Le ministre des Finances libanais par intérim, le Dr. Youssef Al-Khalil, a annoncé une mesure qui soulève autant de questions qu’elle n’apporte de réponses : la suspension des délais légaux liés aux obligations Eurobonds jusqu’en 2028. Si cette décision peut sembler être un pas vers une restructuration ordonnée de la dette, elle s’apparente également à un aveu d’impuissance face à l’effondrement de l’État libanais. Cette décision, bien qu’urgente et probablement inévitable, illustre un manque de vision stratégique et de leadership dans la gestion de la crise économique.
Une tentative pour gagner du temps
Le ministre a présenté cette mesure comme une solution pour éviter des poursuites judiciaires de la part des créanciers internationaux, tout en permettant une restructuration ordonnée. Cependant, derrière ce discours optimiste, la réalité est bien plus sombre. Le gouvernement semble vouloir retarder l’inévitable plutôt que d’agir de manière proactive pour résoudre la crise.
Prolonger les délais ne fait que repousser le problème sans y apporter de solution concrète. Cette décision montre surtout l’incapacité du Liban à négocier efficacement avec ses créanciers ou à proposer un plan de restructuration crédible. En suspendant les délais jusqu’en 2028, le pays espère éviter une avalanche de litiges, mais cette mesure pourrait également alimenter la méfiance des créanciers, déjà sceptiques face à un État perçu comme dysfonctionnel.
Une décision qui pose problème
Si cette suspension permet au gouvernement de « gagner du temps », elle soulève des préoccupations majeures. Tout d’abord, elle risque d’être perçue par les créanciers comme une tentative désespérée d’éviter une confrontation juridique plutôt qu’un véritable effort pour trouver une solution équitable. Le Liban, en défaut depuis 2020, n’a jusqu’à présent pas montré de réelle volonté politique de mettre en œuvre les réformes nécessaires, un préalable indispensable pour restaurer la confiance.
Ensuite, cette mesure donne l’impression que le Liban continue de fonctionner dans une logique de gestion de crise à court terme, sans vision stratégique. Suspendre les délais légaux jusqu’en 2028 ne répond pas à la question fondamentale : comment le pays compte-t-il honorer ses dettes restructurées, alors même que son économie reste paralysée par la corruption, l’instabilité et l’absence de réformes structurelles ?
Une décision qui profite aux dirigeants, pas au peuple
Cette initiative peut également être interprétée comme une manière de protéger l’État libanais (et donc ses dirigeants) des pressions juridiques internationales, tout en reportant les conséquences sur la population. En suspendant les délais, le gouvernement espère éviter des poursuites qui pourraient affecter ses actifs à l’étranger. Cependant, cette décision ne profite en rien aux Libanais ordinaires, qui continuent de subir les conséquences de l’effondrement économique, notamment l’hyperinflation, la dévaluation de la livre et la montée de la pauvreté.
Un manque de transparence flagrant
Par ailleurs, la décision manque cruellement de transparence. Le ministre des Finances évoque une restructuration équitable et consensuelle, mais aucun détail n’a été fourni sur la manière dont elle sera mise en œuvre. Quel sera le rôle des créanciers internationaux dans ces négociations ? Quelles garanties le gouvernement libanais peut-il offrir pour éviter un nouvel échec ? Ces questions demeurent sans réponse, ce qui renforce le sentiment que cette décision n’est qu’un écran de fumée.
Une mesure technique sans réformes politiques
Enfin, cette décision illustre une réalité bien connue : sans réformes politiques et économiques profondes, aucune mesure technique, aussi bien pensée soit-elle, ne suffira à sortir le Liban de l’impasse. Suspendre les délais est un outil, pas une solution. Tant que le gouvernement ne s’attaquera pas aux racines de la crise – notamment la corruption systémique, l’inefficacité administrative et l’absence de gouvernance – la situation continuera de se détériorer.
Le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres partenaires internationaux ont clairement indiqué que l’aide au Liban dépendra de la mise en œuvre de réformes concrètes. Pourtant, à ce jour, ces réformes restent bloquées par des intérêts politiques et confessionnels divergents. Suspendre les délais ne changera rien à cette réalité.
Une fuite en avant
En conclusion, cette décision du gouvernement libanais, bien que justifiée dans l’immédiat, ressemble davantage à une fuite en avant qu’à une véritable solution. Suspendre les délais jusqu’en 2028 pourrait éviter une crise juridique immédiate, mais à quel prix ? Sans réformes, sans plan clair de restructuration et sans volonté politique, le Liban risque de se retrouver dans une situation encore plus critique dans les années à venir. Ce n’est pas en suspendant le temps que l’on répare une économie brisée.
Focus
Hausses « Out of the Money » des Eurobonds libanais
Les Eurobonds libanais, en situation de défaut depuis mars 2020, ont vu leurs prix chuter bien en dessous de leur valeur nominale, reflétant la perception élevée du risque souverain du pays. Toutefois, des fluctuations à la hausse ont été observées, souvent déclenchées par des spéculations ou des annonces politiques perçues positivement. Ces hausses, bien que notables, restent généralement « out of the money », c’est-à-dire que les prix des obligations demeurent inférieurs à leur valeur nominale, indiquant une persistance de la méfiance des investisseurs quant à la capacité du Liban à honorer ses engagements.
Fonds vautours et détention des Eurobonds libanais
Les fonds vautours, spécialisés dans l’achat de dettes souveraines en difficulté à des prix décotés, ont manifesté un intérêt accru pour les Eurobonds libanais. Parmi ces acteurs, certains fonds notoires ont acquis des volumes significatifs de la dette libanaise, espérant réaliser des profits substantiels en cas de restructuration ou de recouvrement judiciaire.
Cependant, en raison de la nature opaque de ces transactions et de la confidentialité entourant les portefeuilles de ces fonds, il est difficile de fournir des noms précis et des volumes exacts détenus par chacun. Les informations disponibles indiquent que ces fonds détiennent une part non négligeable des Eurobonds, ce qui leur confère une influence certaine dans les négociations de restructuration de la dette.
Il est essentiel de noter que l’implication de ces fonds vautours complique souvent les processus de restructuration, car leurs objectifs de maximisation des gains peuvent entrer en conflit avec les solutions consensuelles recherchées par les États débiteurs et les autres créanciers.
Note : Les informations ci-dessus sont basées sur des données disponibles jusqu’en janvier 2025. Les marchés financiers étant dynamiques, il est recommandé de consulter des sources actualisées pour obtenir des données précises et récentes.



