Le député Gebran Bassil, chef du bloc Liban fort et président du Courant patriotique libre, a tenu une conférence de presse le 4 novembre 2025, au cours de laquelle il a mis en garde contre un arrangement politique en préparation visant à éliminer le droit de vote des expatriés libanais depuis l’étranger. Cette intervention survient dans un contexte de tensions croissantes autour de la loi électorale, à quelques mois des élections législatives prévues en mai 2026. Bassil a souligné que 144 000 Libanais de la diaspora se sont inscrits pour voter à l’étranger sur la base de la loi électorale actuelle, acceptant de voter pour les six députés qui les représentent directement dans la circonscription numéro 16.
Au cours de cette conférence, Bassil a interrogé directement les responsables : « Que dites-vous aujourd’hui à ces 144 000 Libanais de la diaspora inscrits, et comment comptez-vous rayer leurs noms des listes électorales pour le vote à l’intérieur du pays ? » Il a insisté sur le fait que la loi stipule que le nombre de sièges au Parlement est désormais de 134, et qu’il ne peut être réduit à 128 en supprimant six députés sans les élire, par une simple décision administrative d’un ministre ou d’une instance législative, sans modification de la loi. Cette déclaration met en lumière les craintes d’une remise en cause des acquis législatifs concernant la représentation des expatriés, un enjeu central dans le débat politique libanais actuel.
Les avertissements de Bassil s’inscrivent dans un climat marqué par des divisions parlementaires persistantes. Le Parlement libanais a connu plusieurs reports de séances en raison de boycotts liés à ce dossier, avec des blocs comme les Forces libanaises et le parti Kataëb refusant de participer tant que l’amendement à la loi électorale n’est pas débattu. Bassil a appelé les 144 000 inscrits et les autres expatriés à se mobiliser et à se porter candidats pour ne pas perdre leurs droits, posant la question rhétorique : « Vivons-nous dans un État ou dans une jungle ? »
Une conférence de presse aux accents d’urgence
Lors de cette intervention tenue après une réunion du conseil politique du Courant patriotique libre, Bassil a qualifié le vote des expatriés depuis l’étranger et leur représentation de plus importants que le processus électoral lui-même. Sans eux, a-t-il affirmé, les élections perdraient leur légitimité. Il a rappelé que le Courant patriotique libre restera le porte-drapeau des droits des expatriés et fera tout ce qui est nécessaire pour les préserver, évitant de les perdre comme cela a été le cas avec la loi orthodoxe. Cette référence à la loi orthodoxe, qui visait à organiser les élections sur une base confessionnelle stricte mais n’a jamais été appliquée, souligne les frustrations accumulées au sein du mouvement face aux réformes électorales avortées.
Bassil a détaillé les implications pratiques de toute tentative de suppression des six sièges. Selon lui, une telle mesure reviendrait à priver les expatriés de leur représentation dédiée, forçant potentiellement ceux qui le souhaitent à voter dans leurs circonscriptions d’origine au Liban, ce qui compliquerait les logistiques pour des millions de Libanais vivant à l’étranger. Il a proposé une alternative : offrir aux expatriés le choix entre voter pour des représentants de la diaspora ou pour ceux des circonscriptions intérieures, via deux urnes séparées. Cette suggestion vise à concilier les positions divergentes tout en maintenant les acquis de la loi de 2017.
La conférence a également mis en exergue les défis logistiques posés par l’inscription des expatriés. Sur les 144 000 inscrits mentionnés par Bassil, une grande partie provient de continents comme l’Europe, l’Amérique et l’Afrique, où les communautés libanaises sont historiquement implantées. Ces inscriptions, effectuées via les ambassades et consulats, reflètent une mobilisation accrue par rapport aux élections précédentes, bien que les chiffres finaux pour 2026 se soient stabilisés autour de 152 000 selon les données du ministère des Affaires étrangères, avec une date limite d’inscription fixée au 20 novembre 2025.
Le cadre légal de la représentation des expatriés
La loi électorale de 2017, adoptée après des années de débats, a introduit pour la première fois le vote des non-résidents libanais depuis l’étranger. Elle a créé une seizième circonscription dédiée à la diaspora, avec six sièges supplémentaires portant le total parlementaire à 134. Ces sièges sont répartis par continent et selon des quotas confessionnels : un pour l’Europe, un pour l’Afrique, un pour l’Amérique du Nord, un pour l’Amérique du Sud, un pour l’Océanie et un pour l’Asie. Cette disposition visait à reconnaître le rôle pivotal de la diaspora, qui contribue massivement à l’économie libanaise via les transferts de fonds, estimés à plusieurs milliards de dollars annuellement.
Cependant, cette mesure n’a pas été appliquée lors des élections de 2018 et 2022. À ces occasions, les expatriés ont voté pour les 128 sièges des circonscriptions intérieures, en fonction de leurs villages d’origine, une pratique temporaire qui a été reconduite en raison de contraintes logistiques et politiques. Pour 2026, la loi prévoit l’activation des six sièges, mais des propositions d’amendement cherchent à annuler l’article 112, qui limite le vote des expatriés à ces sièges dédiés, les renvoyant vers les circonscriptions ancestrales.
Bassil a insisté sur le caractère inconstitutionnel d’une telle suppression sans amendement légal. L’article 7 de la Constitution libanaise garantit l’égalité des droits civils et politiques à tous les Libanais, et toute mesure discriminatoire envers les expatriés pourrait être contestée devant le Conseil constitutionnel. Des précédents existent : en 2021, des recours ont été déposés contre des amendements similaires, bien que sans suite décisive. Le débat actuel ravive ces tensions, avec des parlementaires arguant que limiter les expatriés à six sièges les traite comme des citoyens de seconde zone.
Les divisions partisanes autour du vote de la diaspora
Les positions des partis politiques reflètent les clivages confessionnels et régionaux du Liban. Le duo chiite, composé du Hezbollah et du mouvement Amal, dirigé par le président du Parlement Nabih Berri, soutient la limitation à six sièges, arguant que cela préserve l’équilibre interne sans influencer excessivement les circonscriptions locales. Cette stance est vue comme une stratégie pour minimiser l’impact des votes expatriés, souvent critiques envers les alliances dominantes, dans des districts clés comme ceux du Sud ou de la Bekaa.
À l’opposé, les Forces libanaises, menées par Samir Geagea, et le parti Kataëb, sous la direction de Sami Gemayel, plaident pour un amendement permettant aux expatriés de voter pour l’ensemble des 128 sièges. Ils estiment que cela renforce la démocratie et reflète mieux la diversité de la diaspora, majoritairement chrétienne et sunnite. Geagea a déclaré lors d’une intervention en juillet 2025 que les armes du Hezbollah constituent le principal désastre pour le Liban, liant ce dossier à la nécessité de sauver le vote de la diaspora pour contrer les influences extérieures.
Le Courant patriotique libre de Bassil occupe une position intermédiaire. Tout en défendant les six sièges comme un acquis, il propose un choix optionnel pour les expatriés, évitant ainsi une perte totale de représentation dédiée. Cette approche s’aligne sur les craintes de marginalisation des chrétiens, qui forment une part significative de la diaspora. Bassil a rappelé que le compromis de 2017, incluant ces sièges, a été accepté pour éviter de perdre l’ensemble de la réforme électorale, mais qu’il doit désormais être adapté.
D’autres blocs, comme les députés du Changement issus des élections de 2022, soutiennent l’amendement pour une pleine intégration des expatriés, soulignant que les six sièges isolent la diaspora du processus politique national. Des sondages internes, cités lors de débats parlementaires en octobre 2025, indiquent que plus de 70 % des expatriés préfèrent voter pour toutes les circonscriptions, renforçant les appels à une consultation formelle.
Les implications pour les communautés libanaises à l’étranger
La diaspora libanaise, estimée à plus de 15 millions de personnes selon les évaluations gouvernementales, joue un rôle crucial dans la stabilité du pays. Les inscriptions pour les élections de 2026 ont atteint 152 000, un chiffre en baisse par rapport aux 240 000 de 2022, attribué en partie à la controverse autour des six sièges. De nombreux expatriés, interrogés lors d’événements communautaires en Europe et en Amérique, expriment leur frustration face à une représentation limitée, craignant que cela ne dilue leur voix dans un système déjà fragmenté.
Bassil a averti que supprimer les droits des expatriés reviendrait à ignorer leur contribution historique. Lors de sa conférence, il a évoqué les batailles menées depuis 2017 pour sécuriser ces droits, rappelant des visites à Bruxelles en octobre 2025 où il a réaffirmé l’engagement du Courant patriotique libre. Les églises chrétiennes mondiales et les associations de la diaspora ont été alertées, soulignant les risques pour les communautés chrétiennes, qui pourraient voir leur poids électoral diminué dans un contexte de déclin démographique au Liban.
Les logistiques électorales posent également des défis. Le ministère de l’Intérieur, en coordination avec les Affaires étrangères, doit organiser des bureaux de vote dans 59 pays, avec des centres pouvant accueillir jusqu’à 600 électeurs par urne. Des décisions ministérielles, publiées au moins 20 jours avant le scrutin, régissent la distribution des bureaux, sans modifications possibles la semaine précédant l’élection sauf pour motifs graves.
Les dynamiques régionales et confessionnelles en jeu
Le débat sur le vote de la diaspora expose les fractures post-guerre civile du Liban. Le système confessionnel, hérité du Pacte national de 1943 et renforcé par les accords de Taëf en 1989, alloue les sièges parlementaires par confession : 64 pour les musulmans (27 chiites, 27 sunnites, 8 druzes, 2 alaouites) et 64 pour les chrétiens (34 maronites, 14 orthodoxes, etc.). Les six sièges de la diaspora respectent ce quota, avec une allocation continentale visant à équilibrer les influences.
Cependant, les tensions régionales influencent les positions. Le Hezbollah, soutenu par l’Iran, et Amal, ancrés dans les communautés chiites du Sud, craignent que des votes expatriés massifs ne favorisent les opposants dans des districts mixtes. Les Forces libanaises, implantées dans les zones chrétiennes du Mont-Liban, voient au contraire une opportunité pour renforcer leur base. Bassil, en tant que leader maronite, met l’accent sur la préservation de l’identité nationale, arguant que la diaspora n’est pas une simple bouée financière mais un pilier d’appartenance.
Des incidents récents, comme le boycott de la session parlementaire du 28 octobre 2025, illustrent ces divisions. Plus de la moitié des députés ont absenté, protestant contre le refus de Berri d’inclure l’amendement à l’ordre du jour. En décembre 2025, des propositions de compromis ont émergé, incluant l’annulation des six sièges et du vote à l’étranger, mais elles ont été rejetées par les partisans de la pleine représentation.
Les préparatifs électoraux en cours
À l’approche des élections, les candidatures ont ouvert jusqu’au 10 mars 2026. Le gouvernement, sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam, a examiné un projet de loi en comité de défense et de sécurité, appelant à compléter les régulations pour appliquer la loi existante, y compris la circonscription 16. Des consultations avec le département de législation et de consultation au ministère de la Justice sont en cours pour évaluer la constitutionnalité du vote pour les 128 sièges.
En janvier 2026, des appels à reporter les élections d’un an ont été lancés par des députés comme Adib Abdel Massih, citant des défis sécuritaires et le dossier de la diaspora. Malgré cela, les préparatifs avancent, avec des discussions intensives sur la loi de comblement du vide financier et le budget, éléments d’une réforme économique plus large. Le Parlement reste paralysé, avec Berri opposé aux changements, laissant présager des négociations tendues.
Les implications immédiates de l’avertissement de Bassil se manifestent dans les mobilisations communautaires. Des associations de la diaspora ont organisé des pétitions en février 2026, demandant une enquête sur tout arrangement potentiel. Au Parlement, une session extraordinaire en janvier 2026 a échoué à résoudre le blocage, avec des factions anti-Hezbollah insistant sur l’égalité électorale. Le quorum pour les sessions, passant à 68 sur 134 si les six sièges sont activés, complique davantage les votes, illustrant les retombées pratiques de ce débat persistant.