Depuis 2019, le Liban est confronté à une crise économique sans précédent, marquée par une récession prolongée, une inflation galopante et une instabilité politique chronique. Le rapport « Lebanon Economic Monitor » publié par la Banque mondiale souligne qu’en 2024, les tensions géopolitiques, combinées à l’effondrement des structures économiques, intensifient cette situation. L’escalade des conflits, notamment dans les régions du sud, a des répercussions directes sur la croissance du PIB réel, la consommation et les finances publiques.
Un PIB en chute libre et des impacts structurels majeurs
Le PIB réel du Liban devrait se contracter de 5,7 % en 2024, un chiffre revu à la baisse par rapport aux projections initiales qui tablaient sur une légère reprise de 0,9 % en l’absence de conflit. Cette contraction s’ajoute à une baisse cumulative de 38 % depuis 2019. Les régions les plus touchées, notamment le Sud et El Nabatieh, représentent plus de 80 % de l’activité économique affectée.
Le secteur du tourisme, pilier traditionnel de l’économie libanaise, subit un coup sévère. Les arrivées internationales, en particulier au Q4 2024, enregistrent une chute de 80 % par rapport à la même période en 2023. La consommation privée, autre moteur essentiel de la croissance, s’effondre en raison des déplacements internes massifs de plus de 1,2 million de personnes, soit un quart de la population totale.
Tableau 1 : Contraction économique au Liban (2019-2024)
| Année | Croissance du PIB (%) | Déficit fiscal (% du PIB) | Dette publique (% du PIB) | Consommation privée (% du PIB) |
|---|---|---|---|---|
| 2019 | -6,9 | -6,6 | 155,1 | 99,8 |
| 2020 | -21,4 | -9,3 | 172,4 | 115,2 |
| 2023 | -0,8 | 0,5 | 148,3 | 134,0 |
| 2024 | -5,7 | -1,2 | 141,9 | 130,5 |
Les finances publiques en difficulté
La situation budgétaire du Liban reste critique. Selon le rapport, les prévisions pour 2024 indiquaient initialement un équilibre fiscal, avec des recettes et des dépenses atteignant 13,6 % du PIB. Toutefois, l’escalade du conflit en septembre 2024 a perturbé cette trajectoire. Les dépenses exceptionnelles pour soutenir les populations déplacées et reconstruire les infrastructures détruites augmentent fortement, tandis que les recettes fiscales, notamment celles provenant de la TVA et des taxes d’importation, chutent.
Tableau 2 : Situation des finances publiques avant et après l’escalade du conflit
| Indicateur | Projection initiale 2024 | Estimation après conflit |
|---|---|---|
| Recettes publiques (% PIB) | 13,6 | 12,2 |
| Dépenses publiques (% PIB) | 13,6 | 15,8 |
| Solde budgétaire (% PIB) | 0,0 | -3,6 |
| Dette publique (% PIB) | 141,9 | 148,5 |
Cette dégradation budgétaire est aggravée par l’absence de réformes structurelles. Le gouvernement peine à mettre en place des politiques fiscales progressives, se contentant d’augmenter les taxes sur les transactions administratives pour compenser les pertes.
L’impact du conflit sur les secteurs économiques
Le conflit actuel affecte particulièrement les régions du Sud et d’El Nabatieh, où se concentre une grande partie de l’activité économique agricole et industrielle. Les secteurs clés touchés incluent :
- Agriculture : Les terres agricoles subissent des destructions massives, compromettant la production locale.
- Tourisme : Les vols internationaux sont en forte baisse, avec une réduction de 70 % du trafic à l’aéroport de Beyrouth au dernier trimestre 2024.
- Commerce extérieur : Les importations de biens essentiels restent stables mais les exportations chutent en raison des perturbations des routes commerciales.
Tableau 3 : Répartition sectorielle des pertes économiques en 2024
| Secteur | Pertes estimées (USD millions) | Variation par rapport à 2023 (%) |
|---|---|---|
| Tourisme | 1 200 | -80,0 |
| Agriculture | 650 | -50,0 |
| Industrie | 850 | -40,0 |
| Commerce | 1 500 | -30,0 |
Perspectives économiques selon le rapport
Les perspectives économiques du Liban pour 2024 et au-delà demeurent extrêmement incertaines. Selon le « Lebanon Economic Monitor », plusieurs scénarios sont envisagés en fonction de l’évolution du conflit et des réponses politiques internes :
- Statu quo prolongé : Si le conflit persiste, le PIB continuera de se contracter et la dette publique dépassera 150 % du PIB d’ici 2025. Les investissements publics resteront limités, freinant la reconstruction.
- Réformes économiques progressives : Une stabilisation politique et des réformes structurelles, incluant la restructuration de la dette et des réformes fiscales, pourraient rétablir la confiance et attirer des financements internationaux.
- Soutien international renforcé : L’accès à des aides humanitaires et des prêts conditionnés par des réformes, via des institutions comme le FMI, est essentiel pour atténuer l’impact des pertes économiques.
Le rapport souligne également l’importance des investissements ciblés pour reconstruire les infrastructures essentielles, améliorer les services publics (électricité, santé, éducation) et renforcer les filets de sécurité sociale. Toutefois, la mise en œuvre de ces solutions dépendra de la capacité des dirigeants à surmonter les blocages politiques.
Le rapport met en lumière une économie libanaise en pleine détérioration structurelle, où les conflits ajoutent une pression insoutenable à une crise déjà prolongée. La stabilisation de l’économie nécessite des réformes ambitieuses et une gouvernance transparente pour regagner la confiance des investisseurs et des institutions financières internationales.
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