Dans un contexte de tensions politiques persistantes au Liban, marqué par les préparatifs des élections législatives prévues pour 2026, le député Gebran Bassil, chef du Mouvement patriotique libre, a prononcé un discours engagé lors d’un dîner organisé par l’autorité judiciaire de Jbeil. Cet événement, tenu dans la ville historique de Jbeil, connue pour son héritage culturel et son rôle dans l’histoire politique libanaise, a servi de plateforme pour réaffirmer les principes souverainistes du mouvement. Bassil a insisté sur la nécessité de protéger l’identité libanaise face aux influences extérieures et internes, en évoquant des figures historiques et des réalisations concrètes. Son intervention, prononcée devant un public local, met en lumière les défis actuels du pays, où les questions de souveraineté, d’indépendance et de loyauté politique restent au cœur des débats, surtout à l’approche d’un scrutin qui pourrait redessiner les équilibres parlementaires.
Le discours de Bassil s’inscrit dans une dynamique plus large où le Mouvement patriotique libre cherche à consolider sa base électorale dans les régions chrétiennes, comme le district de Jbeil, traditionnellement ancré dans des valeurs d’unité nationale. Sans détour, il a rappelé l’héritage de résistance de la région, en liant les enjeux actuels à des événements passés qui ont façonné l’identité libanaise. Cette allocution intervient alors que le Liban fait face à des crises multiples, incluant des instabilités économiques et des pressions géopolitiques régionales, rendant les appels à la souveraineté particulièrement résonants.
Un hommage à l’héritage souverainiste de Jbeil
Gebran Bassil a ouvert son intervention en rendant hommage à Jbeil, qu’il a qualifiée de « pays de la politique », soulignant que des figures emblématiques en sont issues. Il a particulièrement évoqué le brigadier Raymond Eddé, qui s’est opposé à l’Accord du Caire, rejetant l’idée que le Liban devienne une arène pour les guerres et les occupations, qu’elles soient israéliennes ou syriennes. Bassil a décrit Eddé comme un « vrai souverain et non sélectif », contrastant avec ceux qui se revendiquent souverains de manière partielle ou opportuniste. Cette référence à Eddé, un politicien maronite historique connu pour son nationalisme libanais et son opposition aux ingérences étrangères, vise à ancrer le discours dans une tradition de résistance non partisane.
En effet, l’Accord du Caire de 1969, qui a permis aux fedayins palestiniens d’opérer depuis le territoire libanais, est souvent cité comme un tournant ayant contribué aux conflits internes du pays. Bassil, en le mentionnant, rappelle comment des décisions extérieures ont miné la stabilité libanaise, un thème récurrent dans le discours du Mouvement patriotique libre. Il a ajouté que « il y a ceux qui se disent souverains sur la pièce », une critique implicite envers les acteurs politiques qui appliquent la souveraineté de façon sélective, selon leurs alliances du moment. Cette partie du discours souligne l’engagement du mouvement pour une souveraineté intégrale, sans compromis, dans un Liban où les alliances régionales – avec l’Iran, l’Arabie saoudite ou d’autres puissances – influencent souvent les positions internes.
Bassil a poursuivi en affirmant que « le peuple de Jbeil sont les fils d’un État, pas des milices », marquant un refus clair de la militarisation de la politique. Il a rappelé que Jbeil a rejeté la guerre et que les premiers crimes de guerre ont été commis sur son sol, soulignant la capacité des habitants à cohabiter pacifiquement. Cette affirmation renvoie aux années sombres de la guerre civile libanaise (1975-1990), où Jbeil, malgré sa position stratégique, a été touchée par des violences intercommunautaires. Le chef du Mouvement patriotique libre a ainsi positionné son parti comme défenseur d’un État central fort, opposé aux logiques miliciennes qui persistent dans certaines régions du pays.
Le lien indéfectible entre le mouvement et Jbeil
Dans une déclaration personnelle, Bassil a exprimé sa vision de Jbeil comme « notre terre », affirmant que la région a donné son amour et sa confiance au mouvement. Il a insisté sur le fait que « dans tout le mérite, il nous a donné confiance, et nous devons l’échanger, et personne ne peut nous séparer ». Cette rhétorique vise à renforcer les liens émotionnels et politiques avec la base locale, en particulier dans un district où le Mouvement patriotique libre a historiquement obtenu des sièges parlementaires. Jbeil, avec sa population majoritairement chrétienne maronite, représente un bastion pour le parti, et Bassil cherche à consolider cette alliance face à des concurrents potentiels.
Il a ajouté que « nous restons enracinés et disons ce que signifie la loyauté au pays de Jbeil », en étudiant la loyauté pour être fidèle à « notre constor et son école ». Ici, « constor » semble renvoyer à une figure fondatrice, probablement une référence à Michel Aoun, fondateur du mouvement et ancien président, dont l’école politique met l’accent sur la réforme et la lutte contre la corruption. Bassil a évoqué les leçons tirées de la trahison, affirmant que « les voix des gens doivent être protégées et nous sommes déterminés à le faire ». Il a qualifié de traître quiconque atteint les voix du peuple pour ensuite changer de position, passant d’indépendant à opportuniste. Cette charge contre la trahison politique fait écho aux divisions internes récentes au sein du mouvement, où des dissidents ont quitté le parti pour former des listes indépendantes ou s’allier avec d’autres blocs.
Bassil a souligné que « le courant est basé sur l’idée de dignité et exprime le même Jbeil, son histoire et sa civilisation ». Il a exprimé sa confiance dans la volonté du peuple, affirmant que le mouvement doit récupérer ce qui lui a été enlevé par trahison, car « c’est un retour des choses à leur cours normal, le siège est l’honnêteté du peuple ». Cette déclaration pointe vers les enjeux électoraux, où la représentation parlementaire est vue comme un mandat populaire plutôt qu’un privilège personnel. Dans le contexte libanais, où les sièges sont distribués selon un système confessionnel, le district de Jbeil compte plusieurs sièges maronites, et le mouvement vise à maintenir ou accroître sa présence.
La bataille contre l’opportunisme et la désintégration
Passant à une tonalité plus combative, Bassil a déclaré : « Nous voulons être à la haute de laise et à la bataille devant nous et la décision est entre vos mains, qui est une bataille pour l’avancement du mouvement et de la patrie ». Il a exclu toute place pour la « grisaille », l’opportunisme, ou ceux qui voient la représentation comme une « opportunité personnelle » plutôt qu’une « honnêteté publique ». Cette critique vise les politiciens qui priorisent leurs intérêts individuels sur le bien collectif, un reproche courant dans le paysage politique libanais fragmenté.
Il a précisé que « cette bataille n’est pas contre les gens, mais contre la mentalité de désintégration et la transformation de la politique en commerce ». Bassil a décrit les politiciens et combattants honorables comme étant transformés en « commerçants vendent la question pour leurs propres intérêts personnels ». Cette métaphore commerciale reflète les accusations de corruption qui minent la classe politique libanaise, surtout depuis la crise économique de 2019, qui a vu l’effondrement de la livre libanaise et une inflation galopante.
Posant une série de questions rhétoriques, Bassil a interrogé : « Quelle est la valeur d’un individu s’il gagne un député et perd le bloc ou le bloc et le groupe qui fait la différence, que peut-il accomplir seul : les lois au conseil ? Dossiers au gouvernement ? Des projets dans le système judiciaire ? ». Il a énuméré des réalisations concrètes attribuées au bloc parlementaire et ministériel du mouvement, comme la route Amshit-Tarj, la route Anaya-Aqoura, la rivière Ibrahim – route Qartba, le barrage du paradis, et divers projets à Batroun. Ces exemples, tirés de l’infrastructure locale, visent à démontrer l’efficacité collective du parti, contrastant avec l’inefficacité d’un député isolé.
Bassil a continué en listant des projets d’eau dans plusieurs villages : Bilat, Mustita, Qartboun, Al-Fidar, la rivière Ibrahim, Al-Barbara, Kafr Kada, Al-Majdal, Obeidat, Ghalbun, Jaj, Mashmashm, Al-Maqada, Al-Qalouk, Gharzouz, Al-Sharbinah et Taj. Il a demandé : « Qui fait un partenariat national et un équilibre sectaire ? Vice ou bloc ? Qui remplit une loi électorale, participe à la composition d’un gouvernement et vient avec un président ? Vice ou bloc ? Qui fait face à des projets de partition, à des projets de déplacement et à des contacts d’identité ? Divers MP ou masse compacte ? ». Ces interrogations soulignent le rôle du mouvement dans la préservation de l’unité nationale, face aux risques de partition confessionnelle qui hantent le Liban depuis des décennies.
La protection de l’existence libanaise
Au cœur de son discours, Bassil a affirmé que « notre bataille est la bataille de la protection de l’existence et le rôle de préservation de la liberté, de la souveraineté et de l’indépendance ». Il a expliqué que « la bataille est que la décision libanaise est libre, et les libanais ne sont pas un papier utilisé dans le bazar des colonies ». Cette image du « bazar des colonies » critique les négociations régionales où le Liban est souvent perçu comme une monnaie d’échange, notamment dans les pourparlers impliquant Israël, la Syrie ou d’autres acteurs.
Il a souligné que « l’importance du droit parlementaire n’est pas celui qui gagne des sièges, mais qui protège l’identité et l’existence », voyant la représentation comme une « responsabilité et un avantage public, pas un butin personnel ». Bassil a déclaré que « le mouvement n’est pas un faux témoin ou une décoration pour les colonies des autres », refusant de prendre des directives des grandes puissances ou de références politiques internes pour devenir un simple exécutant.
Évoquant une confrontation politique « propre », il a mentionné Roland Khoury, décrit comme opprimé pour avoir maintenu une institution loin du clientélisme. Bassil a dit : « il a ‘triste’ Tariyin pour qu’il n’obtienne pas sa conscience, il n’a pas ouvert de boîtes noires, il a ouvert une boîte blanche et un livre blanc pour garder sa conscience blanche, et il a porté de certains membres de sa famille qui se sont retournés contre lui et l’ont poignardé ». Cette référence à Khoury, une figure locale apparemment intègre, illustre les sacrifices pour la transparence dans un système souvent accusé de népotisme.
Un appel à la mobilisation des jeunes
Bassil a remercié « les jeunes de Jbeil individuellement », leur disant qu’ils se sont préparés à la « vitalité actuelle ». Il a ironisé : « si les opposants ont peur d’un dîner pour le mouvement, que feront-ils aux élections ? ». Cette remarque pointe les craintes des rivaux face à la mobilisation du mouvement, dans un contexte où les sondages et enquêtes jouent un rôle croissant dans les stratégies électorales.
Il a cité « les résultats d’une enquête majeure à Jbeil montrent sa force et vous rassurent qu’il restera fort aux élections », appelant à travailler « avec un seul cœur » et à subordonner l’ambition personnelle à celle du groupe. Bassil a admis des erreurs passées : « Nous avons fait beaucoup d’erreurs lorsque nous avons permis à certaines ambitions personnelles de vaincre Jbeil ». Il a encouragé à dialoguer avec « des gens qui se sont égarés ou qui ont reçu de fausses informations », affirmant que « nous ne nous arrêterons pas au désespoir malgré les difficultés et nous ne nous sommes agenouillés aucun jour et nos têtes sont restées hautes et tournées vers l’avant avec espoir ».
Dans les mois à venir, Bassil a décrit une « bataille de loyauté et d’engagement », transformant la trahison en stimulus, la colère en participation intense, et l’injustice en soulèvement des votes. Il a affirmé que « Jbeil était et restera la forteresse du courant », soulignant que le mouvement existe pour maintenir la sophistication et la civilisation de la région. Bassil a rappelé que « nous sommes les enfants de l’État et de l’armée, pas une milice », préservant ainsi l’histoire honorable de Jbeil et du Liban. Il a conclu en affirmant que « le courant a été créé pour gagner », une note d’optimisme centrée sur les dynamiques électorales immédiates et les implications pour la représentation locale dans un pays où les équilibres confessionnels dictent les alliances parlementaires.



