Le 13 septembre 2025, le ministère des Finances libanais a dévoilé des chiffres inattendus pour l’année 2024, révélant un excédent budgétaire de 3 233 milliards de livres libanaises (36,1 millions de dollars), soit 0,9 % des dépenses totales, une première depuis des années dans un pays englué dans une crise économique sans précédent. Accompagné d’un surplus primaire de 11,1 % des dépenses publiques, ce résultat, bien que modeste, témoigne d’un effort de discipline fiscale dans un contexte de réformes institutionnelles fragiles. Cependant, cette performance s’inscrit dans un paysage marqué par des défis structurels persistants : absence d’électricité à bas coût, absence de data centers, absence de vitesses de connexion à haut débit, et préoccupations croissantes en matière de cybersécurité, qui continuent de limiter les perspectives de redressement durable.
Les données officielles indiquent que les dépenses publiques ont atteint 345 000 milliards de livres (3,85 milliards de dollars) en 2024, tandis que les recettes se sont établies à 348 233 milliards de livres (3,9 milliards de dollars) sur une base de trésorerie, générant cet excédent historique. Ce chiffre dépasse les prévisions du budget initial de 2024, qui anticipait un équilibre avec des dépenses et recettes fixées à 299 674 milliards de livres (3,35 milliards de dollars) chacune. Les dépenses budgétaires totales, incluant les charges générales et le service de la dette, se sont limitées à 241 377 milliards de livres (2,7 milliards de dollars), contre une projection de 295 113 milliards, reflétant une compression des dépenses. Parmi celles-ci, les dépenses générales ont représenté 206 283 milliards de livres (2,3 milliards de dollars), incluant 10 078 milliards (112,6 millions de dollars) d’engagements antérieurs, tandis que le service de la dette a totalisé 35 094 milliards de livres (392,1 millions de dollars), avec 5 103 milliards (57 millions de dollars) pour les intérêts en livres libanaises et 11 842 milliards (132,3 millions de dollars) pour la dette en devises étrangères.
Du côté des recettes, les revenus budgétaires ont atteint 306 034 milliards de livres (3,42 milliards de dollars), soit 87,9 % des recettes publiques, tandis que les recettes du Trésor se sont élevées à 42 199 milliards de livres (471,5 millions de dollars), représentant 12,1 %. Ces chiffres surpassent les estimations initiales du budget 2024, qui prévoyaient 295 113 milliards de livres pour les revenus budgétaires et 4 561 milliards pour les recettes du Trésor. La collecte fiscale a été particulièrement robuste, s’élevant à 253 636 milliards de livres (2,8 milliards de dollars), avec 120 187 milliards (1,3 milliard de dollars) provenant de la taxe sur la valeur ajoutée, soit 47 % du total, et 9 991 milliards (111,6 millions de dollars) issus des droits de registre immobilier. Les recettes douanières ont contribué à hauteur de 45 897 milliards de livres (512,8 millions de dollars), représentant 18,1 % des recettes fiscales, tandis que les revenus non fiscaux, à 52 398 milliards de livres (585,5 millions de dollars), incluaient 19 843 milliards (221,7 millions de dollars) des services de télécommunication, soit 37,9 % de cette catégorie.
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Cet excédent s’inscrit dans une année marquée par une contraction économique de 6,4 % en 2024, selon les estimations de la BdL, consécutive à un conflit armé qui s’est achevé par une trêve le 27 novembre 2024. Le surplus primaire global de 38 327 milliards de livres (428,2 millions de dollars), équivalant à 11,1 % des dépenses publiques, dépasse les 99 751 milliards de livres (1,1 milliard de dollars) enregistrés comme surplus primaire sur les dépenses budgétaires seules, soit 41,3 %. Ces résultats traduisent une gestion rigoureuse, avec les dépenses de Trésor hors transferts à Électricité du Liban (EdL) limitées à 103 623 milliards de livres (1,2 milliard de dollars), soit 30 % des dépenses totales. En pourcentage du PIB nominal, estimé à 2 532,5 trillions de livres pour 2024, les recettes budgétaires atteignent 12,1 %, contre 11,7 % prévu, tandis que les dépenses budgétaires se situent à 9,5 %, contre 11,7 % anticipé.
Cette performance intervient dans un cadre politique stabilisé par l’élection de Joseph Aoun à la présidence en janvier 2025, la formation d’un gouvernement en février, et la nomination d’un nouveau gouverneur à la BdL en mars, des étapes qui ont réduit l’incertitude et favorisé une reprise modeste en 2025. L’amendement de la loi sur le secret bancaire en avril 2025 a renforcé la transparence, un signal positif pour les créanciers internationaux. Cependant, la trêve fragile avec Israël et les tensions liées au désarmement des factions non étatiques compromettent cette dynamique, limitant les investissements étrangers nécessaires pour pallier les carences structurelles. L’absence d’électricité à bas coût continue de grever les coûts des entreprises, tandis que l’absence de data centers et de vitesses de connexion à haut débit entrave le développement d’une économie numérique. Les préoccupations en matière de cybersécurité, avec des systèmes exposés aux piratages, ajoutent une couche de vulnérabilité, notamment pour les transactions financières.
Les discussions avec le FMI, qui a déclaré que « les discussions que le staff du FMI a avec les autorités libanaises portent sur ce qui est le bon mix de politiques et de réformes, et sur l’ampleur du financement externe dont le Liban aura besoin du FMI et de la communauté internationale plus large », pourraient soutenir ces efforts budgétaires. Les réserves d’or de la BdL, représentant 83 % du PIB nominal projeté pour 2025, offrent une certaine sécurité, mais les actifs bancaires ont chuté de 10,8 % à 102,76 milliards de dollars fin 2024, et les prêts au secteur privé ont reculé de 32,1 % à 5,65 milliards, signalant une contraction du crédit.
Les indicateurs économiques récents soulignent ces contraintes. Les exportations ont diminué de 9,6 % à 2,707 milliards de dollars en 2024, tandis que les importations ont baissé de 3,5 % à 16,902 milliards, réduisant le déficit commercial à 14,195 milliards. La monnaie en circulation a augmenté de 33,4 % sur 12 mois jusqu’à juillet 2025, reflétant une pression sur la liquidité, tandis que l’inflation est tombée à 15 % en juin 2025 (contre 41,8 % un an plus tôt), bien qu’une inflation sous-jacente de 16,4 % persiste. La capitalisation boursière de la Bourse de Beyrouth, à 19,81 milliards de dollars fin août 2025, a progressé de 2,3 % sur une semaine, mais les prix des Eurobonds, à 23 dollars avec des rendements atteignant 169,48 % pour novembre 2026, traduisent une méfiance persistante.
La levée des sanctions contre la Syrie en décembre 2024 pourrait rouvrir des routes commerciales, les exportations régionales étant estimées à 2,707 milliards de dollars, et le retour potentiel de 1,5 million de réfugiés syriens allégerait la pression sur les infrastructures. Cependant, sans investissements massifs dans l’électricité, la connectivité et la cybersécurité, ces opportunités restent théoriques. Les checks clairs ont chuté de 71,7 % à 2,176 milliards en 2024, et le nombre de passagers à l’aéroport a reculé de 20,8 % à 5,624 millions, soulignant une économie en transition fragile, où cet excédent budgétaire, si encourageant soit-il, ne suffit pas à masquer les failles profondes.



