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Emplois en crise et inflation structurelle : le marché du travail libanais sous tension

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Chômage massif chez les jeunes diplômés

Le chômage des jeunes au Liban atteint désormais un niveau alarmant. Selon les dernières estimations disponibles, le taux de chômage parmi les moins de 30 ans s’élève à 43 %. Ce chiffre, confirmé par des sources spécialisées, reflète l’absence de perspectives économiques concrètes pour une génération formée mais sans débouchés. Les secteurs traditionnellement porteurs, comme l’ingénierie, les technologies de l’information ou encore la médecine, ne parviennent plus à absorber les nouveaux diplômés.

Cette situation pousse de nombreux jeunes à quitter le pays. Entre janvier et mai 2025, environ 9 000 jeunes diplômés auraient émigré, selon des estimations émanant de syndicats professionnels. Ce mouvement migratoire concerne aussi bien les diplômés de l’université publique que ceux des établissements privés. Les départs s’accélèrent, alimentés par la perception d’un horizon local bouché. Des témoignages recueillis évoquent « un climat de découragement généralisé » et une « perte de confiance dans la capacité de relance de l’économie nationale ».

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Les départs massifs de jeunes qualifiés induisent une perte de capital humain considérable. Ce phénomène crée un cercle vicieux : la fuite des compétences affaiblit les secteurs stratégiques, réduit la productivité globale, et rend plus difficile encore toute perspective de redressement économique.

L’effondrement des perspectives d’emploi

Les opportunités professionnelles se font rares dans presque toutes les branches d’activité. Les entreprises, confrontées à une incertitude chronique, gèlent leurs recrutements. Dans le secteur industriel, la situation est particulièrement tendue. Plusieurs chefs d’entreprise témoignent d’une réduction drastique des effectifs, parfois de moitié, dans un contexte marqué par l’explosion des coûts et l’absence de visibilité sur les carnets de commandes.

Le secteur textile, autrefois fleuron régional, illustre cette dynamique négative. À Zahle et dans les régions périphériques, de nombreuses usines ont suspendu leurs activités depuis le début de l’année. Le coût des matières premières, couplé à l’instabilité des prix de l’énergie, rend toute projection budgétaire aléatoire. Un entrepreneur du secteur admet ne pas savoir « comment établir un prix de vente sans garantie sur les coûts d’approvisionnement du mois suivant ».

Ce manque de visibilité se traduit par un ralentissement brutal de l’activité, mais aussi par une réduction des investissements. Les projets d’expansion sont suspendus, les lignes de crédit sont difficilement accessibles, et les partenaires commerciaux étrangers se montrent réticents à s’engager. La crise de confiance atteint également les employés, qui multiplient les reconversions précaires ou l’exil économique.

Agriculture sous pression et coûts d’exploitation en hausse

Le monde agricole n’échappe pas à la crise. Les syndicats d’agriculteurs expriment leur colère face à l’explosion des coûts de production. Le prix des engrais a doublé depuis janvier, alors que les importations de semences sont retardées en raison de blocages bancaires. Ces retards compromettent les cycles de production, particulièrement dans les zones rurales dépendantes de l’agriculture saisonnière.

Le manque d’intrants agricoles affecte la rentabilité des exploitations et met en danger la sécurité alimentaire locale. Des exploitants affirment avoir réduit la surface cultivée par deux, faute de semences disponibles à temps. Le blocage des circuits d’importation s’ajoute à la hausse du carburant, rendant les transports plus coûteux et affectant la distribution des produits agricoles.

Cette situation fait émerger une crainte croissante : celle d’une inflation alimentaire durable. En l’absence de mesures de soutien ciblées, les petits producteurs risquent de se retirer du marché, réduisant encore l’offre locale. Le marché devient dépendant des importations, elles-mêmes soumises à des taux de change défavorables, aggravant encore les prix à la consommation.

Inflation continue des produits de base

L’inflation généralisée affecte l’ensemble des produits de base. L’alimentation, l’énergie, les médicaments, et les transports subissent des hausses à répétition. Le pouvoir d’achat des ménages chute inexorablement, en particulier pour ceux dont les revenus sont fixés en livres libanaises. Les salaires, même ajustés ponctuellement, ne suivent pas le rythme de l’inflation.

L’alimentation représente une part de plus en plus importante du budget des familles. Les produits importés, désormais majoritaires dans la consommation quotidienne, voient leurs prix indexés sur le marché parallèle du dollar. En quelques mois, le coût de certaines denrées de base, comme le riz, le sucre ou l’huile, a augmenté de plus de 60 %. Cette flambée touche particulièrement les familles des classes moyennes, désormais menacées de basculer dans la précarité.

L’énergie, élément central du tissu productif, est également en cause. Les prix du carburant et de l’électricité continuent de fluctuer selon la disponibilité des devises et les tensions sur le marché mondial. Les générateurs privés, principal fournisseur d’électricité, répercutent chaque hausse sur leurs abonnés. Les coupures d’électricité persistent, affectant aussi bien les ménages que les entreprises.

Absence de régulation efficace

Dans ce contexte, l’absence de mécanisme de régulation aggrave les effets de la crise. Les politiques publiques peinent à encadrer la formation des prix. Les contrôles sont sporadiques, les sanctions rares, et les stratégies de subvention inefficaces. Les tentatives de plafonnement des marges n’ont pas produit d’effets durables, les circuits parallèles continuant de contourner les directives officielles.

La désorganisation des institutions de régulation empêche la mise en œuvre de politiques anti-inflationnistes crédibles. Le manque de données économiques fiables entrave la formulation de réponses adaptées. Les rapports de terrain ne parviennent pas à alimenter un système de décision centralisé. En conséquence, les mesures restent réactives, souvent tardives, et mal calibrées.

Un climat social sous tension

La combinaison du chômage massif, de la précarité généralisée et de l’inflation des coûts de base crée un climat social tendu. Les protestations sectorielles se multiplient : enseignants, agents hospitaliers, ouvriers agricoles, tous dénoncent la détérioration de leurs conditions de travail. Les syndicats prévoient des journées de mobilisation dans les prochaines semaines pour réclamer des hausses de salaires et une protection contre la vie chère.

L’émigration devient une soupape de sécurité pour ceux qui en ont les moyens. Pour les autres, le recours au travail informel ou à des stratégies de survie quotidiennes devient la norme. Cette fragmentation du marché du travail accroît les inégalités sociales et territoriales. Les régions rurales et périurbaines sont les plus touchées, en raison de l’éloignement des services et de la moindre résilience économique.

Perspectives d’un redressement compromis

Les perspectives de redressement du marché du travail apparaissent incertaines. L’absence de plan de relance économique structuré empêche la création d’emplois pérennes. Les programmes de soutien aux secteurs productifs sont insuffisants, mal ciblés, ou bloqués dans des circuits administratifs opaques. Les investisseurs privés, locaux et étrangers, adoptent une attitude attentiste en raison du manque de visibilité sur l’évolution du cadre macroéconomique.

Les appels à une réforme du marché de l’emploi restent sans suite. Les propositions d’incitation à l’embauche, de soutien à l’entrepreneuriat, ou de relance de l’apprentissage professionnel n’ont pas encore été traduites en politiques concrètes. Les partenariats avec les organisations internationales sont entravés par la lenteur des procédures et le déficit de crédibilité institutionnelle.

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Newsdesk Libnanews
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