimes, insistant sur « la nécessité d’élever le niveau de préparation et d’intensifier la coordination avec l’unité de gestion des catastrophes au palais du gouvernement, la municipalité de Tripoli et tous les appareils concernés ».
Le chef du gouvernement a par ailleurs rappelé que « le gouvernement accorde une importance maximale à la question des bâtiments menacés d’effondrement à Tripoli, et travaille à y remédier en sécurisant les fonds nécessaires au plus vite ». Il a réaffirmé que « la protection des vies et de la sécurité des citoyens reste une priorité absolue dans le travail du gouvernement ». Cette intervention directe du Premier ministre, même s’il se trouve actuellement à l’étranger, illustre l’attention portée aux régions périphériques comme Tripoli, souvent négligées dans les priorités nationales. La coordination avec la Haute commission pour les secours, une entité clé dans la gestion des crises, vise à accélérer les réponses, en intégrant des protocoles établis pour les catastrophes urbaines.
Les élus de Tripoli en première ligne
Les représentants politiques locaux n’ont pas tardé à réagir, soulignant les dimensions plus larges de ce drame. Le député Faisal Karami, président du Courant de la Dignité, a contacté le président de la République, le général Joseph Aoun, qui suit l’incident depuis les premières heures. Selon un communiqué à 9h35, le président Aoun a instruit le ministre de l’Intérieur et des Municipalités, le général Ahmad al-Hajjar, d’ordonner aux appareils concernés – notamment la Défense civile, le Croissant-Rouge et la municipalité de Tripoli – de procéder au déblaiement des décombres et au sauvetage des résidents, avec la possibilité de recourir à l’armée si nécessaire.
Karami a plaidé pour « l’accélération du transfert des fonds à la Haute commission pour les secours afin de commencer la rénovation urgente de plus de 100 bâtiments menacés d’effondrement, en coopération avec la municipalité de Tripoli ». Le président Aoun a promis que, dès le retour du Premier ministre Nawaf Salam de l’étranger, ce transfert serait effectué. Cette initiative reflète les préoccupations récurrentes des élus tripolitains, qui connaissent intimement les défis de leur circonscription, marquée par un tissu urbain vieillissant et des ressources limitées.
De son côté, le député Ashraf Rifi a exprimé ses vœux de prompt rétablissement aux blessés dans un communiqué à 9h14, tout en saluant l’engagement du président Aoun, du Premier ministre Salam et du ministre al-Hajjar dans le suivi de cette « tragédie pour sauver la famille piégée sous les décombres ». Rifi a rappelé un fait alarmant : « Il y a 105 autres bâtiments menacés d’effondrement et environ 600 maisons qui ne remplissent pas les conditions de sécurité ». Il a indiqué avoir discuté avec le maire de Tripoli, Abdul Hamid Karimeh, et le général Bassam Naboulsi de la nécessité d’accélérer la fourniture de logements préfabriqués pour les occupants des 105 bâtiments, une mesure déjà approuvée par le Premier ministre.
En attendant, Rifi propose la location immédiate de 105 logements comme solution temporaire, le temps de finaliser les préparatifs pour les habitations prêtes à l’emploi. Pour les 600 appartements inadaptés, il suggère l’élaboration d’un projet de logement dédié. Une réunion est prévue lundi prochain, après le retour du Premier ministre, avec les députés de la ville et le maire pour aborder ces questions. Ces propositions, ancrées dans une connaissance fine du terrain, mettent en exergue la nécessité d’une approche proactive, au-delà de la réponse immédiate à l’effondrement.
Un problème endémique des infrastructures à Tripoli
Au-delà de cet incident isolé, l’effondrement de l’immeuble à Qobbeh s’inscrit dans un contexte plus vaste de dégradation urbaine à Tripoli. Les chiffres avancés par les élus – 105 bâtiments imminemment menacés et 600 maisons non conformes aux normes de sécurité – dressent un tableau sombre d’une ville où les constructions historiques, souvent érigées sans respect strict des codes sismiques ou de maintenance, posent un risque constant. Tripoli, deuxième plus grande ville du Liban, abrite une population dense dans des quartiers comme Qobbeh, où les loyers bas attirent les familles modestes, mais où les investissements en rénovation font défaut depuis des années.
La crise économique qui secoue le Liban depuis 2019 a exacerbé ces vulnérabilités, avec une dévaluation de la livre libanaise et une inflation galopante qui ont vidé les caisses publiques, rendant difficile le financement de travaux d’urgence. Les bâtiments fissurés, comme celui qui s’est effondré, sont légion dans les zones populaires, où les évacuations préventives se heurtent à la réalité socio-économique : les familles évacuées peinent à trouver des alternatives viables, menant parfois à des retours risqués. Les autorités locales, en partenariat avec la Haute commission pour les secours, ont identifié ces sites prioritaires, mais le déblocage des fonds reste un goulet d’étranglement, comme l’a souligné Karami dans sa demande au président Aoun.
Les défis logistiques et sécuritaires sur place
Sur le site même de l’effondrement, les équipes de secours font face à des conditions ardues. Le manque d’équipements lourds pour soulever les débris – mentionné à plusieurs reprises dans les rapports – ralentit les opérations, obligeant les sauveteurs à travailler manuellement ou avec des outils limités. Les appels des résidents pour une aide urgente des autorités compétentes traduisent une frustration palpable, amplifiée par la visibilité du drame dans une ville où les solidarités communautaires sont fortes mais les ressources étatiques faibles.
Les tirs en l’air, utilisés pour alerter et évacuer les environs, ajoutent une couche de tension, rappelant les pratiques locales en temps de crise pour imposer un périmètre de sécurité. La Défense civile a réitéré l’importance de maintenir la zone libre de toute présence civile, afin d’employer des appareils de détection pour localiser précisément les survivants. À ce stade, avec une femme et une enfant déjà sauvées et transférées en hôpital – la première par le Croissant-Rouge, la seconde par la Défense civile dans un état stable –, les efforts se concentrent sur l’homme et les deux enfants restants. Les informations selon lesquelles tous les piégés sont vivants et regroupés offrent un motif d’optimisme prudent, mais le temps presse, car chaque minute sous les décombres accroît les risques d’asphyxie ou de blessures supplémentaires.
Les perspectives immédiates de réponse gouvernementale
Dans les heures et jours à venir, l’attention se porte sur l’accélération des mesures promises. Le retour imminent du Premier ministre Nawaf Salam devrait débloquer les fonds pour la Haute commission pour les secours, permettant la rénovation des 100 bâtiments prioritaires évoqués par Karami. Parallèlement, les propositions de Rifi pour des logements temporaires – location immédiate suivie de préfabriqués – visent à reloger les familles vulnérables sans délai. La réunion prévue lundi avec les députés et le maire de Tripoli examinera ces plans en détail, intégrant potentiellement l’assistance de l’armée pour les opérations lourdes, comme suggéré par le président Aoun.
Ces initiatives, si elles se concrétisent, pourraient atténuer les risques immédiats dans Qobbeh et d’autres quartiers similaires. Les coordinations en cours entre le palais du gouvernement, la municipalité et les services d’urgence démontrent une chaîne de commandement active, même si les contraintes budgétaires persistent. Les déclarations officielles, riches en engagements, soulignent une prise de conscience accrue, avec un focus sur la protection des vies comme impératif absolu. Alors que les recherches se poursuivent sur le site de l’effondrement, les implications pour les familles affectées – assistance médicale, logement provisoire – restent au cœur des priorités, dans un effort pour transformer cette tragédie en catalyseur d’action structurelle.



